VII. — SUEURS UNILATERALES
Il existe dans la science plusieurs exemples de sueurs n’occupant qu’un côté du corps.
On trouve dans les Mémoires de l’Académie des sciences (1740) un cas de sueur partielle sur la moitié du visage. Bichat parle de sueur sur la partie latérale gauchedu crâne coïncidant avec une hémiplégie du même côté. LeDr Roques rapporte l’histoire d’un jeune homme qui, à la suite d’une congestion cérébrale produite par une chute, vit, après un traitement de quatre mois, survenir des sueurs sur le côté droit de la tête et le moignon de l’épaule. Les repas, les émotions, augmentaient cette sécrétion, et au bout de quatorze ans les parties
(1) Gazette hebdomadaire, 28 février 1873, p. 141.
Débrousse-Latour.
qui en étaient le siège s’étaient amaigries, les cheveux avaient blanchi du même côté.
Joseph Frank (1) dans son Traité de pathologie interne, rapporte les deux cas suivants :
Pendant le mois d’octobre 1827 un chirurgien de Corne me présenta une jeune fille de 12 ans qui sue de la tète aux pieds, surtout du côté gauche et surtout quand elle mange. Cette maladie, survenue sans cause connue, dure depuis six ans sans que la santé en soit altérée.
Il existe aussi à Corne une dame d’un rang élevé qui, pendant tout le temps de sa grossesse, suait tellement de tout le côté gauche que lorsqu’elle laissait pendre la main du côté affecté, la sueur qui découlait des doigts se répandait sur le sol. Quel que fût le vêtement qu’elle revêtit, elle était obligée de renouveler continuellement la manche gauche.
Le médecin anglais Wilson (2) rapporte l’observation d’un gentleman qui, atteint d’une affection gastrique intense, présentait une sueur abondante limitée au front et à la face d’un seul côté.
Le même auteur raconte l’anecdote suivante qu’il tient d’un acteur célèbre qui en fut le héros :
Alors qu’il était jeune, parcourant l’Amérique, il jouait un soir d’été dans une comédie, où il eut très-chaud. Il eut à peine le temps d’aller se rafraîchir quand il fut obligé de rentrer en scène. Il jouait un rôle pour lequel il avait été obligé de changer ses traits de jeune homme en ceux d'un vieillard, au moyen de fard. Pendant qu’il jouait il fut frappé de voir fixés sur lui à un moment donné tous les regards des spectateurs; il en conclut qu’il devait cette faveur à l'excellence de son jeu : il en fut très-flatté et fit ses efforts pour
(1) Frank : Pathologie médicale ; traduction française de l’Encyclop., t. Il, p. 3G8, in-8 ; Paris, 1837.
(2) Wilson (Erasmus). On diseases of the skin ; London, 1363, 50éd., p. 606.
jouer encore mieux. Cependant, de temps en temps, il ne comprenait rien aux éclats de rire et aux applaudissements qui éclataient aux passages les moins intéressants de. la pièce. A la fin de l’acte, après avoir fait son plus gracieux salut aux spectateurs, au milieu des rires universels, il se retira et, en rentrant dans sa loge, il s’expliqua le mystère.
Ce n’était point à son talent qu’il devait son succès, mais plutôt à l’aspect drolatique de sa face dont un côté avait été délivré de ses rides par une transpiration partielle et montrait la physionomie d’un jeune homme de 20 ans tandis que l’autre côté représentait les traits d’un vieillard de 80 ans.
Dans ce cas, ajoute Wilson, tandis qu’un côté de la face était ainsi en sueur et l’autre sec, la poitrine se trouvait dans un état inverse. Il s’agissait là d’une transpiration alterne.
A une période avancée de la vie de l’artiste, la sueur cessa sur tout le corps et sa santé en fut très-altérée.
Il est impossible, dans l’état actuel de la science, d’expliquer ces faits de sueur unilatérale.
VIII. — DES SUEURS PARTIELLES PAR TROUBLE DE LA CIR- CULATION VEINEUSE.
Le professeur Verneuil a signalé comme symptôme fréquent des varices profondes des jambes, une augmentation considérable de la sécrétion sudoripare sur la peau de la jambe malade ; cette éphidrose locale est souvent accompagnée de démangeaisons, d’eczéma ou d’érythème.
Il existe aussi dans le varicocèle une sécrétion abondante de la sueur sur le scrotum et sur le trajet du cordon du côté malade ; il n’est point rare de voir en même temps de l’intertrigo et de légères excoriations sur les bourses et sur la partie correspondante de la cuisse. Notons en passant que ’a sueur des parties génitales a
une odeur spéciale et contient ordinairement de l’acide butyrique.
Au fond des plis rayonnés qui entourent l’anus, on trouve les orifices nombreux de glandes analogues à celles que M. Robin a décrites dans l’aisselle et d’où suinte, surtout dans les cas d’hémorrboïdes, une humeur âcre et odorante qui y entretient une humidité constante. Cette sécrétion peut devenir l’origine d’un prurit très-pénible et très-rebelle de l’anus.
E. Fritz a observé des sueurs abondantes limitées à la face et au cou dans des cas de coagulation du sang dans les sinus veineux du crâne. Voici un extrait des deux observations qu’il rapporte dans la Gazette hebdomadaire de 1860 :
Hippolyte Augibaud, 11 ans, scrofuleux, entré à l’hôpital des Enfants pour un mal de Pott, fut pris de symptômes qu’on crut être ceux d’une méningite. Pendant huit jours que dura la maladie, cet enfant présenta à plusieurs reprises des sueurs abondantes circonscrites à la face et au cou. A l’autopsie, on trouva un caillot occupant toute la longueur du sinus longitudinal supérieur et les veines aboutissantes : tout le système veineux du cerveau était gorgé de sang.
La lésion n’avait donc pas été diagnostiquée. Dans le cas suivant, Fritz fît le diagnostic de la thrombose d’un sinus veineux du crâne en se fondant principalement sur l’apparilion de sueurs circonscrites à la face et au cou :
Alexandre Ozolle, âgée de 3 ans et demi, entre à l’hôpital le 5 janvier 1859 pour une chute du rectum.
Il eut plus tard la rougeole et dans la convalescence il fut pris de délire, d’hémiplégie gauche et de contracture à droite,
et de strabisme. En même temps la face et le cou sont couverts d’une transpiration abondante. Mort au bout de trois jours.
A l’autopsie, concrétion fibrineuse occupant tout le sinus longitudinal supérieur et envoyant des prolongements dans plusieurs veines d’origine du sinus ; substance cérébrale fortement congestionnée et humide à la coupe.
Fritz ne donne aucune théorie du phénomène.