DÉFINITION. — CONSIDÉRATIONS GENERALES
Les sueurs qu’on peut considérer comme morbides en raison de leur abondance et qu’on désigne sous les noms d ' cpfiidrose, d 'hyperidrose sont presque toujours générales. Il arrive cependant quelquefois que l’hypersécrétion de la sueur est limitée à une région circonscrite du corps et c’est là ce qu’on appelle des sueurs locales ou sueurs partielles.
Les sueurs locales sont intéressantes à étudier soit comme symptômes, soit comme affections primitives pouvant constituer par leur abondance de véritables infirmités et pouvant amener des lésions cutanées consécutives telles qu’excoriations, intertrigo, etc.
« Les formes de sueur locale qui offrent le plus d’intérêt au point de vue dermatologique, dit Hébra (1), sont celles qui affectent les aisselles, les organes génitaux, la paume des mains et la plante des pieds. Car dans ces régions il se produit quelquefois des symptômes morbides sur la signification desquels peuvent se méprendre ceux qui n’ont qu’une connaissance imparfaite des changements pathologiques et physiologiques auxquels la peau est sujette.
« Les effets de l’hyperidrose consistent ordinairement en un simple ramollissement avec détachement de l’épiderme, ou en une simple rougeur de la peau, ou dans la production de papules et de vésicules incommodant
(1) Ferdinand Ilébra. Traité des maladies cutanées • traduction du Dr A. Doyon, p. 84, 1872.
peu le malade. Mais ils peuvent quelquefois dégénérer en affections cutanées graves de tout point semblables à celles des formes de l’eczéma provoquées par des irritants locaux. En d’autres termes l’hyperidrose locale peut donner naissance à l’eczéma à ses différents degrés. Lorsque l’eczéma simple ou même l’eczéma rubrum ou l’eczéina impétigineux se présente sous les aisselles sur le scrotum, sur la surface interne des cuisses ou sur la marge de l’anus, nous devons toujours avoir présent à l’esprit que la maladie a pu être causée par un état morbide de la fonction perspiratoire locale. »
L’étiologie des sueurs locales est souvent obscure. M. Bazin a signalé la diathèse arthritique et tous les auteurs ont noté la goutte comme prédisposant aux transpirations partielles des pieds, des aisselles, de la tête, etc. On sait qu’une calvitie précoce coïncide ordinairement avec les sueurs abondantes du front et du cuir chevelu chez les goutteux.
« Les sueurs partielles, dit Monneret (1), ont été observées surtout dans le cours des affections nerveuses, dans l’hystérie, la grossesse, quelquefois dans la phthisie pulmonaire. On voit des malades qui, atteints de cette dernière affection, ne transpirent que des mains ou du cou ou du visage ou de la tête. Dans les névroses ou les affections organiques de l’estomac on observe souvent la sueur des mains. Chez les phthisiques, dans la fièvre puerpérale, l’infection purulente, le visage ou les mains sont baignés de sueur tandis que les autres parties du corps sont très-sèches. »
Les accès névralgiques s’accompagnent ordinairement d’éphidrose limitée à la région douloureuse. Enfin L
(1) Compendium do médecine, t. MI, p. 595.
arrive très-souvent qu’on ne peut rapporter les sueurs partielles à aucune maladie ni à aucune diathèse.
Les causes occasionnelles qui influencent l’hypéridrose locale sont les mêmes que celles qui influencent la sécrétion normale de la sueur, à savoir : la température extérieure, les contractions musculaires, l’ingestion de boissons aqueuses, les émotions vives.
La durée des sueurs excessives est en général trèslongue ; au bout d’un temps variable et tout à fait indéterminé, la sécrétion finit par diminuer et revient à peu près à son état normal.
Quant au pronostic, il n’offre en général aucune gravité. Les sueurs partielles si abondantes qu’elles soient ne peuvent pas par elles-mêmes entraîner la mort par débilitation de l’individu; mais leur suppression brusque a souvent au contraire, été regardée comme la cause déterminante d’un grand nombre de maladies ainsi que nous le verrons plus loin.
Le traitement est variable suivant les cas et ne saurait être indiqué d’une manière générale.
Nous avons bâte de quitter le domaine des généralités; nous allons étudier en particulier chacune des sueurs locales qui offrent le plus d’intérêt, puis nous consacrerons un chapitre à leur pathogénie.