CHAPITRE PREMIER
DES SOURCES GÉNÉRALES DINDICATIONS FOURNIES PAR LES TEMPÉRAMENTS , LES PRÉDISPOSITIONS , LES DIA¬ THÈSES , LES AGES , L’HÉRÉDITÉ , LES HABITUDES ET LE MONDE EXTÉRIEUR DANS LES MALADIES CHIRUR¬ GICALES.
Section première.
Des sources générales d’indications provenant des tempéraments, des prédispositions et des diathèses.
On doit appeler tempérament , cet état du corps vivant dans lequel , malgré la prédominance d’un système , d’un appareil , d’un organe ou d’une humeur , l’harmonie des fonctions , les actes des organes ne sont nullement troublés. Le tempérament est cet état du corps qui tempère la prédominance d’une partie.
La constitution est cet état de tout le corps vivant qui résulte non-seulement de la prédominance et de la tolérance d’un système , d’un appareil , d’un organe ou d’une humeur , mais encore de la manière avec laquelle se présentent les caractères de cette prédominance et cette tolérance. Elle résulte aussi de l’énergie avec laquelle cette tolérance a lieu chez une classe d’individus et chez chaque individu , ainsi que de leur résistance aux agents morbifiques. Ces dernières circonstances ou qualités nous amènent à
ia distinction des diverses constitutions et à celle des idiosyncrasies.
La force de la constitution se mesure par le degré d’énergie de la tolérance ou de la résistance vitale pour la prédominance d’un système , d’un appareil ou d’un organe , et par celle aussi qu’elle montre pour les agents morbifères; d’où il suit qu’il peut y avoir une constitution forte , quoique très-sanguine, quoique le tempérament soit très-sanguin , trèsnerveux ou très-pituiteux , et même quoique le sujet soit malade.
La constitution faible provient du défaut d’énergie de la tolérance et de la résistance aux causes morbifères ; ce qui permet facilement la formation des maladies et leur exaspération : une faible constitution peut se trouver chez un sujet très-sanguin ou peu sanguin , très-bilieux ou peu bilieux , malade ou bien portant.
La constitution peut être altérée , viciée sans cesser d’être forte , ou énergique sans cesser de résister énergiquement ; mais cette altération ou cette viciation par une cause quelconque, ou même par les progrès de l’âge , est capable d’affaiblir la constitution.
Le degré d’énergie , ou la tolérance , est relative : c’est-à-dire que les individus résistent à des degrés différents; ils résistent à un agent, et ils ne résistent pas à un autre ; ils résistent à l’instant, et ils ne résisteront pas plus tard; d’où il suit : 1° qu’il y
âs
a mie constitution très-forte et une constitution forte ; 2° qu’il y a une constitution spéciale pour chaque individu , ou une idiosyncrasie relative à la constitution et relative au tempérament.
Si l’on reconnaît que la tolérance ou la résistance des individus n’est pas toujours permanente , on peut nommer irrégulières la constitution , l’idiosyncrasie qui varient , ou dont les caractères ne sont pas toujours évidents dans toutes les circonstances. Il y a donc une constitution régulièrement forte ou faible , irrégulièrement forte ou faible, une constitution relativement forte ou relativement faible (1).
Nous avons dit qu’une constitution forte et même très-forte pouvait coexister avec un tempérament très-sanguin, très-nerveux, très-pituiteux, etc.; d’où il résulte qu’un sujet, quoique très-sanguin, quoique très-nerveux , etc. , mais d’une constitution très-forte ou qui tolère fortement cette exubérance du système sanguin , du système nerveux , etc. , n’est pas plus disposé qu’un autre qui n’a pas cette exubérance à devenir malade , ou à voir cette exubérance se convertir en maladie (2).
(1) Il est , au contraire, des individus avec des dispositions qui les mettent à l’abri de telle ou telle diathèse, de l’influence de telle ou telle cause, et chez lesquels tel acte (le plastique) , tel état morbide ne peuvent pas s’établir , ou s’établissent incomplètement.
(2) Ne confondons pas un fort tempérament (muscu-
Il suit aussi de cette remarque, qu’un individu , quoique moins sanguin ou moins nerveux, etc. , que celui dont nous venons de parler , peut néanmoins être disposé à une maladie en rapport avec son tempérament, si son degré de force est comparativement au-dessous de l’abaissement de l’énergie de son tempérament.
Mais comme les caractères composant un tempérament , et ceux qui constituent le degré de tolérance pour la prédominance, ne se jugent pas seulement par des phénomènes permanents , sensibles ou objectifs , mais encore par tous les actes de l’individu , on ne peut pas toujours les apprécier facilement au premier abord : ce qui veut dire que l’énergie du tempérament et celle de la tolérance sont plus ou moins apparentes , ou plus ou moins cachées.
Nous devons aussi faire remarquer que le tem-
laire , nerveux, sanguin) avec une forte constitution: le premier se rattache à un système général ou à une partie du corps; la seconde embrasse le corps entier.
Ne confondons pas non plus un mauvais, un faible tempérament, altéré ou malade , avec une mauvaise constitution, une faible constitution.
Un système se laisse atteindre, mais la constitution le défend énergiquement. Ne confondons pas enfin un tempérament vicié ou vicieux, irrégulier, avec une constitution viciée ou vicieuse.
pérament consistant ou pouvant consister dans la prédominance d’un système général , d’un appareil ou d’un organe , et par suite d’une humeur , et la tolérance ou résistance vitale se rattachant à un plus ou moins grand nombre de circonstances , puisque nous avons dit qu’il est des individus qui résistent au plus grand nombre de causes morbifiques , et que d’autres sont victimes en quelque sorte de toutes les causes , nous pouvons admettre que le tempérament , ainsi que la tolérance , sont plus ou moins généraux , plus ou moins locaux.
Nous pouvons, à la rigueur, admettre aussi autant d’idiosyncrasies qu’il y a d’individus , puisque chaque individu tolère et offre à sa manière la prédominance d’un système organique , et résiste à sa manière aux agents morbifères qui l’entourent.
L’on ne saurait d'ailleurs, par aucun moyen , mesurer exactement , d’un côté , le degré de tolérance et de résistance de chaque sujet , comme l’on ne saurait, d’un autre côté, mesurer rigoureusement le degré de prédominance de chaque système organique, et l’énergie des causes morbifiques sur des individus divers.
Quoique l’on ne puisse pas mesurer exactement la tolérance et la résistance de chaque sujet, ainsi que la prédominance de chaque système , et l’énergie des causes morbifères sur divers individus, ni tracer à priori les caractères des idiosyncrasies, puisqu’elles se confondent avec les dispositions spéciales de chaque
individu, on peirt néanmoins les rattacher , soit aux tempéraments généraux et locaux, soit aux constitutions.
Pour apprécier les tempéraments et les constitutions , et les distinguer les uns des autres , nous avons cru qu’il convenait de mettre en rapport ou en opposition la prédominance d’un système organique , d’un appareil , d’un organe , d’une humeur , avec la résistance (1) qu’oppose le corps vivant à la rupture de l’équilibre, qui peut avoir lieu par suite de cette prédominance.
Nous avons cru qu’il fallait encore , pour obtenir ce résultat, mettre en opposition cette même résistance avec l’influence qu’exercent ou que peuvent exercer les causes morbifères.
De cette étude résulte nécessairement la notion de ce que l’on doit entendre par prédisposition morbifique , et des indications qui en proviennent.
Ainsi, nous dirons qu’un individu est prédisposé à une maladie, soit lorsque, chez cet individu, la prédominance d’un système organique , d’un appareil, d’un organe ou d’une humeur (2) , surmonte la résis-
(1) Ou la tolérance du corps pour cette prédominance.
(2) Un sel de l’urine se précipitant est cause prédisposante de calcul. La bile trop abondante est cause prédisposante de l'embarras gastrique, et non une prédisposition tant que la résistance l’emporte sur la puissance et annule celle-ci. Les causes spéciales sont prédis-
tance que lui oppose le corps vivant , ou la tolérance que ce dernier avait pour cette prédominance , soit lorsqu’un sujet perd de l’énergie qu’il avait pour résister aux causes morbifiques.
Il suit de cette définition , que le tempérament , quelque développé qu’il soit , ne constitue pas rigoureusement une prédisposition à une maladie, car alors tous les individus porteraient une prédisposition morbifique. Il faut, pour que nous admettions que celle-ci existe et donne lieu à des indications , que la prédominance du système , de l’appareil , de l’organe ou de l’humeur qui forme le tempérament , soit difficilement tolérée , et que , par conséquent , le sujet, sans être malade, soit près de l’être, ou soit prédisposé à l’être , vu sa faible résistance ; il faut , en un mot , que la puissance l’emporte sur la résistance.
Nous venons de dire que le tempérament , quelque développé qu’il soit, ne constitue pas rigoureusement une prédisposition morbifique , et nous avons souligné le mot rigoureusement. C’est qu’en effet ( qu’on nous permette de retourner la proposition pour en faire mieux sentir la valeur ) , quoique rigoureuse-
posantes ou efficientes, c’est-à-dire tolérées ou non tolérées : ainsi, le virus vénérien introduit dans le corps est une cause prédisposante de la vérole tant que celleci ne se manifeste pas ; il est cause efficiente quand la vérole apparaît.
ment un tempérament ne constitue pas une prédisposition , puisque , comme nous venons de le dire , en admettant le contraire , tous les hommes (1) auraient une prédisposition morbifique, car tous ont un tempérament; néanmoins on ne saurait se refuser à reconnaître que le tempérament est une circonstance qui favorise le développement d’une prédisposition , si toutefois il ne la fait pas naître , ou même, disons plus , ne la constitue pas , quand il est fort développé et difficilement toléré.
Mais encore , en faisant cette dernière concession , qui est , sans aucun doute , immense , nous avons à faire remarquer (2) , en même temps , que si nous voulons que le tempérament soit très-développé , si surtout nous exigeons, pour qu’il constitue une prédisposition morbifique , qu’il faille qu’il soit difficilement toléré , et que la puissance l’emporte sur la résistance , nous exigeons aussi que des circonstances nous montrent cette difficulté de la tolérance : or, celle-ci ne peut se reconnaître que par l’ac-
(1) A moins que l’on ne veuille admettre une exception pour ceux qui ont un tempérament tempéré ou un système vivant dans lequel aucun système organique, aucun appareil, aucun organe ne prédomine sur les autres ; ce qui est, de l’avis de tout le monde, une chimère.
(2) Cette remarque nous prouve dès à présent l’importance qu’il y a de reconnaître les rapports qui existent
froissement progressif de la puissance ; dès lors , nous pouvons faire synonyme de prédisposition morbifique, exagération croissante du tempérament.
Ainsi donc , toutes les fois que nous verrons s’accroître les caractères constituant le tempérament d’un individu , nous dirons que cet individu se prédispose ou est prédisposé à la maladie dont les caractères sont en rapport avec son tempérament ; et nous ne dirons pas qu’il est prédisposé à telle maladie par cela seul qu’il a tel tempérament , afin
d’éviter d’admettre autant de prédispositions qu’il y a de tempéraments , et , par conséquent , autant de prédispositions qu’il y a d’individus ; car , en suivant
entre les tempéraments et les maladies; et si, plus tard, nous arrivons à établir qu’il est des moyens capables d’empêcher l’exagération d’un tempérament , ou que celui-ci ne devienne une prédisposition morbifique, ces mêmes moyens seront ceux qui empêcheront le développement de la maladie dont les caractères sont en rapport avec ce même tempérament.
En un mot , nous voulons dire que les moyens capables d’empêcher le développement d’une prédisposition morbifique, empêchent aussi le développement delà maladie qui lui correspond.
Nous pouvons ajouter par anticipation que ces moyens constituent aussi ce qu’on a appelé traitement prophylactique, ou propre à enrayer l’influence des causes ; ce qui le confond, en grande partie, avec le traitement palliatif.
cette manière de raisonner , il faudrait encore regarder comme prédisposition morbifique chaque idiosyncrasie , attendu que chaque idiosyncrasie , se liant plus ou moins à un tempérament, se lierait aussi plus ou moins à une prédisposition.
Cette manière de raisonner paraîtrait à tout le monde essentiellement vicieuse ; et, bien plus , si l’on s’obstinait à regarder comme prédisposition morbifique chaque tempérament, il faudrait alors distinguer le tempérament ou la prédisposition ( devenus dans cette théorie synonymes ) en celui qui , en prenant de plus en plus d’intensité , amène plus ou moins vite à la maladie, ou la prépare, la prédispose et la fait pressentir , et en celui qui , restant toujours au même point , ne donne aucune sollicitude. Le premier mérite l’attention du médecin et les soins nécessaires pour prévenir un mal plus ou moins imminent ; le second , au contraire , ne fournit pas d’indications : s’il en était autrement, le médecin aurait à donner des soins à tous les sujets , à ceux même qui jouissent de la constitution la plus heureuse , car ceux-là aussi ayant un tempérament , seraient , par là même , prédisposés à être malades , ce qu’il faudrait éviter.
On voit , d’après cette dernière réflexion , quels seraient les inconvénients d’une pareille hypothèse , surtout aux yeux des hommes du monde et même à ceux de l’art , les moins scrupuleux sur l’admission des divisions importantes.
Ainsi donc , en admettant cette dernière distinction que l’on ne saurait récuser, nous devons, en pathologie , distinguer du tempérament la prédisposition ou cet état du corps qui prépare la maladie et la fait pressentir ; attendu que le mot prédisposition entraîne avec lui l’idée d’une marche vers le mal , ou du moins celle d’un mal imminent qui n’a besoin que d’une faible occasion pour se déclarer; tandis que le mot tempérament fait entendre , au contraire , que le corps vivant tempère, modère ou tolère tout ce qu’il a de tendance au mal ou à la maladie.
Cette manière d’exprimer ce que c’est qu’un tempérament , donne l’idée d’une lutte entre la prédominance d’un système , etc. , et celle de tout le corps vivant : or , tant que la lutte est à l’avantage de ce dernier, il n’y a pas maladie ; tandis que, dès l’instant qu’elle est au profit de la prédominance organique , il y a prédisposition , sinon maladie.
Nous disons sinon maladie, attendu que la lutte peut tourner au profit de la prédominance organique d’une manière assez forte et assez brusque , pour qu’au lieu de voir apparaître une simple prédisposition ou une tendance à la maladie , il survienne un état morbide ou une maladie.
La prédisposition à un état morbide peut être non-seulement la conséquence de l’exagération croissante du tempérament , mais peut encore apparaître
spontanément ou à la suite de causes diverses (1) ; car on observe des prédispositions et des tempéraments naturels, et d’autres qui sont acquis; on en trouve qui sont bien apparents, et d’autres qui sont obscurs ou cachés; il y en a de généraux et de locaux , de légers , de forts et de très-forts.
D’après la définition que nous avons donnée du tempérament, on pourrait en admettre autant qu’il y a dans le corps vivant de systèmes, d’appareils, d’organes et d’humeurs, et reconnaître, par suite, autant de prédispositions morbifiques , puisque chacune de ces parties peut prédominer et cesser d’être tolérée.
Cependant les médecins de tous les temps et de toutes les sectes (2) s’accordent à limiter le nom-
(1) Parmi les causes qui peuvent faire naître des prédispositions morbides, et môme donner lieu à des états morbides ou à des maladies, nous noterons les constitutions médicales, les principes endémiques, épidémiques, contagieux, infectieux.
Du reste, les prédispositions se confondent jusqu’à un certain point avec les prodromes des maladies, ou n’en diffèrent qu’en ce qu’elles permettent l’exercice libre des principales fonctions, qui, le plus souvent , ne sont troublées qu’à la longue.
(2) Les médecins, en effet, n’ont admis qu’un certain nombre de tempéraments qu’ils ont rattachés principalement à la prédominance des humeurs ou des solides , selon l’importance qu’ils leur ont accordée. C’est ainsi
bre clés tempéraments, et à en reconnaître de généraux ou cardinaux , comme ils admettent des maladies cardinales , afin , sans doute , de faciliter leur étude.
Bien peu de médecins parlent des tempéraments que l’on peut appeler locaux , ou leur accordent une certaine attention ; c’est , sans doute , parce que les phénomènes qui servent à les caractériser sont bien souvent obscurs (1), ou peu importants ,
que les humoristes rapportent les tempéraments à la prédominance du sang, de la bile, de la pituite, du flux nerveux.
Les solidistes les rapportent à la prédominance des systèmes nerveux , sanguin , lymphatique. Les organiciens les confondent avec l’exagération des systèmes organiques. Des médecins que l’on nomme vitalistes, animistes , les rattachent à la prédominance de certains actes ou phénomènes que l’on appelle vitaux. Mais tous limitent le nombre des tempéraments. Du reste, pour nous, le mot tempérament entraîne l’idée non-seulement de la prédominance d’un système organique, mais encore celle des caractères, des actes qui appartiennent à ce système en tant que vivant; nous ajouterons même à cet organe, à ce tissu, à cette humeur, si nous voulons parler de tempéraments locaux; car nous n’admettons pas qu’un cadavre puisse avoir un tempérament, pas plus qu’il ne peut avoir une maladie.
(i) Nous devrions faire une exception pour le tempérament bilieux , qui , du reste, vu la généralité des phénomènes, devrait être placé parmi les tempéraments cardinaux , ainsi que le font la plupart des auteurs.
tant qu’ils sont tolérés; dès qu’ils cessent de l’être, ils sont bientôt suivis pour l’ordinaire d’un état morbide ou d’un trouble assez marqué des fonctions qui mérite plutôt le nom d’état morbide que celui de prédisposition.
Il est très-important de connaître en pratique la tolérance qui , chez chaque individu , se rapporte au tempérament, et celle qui se rattache à la prédisposition morbifique , attendu que, quelque exagérés que soient les caractères d’un tempérament , quelque prononcés que soient ceux d’une prédisposition quelconque, on ne saurait fixer leur valeur sans connaître le degré de tolérance de l’individu qui les porte. Nous voyons tous les jours des sujets qui offrent les caractères les plus prononcés d’un tempérament ou d’une prédisposition, et qui cependant jouissent d’une santé plus parfaite que d’autres chez lesquels ces caractères sont moins évidents. Nous en vovons même chez lesquels cette exagération se montre et s’exaspère, soit spontanément, soit à la suite de la moindre cause , sans que leur santé soit troublée; si elle l’est , ce trouble n’est que passager, tant est grande leur résistance aux actes morbides inhérents à leur tempérament ou à leur prédisposition tolérée ; je dis leur prédisposition tolérée , car les sujets dont je parle ne tolèrent pas toutes les prédispositions , toutes les causes morbifiques (1) , et ne tolèrent pas
a une constitution plastique qui résiste
non plus indéfiniment la prédisposition qu’ils portent, surtout si une cause accidentelle vient la renforcer.
Enfin , on voit des sujets dont la constitution ou dont la tolérance est tellement énergique , qu’ils résistent pendant un temps infini à des maladies , à des lésions organiques effroyables , et ne succombent que lorsqu’un autre mal ou la vieillesse vient en quelque sorte rompre leur résistance.
Il est vrai que la tolérance dont nous venons de parler , surtout en dernier lieu , n’est pas commune ; il est vrai aussi que l’on ne peut , pour l’ordinaire , la constater qu’à posteriori , ce qui fait, disions-nous tout à l’heure , que l’on n’est pas disposé à la regarder comme constituant un tempérament, bien qu’elle en offre les principaux caractères.
Quelle que soit la valeur du nom pour désigner les faits que je viens de citer , toujours est-il que ces faits existent , et qu’on peut les rappeler par les mots prédisposition tolérée et prédisposition non tolérée ; nous allions même ajouter maladie
au régime, aux saignées, et cette conslitution tolère cependant un vice dartreux qui peut-être annule le traitement ou fait prédominer la constitution plastique.
M. *... a une prédisposition apoplectique et paralytoïde tellement tolérée , que les symptômes apoplectiques et paralytoïdes se dissipent avec la plus grande facilité, tant ils sont facilement tolérés, lorsqu’ils apparaissent.
tolérée , si nous n’avions craint d’accorder trop d’extension à nos expressions.
Cependant ne perdons pas de vue que, quelque importantes que soient ces distinctions , il ne faut pas leur accorder plus de valeur qu’elles en ont réellement, et surtout prétendre établir entre elles des limites rigoureuses et toujours faciles à préciser.
La nature , ainsi qu’on le répète souvent , n’aime pas les sauts ; de sorte que tout ce qui se présente autour de nous offre des différences et des analogies : il faut saisir les plus importantes, sans perdre de vue celles qui offrent moins d’intérêt , alors surtout que nous étudions des objets qui ont une valeur différente , selon l’époque de leur existence ou de leur durée.
Le tempérament , la prédisposition , la diathèse , l’état morbide , la cachexie , servant ou pouvant servir à résumer , en pathologie , des modifications parfois successives du corps vivant qui offrent un intérêt divers, il importe de noter les caractères qui les séparent , et d’étudier , dans tous les cas , la valeur relative de tout ce qui se rattache à leur présence heureuse ou malheureuse pour le malade.
La diathèse comprend non-seulement la prédominance d'un système , d’un appareil , d’un organe , d’une humeur , ou les effets d’une cause morbifique, mais encore celle de plusieurs systèmes , et par suite la manifestation d’actes morbides de plus en plus généraux ou constitutionnels, de manière que suc-
eessivement diverses parties du corps sont envahies (1).
D’aiileurs , bien que la diathèse puisse être tolérée comme la simple prédisposition , néanmoins , pour l’ordinaire, elle ne l’est que momentanément; elle est incessante , renouvelant sans cesse de nouveaux états morbides , si elle n’est tout-à-fait éteinte par un traitement approprié ; car rarement la nature la fait complètement disparaître.
L’état morbide se compose d’une série de phénomènes qui proviennent d’une prédisposition, d’une diathèse, ou bien d’une cause qui les a fait naître. L’état morbide donne l’idée de la lésion d’un système, d’un appareil, ou d’un organe; tandis que le mot cachexie fait entendre que cette lésion envahit successivement presque toutes, sinon toutes les parties du corps : la cachexie est à l’état morbide ce que la diathèse est à la prédisposition.
Dès lors , sans chercher à décider , puisque cela n’entre pas dans le sujet que nous traitons, la question de savoir s’il est avantageux ou non d’admettre , en physiologie , des tempéraments généraux
(1) M. Dief.... prend des affections catarrhales avec la plus grande facilité, et ces affections atteignent des organes différents : n’a-t-il pas une diathèse catarrhale d’après la définition ?
M. B . offre des phénomènes nerveux infiniment
variés qui atteignent tous les organes et simulent toute espèce de maladies, môme l’apoplexie : n’a-t-il pas une diathèse nerveuse d’après la définition donnée?
et des tempéraments locaux , nous reconnaîtrons , en pathologie, deux grandes catégories de prédispositions morbifiques.
La première catégorie de prédispositions morbifiques comprend celles qui se rattachent à la prédominance toujours croissante, décroissante, irrégulière (1), spéciale, des actes physiologiques d’un système, d’un appareil , d’un organe ou d’une humeur , ce qui embrasse les tempéraments 1° généraux, et 2° locaux, d’oü résultent deux sections.
La seconde catégorie , que l’on ne saurait rapporter à des actes physiologiques devenus prédominants, mais bien à des actes pathologiques ou anormaux, pourrait, ce me semble, être aussi divisée en deux sections, comprenant, l’une des actes communs ou se présentant souvent à l’observation clinique , et l’autre des actes moins communs ou insolites.
Dans la première section de la première catégorie , je place les prédispositions nerveuse , sanguine , lymphatique.
Dans la seconde section de la première catégorie , je mets les prédispositions bilieuse ou plutôt épigastrique , génitale ou plutôt hypogastrique , cutanée , thoracique, céphalique, etc. Je dis etc. , pour ne pas nommer tous les organes , tous les tissus , toutes les humeurs, et je me sers des mots épigastrique, hypogastrique , ou de mots rappelant des régions où se
(i) Vapeurs ou symptômes nerveux irréguliers tolérés»
trouvent divers organes , afin de prévenir que bien souvent on constate plutôt la région d’où partent les phénomènes morbides , qu’on ne peut spécifier l’organe qui en est réellement le point de départ : c’est ainsi , par exemple , que , fréquemment , dans les affections bilieuses , on est embarrassé pour distinguer si c’est le foie ou l’estomac qui joue le principal rôle dans la production des phénomènes constituant la prédisposition à ces affections.
Dans la première section de la seconde catégorie se trouvent les prédispositions catarrhale , rhumatique , arthritique , rachitique , dartreuse , scrophuleuse , scorbutique , cancéreuse. Notons que les trois dernières se présentent , même au début de l’apparition des caractères qui les font reconnaître , plutôt avec les traits de la diathèse qu’avec ceux de la prédisposition proprement dite.
La seconde section de la seconde catégorie embrasse les prédispositions fluxionnaire , hémorrhagique , séreuse, plastique, purulente, ulcéreuse, gangréneuse , crétacée, calcaire ou calcuieuse , osseuse , fibreuse , stéatomateuse , athéromateuse , mélicérique , sarcomateuse , mélanique , et plusieurs autres se rattachant à des produits morbides divers qu’il est inutile de nommer ici.
Je noterai que je désigne par le mot d'insolites les prédispositions de cette dernière catégorie , parce que , d’un côté , les phénomènes qui servent à les caractériser ne sont pas toujours le résultat d’une
disposition du système vivant préexistant à leur apparition , mais bien l’effet d’ une cause accidentelle ; d’un autre côté , parce que ces phénomènes , quoique devant assez souvent être rattachés à l’influence d’une cause accidentelle, offrent aussi parfois ( d’une manière extraordinaire ou insolite ) tous les caractères diathésiques , et se rattachent aussi quelquefois à des actes physiologiques.
La tolérance des actes pathologiques peut comprendre aussi les cas dans lesquels ces actes agissent comme prédisposition , comme diathèse , comme état morbide et comme cachexie ; c’est-à-dire que , dans ces diverses conditions , le corps vivant peut les tolérer, en suspendre ou en neutraliser les effets , assez pour que la santé soit ou paraisse parfaite , ou pour que les fonctions s’exécutent comme si ces conditions morbifiques n’existaient pas.
Les modes que peuvent présenter les tempéraments , les prédispositions et les états morbides cardinaux , comprennent l’excès , la diminution , l’aberration , la spécialité (ordinaire et insolite) des propriétés et des actes des organes qui expriment ces modes.
Mais il importe de ne pas confondre les caractères représentant ces divers modes lorsqu’ils sont tempérés et lorsqu’ils cessent de l’être ; c’est même sur la tolérance ou la non tolérance , que l’on distingue, dans ces cas, la santé de la maladie, et que l’on établit les indications. Dès lors , quand on
voit prédominer des actes organiques quelconques, il faut au plus tôt s'assurer s’ils sont tolérés ou s’ils ne le sont pas, ou s’ils constituent un état morbide ou un mode d’être spécial , un tempérament propre à l’individu. Car la tolérance, la santé ou le libre exercice des fonctions peut se montrer avec toute espèce de caractères physiologiques et pathologiques dominants , comme aussi l’on trouve des sujets qui ne savent tolérer , en quelque sorte , aucune cause morbifique , et qui , par conséquent , sont toujours malades ou près de l’être, bien qu’ils n’offrent pas de prédominance organique sensible.
Les propriétés et les actes des organes dans lesquels s’expriment les phénomènes servant à caractériser les modes nerveux tempérés ou non tempérés, se rattachent d’une manière générale à la sensibilité (1) , à la contractilité et à la caloricité (2) dont sont doués ces organes ; ils se lient aussi au mouvement expansif (dilatatoire) et au mouvement contractif (tétanique, coagulatif) dont sont doués tous les organes , toutes les humeurs , et modifient ces mouvements d’une manière spéciale.
Nous devons noter qu’il importe de ne pas con-
(1) Mme X . exprimait la sensation nerveuse qu’elle
éprouvait , en disant : je suis une bête qui lit.
(2) fljme x . avait toujours besoin d’un réchaud pour
combattre une sensation spéciale do froid qu’elle éprouvait à la figure.
fondre les modes nerveux, suite d’une prédisposition générale, naturelle ou acquise , elles indications qui en résultent , avec ceux qui sont l’effet d’une cause spéciale , avec ceux qui sont l’effet d’une diathèse , d’une cause traumatique, d’une altération matérielle.
Et à propos des rapports qui peuvent exister entre les modes nerveux et une altération matérielle , nous devons encore faire remarquer que , pour l’ordinaire, ces modes sont subordonnés aux lésions matérielles coexistantes avec eux , ou qu’ils ne tardent pas de l’être. Rarement les lésions matérielles sont la conséquence d’un état nerveux; ce qui n’empêche pas que, néanmoins, ces modes , suite d’un état matériel, ne puissent acquérir une certaine importance dans la maladie dont ils font partie , dans une tumeur blanche, par exemple , et fournir des indications.
Quant aux modifications qu’est susceptible d’offrir le mode sanguin , il faut distinguer celles qui se rattachent au système artériel , de celles qui se lient au système veineux , bien qu’elles se confondent sous mille rapports.
Les modifications artérielles qui appartiennent à l’excès d’action de ce système comprennent la vitesse, la fréquence , la force des battements du cœur et des artères (1) et leur plénitude , la dureté de ces batte-
(1) Turgescence des vaisseaux ou des humeurs.
ments qui annoncent plus particulièrement la surabondance du sang (1), soit que cette surabondance consiste dans l’excès de la fibrine (2) , de la matière colorante ou de la sérosité.
Les modifications qui appartiennent au système lymphatique comprennent, comme celles du système sanguin , deux grandes divisions , dont l’une embrasse le système lymphatique général , et l’autre le système lymphatique abdominal.
Le tempérament bilieux ou le tempérament épigastrique comprend , comme les autres , l’augmentation , la diminution , l’aberration , le mode spécial des actes des organes placés dans la région indiquée, modes qu’il ne faut pas confondre avec les phénomènes qui se rattachent aux tempéraments cardinaux. Les premiers sont spéciaux , ou propres aux organes cités , et fournissent des indications spéciales ; les seconds , communs à tous les organes , sont la source d’indications générales.
Toutefois ces deux ordres de phénomènes, quoique méritant d’être distingués , peuvent néanmoins coexister.
La prédominance non tolérée des caractères qui servent à désigner un tempérament cardinal , constitue une prédisposition générale ; la prédominance non tolérée des caractères qui se lient avec les actes
(1) Pléthore.
(2) Plasticité.
d’un organe ou d’un appareil , constitue à son tour une prédisposition locale.
On peut donc admettre qu’il existe une prédisposition locale morbifique , lorsqu’un appareil ou un organe offrent des phénomènes ou des actes toujours croissants , et par conséquent susceptibles de troubler d’un instant à l’autre l’harmonie des fonctions.
Si la prédominance tolérée de chaque organe ‘ est susceptible de donner lieu à un tempérament local , et , par suite , si celle qui n’est pas tolérée est capable de former une prédisposition morbifique , il peut y avoir autant de prédispositions morbides qu’il y a d’organes dans le corps vivant.
Lorsqu’on recherche les prédispositions qui ont pu donner lieu à une maladie , et les indications qui en résultent , on doit s’assurer de la manière d’être de tous les organes , et constater si l’un d’eux n’offre pas une prédominance qui ait cessé d’être tolérée. Il faut , en outre , s’assurer si cette prédominance se lie par ses caractères avec ceux de la maladie survenue, attendu qu’il ne suffit pas qu’une prédisposition morbifique préexiste pour admettre que la maladie qui apparaît en est la conséquence, il faut encore qu’il y ait rapport de caractères entre l’une et l’autre. Nous disons rapport de caractères , mais nous n’exigerions pas la même condition s’il s’agissait de déterminer la part d’influence d’une cause occasionnelle et même d’une cause effi-
ciente sur la production d’une maladie ; car une prédisposition modifie toujours les effets d’une cause déterminante , tandis qu’elle-même ne se modifie pas ou ne se change pas lorsqu’elle devient maladie , par la cessation de la tolérance du système vivant. Or , quand une maladie survient par l’effet d’une prédisposition ou d’une cause quelconque , celles-ci peuvent : 1° exercer sur le tempérament une influence telle , qu’il cesse d’être toléré , ou que les caractères qui le constituent s’accroissent et tendent à amener une autre prédisposition , sinon un autre état morbide ; 2‘ agir aussi sur une prédisposition préexistante , et autre que celle qui a amené la maladie , de manière à la convertir en état morbide. Dès lors, d’un côté, le tempérament ayant acquis les caractères d’une prédisposition ou d’un état morbide , et, d’un autre côté, la prédisposition d’abord indépendante ayant acquis des caractères morbides , modifient la maladie en se combinant avec elle ou en la compliquant : c’est donc ici le cas d’un effet qui devient cause , et de l’association de plusieurs indications. Ainsi donc, les tempéraments et les prédispositions individuelles , je puis encore ajouter les diathèses et toutes les causes qui n’ont pas d’abord exercé la moindre influence dans la production d’une maladie , sont susceptibles d’être activées ou aggravées consécutivement par elle, et, par suite, d’en faire partie , ou d’exercer à leur tour une influence plus ou moins marquée sur les états morbides qui
la constituent. Il faut , par conséquent , toutes les fois qu’une maladie apparaît , étudier l’influence qu’elle exerce sur le tempérament , sur les prédispositions , sur les diathèses , sur les causes morbifères que porte le sujet, et réciproquement. Car , encore une fois , tout se lie dans le corps vivant ; de sorte qu’une maladie qui éclate indépendamment des prédispositions morbifiques les plus prononcées , une maladie la plus chirurgicale possible , peut recevoir une influence , des prédispositions, etc. , préexistantes , et en exercer une sur elles. Or , cette influence sera relative aux caractères que présentent les unes et les autres , ou plutôt sera soumise à la loi de subordination.
Un individu porte une dartre qui est bien tolérée , une maladie survient , qui exaspère la dartre , de sorte qu’alors, de tempérée qu’elle était, cette dartre constitue un état morbide, puisqu’elle trouble les fonctions , soit de la peau , soit des autres organes , et réagit même sur la maladie qui l’a exaspérée.
Nous avons dit que les caractères qui servent à reconnaître les prédispositions générales insolites, bien souvent ne se lient qu’à un mode local ou à une prédisposition locale ; nous devons même ajouter qu’assez souvent ces caractères sont la conséquence de l’action d’une cause externe (1) , ou, du moins, d’une cause
(1) Épidémique, endémique, infectieuse , contagieuse, physique, chimique, spéciale.
qui ne se lie pas avec la constitution organique du sujet, quoique parfois elle en provienne.
Par exemple , un calcul , un séquestre donnent lieu à des effets qui ne se lient pas avec la constitution du sujet, quoique la cause qui détermine leur formation provienne du sujet. On prendra bien garde de ne pas confondre ici la prédisposition qui a donné lieu à la formation de ces corps , avec les effets qu’ils produisent. La prédisposition calculeuse provient de la constitution , tandis que les effets de la présence du calcul n’en proviennent pas. D’ailleurs un calcul, un séquestre, peuvent être l’effet d’une cause externe. En un mot , il ne faut pas confondre l’enchaînement des prédispositions et des causes morbifiques , et celui des indications.
Les fluxions, les hémorrhagies, les collections séreuses, plastiques, purulentes, l’ulcération, la gangrène, les matières crétacée, calcaire, osseuse, fibreuse , cartilagineuse , sont souvent la conséquence d’une manière d’être locale , ou d’une prédisposition locale , et plus souvent encore la conséquence d’une cause extérieure déterminante ou efficiente. Cette remarque est assez exacte , pour que nous puissions avancer qu’avant de rattacher à une prédisposition générale les phénomènes que nous venons de citer, le praticien est fréquemment obligé d’attendre que leur répétition , leur ténacité et 1 insuffisance des remèdes qui ordinairement les combattent avec avantage, l’aient forcé en quelque sorte d’admettre une
prédisposition ou mode d’être général, au lieu d’un mode local seulement.
Il résulte de ce que nous venons de dire , que des actes organiques naturellement accrus (1), ou survenus (2) , que des agents extérieurs sont capables d’amener une prédisposition morbide et une maladie. Or, s’ils peuvent amener, ils ne produisent pas toujours ; ils sont donc parfois tolérés , ce qui nous ramène encore à admettre la tolérance et la non tolérance des actes cités , et celle du monde extérieur, comme nous reconnaissons la tolérance et la non tolérance , ou prédisposition morbifique des systèmes et des organes.
Essayons maintenant de signaler les conditions et les cas dans lesquels certains actes organiques, comme les révolutions des âges, l’hérédité , les habitudes et le monde extérieur, déterminent des effets qui , quoique prédominant sur les actes d’autres organes , sont cependant tolérés, et les cas et les conditions dans lesquels ces effets ne sont pas tolérés , et par conséquent déterminent des prédispositions , des modes ou des états morbides qui fournissent des indications.
Parmi les actes organiques qui , naturellement ou spontanément accrus ou survenus , sont capables d’amener une prédisposition ou un état morbide , et de fournir des indications , nous noterons :
(1) Révolution des âges.
(2) Habitudes.
1° Les révolutions des âges , comprenant l’accroissement , la dentition , la puberté , la menstruation, l’âge critique ou de retour.
2° L’hérédité qui se rattache tantôt à une prédisposition connée , tantôt à une prédisposition survenue à une certaine époque de l’existence de l’individu qui la porte.
3° Les habitudes , auxquelles se rattachent tous les actes des organes augmentés , diminués , devenus irréguliers ou spéciaux par leur continuité extraordinaire d’action ou de repos.
Section deuxième.
Sources d’indications fournies par les révolutions des âges.
Les actes que comprennent les révolutions des âges sont , comme tous les autres , accrus , diminués , irréguliers , spéciaux ; ils peuvent être , ainsi que l’hérédité , les habitudes, tolérés ou non tolérés , d’où résultent des tempéraments, des prédispositions ou des états morbides relatifs aux révolutions des âges , à l’hérédité et aux habitudes contractées ou survenues.
Tant que ces actes sont tolérés , ils sont du domaine de la physiologie , ou ne constituent ni prédispositions ni états morbides ; mais dès l’instant qu’ils s’accroissent d’une manière qui leur est extraordinaire, ou qu’ils cessent d’être tolérés, il importe au pathologiste d’en étudier , d’en apprécier les con-
séquences et les indications qui en dérivent. Or , les effets des actes dont nous parlons sont différents , selon les caractères qui les constituent et les organes qui les exécutent. C’est ainsi que l’accroissement extraordinaire et surtout rapide de tout le corps peut imprimer dans la constitution une secousse , une perturbation fâcheuse et même mortelle (1) , comme cela peut arriver, ainsi que l’apprend l’expérience, pour tous les changements , pour toutes les secousses physiques et morales, pour les habitudes, très-forts, bien qu’ils ne soient pas toujours accompagnés d’une altération matérielle capable de rendre raison de la cessation de la vie.
L’accroissement extraordinaire du système ou d’une portion du système nerveux , notamment de la moelle épinière , qui paraît la partie la plus intéressée ordinairement dans la croissance , est capable de donner lieu à l’exagération des actes qui se rattachent à ce système ou à une partie , s’il ne produit pas une perturbation dangereuse (2) , caractérisée par un des modes nerveux, convulsif, tétanique, etc.
De même , l’accroissement extraordinaire du système ou d’une partie du système sanguin , comme ,
(1) Le fils de Al..*., éprouve une croissance de plusieurs pouces dans trois semaines, et s’éteint au bout de deux mois.
(2) Par excès, par défaut, irrégularité et spécialité d’action nerveuse.
du reste , l’accroissement extraordinaire d’un organe quelconque , peuvent amener des effets plus ou moins fâcheux ; l’action considérablement augmentée du système sanguin est susceptible de produire une apoplexie cérébrale , pulmonaire , etc.
Nous devons faire les mêmes remarques pour l’arrêt ou la diminution extraordinaire de la croissance, qui peut, parla loi du balancement, permettre, sinon occasionner le développement anormal des actes d’un système ou d’un organe, plus ou moins funestes (1) ; nous ne pousserons donc pas plus loin nos réflexions à ce sujet.
La dentition comprenant avec l’évolution des dents un ensemble de phénomènes différents , selon les individus, surtout quand ils ne sont pas tolérés, le praticien doit être en garde contre les prédispositions et les états morbides qui peuvent en résulter. Or, cet ensemble de phénomènes est caractérisé par des actes nerveux, sanguins, lymphatiques (cardinaux) , et par des actes locaux : on peut donc observer les modes nerveux (convulsions, etc.), sanguins (congestions sanguines, etc.) , lymphatiques (exhalations séreuses , croûteuses , engorgements des ganglions lymphatiques , principalement de la tête , du cou , de l’abdomen). L’excès de développement, ou le « *■ « ,
(1) L’arrêt de développement ou de croissance de certains muscles, les os continuant à croître, peut être suivi de contractures, de difformités. ( Pieds-bots. )
développement trop rapide des dents (1) , est capable d’amener des modes nerveux locaux , des douleurs , des étranglements , etc. , qu’il ne faut pas confondre , comme on ne le fait que trop souvent , avec les modes généraux ( nerveux , par exemple) qui ont de l’analogie avec eux; et pour ne citer qu’un cas , nous dirons que l’on accuse trop souvent le mode convulsif général d’être subordonné à la sortie d’une dent que l’on cherche à faciliter, alors qu’il importerait de combattre cet état général. Abstraction faite du mode spécial qui constitue la dentition , les modes généraux qui accompagnent le plus souvent ce travail , sont le nerveux et le lymphatique; et, pour les modes locaux, ce sont tous les actes qui se rattachent au cerveau et aux organes digestifs. Aussi les praticiens n’ignorent pas le danger que l’on a à redouter , à cette période de l’existence, pour les enfants qui portent une prédisposition héréditaire aux convulsions , aux affections lymphatiques et aux maladies des organes digestifs , et la nécessité de faire tolérer les phénomènes que nous venons d’indiquer par les systèmes et par les organes qui ont le plus à craindre de leur manifestation extraordinaire.
(1) Ce développement rapide peut aussi, comme la croissance trop rapide , comme une habitude prise trop brusquement, produire une secousse funeste.
La diminution ou l’arrêt du travail de la dentition est susceptible , comme ceux de la croissance , et comme ceux de tout travail naturel , de toute fonction (de la menstruation, ainsi que nous le dirons tout à l’heure ) , de permettre la prédominance d’un système ou d’un organe, et d’être, par conséquent, l’occasion du développement d’une prédisposition ou d’un état morbide régulier ou irrégulier.
La puberté, comme la dentition, embrasse nonseulement le développement de certains organes , mais encore celui d’un ensemble d’actes généraux (nerveux, lymphatiques et surtout sanguins) et locaux, dont il importe au praticien d’apprécier les conséquences et les indications qui en proviennent.
Quoique les phénomènes généraux qu’amène la puberté puissent se rapporter aux tempéraments cardinaux, néanmoins ils se lient, pour l’ordinaire, plus avec la prédominance du système sanguin , qu’avec celle des autres systèmes ; et quant aux organes ou à l’état local , évidemment ils se rattachent au développement , à la prédominance des organes génitaux , et à l’apparition d’actes spéciaux (sécrétion de la semence, menstruation). Or, l’influence de la puberté se faisant sentir d’une manière particulière sur le système sanguin et sur les organes génitaux, l’on a plus particulièrement à redouter , pour l’excès, la diminution, l’aberration et la spécialité d’action des actes qu’elle amène , ceux qui se
lient plus spécialement avec le système circulatoire et les organes de la génération.
Mais pour apprécier l’influence des actes provoqués et amenés par la puberté , et surtout de ceux qui peuvent être favorables ou contraires aux prédispositions et aux états morbides préexistant à cette révolution , il faut estimer le rapport favorable ou défavorable qui existe entre les caractères de ces prédispositions et de ces états morbides, et ceux des actes que fait naître la puberté. C’est ainsi que, si un sujet se trouve atteint d’une prédisposition ou d’un état nerveux, d’une prédisposition ou d’un état lymphatique (disons scropbuleux) , et que la puberté provoque ou amène des phénomènes généraux qui se rattachent à la prédominance du système sanguin, celle-ci amènera, si elle est régulière (1), la solution des prédispositions et des états préexistants cités , ou produira une amélioration en enrayant leur effet fâcheux : c’est, du moins, ce qu’apprend l’expérience; et, après elle, le raisonnement doit se taire.
Néanmoins , pour formuler ce fait d’une manière générale , nous dirons que , dans le cours de l’existence, les caractères inhérents aux tempéraments cardinaux suivent les phases nerveuse, pituiteuse et sanguine quand elles sont régulières et favorables;
(1) Sous le rapport de son apparition, car il ne s’agit ici que de la régularité relative au développement.
et que , dans une maladie , on ne voit pas des caractères sanguins être avantageusement remplacés par des caractères nerveux ou par des caractères lymphatiques , à moins que , sous le rapport de son apparition , le mode sanguin ne soit irrégulier et désordonné , et les modes nerveux et lymphatiques très-réguliers.
La prédominance sanguine générale , si elle est régulière , à l’époque de la puberté , amène , avonsnous dit , la solution des prédispositions et des états nerveux ou lymphatiques préexistants. Mais, pour cela , il faut que la prédominance sanguine s’exerce principalement sur les organes génitaux; car, si elle se montre ailleurs , si elle est extraordinaire ( irrégulière ) , bien loin d’être favorable , elle peut être fâcheuse, et produire des excès (une prédominance anormale), des congestions, des hémorrhagies, comme cela n’arrive que trop souvent quand cet excès, cette prédominance ont lieu principalement sur les poumons ou sur le cœur , organes centraux du système sanguin. D’un autre côté , la prédominance sanguine générale , régulière , également prononcée sur les poumons et sur l’ensemble de la constitution , devient favorable pour résoudre des embarras , des affections nerveuses ou lymphatiques des mêmes organes. C’est ainsi que l’on voit , à l’époque de l’établissement régulier de la puberté , cesser des phénomènes nerveux ou lymphatiques des poumons ou d’autres organes qui avaient donné de l’inquiétude ;
mais on ne les voit cesser qu’aux conditions que nous venons de signaler, tandis qu’ils s’aggravent dans des conditions opposées.
Il résulte de ces réflexions, que l’homme de l’art doit surveiller tous les mouvements provoqués naturellement (régulièrement) parla puberté, etenrayer, régulariser ceux qui sont extraordinaires : or , il est extraordinaire de voir prédominer , à cette époque , des phénomènes nerveux ou lymphatiques généraux ; et c’est en faisant prédominer le système sanguin, que l’on obtient, pour Y ordinaire , leur solution heureuse. Mais il faut , disons-nous , que , sous le rapport de l’apparition , cette prédominance soit régulière ; car , si elle était irrégulière , si même elle l’était en ce sens que les actes inhérents à la prédominance des organes génitaux (matérielle et fonctionnelle) n’eussent pas lieu , cette prédominance du système sanguin cesserait d’être favorable , si même elle n’était pas nuisible ; comme aussi la prédominance des actes génitaux (sécrétion de la semence , menstruation) est défavorable lorsqu’elle ne coïncide pas avec celle du système sanguin, et avec l’ensemble des phénomènes constituant la puberté.
Dès lors , il est facile de se rendre raison des inconvénients qui résultent des médications intempestives prescrites parfois par des hommes qui , voyant une prédominance sanguine générale , cherchent , par des moyens excitants , à répandre cette prédominance sur des organes qui ne sont pas en-
core aptes à la recevoir , et vice versa. Combien de jeunes filles, non encore pubères ( non encore mûres , pour parler un langage vulgaire très-expressif ) , se trouvent mal de remèdes emménagogues qui ne sauraient créer une fonction que l’organisme est impuissant à accomplir (1) ! Mieux vaudrait sans doute, dans le premier cas que nous venons de citer , modérer , tempérer l’action du système sanguin , laisser les systèmes généraux en harmonie avec l’âge ou avec le développement des organes et des actes que ces derniers sont appelés à remplir, et dans le deuxième cas [vice versa), tempérer la prédominance des actes locaux (2). Or, les systèmes généraux qui
(1) Qui n’a pas vu des métrites, des gastrites provoquées par de pareilles médications intempestives ? Qui n’a vu, dans ce cas, le repos et le temps amener une fonction que l’art ne saurait créer, et qu’il peut seulement aider ?
(2) Combien de fois le développement trop précoce des actes génitaux ( menstruation , sécrétion de la semence ) n’est-il pas défavorable ? et combien de fois ne le soutient-on pas, ne l’excite-t-on pas, alors qu’on devrait l’arrêter, dans le cas que nous citons ici ? En effet, si une jeune fille non encore pubère, ou chez laquelle tous les actes constituant la puberté n’ont pas encore paru, éprouve un flux sanguin menstruel, il faut bien se garder d’activer la perte sanguine, et surtout de chercher à la provoquer si elle se suspend. Mieux vaut, sans doute, dans ce cas, activer l’ensemble des phénomènes généraux constituant la puberté , et mieux encore attendre que
doivent naturellement prédominer chez la jeune fille, par exemple , avant la puberté , sont les systèmes nerveux et lymphatique , et c’est cette prédominance qu’il ne faut ni faire disparaître irrégulièrement , ni remplacer par une prédominance irrégulière. Aussi , tant que des phénomènes nerveux ( convulsions ) ou lymphatiques ( engorgements ganglionnaires ) n’ont pas franchi la période de la puberté , on doit espérer que celle-ci en aidera ou en produira la solution heureuse ; tandis que cette solution sera plus difficile, après cette époque.
Occupons-nous à présent de l’âge appelé critique (1). Cet âge , comme toutes les autres périodes spéciales
la nature crée une fonction que l’art ne saurait faire naître. On comprend aussi les conséquences fâcheuses qui doivent résulter, dans ces cas, de l’évacuation trop précoce de la semence, indépendamment des effets spéciaux plus redoutables encore qu’éprouve toute la constitution , de la perte de celte liqueur spéciale.
(1) Cette dénomination est impropre, soit qu’elle s’applique à la perturbation qui caractérise cette époque de la vie , attendu que cette perturbation n’est pas ordinairement plus fâcheuse que celle que nous venons de citer; soit qu’elle serve à signaler les solutions qu’elle amène des modes et des étals morbides préexistants, puisque cette époque les aggrave le plus souvent ; de sorte que ce ne serait guère qu’en ce sens que cette dénomination serait convenable, encore même ne s’applique-telle qu’à certains modes.
de la vie , peut faire prédominer certains actes qui se rattachent , comme toujours , aux phénomènes généraux , cardinaux , à des phénomènes locaux , et cette prédominance est marquée par Fexagération , la diminution , l’aberration et la spécialité de ces mêmes actes , qui deviennent la source d’indications dans les maladies chirurgicales.
La prédominance qui appartient à cet âge se lie plus particulièrement aux phénomènes veineux , et surtout aux phénomènes abdominaux hypogastriques ; ceux-ci sont caractérisés plutôt par un excès que par un défaut d’action , bien que ce dernier se manifeste parfois , et quoique cette action diminuée ait souvent quelque chose de spécial , et provoque des lésions organiques , soit d’une manière inconnue , soit en permettant ou en activant le développement de prédispositions (1) et de causes (2) préexistantes et jusqu’alors tolérées.
Néanmoins , à l’âge critique , on voit quelquefois prédominer le mode sanguin artériel , et principalement les modes nerveux ; le premier , quand le flux menstruel est brusquement supprimé ; et les seconds , quand les actes appartenant aux organes génitaux n’ont pas été accomplis, comme chez les célibataires , ou l’ont été incomplètement, comme chez les veuves ;
(1) Scrophuleuse , cancéreuse.
(2) Virus vénérien , corps étranger , balle chez des soldats.
ou quand il existe une pléthore veineuse hypogastrique , à laquelle les modes nerveux sont alors subordonnés ; heureux , lorsque cette pléthore ne se complique pas de lésion matérielle (1).
Les modes nerveux peuvent encore apparaître lorsque les phénomènes dont la disparition marque ordinairement l’arrivée de l’époque critique cessent bien avant l’âge pendant lequel cette époque arrive , soit que cette cessation ait lieu brusquement ou peu à peu.
De la cessation qu’opère l’âge critique des actes antérieurs à cette période résultent des effets qui doivent être distingués : 1° en ceux qui sont la conséquence
immédiate de la suppression désordonnée et surtout
brusque de ces actes ; 2° en ceux qui sont la conséquence de l’habitude qu’en a contracté le corps vivant ; 3° enfin , en ceux qui sont éloignés de l’époque de cette suppression intempestive.
La cessation régulière de ces actes , à l’âge critique , est pour l’ordinaire , sinon toujours , tolérée par le corps vivant, ou ne donne lieu qu’à des effets immédiats , momentanément inquiétants ;
(i) On reconnaît ce cas au désordre permanent et croissant des phénomènes nerveux, et à des phénomènes nouveaux, sans cesse renaissants, ou de plus en plus constants; tandis que, quand ces phénomènes sont variables, mobiles, passagers, et surtout décroissants, l’on n’a pas à redouter une altération matérielle.
mais la cessation irrégulière , surtout celle qui est brusque , peut , abstraction faite des conséquences plus ou moins éloignées qui sont la suite presque nécessaire des actes supprimés ( fluxion sanguine , d’où congestion ) , produire une perturbation générale ou locale , ou un ébranlement général ou local subits, et plus ou moins graves.
Cependant la cessation irrégulière, et surtout celle qui est brusque , mais qui se fait à l’âge critique , peut bientôt être tolérée au point qu’il soit dangereux de chercher à rappeler ou à remplacer le flux , et les actes supprimés ; ce qui arrive lorsque cette cessation étant bien tolérée , la santé devient parfaite , les actes supprimés ayant passé , si l’on peut parler ainsi, la durée de leur existence supprimée à une époque régulière , mais par un mode insolite (1).
Toutefois , en général , quand cette suppression arrive brusquement , et qu’il n’apparaît aucuns phénomènes sanguins , ni lymphatiques généraux , la perturbation qui est la conséquence de cette secousse produit un ébranlement parfois stupéfiant (2) , cataleptique, extatique, convulsif (3), et plus sou-
(1) Il y a, dans ce cas , régularité sous le rapport de l’époque de la cessation , irrégularité sous le rapport de la brusque suppression ; d’où résulte du mal ou du bien,, selon les phénomènes qui surviennent.
(2) Parfois même l’idiotisme , la démence.
(5) La manie.
vent encore considérablement irrégulier , ou plutôt vague (1) ; ce dernier mode nerveux se montre plus particulièrement , lorsque la suppression précoce a lieu d’une manière progressive , et qu’il n’apparaît aucun phénomène sanguin , ni lymphatique généraux.
Mais faisons remarquer que les phénomènes nerveux vagues , qui apparaissent dans les cas cités , sont susceptibles de simuler tous les états morbides possibles , que l’on distingue alors en ce que ces phénomènes morbides sont mobiles , variables et passagers , quoiqu’ils puissent se reproduire pendant des années. Ces phénomènes peuvent consister dans des congestions parfois même apoplectiformes , qu’il faut bien distinguer de celles qui sont le résultat d’une fluxion à caractères sanguins généraux, quoique les premiers soient susceptibles d’amener des effets fâcheux , ce qui cependant est bien moins à redouter que dans le dernier cas.
Il importe , disons-nous , de distinguer ces deux espèces de congestions , non-seulement parce que celle qui suit les caractères nerveux vagues est bien
(1) Il peut donc se passer ici, en quelque sorte , ce qui arrive lorsqu’une cause énergique , physique , chimique, épidémique, endémique, contagieuse, etc., agissant brusquement ou secondairement sur le corps, produit une commotion , un ébranlement plus ou moins fâcheux.
moins redoutable que celle qui est précédée des phénomènes généraux sanguins , mais encore par rapport au traitement bien différent qu’elles réclament. Car les congestions qui suivent l’état sanguin général réclament les émissions sanguines répétées , qui doivent avoir pour but de combattre l’état général , et de remplacer le flux supprimé d’une manière trop précoce.
Les saignées destinées à combattre l’état sanguin général , sont pratiquées de préférence par la phlébotomie au milieu de l’époque menstruelle , et par des ventouses et des sangsues posées près des organes génitaux, principalement aux époques où avait lieu le flux.
Les congestions , suite d’un mode nerveux vague ou mobile, variable ou passager, quoique se reproduisant souvent, disparaissent pour l’ordinaire avec la même rapidité qu’elles ont paru. Lorsqu’elles produisent des effets, elles ne doivent être combattues qu’avec réserve , par des émissions sanguines pratiquées de préférence sur le siège de la congestion , à moins* qu’étant la conséquence d’un embarras veineux abdominal , celui-ci ne fournisse l’indication principale à remplir , à moins aussi que , s’accompagnant d’un mouvement fluxionnaire brusque , ce dernier ne réclame des révulsifs , parmi lesquels la phlébotomie peut être indiquée d’après les caractères offerts par le mouvement.
Les congestions , suite d’un mode nerveux , vague.
mobile, etc., étant subordonnées à ce mode ou en étant la conséquence, cèdent aux moyens dirigés contre l’état nerveux, à moins qu’elles ne provoquent des effets plus ou moins redoutables. Or , ce mode , ou plutôt les modes nerveux susceptibles d’apparaître, sans actes sanguins permanents, à la suite de la suppression précoce des actes génitaux , offrant divers caractères , leur traitement doit être modifié eu égard à ces caractères, bien que reposant toujours sur les mêmes règles, d’après lesquelles on tend à régulariser les phénomènes tout en les combattant par les remèdes qui leur sont spéciaux.
Quant à l’influence que l’âge critique, et surtout
la cessation précoce des actes génitaux exerce sur le système lymphatique et ses dépendances , elle se rapporte à une bouffissure et à un embonpoint plus ou moins considérable généraux ou locaux, et au développement de lésions matérielles (1) dont la prédisposition avait été jusque-là tolérée. Aussi convient-il , à cette époque de la vie , de surveiller les dispositions et les causes morbifères que porte le sujet, quelque bien tolérées qu’elles aient été jusqu’alors , et de surveiller aussi l’influence fâcheuse que peuvent exercer les modifications externes , afin
(i) Scrophules, cancers, corps nouveaux , fibreux,
etc. Mme . a vu des scrophules apparaître avec (fluxion)
mouvement aigu fluxionnaire , à caractères scrophuleux, à l’âge critique.
de neutraliser , soit l’action , soit les effets des uns et des autres , d’après les caractères qui leur sont propres.
La vieillesse, considérée comme appartenant aux révolutions des âges, exerce une influence principalement sur le système veineux abdominal et hypogastrique , influence qui se fait sentir sur les organes placés dans cette région , dans l’abdomen et sur le cerveau. La vieillesse, par l’usure de tous les actes et de toutes les propriétés , favorise l’aggravation des prédispositions tolérées jusqu’alors , et aide l’action des agents morbifères externes, en diminuant la résistance (tolérance) que le sujet leur opposait; elle diminue la proportion des liquides, et produit la condensation ou la raréfaction des tissus ou des parties solides.
La vieillesse , en amenant la prédominance du système veineux abdominal , diminue celle du système nerveux et du système artériel, et, par conséquent, elle est susceptible d’exercer une influence favorable sur les états morbides qui se rattachent à ces systèmes et qui s’offrent avec excès d’action. En portant les mouvements sur l’abdomen , elle tend donc à alléger les organes thoraciques et céphaliques des affections qui se rattachent à un excès d’action. Mais l’embarras abdominal qui peut résulter des mouvements que nous venons de signaler , est capable de réagir sur les organes de la tête 'et de la poitrine d’une ma-
nière défavorable , et de donner lieu à des effets fâcheux, notamment à des apoplexies, comme cela n’arrive que trop souvent à cet âge.
Section troisième.
Des sources d’indications qui dérivent de l’hérédité.
On désigne sous le nom d’hérédité , la faculté que l’on reçoit de ses père et mère , ou celle que l’on a de transmettre à ses descendants un tempérament , une cause morbifère , une prédisposition, une diathèse, un état morbide, ou même une maladie ayant, entre autres caractères, celui qui lui est donné par l’hérédité.
L’hérédité, comme toute aptitude morbide, comme toute cause morbifère, est naturelle (1) à une famille, à un individu , ou bien elle est acquise; elle se montre par des caractères obscurs et même tellement cachés , que l’on n’établit son existence qu’à posteriori , ou par les effets qui en résultent.
L’hérédité se rattache à toute la constitution , à un système, à un appareil, à un organe; enfin, une cause venue du dehors (le virus syphilitique) est capable de déterminer, chez un individu qu’elle at-
(») Spontanément développée, développée sans cause
connue.
teint, une prédisposition , une diathèse , un état morbide ou une maladie qui offrent le caractère d’hérédité.
L’hérédité , comme toute prédisposition , cause morbifère , diathèse , tout état morbide , toute maladie , est plus ou moins tolérée ; cette tolérance peut être renforcée ou annulée par toutes les causes externes ou internes , par toutes les circonstances capables d’en aggraver ou d’en affaiblir les caractères.
Pour estimer la part que les causes externes et internes exercent sur l’augmentation ou sur la diminution des caractères héréditaires, il suffit de connaître le rapport qui existe entre les causes et leurs effets. C’est d’après cette counaisance qu’on résume les cas dans lesquels les caractères héréditaires n’apparaissent pas chez un individu dont le fils en est atteint, chez un frère dont la sœur n’en' est pas exempte : c’est que le père a toléré la prédisposition , la cause , que le fils n’a pas tolérée : et , dans ce cas, comme en toute autre circonstance , l’on ne peut pas toujours, bien s’en faut, se rendre compte de cette tolérance ou de ce défaut de tolérance , quoique , pour ce dernier cas surtout , on s’en rende raison par la connaissance qu’on a que le sujet s’est exposé aux causes qui aggravent les caractères de l’état héréditaire, et n’a pas usé, au contraire, des soins qui les affaiblissent ou les annulent.
L’hérédité est un caractère morbide qui consiste dans la faculté qu’ont certaines prédispositions, cer-
taines causes , certaines maladies , ou plutôt certains états morbides médicaux ou chirurgicaux , de se transmettre des parents à leurs descendants. Personne ne confond l’hérédité avec la connéité , ou l’accident qui arrive à certains fœtus, par suite duquel ils gagnent certaines dispositions , certaines causes ou certains étals morbides qui se développent tôt ou tard après la naissance , si le système vivant ne tolère les dispositions et les causes, ou s’il ne fait cesser ces maladies avant la naissance.
Cette dernière remarque nous amène à répéter que l’hérédité peut être tolérée (1) par certains sujets, et ne pas l’être par d’autres; qu’elle peut être tolérée un certain temps , et paraître ensuite avec plus d’évidence ; qu’elle peut se montrer chez tous les sujets, à une époque fixe ou à une époque différente, suivant les individus ; qu’elle peut affecter les mêmes organes ou des organes différents (2).
Cette remarque nous amène encore à faire observer qu’il ne faut pas confondre ce caractère morbide , ( l’hérédité) avec les maladies qui en proviennent : or,
(1) Croisée, atteindre les enfants males ou les enfants femelles , sauter une génération.
(2) La vérole, ou plutôt la cause syphilitique, affecte la peau chez les uns , les os chez les autres ; les scrophules se présentent sous forme de teigne chez celui-ci, sous forme de carie chez celui-là , ou produisent des ulcérations.
l'hérédité , dans les maladies, est une circonstance ou un caractère qui peut exister dans une affection , mais qui peut aussi ne pas s’y présenter; comme tout caractère morbide peut manquer dans une maladie avec laquelle ce caractère se lie le plus souvent. Toutefois il ne faut pas perdre de vue qu’il est des maladies , comme la goutte , les scrophules , qui offrent plus souvent que d’autres le caractère d’hérédité; et il est permis de dire que les états morbides médicaux, ou plutôt les prédispositions et les causes qui les font naître ordinairement , offrent plus souvent ce caractère que les états chirurgicaux ou les dispositions et les causes qui amènent ces derniers.
Les prédispositions et les causes offrent plutôt le caractère d’hérédité que les états morbides qu’elles amènent ordinairement : en effet, il est bien rare qu’une maladie qui offre le caractère d’hérédité , soit en même temps innée (1) ; presque toujours , pour ne pas dire toujours , les états morbides à caractère héréditaire n’apparaissent que quelque temps après la naissance.
D’un autre côté , il est vrai de dire que le caractère d’hérédité imprime à la maladie dont il fait partie, quelques modifications , soit dans le moment de son
(i) On ne peut guère faire d’exception que pour les maladies à caractères héréditaires contagieux, la syphilis principalement, et pour les difformités, surtout celles appelées envies .
apparition, soit dans son mode de développement , ou bien dans les caractères qui la constituent; ce qui veut dire que la cataracte , la hernie , par exemple, à caractères héréditaires, offrent souvent quelque modification ou quelque chose de spécial qui les distingue des cataractes ou des hernies qui n’ont pas le caractère d’hérédité.
En résumé, l’hérédité comme la contagion (la contagionahilité) est un mode de propagation des états morbides, et surtout des prédispositions et des causes morbifères ,.et non un état morbide existant par luimême , ou pouvant exister , et encore moins une maladie (idiopathique). Ce mode de propagation introduit, il est vrai , des modifications ou des changements dans les états morbides et dans les maladies qui en sont la conséquence , comme la contagion , l’épidémicité , l’endémicité en introduisent, ou tout au plus donne lieu à des phénomènes spéciaux et propres aux sujets qui ont un état morbide suite de l’hérédité. C’est ainsi , je le répète , que la cataracte , la hernie, etc. , suite de l’hérédité , ont parfois quelque chose de spécial relativement à l’époque de leur apparition, à leur mode de développement, à leur marche , à leurs caractères, à leur solution heureuse ou malheureuse , et aux conséquences , aux effets qu’elles produisent.
Au point de vue physiologique , l’hérédité se lie avec les tempéraments généraux et locaux , lesquels
offrent, chez les individus qui présentent ce caractère, quelque modification spéciale.
Au point de vue nosologique , ou mieux de la pathologie générale, l’hérédité se rattache aux prédispositions générales et locales, aux diathèses et aux causes spéciales qui produisent des effets permanents sur certains sujets, et, par suite, aux caractères cardinaux qu’offrent ces effets médicaux ou chirurgicaux.
Au point de vue de la pathologie générale , l’hérédité modifiant les états morbides , fait modifier seulement , ainsi que nous le dirons , le diagnostic , le pronostic, etc.
Au point de vue de la pathologie spéciale , l’étude des caractères de l’hérédité se lie avec celle des caractères qui appartiennent à certaines maladies, et, par conséquent, soit aux prédispositions ou aux causes, soit aux caractères spéciaux des états morbides qui offrent le caractère d’hérédité dans ces maladies.
Au point de vue de la pratique, l’hérédité peut mériter une grande attention , vu son importance ou les conséquences qu’elle peut entraîner à une certaine époque de l’existence du sujet , et vu aussi l’utilité qu’il y a de connaître l’apparition de la maladie à caractère héréditaire, soit pour la prévenir, soit même pour la guérir. Sous ce rapport , on peut admettre l’état morbide héréditaire en faisant abstraction , par la pensée , des modes de manifestation , et dire maladie héréditaire, ou maladie dans laquelle
le caractère héréditaire est le plus important à constater.
Sous le rapport de la prédisposition , l’hérédité se reconnaît , comme tout autre caractère pathologique , par l’étude de l’histoire des circonstances qui se rattachent à sa présence , ou lorsqu’on apprend que le père, la mère, les aïeux ont offert le même état morbide ; que cet état s’est manifesté par le même mode idiopathique , etc. , métastatique , etc. ; qu’il a paru à la même époque de la vie , chez le même sexe , sur le même organe , avec les mêmes modifications ou caractères morbides ; qu’il a marché de la même manière, s’est terminé de la même façon , a produit les mêmes effets communs et cardinaux, sur les mêmes états médicaux et chirurgicaux concomitants ; qu’il a cédé aux mêmes modifications de traitement.
L’hérédité , comme tous les caractères morbides , se rattache aux prédispositions générales ou locales qui dérivent des tempéraments généraux ou locaux ; d’où résulte l’hérédité nerveuse, sanguine, lymphatique, bilieuse, etc.; elle se rattache aussi aux diathèses communes et à celles qui sont insolites : dans les premières, nous trouvons les diathèses catharrale , rhumatique, arthritique, rachitique, scrophuleuse, dartreuse , scorbutique, cancéreuse ; dans les secondes, nous rencontrons les diathèses fluxionnaire , calcaire, crétacée , etc. , etc.
Parmi les causes externes qui peuvent être transmises par voie d’hérédité, ou qui ont le caractère d’hérédité, ou mieux, qui donnent lieu à des états morbides à caractères héréditaires , nous devons noter seulement celles qui font naître des prédispositions générales ou locales , spéciales ou spécifiques ; nous n’avons donc à citer que la cause syphilitique , la cause psorique , et peut-être toutes celles qui sont contagieuses , pourvu que ces causes agissent sur les parents avant la naissance de leurs descendants.
Parmi les états morbides chirurgicaux susceptibles d’offrir le caractère d’hérédité , nous avons à signaler tous les états morbides qui tiennent à la constitution individuelle (1) , et surtout à la prédisposition inconnue qui peut les faire naître.
C’est ainsi que , pour les hernies , on les voit apparaître tantôt avec le caractère d’hérédité sans que l’on puisse dire à quoi tient ce caractère ; tantôt on peut le rattacher à une exagération de contiguité (dilatation) d’un anneau naturel, ou bien à un défaut ( absence) d’action des aponévroses qui doivent empêcher la solution de contiguité des viscères abdominaux, lesquels, en se déplaçant, forment la tumeur appelée hernie. Le caractère morbide appelé hérédité doit être étudié comme tout autre carac-
(i) Moins ceux, par conséquent, qui proviennent d’une cause externe.
1ère , c’est-à-dire qu’il faut rechercher quelles sont les circonstances qui peuvent le faire naître (1) (prédispositions générales, locales, etc., causes), quel est son mode de développement , idiopathique ou subordonné (sympathique, symptomatique), métastatique, critique, lysique , spécial, spécifique, suite d’une autre maladie;
Quels sont les caractères propres à l’hérédité , ou qui la font reconnaître ;
Quelle influence elle exerce sur les caractères
spèciaux aux états morbides auxquels elle se joint ;
Quelle influence elle exerce sur le mode morbide commun, sur les modes cardinaux, et sur les états médicaux et chirurgicaux concomitants ;
Quelle est la marche du caractère héréditaire , aiguë, chronique, continue, etc.; comment se ter-
(i) L’habitation dans un pays, dans une maison , le genre de nourriture , une habitude , une cause quelconque , peuvent introduire une modification particulière chez un individu qui la transmettra à ses descendants. Cette modification sera renforcée si ces derniers continuent à se trouver sous la même influence, comme aussi elle sera affaiblie ou même détruite si les descendants évitent les causes qui ont fait naître l’état morbide à caractère d’hérédité, et surtout s’ils combattent ces causes par un autre genre d’habitation , d’autres habitudes, etc., enfin par des soins capables d’annuler la prédisposition et l’état morbide héréditaire ou à caractères , je le répète, d’hérédité.
mine ce caractère, résolution, délitescence, métastase, etc. Enfin, il faut étudier quelles sont les modifications qu’introduit dans le traitefnent le caractère héréditaire. En un mot , l’hérédité est une circonstance qui peut modifier les prédispositions , les causes morhifères ou les états morbides, ou produire une action spéciale propre au sujet affecté; de sorte que cette action spéciale introduit une modification dans le diagnostic , le pronostic et le traitement de l’état et même des états morbides à caractères héré-
ditaires.
Section quatrième.
Des sources d’indications qui proviennent des habitudes contractées ou abandonnées.
Les habitudes que l’on contracte, celles que l’on abandonne , produisent des secousses , des perturbations que l’on peut comparer, jusqu’à un certain point, à celles qu’amènent les révolutions des âges; nous en dirons autant des causes morbifères externes et internes.
D’abord , nous ferons observer que les habitudes que l’on contracte, et celles que l’on abandonne , qui sont tolérées , ou dont les suites sont tolérées , sont du domaine physiologique (1) , et ne nous intéressent pas dans ce moment.
(i ) Comme actes tolérés, car des actes pathologiques
Il nous importe cependant de noter que les habitudes ou les actes réitérés qui les constituent , exerçant une influence continue , ou consistant en des phénomènes extraordinaires par rapport à la constitution normale des phénomènes matériels et non matériels du corps vivant ; il est nécessaire que l’observateur en suive et en étudie les conséquences , afin de s’assurer si elles sont stationnaires ou tolérées , ou bien si elles sont sans cesse croissantes ou non tolérées , et , par suite , si elles ne constituent pas des prédispositions morbifères , avant de produire des états morbides ou des modes troublant les fonctions ou la santé. Il faut aussi que l’observateur s’assure si les autres actes répétés et constituant une habitude tolérée , ne sont pas tellement liés avec l’harmonie des fonctions ou la santé , que leur suppression puisse être fâcheuse. Cette remarque s’applique aux états pathologiques , attendu que , sous le rapport de leur répétition devenue habituelle et tolérée , ces actes se lient parfois tellement avec l’harmonie des fonctions, que leur suppression devient fâcheuse , si on les fait
souvent répétés et tolérés peuvent encore être considérés comme des habitudes , et l’on doit en étudier les conséquences sous ce même rapport , indépendamment de l’étude qu’il faut faire de leurs effets pathologiques proprement dits et spéciaux.
disparaître saus avoir égard à l’habitude qu’eu a contractée le corps vivant.
Les habitudes que l’on contracte , ou que l’on abandonne , peuvent produire , comme toute cause morbifère , pendant quelque temps seulement , des effets ayant simplement les caractères du tempérament , ou de la prédisposition , et ces effets peuvent s’effacer, sinon disparaître totalement. Alors le rôle du médecin se borne , surtout dans le premier cas ( tempérament ) , à celui d’un observateur attentif, tandis que , dès l’instant que l’habitude ou les actes répétés qui la constituent acquièrent assez d’intensité pour troubler ou seulement pour menacer d’une manière évidente de troubler les fonctions ou la santé, il doit agir et enrayer les effets des actes répétés , ou même suspendre ou modérer les uns et les autres ( effets et actes ). Par ces mots , les effets des actes répétés, nous distinguons les actes répétés exprimant l’habitude , des conséquences que ces actes entraînent ; or , la suspension et la répétition des actes habituels ne sont point en général fâcheuses par elles-mêmes , mais elles peuvent l’être par les conséquences qu’elles amènent. Ces conséquences se rattachent aux divers modes généraux et locaux mille fois désignés , et aux effets spéciaux appartenant aux actes spéciaux propres à chaque habitude (1) , et l’exprimant.
(i) Tl en est de même des causes morbifères externes
Nous disons que la suspension et la répétition des actes habituels ne sont pas en général fâcheuses par elles-mêmes : c’est qu’en effet , les actes habituels physiologiques (1), qui ne sont anormaux que sous le rapport de la répétition , ne sont pas fâcheux , puisqu’ils rentrent alors dans l’état normal; car la suspension et la répétition , par exemple , des actes du coït devenus habituels, ne peuvent être fâcheuses, sous le rapport de l’habitude contractée, que par les effets que cette suspension et cette répétition produisent, en privant le corps vivant d’un besoin qu’il s’est créé pour l’harmonie et la tolérance des fonctions.
Ce que nous disons du coït, nous pouvons même le dire d’une cause morbifique dont un sujet a contracté l’habitude , qu’il n’est pas toujours facile de lui faire perdre sans danger pour lui ; car un homme
ou internes, attendu que ces causes peuvent produire des effets communs ou généraux, et des effets spéciaux ou propres à ces causes : comme aussi , dans une maladie , il y a des actes , des états communs ou généraux, et des actes ou éléments spéciaux qui distinguent cette maladie de toute autre , et lui donnent le nom propre ou spécial à elle.
(i) Car la suppression d’un acte habituel et physiologique ne peut s’entendre que de la suppression en tant qu’habituelle ou répétée au-delà du rhythme naturel, et par conséquent que de ce qu’ont de spécial, en tant qu habituels , les actes qui expriment l’habitude ou le mode spécial d’être habituel, si l’on peut ainsi parler.
habitué à vivre dans une atmosphère chargée de principes miasmatiques et nuisibles pour tout autre, ne quitte pas sans inconvénient cette atmosphère à laquelle il est habitué, pour passer dans un lieu plus sain pour les autres hommes.
Mais la suppression et la répétition des actes pathologiques devenus habituels ne sauraient être considérées sous le même point de vue, puisque, sous le rapport de la suppression , ces actes habituels cessent d’être anormaux, et que, sous le rapport de la répétition, ces actes étant pathologiques ou anormaux, leur continuation ne peut qu’être fâcheuse , bien que, sous le rapport de l’habitude , le corps vivant s’en soit fait, si l’on peut parler ainsi, un besoin. Aussi est-il inexact de dire qu’il est dangereux de guérir des actes morbides habituels , attendu qu’il ne peut être dangereux que d’en supprimer l’habitude , et qu’il est toujours fâcheux de laisser subsister des actes morbides, puisqu’ils ne sont pas naturels ou néces** saires à l’harmonie des fonctions , à moins , encore une fois , que ce ne soit sous le rapport de l’habitude qu’il importe néanmoins de faire perdre, les actes qui l’expriment étant morbides (1).
En définitive, il faut, dans les actes habituels (physiologiques et pathologiques ) , étudier leurs effets
(1) Une plaie très-ancienne est supprimée, le sujet a besoin de s’habituer à cette suppression , ou plutôt aux actes qui en sont la conséquence , et les prévenir.
communs et leurs effets spéciaux, soit sous le rapport de leur répétition, soit sous celui de leur suppression.
Leurs effets communs se confondent avec (les modes) les prédominances organiques générales (nerveuse , sanguine , lymphatique ) ou locales ( tempéraments locaux).
Les effets spéciaux se confondent avec les actes spéciaux qui servent à exprimer chaque habitude.
Nous n’avons rien à dire des prédominances générales et locales , suites de phénomènes habituels , attendu que nous n’aurions qu’à répéter les réflexions que nous avons déjà faites. Quant aux actes spéciaux, faisons remarquer d’abord qu’il faut bien distinguer, de ces actes, les conséquences nerveuses , sanguines, lymphatiques, etc., résultant des actes habituels qui se rattachent aux systèmes nerveux , sanguin , etc. Car un individu qui , habituellement ou par habitude, exécute des actes nerveux, par exemple, peut, par suite de cette habitude long-temps prolongée ou supprimée , être atteint de symptômes sanguins, lymphatiques, généraux et locaux , etc. L’individu qui contracte l’habitude des mouvements convulsifs (1) , peut , dis-je , par suite de cette habitude , offrir des phénomènes qui se rattachent au système sanguin , comme des congestions sanguines , des palpitations du cœur, des artères; mais ces congestions, ces
(1) Enfants de l’hôpital de Harlem, observation de Boerrhaavc ; conscrits simulant l’épilepsie.
palpitations auront cela de spécial , qu’elles offriront les caractères nerveux.
Celui qui contracte l’habitude des saignées , peut Lien offrir des phénomènes nerveux , lymphatiques, etc.; mais ces phénomènes auront cela de spécial, qu’ils se lieront avec l’état du système sanguin , et surtout avec la perte réitérée ou habituelle du sang. Enfin , les phénomènes , suite , par exemple , de l’habitude d’une nourriture abondante , se rattachent à l’espèce de nourriture , à la nourriture spéciale , et à l’action répétée de l’estomac et de ses dépendances.
Les congestions produites par une position déclive des parties , ont quelque chose de spécial à l’habitude prise; la faiblesse, suite de la masturbation, est différente de celle qui tient à toute autre cause : cependant la masturbation donne lieu à une infinité de phénomènes, différents quant à la prédisposition individuelle , mais spéciaux ou modifiés quant à la cause habituelle.
L’habitude d’un point suppurant, d’un cautère, est susceptible de provoquer des phénomènes nerveux, sanguins, lymphatiques ou de toute autre prédominance organique ( gastrique, bilieuse, etc.), mais ayant des caractères inhérents à l’espèce d’habitude qui les a provoqués.
L’habitude d’une lactation abondante non tolérée peut donner lieu à des phénomènes nerveux, sanguins , etc., eu égard aux prédispositions individuelles et aux causes qui ont simultanément exercé une
influence morbifère ; mais ces phénomènes nerveux, sanguins, seront modifiés eu égard à l’habitude contractée ; et il faudra , dans ce cas , comme dans tous ceux que nous venons d’énumérer , en tenir compte pour établir le diagnostic, le pronostic, et surtout les indications thérapeutiques.
II suit de ces réflexions qu’une habitude que l’on contracte ou que l’on a contractée, comme une cause qui exerce son action sur le système vivant , peut être favorable par les modifications heureuses qu’elle introduit sur les prédispositions , les diathèses et les modes morbides , et par les phénomènes qu’elle fait naître : or, pour apprécier les modifications heureuses, ou pour les faire pressentir, les prédire et en tirer parti , il faut connaître quels sont les effets ordinaires ou spéciaux d’une habitude donnée , et savoir si ces effets se rattachent à ceux qui amènent la solution heureuse de la prédisposition, de la diathèse , ou du mode morbide que l’on veut combattre par l’habitude que l’on cherche à donner.
On se gardera donc bien de conseiller des occupations , des habitudes tendant à exciter le système nerveux, à une femme qui aura un état nerveux avec excès d’excitation , etc.
On se gardera bien de conseiller d’habiter sous un ciel , dans un climat brûlants , à un individu portant une maladie bilieuse avec prédominance nerveuse ; et si cet individu est obligé de se transporter dans un pays offrant les caractères que nous venons
de signaler, on lui recommandera de n’arriver dans le pays qu’à l’époque où les caractères atmosphériques nuisibles sont le moins prononcés, afin d’en contracter l’habitude ou la tolérance , ou de recevoir l’impression d’une cause moins énergique. Et lorsqu’il s’agira d’introduire une modification profonde, une prédisposition générale, ou même, si j’ose ainsi parler , une diathèse tendant à en détruire une autre , il faudra conseiller une habitude long-temps prolongée , ou faire répéter long-temps les mêmes actes , afin de les rendre habituels. On voit, d’après cette remarque , le peu de confiance que l’on doit accorder aux traitements de quelques instants , si je puis parler ainsi , à des opérations chirurgicales que l’on oppose à des diathèses ou à des prédispositions originelles , et l’importance qu’il y a d’introduire , en pareil cas , une habitude opposée à celle qui existe déjà.
Je dis une habitude ou une action répétée des mêmes actes ; et l’on ne confondra pas , sans doute , les effets résultant d’actes habituels avec ceux qui sont la conséquence d’un acte instantané; car, quelque énergique que soit ce dernier, étant instantané, il ne saurait guère produire des effets durables ; et cependant , pour détruire une prédisposition , une diathèse , un état originel , on ne saurait espérer d’y parvenir qu’en produisant une modification durable.
Toutefois , il est vrai de dire qu’une secousse
instantanée , une forte perturbation peuvent aider à rompre des prédispositions, des diathèses originelles; mais ce ne peut être qu’à la condition que cette perturbation produira des effets opposés à ceux qui existaient déjà , et surtout donnera lieu à des effets persistants et consécutifs , devant amener des conséquences analogues à celles qui jugent favorablement les prédispositions , les diathèses et les états morbides préexistants.
En résumé , les habitudes sont des actes répétés et tolérés , pouvant cependant amener , comme les causes morbifères tolérées, des effets capables de troubler l’harmonie des fonctions, en ce que , si ces actes sont toujours croissants en intensité et en étendue , ils finissent par constituer une prédisposition ou une tendance au mal. D’un autre coté , si les actes habituels tolérés , ou qui constituent des tempéraments ou des prédominances organiques tolérées, sont supprimés , la suppression de ces actes est capable de provoquer ou de produire des prédispositions et des états morbides par la seule cessation de cette tolérance ; car si cette suppression n’ést pas tolérée , il peut en résulter une prédominance toujours croissante d’autres actes , ou un trouble brusque des fonctions , et par suite une prédisposition ou un état morbide (1) résultant de la rupture pro-
(i) Témoin cet individu qui, habitué à vivre dans un cachot malsain , perdit la santé en recouvrant sa liberté ,
gressive ou brusque de la tolérance ou de l’ harmonie préexistante.
Seclion cinquième.
Des sources d’indications que fournit la connaissance du monde
extérieur.
Dans la section précédente, nous ayons montré que les habitudes que l’on contracte, comme celles que l’on supprime , agissent comme les causes morbifères: or, ces causes peuvent être tolérées, non tolérées; et , dans ce dernier cas , elles peuvent : 1° aggraver les prédominances organiques préexistantes, ou donner lieu à des actes progressivement croissants en étendue ou en intensité (1) , ce qui constitue des prédispositions ; 2° rompre , sans actes préalables , brusquement l’harmonie des fonctions (2) , d’où il résulte des états ou des modes morbides. La suppression des causes morbifères tolérées, et même parfois, quoique rarement, de celles qui ne sont pas tolérées, peut, à son tour, déterminer une secousse ou une perturbation qui amène : 1° des actes toujours croissants
et recouvra la santé après qu’une nouvelle faute l’eut ramené en prison.
(î) Causes prédisposantes.
(2) Causes déterminantes.
ou des prédispositions ; 2° ou qui rompe , sans actes préalables, l'harmonie des fonctions, et produise des états morbides.
Nous devons distinguer les causes morbifères qui ne sont pas tolérées par un seul individu ou par un petit nombre de sujets , de celles qui ne sont pas tolérées par un grand nombre, par une population entière, ce qui nous amène à signaler l’importance qu’il y a de distinguer la sporadicité, la constitution médicale, l’épidémicité, l’endémicité, la pandémicité.
Nous devons distinguer aussi , dans les causes morbifères, l’influence (ou les effets) qui se rattache d’une manière particulière ou spéciale à leur manière d’agir, et celle (ou les effets) qui se lie aux prédominances organiques des sujets affectés et aux phénomènes qui accompagnent ordinairement tous les actes morbides: ce qui nous conduit à distinguer les modes ou les états morbides spéciaux, ou propres à la cause, propres à la prédisposition organique du sujet , et ceux qui sont ordinaires ou communs. Or , l’influence (les effets) spéciale des causes morbifères est parfois tellement remarquable , qu elle constitue le caractère, le mode ou l’état morbide le plus important, sinon le seul h considérer, ce dernier cas étant sans doute rare , et ne se rapportant guère qu’aux maladies spécifiques. Ces distinctions se rattachent aux divisious des maladies (ou mieux des états morbides) spéciales, spécifiques, infectieuses, contagieuses, et communes ou ordinaires.
Dans une maladie sporadique, on a à rechercher les caractères , les modes et les états morbides propres au sujet, sans négliger ceux qui sont propres à la cause, si toutefois celle-ci en produit de remarquables.
Dans une maladie épidémique , endémique , pandémique , dans celle qui provient d’une constitution médicale, d’un principe infectieux, contagieux (virulent ) , on a d’abord à rechercher les modes et les états morbides propres à la cause de l’épidémia, de l’endémie, de la pandémie , de la constitution médicale, propres aux principes infectieux, contagieux, sans négliger les caractères , les modes ou les états morbides provenant des prédominances spéciales ou propres à chaque sujet; sans négliger, dans aucun cas, les caractères, les modes et les états morbides communs , ou ceux que peuvent provoquer ou faire naître toutes les causes morbifères ; sans négliger , en un mot, l’étude de l’association des causes, des états morbides, et celle de leur valeur ou de leur influence relative. Car , lorsqu’un grand nombre de sujets sont sous l’influence de la même cause ou des mêmes agents , les uns en tolèrent énergiquement l’action (tempérament), certains en reçoivent une influence plus ou moins fâcheuse (prédisposition), et d’autres en sont assez défavorablement affectés, pour qu’il en résulte chez eux une maladie ( cause déterminante).
L’on ne confondra donc pas , dans tous ces cas ,
les effets dépendant d’une cause externe , avec ceux qui sont la conséquence des prédispositions antérieures à cette cause; car cette cause externe peut: 1° dans certains cas , mettre en jeu ou aggraver une prédisposition préexistante ; 2° en faire naître une nouvelle , qui est liée, par ses caractères, avec cette cause , et non avec la prédisposition préexistante ; 3° elle peut enfin déterminer brusquement ou sans prélude (sans prédisposition) une maladie, ou plutôt un état morbide.
On ne confondra pas non plus les effets résultant d’une prédisposition , ceux provenant d’une cause externe, avec ceux qui sont le résultat de l’une et de l’autre , ou de plusieurs agents réunis , comme cela arrive quand on ne voit qu’une classe d’individus affectés d’une maladie , que les blessés , par exemple , être pris de fièvre rémittente , d’érysipèle , de gangrène d’hôpital.
Il est donc des individus qui ne résistent pas à une cause morbifique , comme aussi il est des organes qui lui résistent moins que d’autres, soit que cette cause vienne du dehors , soit qu elle soit engendrée dans le corps. C’est ainsi que les mamelles, l’utérus résistent moins au vice cancéreux que d’autres organes , ou qu ils en sont plus facilement atteints ; ce qui ne veut pas dire qu’ils soient prédisposés au cancer , ou qu’ils en offrent les prodromes : ils sont seulement , si l’on veut , plus exposés que d’autres organes à recevoir l’influence fâcheuse du vice ou
de la cause qui produit le cancer, comme les militaires sont plus exposés aux blessures par armes de guerre , sans y être prédisposés.
Il est, en outre, des causes morbifères qui, sans préparer, sans déterminer un état morbide, diminuent la tolérance du corps vivant pour une cause morbifique , pour une maladie préexistante : c’est ainsi que la suppression des dartres , des hémorrhagies , etc. , ne donne pas lieu à la prédisposition cancéreuse , et encore moins au cancer , mais en diminuant la tolérance ( l’énergie ) du corps vivant , aide l’apparition du cancer ; c’est ainsi que le passage d’une vie active ( comme on le voit chez les militaires) à une vie inactive , ne prédispose pas à une maladie vénérienne dont la cause n’a pas été combattue , mais en favorise la réapparition , alors que cette maladie avait paru céder à un traitement incomplet , ou aux seules forces de la nature.
Les êtres vivants peuvent donc être modifiés par tout ce qui est dans la nature , et par tous les actes qui se passent en eux ; les modifications portent sur les fonctions qui existaient déjà , ou bien il en naît de nouvelles, si les agents modificateurs sont énergiques , ou si les êtres vivants ne leur opposent pas une résistance suffisante.
Or , lorsqu’une cause morbifère modifie la constitution d’un grand nombre d’individus , il importe d’abord de rechercher si les modifications introduites sont en rapport avec les prédispositions antérieures
des sujets affectés, ou si elles sont différentes, afin de juger de la résistance qui a été opposée à cette cause morbifère. Car, plus les effets déterminés par une cause sont opposés à ceux des prédispositions antérieures des sujets affectés, plus on est en droit de supposer que cette cause est énergique , puisqu’elle a dû trouver de la résistance pour s’établir , à moins que les sujets ne soient profondément débilités et incapables de résister aux agents extérieurs quelconques.
Pour distinguer les phénomènes qui , dans une épidémie , sont la conséquence d’une prédisposition antérieure des sujets affectés , des phénomènes qui se lient avec la cause de l’épidémie, il suffit de rechercher le rapport qui existe, d’un côté, entre les caractères de la prédisposition antérieure et ceux de l’épidémie ou des états morbides qui la constituent; et, d’un autre côté , il faut rechercher le rapport qui existe entre les caractères de l’épidémie et ceux qui naissent ordinairement de la cause qui l’a fait naître, quand cette cause est connue.
Les phénomènes morbides qui ne sont que la conséquence des prédispositions antérieures des sujets seront facilement reconnus, en ce que les caractères de ces prédispositions étant convertis en maladies , sont seulement aggravés ou augmentés, et par conséquent faiblement modifiés ou changés.
On reconnaîtra , au contraire , les phénomènes provenant de la cause ou des causes connues et même
cîês causes inconnues de l’épidémie , en ce qu’ils ne seront pas en rapport avec les prédispositions antérieures de plusieurs sujets affectés , et leur seront souvent opposés , et partant plus redoutables ; ou , du moins, ces phénomènes seront profondément modifiés , eu égard à ce qui se passe quand ils proviennent seulement des prédispositions antérieures.
Nous ne saurions exposer les effets de toutes les causes capables d’amener simultanément des prédispositions morbifiques ou des états morbides sur un plus ou moins grand nombre d’individus , puisque
nous serions obligé d’invoquer en quelque sorte l’influence que tous les corps de la nature peuvent exercer sur les êtres vivants ; nous nous bornerons à signaler
d’une manière générale les causes principales ou cardinales , notamment l’influence de l’atmosphère à laquelle se rattachent les saisons , les climats , les localités ; celle des principes infectieux, contagieux, virulents les plus communs ; et l’influence des aliments et des boissons.
On peut étudier l’influence qu’exercent l’atmosphère, les climats, les saisons, en un mot tout ce qui est en rapport avec nous , de la même manière que l’on étudie l’action réciproque qu’exercent les uns sur les autres les organes dans le corps vivant : cette action peut être tempérée ou tolérée , comme ne pas l’être ; d’où résultent des modifications d’un système, d’un appareil, d’un organe, des tempéraments , des prédispositions ou des états morbides.
Aussi convient-il d’éviter les opérations qui exaltent défavorablement les effets des causes ambiantes, comme ceux des révolutions des âges, des habitudes contractées ou abandonnées.
La tolérance du corps vivant pour les agents qui influent sur lui est rompue , soit lorsque ces agents acquièrent une nouvelle intensité , soit lorsque le corps vivant perd de sa résistance.
Les causes tendant à rompre ou qui rompent la tolérance, agissent d’une manière très-évidente (1), évidente ou obscure , au point qu’on ne la constate que par les effets qui en résultent.
Le corps vivant perd de la résistance qu’il opposait aux agents destructeurs , d’une manière trèsévidente , évidente ou obscure ; au point que , dans ce dernier cas , ce n’est encore qu’à posteriori qu’on juge de cette perte.
Le principal agent modificateur du corps vivant , est, sans contredit , l’atmosphère dans laquelle il se trouve , alors surtout que ce mot est pris dans son acception la plus étendue (2).
(1) Légère, forte, très-forte, comme nous disons prédispositions
légère, tolérée,
forte , non tolérée ,
très-forte, diathèse.
(2) En effet, les gaz, la sécheresse, l’humidité, la chaleur, le froid, l’électricité, les vents, les miasmes
Cependant nous ne voulons pas nous occuper, d'une manière particulière , de l’influence que peut exercer chaque partie composant ce milieu , alors même qu elle acquiert une certaine intensité : nous voulons parler seulement de l’influence qu’exercent les caractères principaux ou cardinaux atmosphériques en amenant des prédispositions ou des modes morbides.
Les caractères principaux ou cardinaux atmosphériques se rattachent , en pathologie , au chaud , au froid, au sec et à l’humide, au froid et humide > au chaud et humide , au froid et sec , au chaud et sec , à l’irrégularité de ces caractères atmosphériques, et à leur manière spéciale de se présenter. Mais les caractères qu’offre l’atmosphère pouvant être réguliers ou irréguliers, cette irrégularité est naturelle ou acquise, accidentelle; c’est-à-dire qu’il est des atmosphères (ou des pays, des climats) qui sont toujours irrégulières , variables , et d’autres qui ne le sont que par moments ou accidentellement. Comme aussi il est des atmosphères (des pays, des climats) qui ont une action spéciale ou qui donnent lieu à des effets spéciaux, que souvent on n’estime que par leurs conséquences ( éléphantiasis , fièvre jaune, plique).
Enfin , l’atmosphère ou la constitution atmosphérique , comme la constitution des êtres vivants, offre
( animaux, végétaux [en évaporation ]) , peuvent exercer une influence fâcheuse sur l’homme.
toujours la prédominance plus ou moins marquée d’un des attributs qui la constituent. Cette prédominance est à peine sensible , modérée ; ou évidente et tolérée comme peut l’être la prédominance d’un système organique ; ou n’être pas tolérée , d’où résulte une constitution atmosphérique anormale (malade) ou médicale , qui est permanente ou temporaire , plus ou moins énergique , plus ou moins évidente ( épidémie ).
On peut établir, en thèse générale, que lorsque les qualités de l’atmosphère ne sont guère plus prononcées les unes que les autres, les corps vivants les tolèrent facilement, à moins qu’on ne veuille signaler, comme exception , le cas dans lequel se trouverait un sujet qui , long-temps habitué à une température extrême en chaud , en froid , en sec ou en humide , serait affecté d’une manière défavorable en passant dans la première atmosphère ; tel est aussi l’homme qui , habitué à vivre dans une atmosphère chargée d’émanations putrides , se trouve affecté , si même il ne tombe malade , lorsqu’il passe dans une atmosphère réputée pure pour tout le monde : tant il est vrai de dire que l’habitude et les contrastes forment des exceptions à presque toutes les règles générales. Quand certaines qualités de l’atmosphère sont prédominantes , elles exercent, quoique tolérées, des modifications spéciales sur les sujets qui les tolèrent (1).
(i) Les peuples du nord et ceux du midi tolèrent égale-
La chaleur , qui prédomine sensiblement , déterminant une excitation ordinairement raréfactive , dissolut! ve de tous les systèmes , mais spécialement des systèmes nerveux et sanguin , et par suite augmentant toutes les sécrétions , et spécialement celles de la peau et des organes digestifs , favorise le développement des prédispositions qui , sous le rapport des tempéraments cardinaux , se rattachent aux tempéraments nerveux et sanguin , et , sous le rapport des tempéraments locaux , se rattachent au tempérament bilieux ou abdominal , et au tempérament cutané.
Le froid détermine , d’une manière spéciale , le resserrement de la peau , diminue par conséquent la sécrétion de cet organe , porte les mouvements à l’intérieur , refoule le sang et les humeurs au-dedans, provoque des réactions, et, par suite, donne lieu aux fluxions sanguines et séreuses et aux maladies qui se rattachent , sous le rapport du tempérament général et des prédispositions, aux fluxions inflammatoires , catarrhales et rhumatismales ; et ( sous le rapport du tempérament local et des prédispositions), il favorise le développement des inflammations des organes thoraciques , et des fluxions catarrhales et rhumatismales de ces organes.
ment les qualités bien différentes de l’atmosphère dans laquelle ils vivent, qui leur impriment néanmoins des caractères différents.
L’humidité , par son action spéciale , relâche et débilite les tissus, favorise les fluxions muqueuses et séreuses , prédispose aux maladies lymphatiques ou pituiteuses avec faiblesse , sous le rapport des prédispositions et du tempérament général ; tandis que , sous le rapport des prédispositions et du tempérament local , elle favorise les affections pituiteuses (avec faiblesse) des tissus blancs (1), notamment du tube digestif et des membranes muqueuses et synoviales , ainsi que des tissus ligamenteux qui les avoisinent.
La sécheresse , en crispant et desséchant les tissus , ou en condensant les humeurs , dispose , sous le rapport des prédispositions et des tempéraments généraux, aux fluxions internes, sanguines, et à caractères convulsifs ; aux hémorrhagies , aux stases sanguines , séreuses , ou aux flux par expression sur le cerveau et dans l’intérieur des organes cutanés interne et externe , et , sous le rapport des prédispositions et des tempéraments locaux , elle dispose aux affections de la peau et à celles du foie , irritatives, fluxionnaires , congestives.
Les qualités combinées de l’atmosphère donnent lieu à des effets combinés qui cependant offrent des caractères dominants , selon les qualités dominantes de ces combinaisons , et surtout selon les prédominances , les prédispositions antérieures des sujets
(i) Tissus spermatiques des anciens.
sur lesquels elles agissent. Car , pour apprécier les effets que peut produire l’atmosphère , et par suite toute cause agissant sur un ou sur plusieurs individus , il ne faut pas perdre de vue la manière d’être spéciale du sujet ou des sujets , et par conséquent la tolérance ou la résistance que leur offre cette manière d’être, puisqu’une prédisposition est capable de faire perdre à une cause sa spécialité ; de sorte qu’alors cette dernière agit seulement comme cause occasionnelle ou comme perturbatrice en faisant cesser la tolérance.
Faisons remarquer : 1° que , dans ce moment, nous n’étudions que les effets propres à certaines qualités atmosphériques, abstraction faite de la résistance que leur opposent les sujets , et de leur aptitude à en favoriser l’action ;
2° Que nous ne parlons que des qualités atmosphériques évidemment prédominantes , prolongées ou agissant brusquement ; car des qualités légères et agissant depuis peu de temps n’introduisent guère des modifications ou des prédispositions bien sensibles dans le corps vivant ;
3” Enfin , que certaines associations , comme le froid et l’humidité, le froid et la sécheresse, intenses et long-temps prolongés , confondent , sous bien des rapports , leurs effets , tandis qu’il n’en est pas de même quand l'humidité est associée à la chaleur.
Les qualités de l’atmosphère peuvent se succéder et donner lieu à des effets combinés, pourvu que
l’impression reçue par une première ne soit pas effacée lorsqu’agit une seconde qualité, et pourvu que des dispositions et des causes différentes ne neutralisent pas ces effets. Les changements brusques qui se passent dans l’atmosphère , déterminent des secousses dont les conséquences sont en rapport , soit avec les qualités de l’atmosphère , soit avec les prédispositions des sujets. Et quoiqu’ici , comme dans toute autre circonstance analogue , les effets spéciaux ne soient pas toujours faciles à motiver, néanmoins ils se rattachent communément aux affections catarrhales , aux affections nerveuses désordonnées , ou à des prédominances préexistantes générales ou locales devenues désordonnées ou torpides.
L’atmosphère exerce sur le corps vivant une action dépendant non-seulement de la chaleur, du froid, de l’humidité ou de la sécheresse, mais encore de l’électricité, des vents et des principes spéciaux qu’elle contient.
L’électricité atmosphérique ne saurait guère agir comme cause prédisposante ou déterminante morbifique appréciable, qu’autant qu elle est en excès ou qu’elle est irrégulièrement distribuée. Ses effets les plus sensibles et les plus ordinaires se bornent à une excitation , à un désordre plus ou moins prononcés de tout le corps vivant, et principalement du système nerveux. Elle prédispose donc aux affections qui se rattachent à ce système, et surtout à 1 état nerveux, et sous le rapport de la prédisposition locale, elle dis-
pose aux excitations cérébrales et ganglionnaires , irrégulières. Toutefois les effets de l’électricité peuvent être annulés ou modifiés par les prédispositions antérieures du sujet; ils peuvent aussi se combiner avecles effets de ces mêmes prédispositions , ou avec ceux de toute autre cause morbifique agissant simultanément.
L’influence des vents , considérée comme pouvant amener une prédisposition , se confond avec celle des qualités qu’ils offrent: tout le monde sait que le vent du midi , dans nos contrées , est humide , et qu’il relâche, détend; tandis qu’en Afrique , il est sec, et qu’il dessèche, parce qu’il a passé sur les sables brûlants du désert. Néanmoins les vents violents , ceux qui s’établissent brusquement, déterminent un affaissement, et, par suite, un état torpide ou une secousse , d’où résultent des mouvements désordonnés ou une réaction qui est suivie d’effets différents , selon les prédispositions des sujets.
Enfin , les principes délétères , les causes des épidémies , des endémies et des pandémies , sont susceptibles d’introduire , dans le corps vivant, des modifications qui produisent des prédispositions ou des états morbides spéciaux, ou qui aident le développement des prédispositions ou des états morbides généraux ou locaux, soit cardinaux, soit insolites.
Les principes délétères, etc. , aident le développement de prédispositions et d’états morbides , en taisant cesser la tolérance de certaines prédominances organiques, ou en les exaspérant; comme aussi les
prédominances organiques peuvent aider l’établissement de prédispositions et d’états morbides spéciaux provenant des principes délétères. C’est ce que l’on ne saurait se refuser à admettre , lorsqu’on voit certaines prédispositions , certains états morbides spéciaux , ne sévir que sur certaines classes d’individus , ou chez des individus qui se trouvent dans des conditions spéciales : des blessés, par exemple, sont parfois seuls atteints d’érysipèle , de fièvres graves, etc. Ainsi donc, si la circonstance d’avoir subi une opération , dispose à recevoir les effets d’une cause épidémique , l’opération doit alors être retardée. S’il règne des bronchites , il faut s’abstenir des opérations qui se pratiquent sur la gorge ; si ce sont des coryza , on doit ajourner l’opération de la cataracte. Néanmoins, il ne faut pas confondre une épidémie avec une endémie , et surtout avec une pandémie. Cette distinction est trop souvent négligée dans les hôpitaux , surtout à propos de la pourriture d’hôpital.
Quoique l’on ne puisse pas toujours prévoir d’avance les effets et surtout les caractères spéciaux des effets que sont capables d’amener les principes délétères, l’expérience a néanmoins appris que, dans certains pays , dans certaines localités , il se forme des principes ou des causes qui donnent lieu à des effets (1) à peu près constants , susceptibles d’être
(1) Fièvre jaune , peste, fièvres rémittentes, intermittentes, scrophules, calcul, tumeurs blanches, goitre.
associés à d’autres caractères variables , mais que l’on ne peut pas toujours rattacher à des circonstances connues.
Lors du rassemblement d’un grand nombre d’animaux , il se forme aussi des principes ordinairement infectieux ou contagieux, qui produisent des effets spéciaux ( typhus, pourriture d’hôpital) , et par suite des maladies dont les caractères sont différents , bien qu’ils soient analogues sous plusieurs points ou sous le rapport des caractères spéciaux.
Dès lors , les divers caractères que sont susceptibles de présenter les dispositions ou les états morbides , soit médicaux, soit chirurgicaux, survenus sous l’influence ou pendant l’action des causes infectieuses ou contagieuses , se rattachent aux prédispositions cardinales, insolites, que nous avons signalées , et aux circonstances spéciales qui les font naître.
Les principes infectieux et les principes contagieux , et même tous les principes délétères, diminuent en général la résistance ou la tolérance du corps pour les prédispositions morbifiques et pour les causes occasionnelles capables de les aggraver ; ils donnent lieu aussi à des effets spéciaux toujours fort redoutables, surtout chez les opérés. Pendant le règne d’une épidémie , et surtout pendant celui d’une maladie à caractère contagieux , les sujets prédisposés à des maladies , ceux qui s’exposent à des causes morbifères , et ceux qui subissent des opérations ,
sont , toutes choses égales , plus disposés à recevoir l’influence fâcheuse de l’épidémie, du principe contagieux, principalement si les causes morbifères étrangères à l’épidémie , si les opérations ont la propriété de provoquer d’une manière spéciale quelques-uns des caractères de l’épidémie.
Tout ce que nous avons dit de l’influence que peut exercer l’atmosphère sur les prédispositions et les états morbides, s’applique à l’influence des qualités des saisons, des climats et des localités ; nous n’en parlerons donc pas.
Les aliments et les boissons, sous le rapport des effets qu’ils produisent, ont des qualités qui peuvent être comparées à celles de l’atmosphère (1).
L’on trouve donc des aliments chauds, secs, humides, froids, des aliments chauds et secs, chauds et humides, froids et secs, froids et humides, des aliments chargés de principes délétères (peut-être , (2) même d’électricité et de vents ) et de principes infectieux, contagieux.
(1) Il en est de même des passions et des affections morales, que l’on me permettra d’appeler échauffantes, desséchantes, humectantes, refroidissantes ( pour conserver runiformité du langage), comme, au reste, sont susceptibles de le devenir toutes les causes morbifères qui d’ailleurs peuvent provoquer des phénomènes nerveux, sanguins, lymphatiques, etc.
(2) Je dis peut-être, car ces aliments provoquent plutôt la sécrétion des vents qu’ils ne les produisent.
Cette remarque s’applique à toutes les causes morbifiques, car toutes les causes sont susceptibles de chauffer, de refroidir, d’humecter et de dessécher le corps, ou de l’infecter , et de produire des effets combinés , spéciaux et communs.
D’après tout ce qui précède , et surtout d’après les détails dans lesquels nous venons d’entrer sur la spécialité des causes morbifiques , nous aurons peu de réflexions à ajouter sur les sources spéciales d’indications provenant des causes externes et internes ; mais nous nous appliquerons à exposer les sources spéciales d’indications fournies par les états morbides chirurgicaux cardinaux , et surtout à faire sentir leur valeur , en offrant le résumé de plusieurs faits.