DES
©<i>Wîâ<êîgs a>aasïa>a<$üsa#sî© DANS LES MALADIES CHIRURGICALES.
Introduction.
De la méthode à suivre dans la recherche des sources d'indications dans les maladies chirurgicales , et des rapports qui existent entre cette méthode et celle que Von suit dans l’étude des sciences naturelles .
De tout temps , les médecins véritablement praticiens n’ont fait aucun cas , surtout au lit du malade, des systèmes en vogue; s’ils ont quelquefois
paru sacrifier à l’hypothèse ou au système dominant , en empruntant leur langage , ils n’en ont pas moins suivi la route de l’observation et de l’expérience.
De nos jours , les praticiens , ou mieux toute la génération médicale est fatiguée plus que jamais des systèmes et des hypothèses , même de ceux qui ont eu le plus de partisans; la doctrine de l’expérimentation , ou plutôt de l’expérience, reprend de plus en plus faveur.
Le temps est passé où le maître pouvait imposer sa croyance ; chaque médecin , chaque élève encore sur les bancs , veut jouir pleinement du libre droit d’examen : mais pour que l’exercice de ce droit ne nous égare point, surtout en médecine pratique , il faut qu’une longue expérience et une érudition choisies , fécondées par la réflexion , nous prémunissent contre les séductions des hypothèses. Car, s’il est important de s’assurer de l’existence des faits , il ne l’est pas moins de ne pas les dénaturer par l’esprit d’hypothèse , et de se borner à les analyser pour en résumer les principaux caractères.
L’on confond trop souvent l’explication d’un fait avec le résumé de ce fait , l’hypothèse avec la généralisation , le système avec la méthode.
Et à propos de méthodes, je veux tout d’abord faire observer que beaucoup de médecins parlent de méthode et de leurs méthodes , que grand nombre d’écrivains ont traité de la méthode et même des méthodes à suivre dans l’étude des sciences ; mais
la plupart nous paraissent avoir confondu avec la méthode les systèmes et les hypothèses qui leur servent si souvent de base. 11 ne nous appartient pas de rappeler les justes reproches que l’on a adressés aux auteurs qui sont tombés dans l’erreur que nous signalons : assez d’autres ont rempli cette tâche. Nous tenons seulement à établir que les méthodes à suivre dans l’étude des sciences ne sont pas, bien s’en faut, aussi nombreuses qu’on pourrait le croire au premier examen, et qu’il ne serait pas impossible de les réduire à une seule , en prouvant que , si les procédés sont différents , la méthode est la même quant au fond.
Et, d’abord, qu’est-ce qu’une méthode? qu’est-ce qu’un procédé ? Nous entendons , par méthode , l’ensemble des règles que l’on suit dans l’étude d’un objet quelconque , et nous appelons procédés, la manière dont on se sert des moyens capables de faire atteindre le but désiré , qui est de connaître cet objet, en suivant les règles imposées par la méthode.
Or , pour connaître un objet , il faut avoir des notions exactes :
1° Sur les conditions et les causes à la faveur desquelles il se manifeste ;
2° Sur les diverses phases qu’il parcourt, et sur les caractères qui distinguent chacune de ces phases , la valeur de ces caractères , l’influence qu’ils exercent sur l’objet lui-même et sur ce qui est hors de lui ;
3° Enfin , il faut prévoir et apprécier les cotisé-
quences ordinaires et insolites qui peuvent entraîner l’apparition ou la disparition des caractères propres à chacune de ces phases.
Je dirai cependant, avec Barker(l), que : « si le lec- » teur s’attend à trouver ici des réflexions person- » nelles (2) , je dois lui dire d’avance qu’il s’est » trompé; et ce que j’ai appris d’une de ces maximes » que tous les siècles ont respectées ( Hippocrate , de » arte ) , c’est que le devoir d’un médecin est de faire
» de nouvelles découvertes dans son art , ou de per-
» fectionner celles qui ont déjà été faites , plutôt que » de perdre son temps à censurer les autres , et à » les rendre méprisables. »
J’ajouterai avec le même auteur (3) : « car ( pour » me servir des expressions du savant M. Freind) , » qu’ont fait autre chose les plus célèbres auteurs » de l’antiquité , ces fondateurs de la médecine des » Grecs et des Arabes ? Quelle antre fin se sont-ils » proposée dans leurs études, que de trouver ce que » c’est que d’imiter la nature , et de l’imiter cepen- » dant de manière à invoquer les secours de l’art , » toutes les fois qu’il était nécessaire de modérer ou » de régler ses efforts ? »
(î) Traduction de Schomberg, édition revue par Lorry, 1748; Paris. Préface de l’auteur, page 52.
(2) Relatives aux personnes , ou à la critique.
(3) Barker, préface , page 44-
Je dirai aussi , avec l’éditeur de Barker (1) , que « les médecins , sûrs de leurs principes ( dit Galien), » ressemblent à des généraux qui savent se faire » obéir , et qui , par une discipline exacte , font » fleurir le bon ordre , et maintiennent la bonne con- » stitution de leur armée : la vile complaisance des » gens qui agissent sans principes dérange conti- » nuellement la marche de la nature , et laisse tout » diriger à un hasard aveugle. »
Enfin, je terminerai mes citations en rappelant, avec le même éditeur (2) , que « si nous nous attachons , » suivant les préceptes d’Hippocrate , à étudier les » signes salutaires des mouvements de la nature et » à les favoriser, si nous nous opposons à ceux qui » ont leur principe dans la cause de la maladie , » qui, par conséquent, pourraient nuire, et dont » les signes sont toujours évidents pour les gens in- » struits et attentifs , alors il est impossible que nous » fassions aux malades le moindre tort ; que dis-je , » il est , au contraire , impossible que nous ne leur » soyons pas de la plus grande utilité. »
Il faut procéder , dans l’étude de la pathologie clinique , de la meme manière que dans l’étude des corps inertes. On doit donc faire en sorte d’oublier toutes les hypothèses, tous les systèmes, et n’en tenir aucun compte : il faut d’abord se livrer à
(1) Note de l’éditeur , page 5.
(2) Note de l’éditeur , page 16.
Fobservation des phénomènes qui se passent sous nos yeux ; en un mot , suivre la marche que l’on adopte dans l’étude des sciences physiques. Dès lors , on est amené à étudier une maladie de la même manière qu’un physicien étudie un corps inerte.
Cette marche , ou, si l’on veut, cette méthode , nous paraît d’autant plus convenable , ou d’autant plus commode , qu’elle se confond même avec celle que l’on suit dans l’étude de l’anatomie. Ainsi donc, de même que les physiciens cherchent à connaître les conditions à la faveur desquelles ont lieu ou se préparent les grands phénomènes qui se passent dans l’univers , de même on doit chercher à s’instruire des conditions à la faveur desquelles ont lieu (prédispositions , diathèses ) ou se préparent ( causes prédisposantes) les maladies; comme eux, il faut noter les circonstances ou les causes qui produisent toujours ou presque toujours à elles seules les mêmes phénomènes , les mêmes effets , je dis les mêmes maladies (causes déterminantes, causes spéciales, spécifiques); mais, à leur exemple, reconnaissons qu’il est certains phénomènes , qu’il est certaines maladies dont les causes nous échappent ou sur la production desquels existe pour nous un inconnu qu’il faut avoir la bonne foi d’admettre jusqu’à ce que l’observation et l’expérience nous aient éclairés.
Procédant toujours de la même manière, notons tous les symptômes , tous les phénomènes qui se présentent à nos yeux , et qui se rattachent seule-
ment à l’objet ou à la maladie que nous étudions ; car il faut bien se garder de comprendre dans notre calcul les phénomènes qui appartiennent à l’état de santé, ou à une maladie autre que celle que l’on examine : en cela, nous sommes encore d’accord avec les physiciens, qui font toujours en sorte de ne pas confondre les divers ordres de phénomènes qui se passent autour d’eux , qui les séparent , les analysent et les distinguent, sans cependant perdre de vue les rapports qui les unissent. Dans le même but, nous devons grouper, à mesure qu’ils se présentent, les phénomènes qui se confondent bien manifestement, et négliger d’énumérer ceux qui n’offrent aucun intérêt. C’est déjà dire que , si , d’un côté , nous réunissons dans un même cadre les phénomènes du même ordre, nous séparons aussi ceux qui diffèrent, nous analysons les maladies sans tenir compte de détails inutiles à leur connaissance(l), de la même manière que le physicien et le chimiste analysent les divers objets qui sont soumis à leurs investigations, sans tenir compte aussi des phénomènes étrangers à leur connais-
(1) Du temps d’Hippocrate , l’école de Gnide recherchait les plus légers phénomènes ; aussi se perdait-elle dans une foule de détails inutiles pour la science et pour la pratique. De nos jours, on pourrait adresser le même reproche à quelques médecins dont les détails minutieux qu’ils fournissent sur l’histoire de leurs malades embarrassent plus qu’ils n’éclaircissent le diagnostic.
sance. Toute la différence qui existe entre leur manière d’étudier et la nôtre , c’est que leur intelligence s’exerce sur des choses différentes de celles qui nous occupent, et qu’ils emploient des moyens d’investigation dont nous ne pouvons que rarement faire usage. De ce que nous employons la même méthode r nous sommes loin de confondre les maladies avec les objets des études du physicien et du chimiste.
Mais quel rapport y a-t-il , dira-t-on r entre l’analyse que fait le physicien pour arriver à la connaissance des grands phénomènes qui se passent dans l’univers, entre celle qu’opère le chimiste dans ses creusets, et l’analyse qu’emploie le médecin pour connaître les maladies ? La différence n’est pas aussi grande qu’on pourrait le croire au premier abord , puisqu’elle n’existe que dans la dissemblance des objets soumis à leurs études ; ces objets ont des caractères et des propriétés que l’on ne saurait assimiler, mais rien n’empêche de procéder de la même manière pour arriver à la connaissance des uns et des autres.
Ne perdons pas de vue que, pour connaître (dans l’acception rigoureuse du mot) un objet quelconque, il faut avoir des notions sur son origine , sur son développement , et sur sa manière de finir ou de cesser d’être.
Or, les objets de nos études ne nous intéressent pas toujours également aux diverses périodes de leur existence : tantôt c’est leur origine qui nous occupe
ou qui pique notre curiosité ; tantôt c’est leur état d’adolescence ; quelquefois nous voulons savoir comment ils finissent, etc., et nous négligeons ce qui ne se rattache pas au but spécial que nous voulons atteindre. En effet, le physicien, l’astronome qui découvre ou qui prédit l’apparition d’un nouvel astre, ne possède pas encore toutes les notions que l’on pourra acquérir sur ses caractères, etc., et sur l’influence qu’il exercera ; le chimiste , qui analyse exactement un corps , ne possède pas par là tout ce qui constitue l’histoire naturelle de ce corps.
De même, le pathologiste qui se contenterait d’examiner les symptômes , celui qui ne s’occuperait que des causes des maladies, etc., ne saurait connaître leur histoire naturelle, c’est-à-dire tout ce qui les constitue.
Or, le médecin doit avoir des notions exactes sur tout ce qui constitue une maladie , sur tous ses éléments , pour pouvoir la traiter convenablement.
Les physiciens et les chimistes reconnaissent des corps simples et des corps composés : les premiers sont ceux qui n’ont pas encore été décomposés; leur réunion forme les corps composés. Ils reconnaissent aussi des lois qui président à l'association et à la séparation des éléments.
Parmi les corps simples, ou les éléments admis par les physiciens et par les chimistes , il en est qui , par le rôle qu’ils jouent dans la nature, méritent une attention particulière, ou offrent un plus grand in-
térêt à l’observateur. Dans cette classe sont l’électricité, le calorique, la lumière, l’oxigène, l’hydrogène, le carbone et l’azote. Toutefois l’on ne saurait assimiler les trois premiers éléments à ceux que j’ai nommés en second lieu ; on pourrait même demander si ces trois éléments ne sont pas des modifications d’un même principe ou d’une même cause. Ce n’est pas sans doute ici le lieu de discuter un pareil sujet ; je veux seulement faire observer que , dans l’étude des sciences , l’on ne peut pas toujours établir des limites bien tranchées entre les objets dont elles s’occupent, et qu’il faut savoir reconnaître les difficultés des sciences, et les bornes de nos connaissances.
Pourquoi n’admettrions-nous pas , en anatomie , des organes simples et des organes composés, et, en médecine pratique , des états morbides simples et des états morbides composés , si l’on rencontre des organes composés d’un seul tissu , et d’autres formés de plusieurs ; et si , en pathologie , on trouve des affections qui offrent des caractères d’un seul ordre, et d’autres qui en présentent de plusieurs ordres, etc.? Pourquoi encore ne pas signaler , parmi les tissus simples, ceux qui, étant les plus répandus, semblent concourir d’une manière plus particulière à la constitution des organes, et convenir qu’entre les tissus simples , comme entre certains organes composés , les différences ne sont pas toujours faciles à bien préciser?
En pathologie, ne trouve-t-on pas des éléments morbides dont l’association forme le plus grand nom-
bre des maladies , ou qui se présentent dans presque toutes les affections ? Dès lors, ces éléments ne peuventils pas être désignés par les mots généraux, cardinaux, etc. ? Mais il faut en même temps savoir que ces éléments se touchent par des nuances si délicates, qu’il est souvent impossible de distinguer ces nuances, et de les étudier isolément.
Les lois générales (ou communes) que les physiciens et les chimistes reconnaissent comme présidant à l’association ou à la séparation des corps simples, bien qu’exprimées de plusieurs manières , peuvent être déduites des trois propriétés générales des corps, l’attraction , la répulsion et l’inertie. Ces lois se reproduisent sans cesse à leur observation , dans l’étude des objets qui sont soumis à leur investigation. De son côté , le médecin observateur retrouve aussi les mêmes lois générales ou communes dans toutes les maladies; il découvre toujours des phénomènes et des éléments morbides qui réagissent sur des parties plus ou moins éloignées du siège primitif de manifestation [pars mandans , répulsion), d’autres qui attirent à eux tous les mouvements sur ce même siège ( pars altrahens, attraction); enfin, il constate que certains phénomènes , que certains éléments morbides , que certains organes semblent isolés , qu’ils sont en quelque sorte inertes ( pars recipiens , inertie); nous disons en quelque sorte, car rien n’est inerte dans la nature, pas plus que dans le système vivant.
Toutefois , loin de nous, sans doute, l’idée de con-
fondre ies objets qui font le sujet des études du physicien et du chimiste , avec ceux dont s’occupent l’anatomiste et le pathologiste ; l’on peut bien procéder de la même manière , suivre la même méthode dans l’étude de corps totalement différents ; mais l’on ne doit pas pour cela les confondre ; il est bien permis de reconnaître , en physique et en chimie , des corps simples et des corps composés , et, en pathologie , des affections morbides simples ou élémentaires, et des affections morbides composées de plusieurs éléments ; mais les éléments physiques et chimiques ne sauraient être les mêmes que les éléments anatomiques et les éléments pathologiques. Les éléments qui entrent dans la composition d’un minéral ne sauraient être ceux qui constituent une maladie : nous ne pensons pas que personne ait jamais conçu une pareille idée. L’on a bien pu s’égarer quand on a voulu appliquer les principes de la chimie à la médecine , ou lorsqu’on a voulu classer les maladies d’après la prédominance des éléments chimiques qu’on observe quelquefois dans certaines affections; mais ces prétentions ont été bientôt abandonnées , car on n’a pas tardé à s’apercevoir qu’il se passe , dans le système vivant, des affinités qui, bien que pouvant être étudiées comme celles des corps inertes , s’opèrent entre des éléments différents de ceux qui font l’objet de l’étude du physicien et du chimiste. Nul doute aussi qu’on ne rencontre , dans la série des affinités vitales, des phénomènes qui se comportent jusqu’à
un certain point , dans le corps vivant , de la même manière que dans le laboratoire des chimistes, et qu’il ne se passe , dans les êtres doués de vie , des actions chimiques dont la connaissance est très-importante pour l’étude spéciale de la physiologie et delà pathologie. Personne ne conteste l’utilité que le physiologiste retire de la connaissance des divers phénomènes chimiques qui ont lieu dans la respiration; tout le monde est convaincu du parti que peut tirer quelquefois le pathologiste de la connaissance des principes constituants chimiques de l’urine dans le diabétès , dans la gravelle ; mais aucun médecin ne croira connaître exactement la respiration, le diabétès, la gravelle, s’il n’a des notions que sur les phénomènes chimiques qui se passent dans la respiration , le diabétès , la gravelle.
Après toutes ces réflexions , on ne confondra pas cette manière de philosopher dans l’étude de la science médicale , cette méthode , avec l’idée d’assimiler les éléments qui font le sujet des études des physiciens et des chimistes , et ceux dont s’occupe le médecin. Je pourrais ajouter que , tout en empruntant à la physique et à la chimie leurs méthodes d’investigation , tout en tirant parti de leurs découvertes, le médecin se les approprie pour parvenir à la connaissance du système vivant , comme aussi il tire parti de la connaissance de toutes les autres sciences, sans cependant que l’on puisse l’accuser de confondre ces dernières avec la médecine.
D’après ce qui précède , on conçoit que , pour parvenir à connaître une science ou une branche de cette science , il faut étudier son histoire et en apprécier les divers événements naturels ou réguliers , et ceux qui sont irréguliers.
Ainsi donc , pour connaître , par exemple , les peuples , comme pour avoir des notions exactes sur une science, il ne suffit pas d’énumérer les divers événements , les divers faits , et les caractères de ces événements et de ces faits qui en composent l’histoire ; il faut encore les apprécier eu égard à l’époque pendant laquelle ils se sont manifestés, et à l’influence qu’ils ont exercée sur les conséquences dont ils ont été suivis.
Pour apprécier un événement dans l’histoire d’un peuple, pour connaître une branche d’une science , il faut savoir encore quelles sont les dispositions et les causes qui les ont fait naître ; quels sont les caractères qui les constituent ; quels sont les rapports qu’ils ont avec les autres événements ou avec les autres branches de la même science, et l’influence qu’ils exercent et qu’ils reçoivent respectivement. Pour apprécier , enfin, les différents caractères d’un événement, ainsi que les divers caractères d’un fait qui sont du domaine d’une science ou d’une de ses branches, on procède de la même manière.
Voyez , en effet , la méthode suivie par l’observateur qui veut faire connaître les peuples; celle qu’emploient le physicien , le chimiste , le natura-
liste, je dirai aussi le pathologiste , qui veulent approfondir les objets de leurs études.
L’observateur qui veut connaître les peuples , recherche d’abord les circonstances qui en ont préparé l’apparition, et celles qui l’ont déterminée; il fait en sorte d’apprécier le rapport qui existe entre ces circonstances , ces causes , et le développement présumable alors des peuples, comme aussi d’une nation, s’il s’occupe d’une seule.
Il découvre qu’il est des nations qui ont dû naturellement s’établir et être distinctes de toutes les autres, eu égard à la constitution organique (1) , aux mœurs (2) , aux habitudes (3) des individus qui les composent. Cette première division, toute naturelle, comprend les races humaines qui forment des grandes familles , ou des nations distinguées par leur nature ou manière d’être. Il s’aperçoit aussi que des dispositions, des causes ou des événements particuliers ont amené la formation , en quelque sorte naturelle, de certaines nations , comme, par exemple , la situation organique (4) , topographique des lieux ; des habitudes religieuses (5) et indus-
(î) État matériel ou anatomique.
(2) État moral et vital.
(5) État phénoménal ou fonctionnel , effets ou actions.
(4) Matérielles.
(5) Morales.
trielles (1) , et que les motifs (2) de l'association qui constitue une nation sont tantôt généraux , tantôt locaux , ou se rattachent tantôt à l’intérêt général , tantôt à l’intérêt d’un petit nombre dont la conservation paraît nécessaire à l’existence de tous.
Cependant, il n’est pas toujours donné à l’observateur de connaître les dispositions et les causes, ou les motifs qui ont déterminé l’association des peuples ; un voile impénétrable semble quelquefois les lui cacher , tandis que , d’autres fois , il constate qu’une cause très-puissante a presque instantanément produit cette association (3) qui , plus tard , a pris un caractère spécial ou particulier.
Poursuivant l’étude de l’histoire des nations , le philosophe trouve que , parmi les événements qui la composent , les uns ont apparu d’une manière régulière ou naturelle , et les autres d’une manière irrégulière ou extraordinaire , et , pour ainsi dire , contre nature. C’est-à-dire qu’il s’aperçoit que certains événements sont en rapport avec les dispositions et les causes qui ont paru les préparer ou leur donner lieu , tandis que d’autres semblent n’avoir aucune analogie avec ces mêmes dispositions et ces mêmes causes , de sorte que l’on découvre l’inverse de ce qui se présente ordinairement. Il s’aperçoit : 1° que
(1) Fonctionnelles.
(2) État général et local.
(3) Cause déterminante.
certains événements s’étant montrés à une époque * tantôt peu en rapport, tantôt en opposition avec les besoins du moment, ils ont été nuis ou bien nuisibles au bonheur du peuple ou de la nation chez lesquels ces événements ont eu lieu. 2° Il découvre qu’un événement d’abord insignifiant , ou même avantageux , a acquis parfois une intensité telle , et a tellement dominé tous les autres, qu’il est devenu le plus remarquable de l’époque , et que même , par son exagération , il a été nuisible après avoir produit quelque bien. 3° L’observateur a encore l’occasion de noter que , selon les constitutions organique (1) , morale (2) , ou industrielle (3) , la durée d’une époque ( période ) marquée par une série d’événements du même ordre , a été plus ou moins longue, plus ou moins intense , et que , trop forte comme trop longue, cette période a été nuisible , quand, ayant cessé d’être en rapport avec une de ces constitutions , elle s’est trouvée par cela même irrégulière. 4° Il s’assure que des événements , que des innovations qui n’ont pas exercé leur influence sur les diverses classes de la société , qui devaient en ressentir les premiers effets , sont devenus nuisibles par cela même qu’ils sont irréguliers , ou ont paru dans un ordre extraordinaire. 5° Il trouve que des
(1) Anatomique.
(2) Morale ou vitale.
(5) Fonctionnelle.
événements , que des innovations qui ont brusquement acquis leur plus haut degré de développement ( que souvent l’on nomme improprement perfection ) , ou qui n’ont pas suivi une progression mesurée, n’ont eu qu’une existence éphémère, lorsqu’ils n’ont pas fini par être nuisibles. 6° Enfin , il étudie ces secousses politiques dans lesquelles les événements se succèdent et se remplacent avec une grande rapidité, ou se confondent, ce qui amène un désordre plus ou moins durable , plus ou moins fâcheux. Toutefois , au milieu de ce désordre , l’observateur attentif découvre encore certains efforts dirigés par divers membres de la nation , ou une certaine tendance pour revenir à l’ordre , et pour tirer même parti du désordre , à l’effet d’obtenir des améliorations dans l’état social (1).
Parmi les événements survenus dans l’ordre régulier , l’observateur en trouve qui passent en quelque sorte inaperçus (2) , ou qui n’ont qu’une légère influence sur la nation ou sur quelques-uns de ses membres ; d’autres sont remarquables par leur durée ou par l’impulsion qu’ils communiquent , par le changement qu’ils opèrent; il en est qui produisent
(î) Voyez mon ouvrage, art. irrégularité.
(2) Légers, forts, très-forts, généraux, locaux, primitifs, consécutifs, simples, composés, compliqués, idiopathiques, subordonnés, aigus, chroniques, continus, rémittents, intermittents, périodiques.
une secousse , qui procurent (les changements tellement remarquables , qu’ils compromettent , s’ils ne sont modérés par une main habile , l’existence du corps de la nation , et même celle des peuples voisins. On en trouve, parmi ces derniers, qui, exerçant d’abord leur influence sur un point limité , se propagent ensuite , ou exercent consécutivement et à la longue leurs effets sur l’ensemble de la nation , et même sur les nations voisines. Ceci nous amène à dire qu’il est des événements qui sont tellement liés à d’autres qui les ont devancés , qu’ils leur sont subordonnés. Cependant cette subordination finit parfois , et il n’est pas rare d’observer que certains événements qui en ont fait naître d’autres , disparaissent , et que ces derniers persistent. Il arrive aussi que plusieurs événements apparaissent simultanément ou successivement , sans exercer ou en exerçant une influence les uns sur les autres. On en voit qui persistent peu de temps avec ou sans beaucoup d’énergie , comme aussi il en est qui durent long-temps en donnant ou sans donner lieu à de fortes secousses , à des changements bien extraordinaires. Certains événements acquièrent de temps en temps une nouvelle activité ; d’autres reparaissent après avoir disparu ; et leurs retours semblent quelquefois parfaitement réglés , quoiqu’il ne soit pas toujours facile d’assigner les causes de ces retours.
L’homme qui est appelé à diriger et à gouverner une
nation, doit, sans doute, s’appliquer à connaître les dispositions et les causes qui ont préparé et celles qui ont déterminé certains événements, afin de les renforcer ou d’en affaiblir l’action , selon les besoins des peuples et les conséquences qu’elles peuvent eutraîner. Il doit surtout s’efforcer de régulariser les impulsions naturelles des peuples et celles qui leur sont communiquées , ou les mettre en rapport avec leurs dispositions et avec leurs besoins , sans perdre de vue qu’il est des événements qu’aucune science humaine ne saurait prévoir , comme aussi il en est qu’elle ne saurait arrêter , alors surtout qu’ils sont bien établis.
De même , le médecin qui est appelé à diriger et à gouverner une maladie , doit s’appliquer à connaître les prédispositions et les causes qui ont déterminé les éléments qui la composent , afin d’en renforcer ou d’en affaiblir les conséquences , eu égard à la position spéciale du malade ; il doit régulariser les efforts naturels médicateurs , d’après la connaissance qu’il a de leur solution heureuse ou malheureuse , sans perdre de vue encore qu’il est des événements ou des solutions qu’aucune science humaine ne saurait prévoir , comme aussi il en est qu’elle ne saurait arrêter alors qu’ils sont bien établis.
En comparant le corps vivant ou le microcosme à l’univers ou au macrocosme, les anciens ont eu peutêtre moins en vue de signaler les nombreux phéno-
mènes qui se passent dans les êtres organisés, que de faire sentir l’importance d’étudier de la même manière tout ce qui se passe dans la nature , bien qu’ils entendissent par le mot physique , l’étude de tout ce qui constitue l’univers, sans en séparer celle des êtres vivants. Et lorsque , pour faciliter la connaissance de chaque partie de la physique , que l’on peut appeler universelle , les savants l’ont divisée : 1° en histoire naturelle ; 2° en physique proprement dite ; 3° en chimie ; 4° en physiologie , l’étude de la spécialité des différentes branches de la physique universelle , toute utile qu’elle est , a fait perdre de vue l’importance qu’il y a d’étudier les êtres vivants comme représentant un second univers , ou de suivre dans leur étude la méthode que l’on adopte dans celle de la physique universelle ; d’un autre côté , on a trop souvent oublié que les êtres vivants doivent être étudiés comme ayant des qualités spéciales. Du reste , pour bien connaître ces derniers , il ne suffit pas de les considérer comme faisant partie de l’univers , et , par conséquent, comme soumis aux lois générales qu’étudie d’une manière particulière la physique proprement dite ; il ne suffit pas non plus de les examiner comme faisant partie de l’histoire naturelle, et comme composés des mêmes éléments qui se rencontrent dans les corps inorganiques; il faut encore apprécier les propriétés spéciales dont ils sont doués et qui les constituent êtres vivants.
Cependant , pour arriver à la connaissance des propriétés spéciales des êtres vivants , nous n’avons pas d’autre méthode à suivre que celle qui est adoptée pour l’étude de l’univers. Il faut : 1° décrire les phénomènes qui les caractérisent , et les classer ; 2° connaître les lois générales qui régissent ces phénomènes ; 3° scruter les divers éléments qui composent ces êtres , et leur influence réciproque ; en un mot , apprécier autant que possible les affinités vitales , sans rechercher cependant , plus qu’on ne le fait en chimie, la cause première de ces affinités. En effet, et on le sait très-bien , ce qui a le plus retardé les progrès des connaissances physiologiques, c’est la recherche de la cause première , du principe qui régit les êtres vivants, ou qui les fait distinguer des autres êtres ; et ce qui continue à retarder les progrès des mêmes connaissances , c’est l’abandon de la méthode adoptée dans l’étude de la physique de l’univers.
En définitive , les maladies se développent sous l’influence de prédispositions et de causes; elles offrent une série de caractères dont la valeur est différente (1), et se terminent d’une manière heureuse ou malheureuse. Le tempérament du malade , les prédispositions et les diathèses qu’il porte, les révolutions qu’il
(i) Ce qui amène à la distinction des états morbides en chirurgicaux et médicaux, qu’il ne faut pas confondre avec les maladies que forme leur association.
«prouve pendant la durée de son existence , les habitudes qu’il contracte ou qu’il abandonne , l’iil— fluence qu’exerce sur lui le monde extérieur ou tout ce qui est en rapport avec lui , sont autant de sources où l’on va puiser la connaissance des dispositions , des causes , des caractères morbides et de leur solution. Mais la vie est courte , l’art est long , l’occasion fugitive , l’expérience incertaine , les essais sont dangereux , et le jugement difficile. Il faut que le médecin fasse non-seulement ce qu’il convient , mais encore qu’il fasse concourir le malade , les assistants et les choses extérieures (1). Cependant les soins de la nature, ou plutôt les actes naturels ou spontanés du système vivant qui amènent la solution heureuse ou malheureuse des maladies , en montrent l’essence , ou la manière d’être favorable ou défavorable, et indiquent les règles (2) que l’on doit suivre dans leur traitement. Le chirurgien doit favoriser , provoquer , déterminer (3) les actes semblables (4) à ceux qui , naturellement ou spontanément , sont heureux dans les maladies ; il doit favoriser , provoquer , déterminer des actes opposés (5) à ceux qui sont défavorables ou contraires à leur solution heureuse.
(1) Aphorismes d’Hippocrate, section î.
(2) Naturam morborum ostendit curalio naturæ et curationem artis.
(3) Par une opération.
(4) Similia similibus curaiitur.
(5) Contraria contrariis curantur.
Nous venons d’indiquer la méthode que le médecin doit suivre pour connaître les sources d’indications dans les maladies chirurgicales et médicales , car , en théorie, ces maladies se confondent, bien qu’on puisse les distinguer en pratique : la science est une , l’art est divisible (1).
Voici, du reste, le plan que nous avons adopté.
Nous parlerons , dans un premier chapitre , des sources générales d’indications fournies par les tempéraments , les prédispositions , les diathèses , les révolutions des âges , l’hérédité , les habitudes contractées et abandonnées , et le monde extérieur.
Ce chapitre sera composé de cinq sections :
Dans la première , nous exposerons les sources d’indications provenant du tempérament , des prédispositions et des diathèses.
Dans la deuxième , nous ferons connaître les sources d’indications fournies par les révolutions des âges.
(1) Avant de parler des sources d’indications dérivant des états morbides chirurgicaux, nous ferons connaître les différences que l’on peut établir entre les maladies chirurgicales et les maladies médicales, ou plutôt entre les états morbides médicaux et les étals morbides chirurgicaux.
Dans la troisième, nous noterons les sources d? indications qui dérivent de l’hérédité.
Dans la quatrième , il sera question des sources d’indications qui proviennent des habitudes contractées ou abandonnées.
Dans la cinquième , nous traiterons des sources d’indications que fournit la connaissance du monde extérieur au malade.
Un second chapitre aura pour but d’exposer les sources spéciales d’indications que peuvent fournir les causes externes et internes , les états morbides chirurgicaux cardinaux, isolés et concomitants.
Ce chapitre se composera de deux sections :
Dans la première , nous noterons les sources spéciales (1) d’indications fournies par les causes externes et internes.
Dans la deuxième , nous ferons connaître les sources spéciales d’indications provenant des états morbides chirurgicaux cardinaux; nous la terminerons par quelques faits qui fortifieront les principes que nous aurons émis.
(1) Qu’il ne faut pas confondre avec les indications spéciales dont nous n’avons pas à parler.