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IV. — !- de l’épiiidrose parotidienne

On appelle ainsi l’exsudation d’un liquide transparent à la région parotidienne pendant la mastication, liquide sur la nature duquel on a discuté et qu’aujourd’hui on regarde généralement comme de la sueur.

On en trouve environ une douzaine d’observations dans la science. Le premier cas a été rapporté par Duphénix en 1726. On trouve un autre exemple d'épliidrose parotidienne dans l’histoire de l’Académie royale des

sciences (1740). Le Journal de médecine de 1785 en rapporte aussi un fait survenu à la suite d’un abcès de la région parotidienne. Plusieurs cas ont été rapportés par Baillarger à l’Académie de Médecine en 1847, et un autre par P. Bérard dans son cours de physiologie (1848). En 1859 trois nouvelles observations sont relatées par lesDrs Itouyer(l) et Bergouhnioux (2). Brown-Séquard, dans son Journal de physiologie, a écrit à la suite de ces observations une note intéressante. Les auteurs du Compendium de chirurgie décrivent cette affection sous le nom d’ephidrose ou de sueur salivaire parotidienne. Enfin une thèse de Bézard (Paris 1863), qui ajoute aux faits déjà connus un fait intéressant qu’il a eu lui-même l’occasion d’observer, termine l’historique de cette singulière affection.

L’éphidrose parotidienne est toujours survenue à la suite d’une lésion de la glande parotide ou de son conduit excréteur, soit une blessure, soit un abcès, soit une simple inflammation.

On n’observe le phénomène que pendant la mastication ou bien lorsque le malade placé sur la langue des substances très-sapides. Avec une loupe on constate qu’au niveau des orifices sudori pares perlent de fines gouttelettes d’un liquide luisant et limpide : à peine formées ces gouttelettes s’unissent aux voisines et forment des gouttes plus volumineuses : celles-ci en s’étalant peuvent donner naissance à des ruisseaux de sueur. Cet écoulement continue tant que dure la mastication

(1) Rouyer : Journa de physiologie de Brown-Sèquard, 1859, t. II, p. 447, et journal le Progrès, 1860, t. Y, p.200.

(2) Bergouhnioux : Gazette des hôpitaux, 1859, n° 51, p. 201.

et oblige le malade à s’essuyer continuellement, au point de mouiller un mouchoir où une grande serviette.

Ordinairement l’exsudation est précédée et accompagnée de rougeur de la peau, de gonflement et de tension de la région parotidienne. Il y a rarement une véritable douleur.

Ou a constaté dans deux cas que la salive ne s’écoulait pas par l’orifice du canal de Sténon et que les aliments mâchés de ce côté n’étaient pas insalivés. Dans le cas de Duphénix et dans un autre de Baillarger la sueur parotidienne disparaissait par l’ouverture d’une fistule salivaire et réapparaissait lorsque^ la fistule se fermait. La condition essentielle de l’existence de ce phénomène parait être l’oblitération des canaux excréteurs de la salive.

Nous citerons comme exemples de sueur parotidienne les observations intéressantes de P. Bérard, de MM. Rouyer et Bergoubnioux :

« J’ai observé, dit P. Bérard, cette particularité sur mon père. Au moment du repas, sa joue rougissait et la salive d’abord rassemblée en gouttes ruisselait bientôt avec abondance sans qu’on pùt découvrir les orifices qui lui livraient passage. Un abcès de la parotide survenu dans le cours d’une fièvre grave aurait été la cause de ce singulierjmode d’excrétion salivaire. »

P. Bérard croyait donc à la transsudation de la salive.

Nous discuterons plus loin cette interprétation du phénomène.

Voici les deux observations du Dr J. Rouyer :

I. « Jean Aloïza, âgé de 40 ans, reçut il y a dix- huit ans une balle qui pénétra par le bord inférieur de l’orbite et res-

sortit derrière l’oreille à l’apophyse-mastoïde. Il n’en résulta aucun accident grave et le malade guérit assez rapidement. Mais, depuis cette époque, chaque fois qu’il mange, la peau se couvre d’un liquide épais semblable à de la salive qui perle en gouttelettes. Celles-ci se réunissent et coulent alors le long de la joue. Cet homme est entré, en 1855, dans le service de M, Nélaton, pour une autre affection. »

II. « En décembre 1858, une femme de 35 ans entre dans le même service, présentant le même phénomène. Elle raconte qu’il y a trois ans elle fut atteinte d’une inflammation vive de la région parotidienne qui devient douloureuse, tuméfiée, rouge, et cela sans cause appréciable. Elle fut ainsi malade [pendant trois semaines environ et se rétablit. Mais, depuis cette époque une exsudation abondante de liquide se fait à Ja surface de la peau, toutes les fois quelle fait des mouvements de mastication. Mais, chez cette femme, la peau devient rouge, violacée, il y a des douleurs, symptômes qui ne se montrèrent pas chez le premier sujet, b

Dans l’observation du Dr Bergouhnioux il est question d’un cas qui se rattache moins directement à l’éphidrose parotidienne, qui présente le phénomène à un degré moins avancé en quelque sorte :

M. le Dr H. B..., soigné par M. Vigla, était convalescent d’un rhumatisme articulaire aigu dont la généralisation et la ténacité avaient donné lieu à de sérieuses inquiétudes. Il commençait à manger quand il s’aperçut qu’avec les efforts de la mastication la région parotidienne s’empâtait, se gonflait, devenait pourpre tant et si bien qu’une douleur extrême finissait par interrompre chaque repas. Il dut pendant quelques jours s’en tenir à l’usage d’aliments liquides ou broyés. A la fin pourtant les symptômes s’amoindrirent et peu à peu disparurent complètement.

Deux mois après, récidive grave du rhumatisme : conva-

lescence; nouveau phénomène de rétention salivaire mais du côté opposé.

Dans les deux cas le malade a constaté que l’insalivation était presque nulle du côté malade. D’ailleurs aucune trace de transsudation tégumentaire.

La question la plus importante dans l’histoire de cette singulière affection est celle qui se pose relativement à la nature du liquide exsudé et au mécanisme de son excrétion.

P. Bérard,Baillarger et les auteurs du Compendium de chirurgie croient que c’est la salive qui est transsudée à travers la peau parce que dans tous les cas observés il y a eu lésion de la glande et oblitération de ses conduits excréteurs. Mais il est difficile d’admettre que la salive puisse sortir de la glande en traversant ses enveloppes, l’aponévrose, le tissu cellulaire et qu’une fois arrivée sur la peau, elle trouve des orifices tout préparés pour traverser également cette membrane. On a constaté que le liquide qui s’écoule est acide au tournesol, tandis que la salive est alcaline. L’analyse chimique du liquide n’a pas été faite.

Brown-Séquard, dans son Journal de physiologie (1859) a écrit à la suite des observations du Dr J. Rouyer la note suivante : « La plupart de ces cas ne sont que des exemples d’augmentation de la sécrétion de la sueur à la face qui accompagne ordinairement la gustation et la mastication. Le liquide sécrété est non-seulement plus abondant qu’à l’ordinaire, mais encore sa nature est plus oa moins modifiée. Mais ce serait à tort qu’on considérerait ce liquide comme de la salive parce qu’il est sécrété pendant les repas surtout. En effet chez un grand nombre de personnes j’ai constaté qu’il y a plus ou moins de

sueur sur diverses parties du visage sous l’influence d’une excitation vive des nerfs du goût. C’est par action réflexe que cette sécrétion a lieu. Je l’ai observée en hiver comme en été. Chez quelques personnes la sécrétion est très-considérable. Il en est ainsi chez moi ainsi que le montre l’extrait suivant des Comptes-rendus de la Société de biologie : « Une sécrétion très-abondante de sueur au visage a lieu chez M. Brown-Séquard toutes les fois qu’il excite ses nerfs du goût par des aliments très-salés, très-épicés ou très-sucrés, en un mot d’une saveur très-vive. La sécrétion a lieu également en hiver eL en été. Le mouvement des mâchoires n’y est pour rien ; car avec les aliments très -peu savoureux mâchés pendant longtemps l’effet n’a pas lieu, tandis qu’il se produit alors môme qu’il n’y a pas de mastication et qu un aliment très-sapide est tenu pendant quatre ou cinq minutes dans la bouche. M. Brown-Séquard a constaté le même phénomène, mais avec moins d’intensité que chez lui, sur six personnes. Il fait l’expérience devant la société : la substance savoureuse est du chocolat; en moins de cinq minutes son visage est baigné de sueur. » « Barthez (in Nouveaux éléments de la science de l’homme, 1806) mentionne le cas d’nn homme chez qui tout un côté des joues suait à grosses gouttes lorsqu’il mettait un peu de sel sur une portion du même côté de la langue qui était un peu excoriée. Les cas signalés par Iiouyer, Bérard, etc., semblent n’être que des cas d’augmentation morbide de sueur dans certaines parties de la face. »

M. le professeur Béclard dans son Traité de physiologie (1), exprime la même opinion que l’éminent physiolo-

(i; J. Béclard : Traité do physiologie, 6C édition, p. 537.

gisce que nous venons de citer : «L'influence du système nerveux sur la sécrétion de la sueur, dit le savant professeur, ressort de quelques observations que dans le principe on avait mal interprétées. MM.Bérard, Rouyer, Bergouhnioux ont cité des cas où après l’oblitération du canal de Sténon on voyait au moment de la mastication la joue et la région parotidienne du même côté se mouiller de liquide. Quelques physiologistes, sans songer à l’invraisemblance de l’explication, ont envisagé leliquide qui mouille la joue et la région parotidienne dans les cas d’oblitération du canal de Sténon comme une sorte de sécrétion salivaire supplémentaire se faisant jour par la peau, l’écoulement par les voies naturelles faisant défaut. Mais ce liquide est évidemment de la sueur : il est acide comme elle, tandis que la salive de mastication est alcaline. Cette sécrétion locale de sueur est sous l’influence de l’excitation des nerfs du goût; elle est produite par action réflexe et par conséquent d’origine nerveuse. »

Mais, dans les deux notes qui précèdent, MM. Brown Séquard et Béclard n’expliquent pas le rôle que joue l’oblitération du canal de Sténon dans l’épbidrose parotidienne. Pourquoi l’action réflexe produit- elle la sueur parotidienne chez les individus qui ont un obstacle à l’écoulement de la salive et qui auparavant ne présentaient pas ce phénomène ?

Il semble que le sang qui afflue dans la glande salivaire pendant la gustation et la mastication pour fournir les principes de la sécrétion salivaire, n’y étant pas dépensés parce que la glande est condamnée à l’inertie par l’oblitération de son canal excréteur, ce sang finit ar congestionner toute la région et les glandes sudo-

ripares de cette région d’où l’hypersécrétion de la sueur ? La rougeur, la tuméfaction et la tension de la région parotidienne pendant l’hypersécrétion sudorale viennent à l’appui de la théorie que nous avançons.

L’éphidrose parotidienne n’étant qu’un symptôme, son traitement est subordonné à celui de la lésion dont elle dépend.

Y. — de l’éphidrose palpébrale.

De Graefe a signalé quatre cas de sueur localisée aux paupières : il Fa rencontrée à un moindre degré chez un certain nombre de personnes. On trouve cette affection décrite dans tous les traités modernes des maladies des yeux. '

Cette sécrétion exagérée se produit sur tous les points de la surface, et en essuyant la paupière avec un linge il est facile d’apercevoir à l’aide d’une loupe une foule de petits orifices entr’ouverts laissant suinter le liquide.

Au bout de quelque temps la peau devient rouge, et si cet état persiste il se manifeste bientôt une irritation du bord libre et des conjonctives qu’on pourrait confondre avec un eczéma. Ou bien les malades paraissent au premier abord atteints d’une conjonctivite avec excoriation de la peau des paupières. Mais l’hyperémie conjonctivale n’est qu’une circonstance secondaire, un épiphénomène.

Il serait difficile de définir la cause de cette rare maladie.

De Graefe fait remarquer que cette affection est extrêmement rebelle.

On a obtenu de bons résultats de 1 application de

compresses trempées dans une légère solation d’acide phénitjue (1 gramme pour 1000 grammes d’eau) et d’onctions faites sur les paupières avec du goudron.

On peut dire d’une manière générale que dans les régions qui sont le siège de névralgies, les organes sécréteurs éprouvent un surcroît d’action : c’est ainsi que dans la névralgie trifaciale, la sécrétion des larmes, du mucus nasal, de la salive et de la sueur, peut être augmentée du côté endolori. Ces hypersécrétions ont lieu pendant les paroxysmes et elles coïncident avec la rougeur, la tuméfaction et l’élévation de la température de la partie.

Voici' un exemple remarquable d’éphidrose locale symptomatique d’une névralgie trifaciale. Nous avons pris cette observation au mois de novembre 1871 dans le service de M. Bourdon, à la Charité :

Joseph B..., infirmier, âgé de 38 ans, est atteint depuis quinze ans d’une névralgie de la cinquième paire qui ayant commencé par le côté gauche de la face se manifesta ensuite des deux côtés. IL est rare que cette cruelle maladie lui laisse plus d’un mois de repos. Pendant les accès qui éclatent à toute heure il éprouve des douleurs atroces : toute la peau de la région est rouge, congestionnée, chaude : en même temps on remarque un écoulement très-abondant des larmes, de la salive, du mucus nasal et de la sueur : le malade tient son mouchoir à la main et essuie sans cesse la sueur qui inonde son visage. La névralgie étant double, les deux côtés de la face sont le siège des hypersécrétions : mais celles-ci sont plus abondantes dans le côté droit qui est le plus douloureux.

M. Ollivier a observé une sueur abondante limitée au côté droit du thorax dans un cas de névralgie intercostale du même côté. Yoici un extrait de l’observation qu’il a eu l’obligeance de nous communiquer :

Pélican (Henri), âgé de 76 ans, garçon de salle, admis aux Incurables au mois d’octobre 1869, entre à l’infirmerie le 19 janvier 1872.

Il a eu l’année dernière un zona rebelle avec névralgie intercostale du côté gauche du thorax. Deux mois environ après la disparition complète de ce zona, au mois d’octobre 1871, il commença à ressentir au côté droit de la poitrine des douleurs lancinantes revenant à des intervalles plus ou moins éloignés et acquérant parfois une intensité considérable. Ces douleurs occupaient la partie latérale des 6e, 7e, 8e et 9e espaces intercostaux. La douleur a persisté depuis ce temps malgré un traitement assez énergique par les vésicatoires, les injections morp binées, les sinapismes, les ventouses sèches et scarifiées.

Aujourd’hui le malade, rentré de nouveau à l'infirmerie, se présente dans l’état suivant : Cet homme est assez vigoureusement constitué : son teint est coloré. La peau présente sur le côté gauche du thorax quelques cicatrices blanchâtres, vestiges de l’ancien zona. Le malade se plaint toujours de la douleur qu’il éprouve du côté droit. Cette douleur a changé de caractère : elle est continuelle, sourde, et à des intervalles fort peu éloignés, tantôt quelques secondes, tantôt quelques minutes, surviennent des élancements plus ou moins vifs et se montrant seulement sur la partie latérale du thorax au niveau des 8e et 9e espaces intercostaux. La pression exercée en arrière, au milieu et en avant des ces deux espaces, détermine d’assez vives douleurs.

Le malade attire notre attention sur un phénomène assez curieux. Il a, nous dit-il, des sueurs abondantes, limitées au côté droit du tronc, et en ce moment même tout ce côté est en moiteur, tandis que l’autre côté du tronc est parfaitement sec. Ces sueurs sont assez fréquentes. Elles sont du reste beaucoup plus abondantes la nuit que le jour et le matin que

le soir. Le malade dit encore qu’elles sont plus abondantes lorsqu’il est levé que lorsqu’il l'este au lit, et, quand les douleurs névralgiques intercostales sont très- vives, il survient en même temps une augmentation de cette Sécrétion sudoralc limitée toujours au côté droit.

Du côté des différents appareils, rien de bien important' à noter.

Aujourd’hui f 0 mars 1873, les sueurs partielles persistent toujours ainsi que la névralgie du côté droit du thorax.

Après avoir parlé des sueurs locales qui accompagnent les névralgies spontanées, nous devons parler de celles qui accompagnent les névralgies symptomatiques, c’està-dire les névralgies consécutives à certaines lésions des nerfs et de la moelle. Dans ce dernier cas on a observé non-seulement l’hypersécrétion de la sueur, mais aussi l’altération des propriétés physiques et chimiques de ce liquide.

Le phénomène a été signalé par tous les auteurs qui ont écrit sur les altérations de nutrition consécutives aux lésions de la moelle et des nerfs, par Hamilton (1), par Romberg, par les médecins américains Mitchell, Morehouse et Keen, dans un mémoire qu’ils ont écrit après la guerre des Etats-Unis, par Mougeot (2), élève de M. Charcot, enfin par Couyba (3), interne de la Salpêtrière, qui a eu l’occasion d’observer plusieurs faits chez des blessés pendant le siège de Paris.

Hamilton a signalé que dans deux cas de névralgie

(1) Hamillon : Archives de médecine, 1838.'

(2) Mougeot : thèse de Paris, 1 867 : Recherches sur quelques troubles de nutrition consécutifs aux lésions des nerfs.

(3) Couyba : thèse do Paris, 1871. Des altérations de nutrition consécutives aux lésions traumatiques de la moelle et des nerfs.

traumatique et pendant les paroxysmes de celle-ci, la peau de la partie douloureuse se couvrait de larges gouttes de sueur.

Dans leur monographie, les docteurs américains Mitchell, Morehouse et Keen n’ont pas oublié ce symptôme remarquable et voici ce qui paraît résulter de plus précis de leurs différentes observations : après la section complète des nerfs d’un membre, la peau est généralement sèche et on a observé assez souvent que dans les régions paralysées, la sécrétion de la sueur reparaissait exactement à la limite des parties insensibles et en dehors de celles-ci. Dans une observation, ils ont observé une diminution très-sensible de la sécrétion de la sueur au cou, au bras et à la poitrine du côté malade. Du côté gauche resté sain, cette fonction était, au contraire, notablement exagérée. Durant deux années on vit ces symptômes persister sans aucun changement.

Dans le fait rapporté par les chirurgiens américains, d’un soldat blessé par un éclat d’obus dans l’aisselle et qui conserva à la suite une névralgie rebelle de la main; la sécrétion des glandes sudoripares était très-abondante et très-acide, de sorte qu’on sentait constamment une odeur de vinaigre dans le voisinage de cet homme. Ce phénomène disparut quand le malade recouvra la santé.

Le même fait s’est présenté dans d’autres observations avec une grande analogie. Dans un seul cas 1 odeur de la transpiration était très-désagréable et rappelait les émanations méphitiques d’une eau croupie.

Gouyba, dans sa thèse, résume ainsi les anomalies de la sécrétion sudorale dans les lésions traumatiques des nerfs : « Sur les membres anesthésiés la sécrétion des

glandes sudoripares se suspend et la peau se dessèche. Dès que l’hyperesthésie apparaît ou bien pendant les crises névralgiques, la sueur devient très-ahondante et son acidité est très-augmentée , acidité traduite par l’odeur ou bien par le papier de tournesol : la sueur de l’aisselle et de l’aine est alcaline normalement. Les matériaux organiques qu’élimine la sueur sont parfois altérés et on a noté une fétidité particulière asssimilahle à celle qu’engendrent les décompositions animales.»

Yoici deux exemples d’éphidroses limitées l’une à la région cutanée du nerf sciatique, l’autre à celle du nerf cubital et que nous avons observées à la suite de lésion traumatique de ces nerfs :

I. Georges Gauthier, âgé de 19 ans, garde national pendant le siège de Paris, a reçu, le 19 janvier 1871, à la bataille de Buzenval, une balle qui a traversé la partie supérieure et postérieure de la cuisse droite. La blessure guérit assez rapidement, mais le pied resta paralysé de tous ses mouvements. Un mois après, douleurs névralgiques dans la partie postérieure de la jambe et dans le pied. Ces souffrances, ainsi que la paralysie des muscles de la jambe, ont persisté depuis bientôt deux ans. Le malade entre le 13 décembre 1872 à l’bôpital Saint-Louis, dans le service de M. Tillaux, pour demander un remède à son infirmité.

Nous constatons alors chez ce malade des troubles fonctionnels et trophiques qui résultent évidemment d’une lésion du nerf sciatique: atrophie presque complète de tous les muscles de la jambe droite ; le pied a perdu tout mouvement; hyperesthésie de la peau du pied et de la jambe, excepté à la face interne où se distribue le nerf saphène interne ; le plus léger attouchement est douloureux et provoque un tremblement particulier dans tout le membre; lorsqu’on a répété un certain nombre de fois cette dernière expérience, on remarque que la peau des parties hyperesthésiées est devenue humide, luisante et plus chaude; l’hypersécrétion de la sueur s’arrête

aux limites de la région où la peau reçoit ses filets sensitifs du nerf sapliène interne.

Le malade ressent de temps en temps des douleurs névralgiques violentes dans toutes les parties où se distribuent les branches du sciatique. Il nous dit lui-même qu’après ses accès, il trouve sa jambe et son pied tout mouillés dans les points où il souffre, tandis que les autres parties du membre où il ne souffre pas sont parfaitement sèches.

Point d’odeur anormale de la sueur. Son acidité ne paraît pas augmentée au tournesol.

II. Louis Lelot, âgé de 25 ans, journalier, a reçu, étant ivre, une balle de révolver qui a traversé la partie interne de l’avant-bras gauche d’avant en arrière.

Il entre le lendemain, 10 janvier 1873, à l’hôpital Lariboisière, salle Saint-Louis : on constate une insensibilité presque complète du petit doigt et de la moitié de l’annulaire de la main gauche. La blessure guérit rapidement; mais au bout de quinze jours, douleurs lancinantes, revenant par accès, sur le trajet du nerf cubital, jusqu’au coude; hyperesthésie de la peau du petit doigt et de la moitié de l’annulaire; dans ces parties la peau est plus luisante, plus humide et plus rouge que sur les autres doigts ; la sueur est abondante dans l’espace qui sépare le petit doigt de l’annulaire.

Dans les cas de névralgies traumatiques, eu même temps que les troubles de sécrétion de la sueur, les auteurs signalent parmi les altérations de nutrition de la peau des éruptions vésiculeuses, bulleuses, etc.

A l’autopsie, on a presque toujours observé les lésions de la névrite ou de la myélite.

Mannlcopff, cité par Jaccoud, a signalé dans plusieurs cas de myélite aiguë non traumatique des sueurs profuses de la moitié supérieure du corps en même temps qu’une anasarque indépendante d’altération urinaire et de toute autre cause appréciable.

Nous ne ferons que mentionner ici ce qu’on a appelé

les fièvres intermittentes topiques dans lesquelles les phénomènes fébriles, frissons, chaleur, sueurs, seraient bornés à une partie du corps. Cette forme de fièvre intermittente anomale, dit M. Grisolle, n’est-elle pas un peu hypothétique? N’a-t-on pas pris pour telle quelque névrose, quelque névralgie surtout à forme périodique ? Cependant M. Cuignet a rapporté un fait de ce genre très-intéressant (1) : « Une dame, dit-il, suait de la main droite et de la partie postérieure de l’avant-hras; cette sueur était précédée d’une sorte de frisson local avec sensation marquée de froid, puis venait la chaleur, puis la sueur. Cet accès survenant chaque jour à la même heure, je pensai qu’il s’agissait d’une fièvre larvée. Je donnai le sulfate de quinine et la malade guérit rapidement. »

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