RETRO
Osservarron X (suite).
Alice J..., 20 ans, salle Piorry, n° 2%, présentait le 21 décembre 1898, une matité cardiaque de 73 centimètres (figure 10), un souffle
Fig. 10.
mésosystolique préventriculaire gauche. Appétit peu prononcé, légère constipation, digestions faciles.
Le 26 décembre, la malade se plaint à la visite de diarrhée abondante, elle a eu 5 selles dans la nuit, elle a de plus de violentes coliques. Elle était constipée depuis 3 jours. Nous constatons que la
- matité du cœur a augmenté, 411 centimètres (figure 44) ; la pointe bat
Fig. 11. Fig. 12.
dans le 5° espace en dehors du mamelon, l'oreillette droite déborde le sternum, le souffle préventriculaire est à peine perceptible.
Le % janvier 4899, la jeune fille n’accuse plus aucun trouble du côté de son appareil digestif, cependant le cœur est resté gros: 109 centimètres (figure 19) et ne souffle pas ou du moins à peine ; la malade voulant partir, nous n'avons pu voir si cet état de chose aurait ou non persisté.
RG EE
Osservarion XI (Personnelle).
Juliette R..., 22 ans,salle Piorry, n° 7, présentait le 20 janvier 1899, un cœur petit: 74,4 centimètres (figure 43) ; un souffle mésosystolique
Fig. 13.
sus-apexien. Son appareil digestif fonctionne bien, un peu de constipation.
Le 6 février, après une constipation de 5 jours s’accompagnant de malaise général, de céphalalgie, de point douloureux sous le sein gauche, d’inappétence, le cœur se dilate : 119 centimètres (figure 1%),
Fig. 15.
la pointe bat dans le 5e espace en dehors du mamelon, l'oreillette droite déborde le bord droit du sternum, le 2e bruit pulmonaire est accentué. Le souffle cardiaque, sans disparaître complètement, devient diffcilement saisissable. Sous l'influence de courants faradiques de 40 milliampères appliqués sur l’abdomen, la constipation disparait.
Le 12 février, la matité cardiaque n’est plus que de 74,6 centimètres (figure 45), le souffle est un peu plus net.
Ce sont là, à notre avis, des signes caractéristiques de troubles gastro-intestinaux. Ainsidone, si nous en croyons nos observations, nos chlorotiques auraient eu un cœur
He À: io tes
gros et silencieux parce qu'elles avaient des troubles dyspeptiques.
Peul-on admettre celle influence des voies digestives sur le cœur? Oui, certes, le P' Potain qui l'avait signalé dans une communication au congrès de Paris en 1878, l’a fait remarquer souvent dans ses leçons au lit du malade. On connaît depuis longtemps les palpitations des dyspeptiques, ces accidents d’oppression, de gène respiratoire et circulatoire pouvant aller quelquefois jusqu'à un début d’asyslolie avec cvanose et refroidissement des extrémités.
Les accidents cardiaques dus à cette influence sont principalement : une dilatation des cavités droites du cœur, se caractérisant par,une déviation de la pointe en bas et en dehors, la matité déborde le. bord droit du sternum, en un mot, l'augmentation portesurtoutsur le diamètre trausversal. L'on constate de plus une accentuation du 2° bruit de l’artère pulmonaire. Tous ces accidents nous les avons notés chez nos trois malades ; elles avaient donc bien de la dilatation du cœur d’origine gastrique.
La cause de cette influence est, on le sait, une action réflexe dont le point de départ est la muqueuse de l'estomac ou de l'intestin. L’excitation gagne les centres par le pneumogastrique sans doute et par le grand sympathique, provoque une con{raction des capillaires pulmonaires qui entraîne, par exagération d’obstacle, la dilatation des cavités droites.
Ces faits sont de la plus haute importance. Depuis les travaux de M. Hayem, nous savons que les chlorotiques
sont très souvent exposées à des troubles dyspeptiques. NicOLAS 4
2-50 ee Ces accidents ont chez elles une telle prépondérance que l'on a voulu y voir la cause de cette maladie, dont l'interprétation est si difficile, Parmi les signes de la maladie, nous les voyons occuper une grande place et se manifester par de la perte ou de la perversion de l’appétit, de la lenteur des digestions, de la somnolence après les repas, de la constipation opiniâtre. Ces accidents peuvent s’exagérer, faire place à des crises gastriques souvent très pénibles, à des vomissements, quelquefois même à des hématémèses qui font porter le sombre diagnostic d'ulcère d'estomac. Rien d'étonnant à ce que de pareils accidents puissent avoir un certain retentissement sur le système nerveux et par son intermédiaire sur le cœur.
Nous ne devons pas pousser l’exagération jusqu'à conelure que seuls les accidents dyspeptiques peuvent entrainer une dilatation du cœur. Sans nul doute, d’autres causes peuvent y contribuer. Nous laissons à d’autres le soin de se livrer à ces intéressantes recherches. Quoi qu'il en soit, nous croyons pouvoir conclure, qu'il faut, lorsque l'on n’en trouve point d’autres causes, attribuer à des troubles gastro-intestinaux, plus ou moins manifestes, toute dilatation du cœur chez une chlorotique.
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