‹ Des Sorties Provisoires a Titre D'EssaiChapitre 43 sur 44 · In Tacuer. Ann. méd. psych., 1879, t. IT · texte numérisé non relu

In Tacuer. Ann. méd. psych., 1879, t. IT

Hocquet

qu’on lui présente, mais par suite d’une lésion complète de la volonté ; 1} semble qu’elle se laisserait mourir par paresse plutôt que de faire un effort sur elle-même. Les affusions froides, les décharges électriques ne modifient en rien cette torpeur. L'amaigrissement est excessif, la faiblesse musculaire considérable, œdème des jambes.

La malade était à lasile depuis un mois environ, lorsque son mari vint la voir, Mn° M... lui prendles mains avec effusion, pleure abondamment, mais ne peut trouver une seule parole ; sa physionomie exprime tout le bonheur, tout le contentement qu’elle éprouve. Ce ne fut qu’un éclair et le malade retomba dans son délire avec l'éloignement de son mari, Huit jours après, de nouvelles visites. M. M... est accompagné des ses cinq enfants encore en bas âge, La malade voulut quitter le lit, elle embrassa ses enfants, consentit à manger quelques friandises avec eux, sembla prendre part à la Joie de tous ; cette fois encore on ne put la décider à parler, elle s’attachait à eux,ne voulait plus les quitter, la séparation fut des plus pénibles, A dater de ce moment, Mu M... commença à manger en cachette; l'appétit ne tarda pas à devenir excessif, l’état physique devint plus satisfaisant.

Sur ia demande de la famille, la malade fut autorisée à sortir en ville pour quelques heures. Elle s’occupa dans l’intérieur de son ménage, aida elle-même à faire le diner, prit soin de ses enfants et, pour la première fois depuis quatre mois, s’informa de leurs besoins, fit des projets; la guérison semblait complète. Me M... rentra à l’asile un peu plus triste, un peu plus préoccupée que dans la journée ; elle nous promit de s'occuper pour mériter bientôt sa mise en liberté. À notre visite du lende-

main, nous trouvons la malade dans un état voisin de la stu-

— 115 — x peur ; la physionomie reprend l’expression des mauvais jours, elle reste sourde à toutes nos demandes.

Sur notre prière, M. M... consentit à prendre sa femme pour quelques jours, et nous remit à cet effet une demande écrite par laquelle il s’engageait de cesser son travail extérieur, pour s’adonner tout entier aux soins que réclamaït la malade. J'écrivis à M. le Préfet une longue lettre dans laquelle, après avoir fait connaître la situation de la malade, je demandai la sortie à titre d’essai, comme moyen de traitement. M. le Préfet, invoquant les décisions de ses prédécesseurs, me fit répondre verbalement qu'il regrettait de ne pouvoir aceéder à ma demande, La malade sortit, comme d’habitude, le dimanche suivant sous la conduite de son mari ; le soir il fut impossible de la ramener. Cette fois encore elle était revenue à la raison, elle pria et elle suppha tant, qu’on consentit à la garder.Le mari vint nous voir trois Jours après ; l'amélioration s'étant maintenue et la guérison semblant prochaine, nous demandâmes la mise en liberté. Six mois se sont écoulés depuis cette époque, nous

n'avous plus entendu parler de la malade.

Observation VI (in l'aguet).

Mme D..., sans profession, 21 ans, sans antécédents héréditaires,

: 1 A 5rale : aff, son :

Cette malade est atteinte de manie puerpérale ; l’affection a

débuté il y a huit jours environ. Le lendemain de l’admission,

je constate une bronchite aiguë ; la fièvre est intense. Les seins

C: . , , , - . 3 Fate è Fe sont considérablement engorgés. L’excitation est excessive, la malade cherche à se tuer, cris continuels, insomnie que rien

: ; LEUR : refuse tout ce c résente, on ne peut combattre; elle refuse tout ce qu’ou lui p ;

lui fait prendre à la sonde un peu de bouillon et de lait. La bronchite cède d’elle-même, la tuméfaction des seins également sous l'influence d’une compression méthodique.

La malade était à l’asile depuis quinze jours environ, lorsqu'on crut reconnaitre qu’elle présentait chaque Jour, vers lee 2 heures, une agitation excessive avec chaleur de la peau. Appelé pendant un de ces accès, il me fut facile de constater qu’il existait de la fièvre; il ne me fut pas possible de prendre la température.

Je fis donner à la malade 1 gr. 50 de quinine pris en trois Jours.

Les accidents cessèrent complètement pour ne plus se renouveler, Mme D... n’a aucune conscience de sa situation ; désordre, incohérence complète tant dans les actes que dans les paroles, alternatives d'’excitation et de dépression. Son mari vient la voir deux fois par semaine et ne peut en obtenir une seule parole raisonnable ; elle ne semble pas le connaître, pleure ou rit, répond toujours à la troisième personne. Si on s'informe de sa santé, elle dit aussitôt que Jean ou Jacques n’est pas malade, ou bien elle change de conversation, c’est un mélange étrange de noms, de choses qui n’ont entre elles aucun rapport, aucune association. Les sentiments effectifs sont nuls, la mémoire obtuse, elle n’a pas d'enfants, n’en a jamais eu.

Elle sort un jour sous la conduite de son mari. La physionomie ne trahit ni joie, ni peine ; elle se laisse habiller sans demander où elle va.

On gagne les champs; Mme D... court devant elle sans savoir où elle porte ses pas, on a beaucoup de peine à la suivre; si elle s'arrête quelques instants, c’est pour reprendre avec plus d’ar-

deur sa course folle. Elle rentre chez elle épuisée, fatiguée :

elle prend quelques aliments en commun et, pour la première fois depuis un mois et demi, elle dort d’un sommeil calme et paisible. Elle nous fut ramenée le lendemain seulement. Nous constatons chezelle le même désordre, la même incohérence, alors qu’elle semblait, nous dit le mari, avoir recouvré en dehors de lP’asile une partie de ses facultés intellectuelles.

Huit jours, après, nouvel essai, Celui-ci fut plus décisif que le premier. Mme D... s’occupa de son ménage, s’informa de son enfant, ce qui ne lui était jamais arrivé, témoigna le désir de le voir, de l’embrasser ; puis, changeant brusquement d'idée, elle pria son mari de ne pas le lui montrer, ne se sentant pas encore assez de courage pour l'aimer. La malade rentre à l'asile sans difficulté; l’amélioration constatée au dehors est à peine appréciable, même activité désordonnée, elle ne tient pas en place, commence dix fois le même travail, sans le terminer, impossible de fixer son attention d’une manière soutenue, conscience très incomplète de sa situation; elle ignore même le lieu où elle se trouve. Le mari, sur ma prière, consent à la reprendre, elle part pour la campagne: au bout de quelques jours, la guérison était complète. Se serait-elle produite à l'asile dans ce

laps de temps? C’est plus que douteux.

Observation VII (in Taguet)

Mme S..., 33 ans, sans profession; pas d’antécédents héréditaires.

Le délire ici s’est développé lentement; la malade était depuis longtemps triste, préoccupée, elle ne se rendait pas elle-même compte de ce qu'elle éprouvait. Un jour elle quitte brusque-

ment la maison, à peine vêtue et sans autre argent que celui

qui était nécessaire pour payer son passage à bord d'un navire faisant la traversée de Toulon à Alger. La Sainte Vierge Jui était apparue et lui avait donné l’ordre de se mettre à la recherche de son mari, commissaire de la marine ; elle est arrêtée à Constantine.

Mne S.. arrive à l'asile dans un état de lassitude excessive, elle refuse de répondre, de manger ; l’haleine est d’une fétidité extrême. Hallucinations de l’ouïe et de la vue, la Sainte Vierge lui apparaît comme par le passé, ou la surprend souvent prêtant l'oreille à des voix mystérieuses.

Elle se plaint bientôt d'être damnée, de recevoir pendant son sommeil les embrassements du démon, elle se promène toute la nuit ou reste assise sur son lit pour éviter son étreinte: vains efforts, il la domine et s'en empare complètement, il a élu domicile dans son ventre, elle le sent; pour l'en débarrasser elle fait constamment des mouvements de mastication, L’insomnie, jointe à ce jeu continuel des muscles, amène une faiblesse profonde ; la malade prend la vie en dégoût, la mort lui sem, ble préférable aux tourments qu'elle endure ; elle se considère comme un objet de réprobation, tout lui crie sa honte ; un jour elle cherche à s'étrangler, une autre fois elle se laisse tomber dans le feu. Dans les quelques moments de calme que lui laisse son délire, Mme $S.,. demande sa sortie avec instance.

Son mari accède à sa prière, espérant que lé changement de milieu pourra modifier son délire: ; son état physique est d’ailleurs si gravement compromis qu'il est à craindre ne issue funeste, prochaine, que la famille veut éviter à tout prix de se produire à l’asile.

Quelques jours après, M.S... nous écrivit que sa femme allait

de mieux en mieux < Toutes ses idées de diables, d’enfer, qui la

possédaient, ont complètement disparu; aujourd’hui elle travaille, s'occupe de son intérieur, en un mot elle est en bonne

voie de guérison. »

Observation VII (in Taguet)

Mme L..., 48 ans, pas d’antécédents héréditaires,

La malade est atteinte de panophobie; elle tremble au moindre bruit, s'isole, se couche sur le sol la tête cachée dans son tablier, passe des journées entières dans un mutisme complet ; si on lui adresse la parole, elle pleure et gémit; a fait trois tentatives de suicide. Elle ne veut prendre son répas que de la main d’une religieuse ; il faut l’habiller, état de faiblesse musculaire considérable. La visite de ses parents la tire de sa torpeur; elle leur demande avec instance sa mise en liberté, s'attache à eux ne veut plus les quitter ; elle promet de s’occuper, de travailler, elle n’est pas folle, elle va le devenir.

L'état physique s’aggravant chaque jour, j'engâge sa famille à la reprendre; elle ÿ consent. Cette heureuse nouvelle trouve la malade complètement indifférente, elle secoue tristement la tête, élle ne veut pas y croire, elle est condamnée à mort, elle doit mourir ici, elle ne se rend à l’évideuce qu'après avoir quitté le seuil de la maison, Elle était séquestrée depuis vingtdeux mois. Huit jours après, nous avions des nouvelles de la malade, elle était encore un peu triste, un peu préoccupée»

mais elle avait repris ses habitudes, elle est en liberté depuis

seize MOIS.

Observation IX

L'observation qui va suivre et que nous devons à l’obligeance du D' Antheaume, est curieuse à plus d’un titre. Il s’agit d’un accès maniaque qui traînait en longueur et faisait redouter la chronicité. Une amélioration notable étant enfin survenue dans l’état du malade, on proposa la sortie d’essai; une guérison rapide s’en

suivit, dont la famille commençait à désespérer.

Le lieutenant S..., âgé de 27 ans, entre le 4 décembre 1902 à

la Maison Nationale de Santé.

Le certificat de vingt-quatre heures est conçu en ces ter-

mes : « M. S... paraît atteint de manie, divagations étendues,

« vagues idées de persécution, illusions sensorielles. »

Signe : Dr CurisTIAN.

Le certificat de quinzaine porte :

M. S.…., entré le 4 décembre 1902, est atteint de manie. Délire très étendu, trois divagations mystiques, illusions senso-: rielles, hallucinations probables. Demande sans cesse un revol-

ver pour se tuer.

Signé : Dr Curisrran,

En janvier 1903, le malade systématise ses idées de persécution; il se dit la victime de sa famille qui le séquestre et veut le faire disparaître pour le frustrer de l'héritage d’un oncle,

En avril, il se ivre à une tentative de suicide ; au cours d’un

raptus mélancolique, il essaie de se couper la gorge, pendant le

déjeuner, à l’aide d’un couteau de table. Les infirmiers ont le temps de l’en empêcher.

Le malade persiste dans ses idées de persécution ; il est persuadé qu’il ne sortira de l’Asile que pour aller au cimetière; cet internement à vie l’épouvante et, dès le mois de mai, il veut se laisser mourir de faim. C’est à cette époque qu’on commence à le nourrir à la sonde.

En juillet, et toujours soùs l'empire du même délire, le malade s’acharne à se trancher un doigt avec les dents. La plaie infectée détermine un foyer de suppuration profonde qu’on est obligé d’inciser.

En septembre, une amélioration se produit. Le lieutenant S... semble plus calme. Il mange seul par intervalles, fait preuve de moins de malveillance à l’égard de son entourage. Mais ce mieux ne dure pas: le mois suivant, le malade retombe dans le mutisme et refuse de manger. Par moments, il devient violent, il essaie de mordre et de frapper malades et gardiens.

Cet état persiste, toujours le même, sans apparence de mieux jusqu’en février 1905. À cette époque, le malade est alimenté à la sonde, il ne parle pas et se livre toujours à des actes de violence. Il se déshabille et met ses vêtements en loques.

Au mois de mars, un changement considérable apparaît dans l’état mental. Le lieutenant S... semble revenir à lui-même : il mange seul, cause volontiers de toutes choses, s’intéresse à sa situation et à ses études antérieures. Il est parfaitement calme.

Au mois de mai, le D" Antheaume accorde une sortie d’essai pour un mois au lieutenant S..., que sa famille s'engage à surveiller et à entourer des soins nécessaires à son état. Le mieux persiste et s’accentue jusqu’au complet rétablissement, pendant

les prolongations successives de l'essai. Le lieutenant S...

revient en novembre: à l’Asile, quelques jours avant de partir, afin de régulariser sa situation. On le trouva, gai, lucide'et bien portant ; il avait engraissé et ne semblait pas avoir physique ment souffert de cette longue et pénible épreuve.

Le 9 novembre 1905, le D' Antheaume signe le permis de sortie définitive, appréciant ainsi l’état du malade : « M. S... ne « présente plus actuellement de troubles mentaux suffisants

« pour le maintenir dans un établissement d’aliénés. Depuis

plusieurs mois, cet officier se montre lucide, conscient et cor-

ES

rect dans ses actes. Je le considère comme guéri de laccès « d’aliénation mentale qui a motivé son placement... En consé « quence, j'estime qu'il y a lieu de demander la sortie du lieu- « tenant S..., qui sera remis à l’autorité militaire. »

Depuis le lieutenant S... a repris ses occupations militaires et sert actuellement dans un régiment d’artillerie du midi de la France. Il n’a pas oublié les médecins qui l'ont si heureusement soigné: sa carte de visite leur a apporté ses remerciements

el son meilleur souvenir,

Les chiffres suivants que notre maître le D° Ritti a bien voulu nous communiquer ne sont pas d’un moindre intérêt. Les interpréter, c’est en quelque sorte rappeler ce que nous avons dit plus haut, au sujet des garanties et des précautions dont on devait entourer la sortie d'essai.

En 1905, cinquante-deux malades traitées à Charenton dans le service des dames, ont obtenu leur sortie de l’asile, Sur ce nombre, neuf pensionnaires améliorées ont été libérées à titre d'essai. Une simple règle

de trois mois nous montre la large part faite aux sorties

= 133 — d’épreuve, 17, 30 pour 100 du total global dés mises en liberté.

Sur ce total de neuf sorties d'épreuve, huit ont été accordées à des mélancoliques, On voit que cétte catégorie de malades a presque exclusivement été appelée à bénéficier de la mesure, la neuvième malade étant atteinte de folie hystérique.

Trois malades sont revenues à la Maison Nationale ; la sortie de deux d’entre elles avait été déconseillée par le D* Rütti à la famille : l'une des pensionnaires, une hystérique avait été reprise par ses parents, séduits par uñ de ces semblants d'amélioration, passagers et fugaces, comme la malade en avait déjà présenté antérieurement.

L'autre était une mélancolique hypochondriaqué qui avait tenté de tuer ses enfants et de se suicider ensuite ; son état s’aggrava au dehors et si promptement qu'on dut la ramener à l’asile au bout de huit jours.

Dans les six premiers mois de 1906, huit sorties à titre d'essai ont été enregistrées, dont trois suivies de réintégration. Il convient également de faire ici cétte remarque, que le D‘ Ritti avait émis un avis défavora-

ble quant à la sortie de ces trois malades.

Obs.1. — M'e Cr..., âgée de 47 ans, est une de ces dernières. Adimise à la Maison Nationale en juin 1902, son état donna lieu à une telle rédaction du certificat de vingt-quatre heures.

Mis Cr... paraît atteinte de débilité mentale avec idées de persécution, tendances hypochondriaques, culpabilité imagi-

naire, hallucinalions de l'ouïe, excitations.

Signé ; Dr Ar, Rirri.

Le certificat de quinzaine portait :

M'e Cr.…., est atteinte de mélancolie avec idées de persécution et d’empoisonnement. Craintes imaginaires, refus d’alimentation. Doit être maintenue.

Signé : Dr Anr. Rirri.

En 1906, son état n’était guère meilleur ; cependant le délire paraissait s'extérioriser avec moins d'intensité, les actes impulsifs se faisaient plus rares. Les frères de la malade, qu’alarmait chez leur sœur, une affection intestinale tenace, la repri-: rent avec eux pour essai le 9 janvier 1906. Le 7 mars 1906, l’état somatique s'étant amélioré, mais l’état mental étant peutêtre plus troublé qu'avant la sortie ils lui firent réintégrer l’asile.

La sortie, inopportune,avait donné un coup de fouet aux tendances impulsives de la malade, qui presque tous les jours cher-

chait à frapper les autres pensionnaires de sa division.

Obs. II. — Mme Vve P..., âgée de 47 ans, n’a également rien gagné à une sortie prématurée.

Le certificat de vingt-quatre heures la concernant était ainsi

conçu :

Mns Vve P..., paraît atteinte d’une aliénation mentale, caractérisée par de la mélancolie avec anxiété, craintes imaginaires, préoccupations hypochondriaques, idées et tentatives de sui-

cide.

27 décembre 1905.

Signé : Dr Rrrri.

Depuis un certain temps déjà, sous l'empire d’idées mélanco-

liques, Me P..., négligeait sa toilette, se rongeait les ongles,

mâchonnait des allumettes, et se renfermait dans un mutisme absolu. Elle s’accusait d’avoir trompé la confiance de tous, de v’avoir plus de volonté. Elle se plaignait aussi d’avoir les yeux comme morts ; elle avait quelque chose de dérangé dans le cou et dans la colonne vertébrale,

Dans la première quinzaine de mars, on est amené à noter une légère tendance à l’amélioration. La malade ne désespère plus de guérir ; elle semble se rendre compte qu'elle a déliré et montre plus de confiance dans le médecin.

Le 25 mars. — Ses fils veulent faire un essai et la reprennent, malgré l’avis défavorable du D" Ritti.

La malade rémtègre l’asile dès les premiers jours de juin, amaigrie, fatiguée, l’air égaré. Le certificat de vingt-quatre heures constate ainsi son état :

M°e Vve P..., est atteinte de mélancolie avec anxiété, craintes imaginaires, panophobie, troubles de la sensibilité générale, excitation, tendance au suicide.

\ Signé : D' Rirri.

Obs. III — L'épreuve d’essai a signifié aux parents de Mie L... de la ramener à l’Asile,

Internée le 9 janvier 1906, M': L..., âgée de 34 ans, parait atteinte, dit le certificat de vingt-quatre heures, d’une aliénation mentale caractérisée par de la mélancolie avec anxiété, craintes imaginaires, préoccupations hypochondriaques, idées d'empoisonnement, troubles de la sensibilité générale.

Elle parut à la Maison Nationale s'améliorer assez promptement ; elle ne faisait que dissimuler et laissait parfois dans ses actes transparaître son délire.

Ses parents, ne tenant aucun compte des avertissements

pleins de prudence du Dr Ritti, exigèrent sa sortie, curieux de voir comment elle allait se comporter au dehors, La rechute ne tarda pas à se produire et le malade regagna

sa division le 27 avril 1906.

Les autres malades, sortis pour essai en temps opporet sur les conseils éclairés du D’ Rüïtti, ont vu leur état s'améliorer, et ont acquis de ce fait droit à rester définitivement en liberté.

Le certificat de vingt-quatre heures était ainsi conçu à l’endroit de M'* T...; âgée de 19 ans :

Obs. IV. — M'eT.., paraît atteinte d’une aliénation mentale caractérisée par de la débilité mentale avecexcitation maniaque, préoccupations hppocondriaques, tendance au suicide, insomnie.

Entrée à Saint-Maurice le 12 mai 1905, elle fut, sur les con-

seils du Dr Ritti, reprise en. essai par ses parents le 30 mai 1906.

Obs. V.— Mn L..., âgée de 47 ans, en était à sa quatrième entrée à la Maison Nationale. Une quatrième fois, on sollicita son admission à Saint-Maurice, ,-après un essai malheureux déconseillé par le médecin traitant.

Le bulletin de vingt-quatre heures portait, à la date du 6 mars 1905 : M"° L... atteinte de mélancolie avec mutisme, immobi-

lité, excitation par intervalles, tendance aux actes violents.

Signé : D° Rirri.

Le 31 janvier 1906, elle sort en essai, améliorée. De bonnes

nouvelles nous sont parvenues sur son état mental.

Obs. VI. — Mike G..., âgéede35 ans, avait déjà été traitée dans

une maison. de santé, avant son admissionà Charenton, pour des

troubles mentaux survenus à la suite du départ de son frère pour le sérvice militaire.

Elle avait de l’hérédité dans sa famille et quelques mois après sa sortie de cette première maison, elle se trouva dans un état de santé mentale qu’apprécie en ces termes le certificat de vingtquatre heures, fait à Saint-Maurice le 17 juin 1905 :

Mie G..., paraît atteinte d’une aliénation mentale, caractéri-

sée par de la mélancolie, des obsessions multiples, des craintes

imaginaires, des idées de culpabilité, de la tendance au suicide.

Vers la fin de 190%, les obsessions s’atténuent dans leur fréquence, les craintes s’apaisent, la gaieté est reparue avec le sommeil.

Son frère, quelque temps après, manifeste le désir de la reprendre en essai, Îl y est vivement encouragé par le Dr Ritti qui fait sortir la malade le 26 février 1906.

Des nouvelles récentes nous apprennent que la malade se

porte bien à tous les points de vue.

Obs. VII — Mn: veuve F..., âgée de 65 ans, est entrée à l'asile en juillet 1905.

Le certificat de vingt-quatre heures attestait :

Mw veuve F..., paraît atteinte d’une aliénation mentale, caractérisée par de la mélancolie avec auto-accusation, idées de négation, refus d’alimentation. Egratignures sur face et nez.

La malade s’accuse d'avoir ruiné les siens, d’être la cause des catastrophes qui désolent l’univers.

« Tout le monde est par elle annihilé. » Elle est morte depuis trois ans, n’a plus d'estomac, a des yeux et ne voit pas.

At malade, quelque temps alimentée à la sonde, ne tarde pas

: SE ritur Ù brt mieux à reprendre convenablement de la nourriture. Elle dort x

et se montre plus calme. Cependant, ses idées d’auto-accusa-

tion ne la quittent pas.

Elle sort en essai le 30 avril 1906, améliorée, et continne à se

bien trouver au dehors.

Obs. VIII. — Mme H..., âgée de 53 ans, entrée à la Maison Nationale, le 30 mars 1906,« pour une aliénation mentale caractérisée par de « la mélancolie avec anxiété, idées de persécu- « tion, hallucinations de l'ouïe, excitation, insomnie », est, dans les premiers temps de son séjour à l’asile, tourmentée sans répit par ses hallucinations auditives.

Très anxieuse, elle s’apeure de craintes imaginaires, exprime à tout moment des idées de ruine, se défie de tout son entourage. Elle refuse de s’alimenter, appréhendant le poison, et dès son entrée, est alimentée à la sonde.

Soumise au traitement opiacé (début par quinze gouttes de laudanum dans un julep, auxquelles on ajoute chaque jour cinq gouttes, Jusqu'à concurrence de cent gouttes prises pendant quinze jours, et brusquement supprimées), elle devient moins anxieuse, se confie de meilleure grâce au médecin, porte atten- . ion à ce qui se passe autour d’elle. Peu à peu, sa figure s’éclaire ; la malade devient presque bienveillante, et remercie le Dr Ritti des soins qu'il ne cesse de lui prodiguer. Elle se remet à manger seule.

Ses enfants, sur les conseils du D* Ritti la reprennent avec eux en essai, Sa sortie est accordée le 30 mai 1906,

Une lettre que son fils adressa le 7 juin 1906 au D° Ritti, est ainsi conçue :

« Je suis heureux de pouvoir vous dire aujourd’hui que ma

« bonne mère va beaucoup mieux... elle fait quatre repas par

« jour, régulièrement... Elle s'occupe un peu, ‘elle dort toutes « les nuits, elle est gaie... Par moments, elle est encore pensive, « Je crois qu’elle écoute encore un peu ce qu’elle entend; mais « elle se rend compte que cela n’existe pas et elle reprend vite « possession d’elle-même, »

La sortie par amélioration, avant guérison complète, a donné ici la mesure de son efficacité. On ne pouvait en attendre un

résultat meilleur.

Ces huit essais prennent place parmi les 45 sorties, enregistrées dans le courant du 1* semestre de 1906, et, si nous cherchons à établir ici le pourcentage fait plus baut pour l’année 1905 nous verrons qu'ils figurent dans ce total pour la respectable proportion de 17,77 pour 100.

Hocquet

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