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X.— DE LA SUEUR DE SANG OU HEMATIDROSE

On donne le nom de sueur de sang ou d’hématidrose à l’exhalation sanglante qui se fait à la surface de la peau par les mêmes voies que la sueur.

Les sueurs de sang ont attiré l’attention des plus anciens observateurs. Aristote dit ( De partibus animalium) : Jam nonnullis accidit ut cruentum quoddam « excrementum sudarent propter vitiatum corporis ha- « bitum scilicet cum corpus laxum, etc. » Rondelet (De morbis cliagnoscendis ) rapporte un fait et l’attribue comme Aristote à un vice du sang. Barlholin a aussi signalé les sueurs de sang. Mercatus (1) rapporte un exemple d’hémorrhagie supplémentaire par le petit doigt chez une femme non réglée. Zacutus Lusitanus(2) rapporte aussi un exemple d’hémorrhagie supplémentaire par les orteils. Boerhaave a cité un fait de sueur sanglante observé par lui-même. Bichat en a vu un exemple dans sa pratique (3) : a Je voyais, dit-il, avec Desault à Paris une femme affectée de cancer de la matrice et qui à certaines époques déterminées avait des sueurs qui tachaient les draps à peu près comme les règles. Cette femme avait eu de fréquentes hémorrhagies avant sa maladie. Depuis ces sueurs, elles avaient continué, mais étaient plus rares. » Latour (4), dans son Histoire phi -

(1) Morcatus(De mulier. affect., lib. î, cap. 7).

(2) Zacutus Lusitanus : Opéra, t. II, p. 94.

(3) Bichat : Anatomie générale.

(4) Latour : Histoire philosoph. et méd. dos causes des hémorrhagies, 1815, 1. 1, obs. 274, 36! , et p. 226 et suiv.

losophique et médicale des causes des hémorrhagies (1815) et Gendrin (1), dans son grand Traité philosophique de médecine pratique (1838), parlent assez longuement des sueurs de sang et rapportent un grand nombre de faits observés par eux-mêmes ou empruntés aux auteurs anciens. Il faut aussi noter un article important de Chomel sur l’hématidrose dans le Dictionnaire en trente volumes. Enfin, nous mentionnerons un chapitre (2) d’Hébrasur ce sujet dans son Traité des maladies cutanées.

Malgré la multiplicité des observations et l’autorité des noms que nous venons de citer, beaucoup d’auteurs contemporains ont élevé des doutes sur l'authenticité des sueurs de sang. Monneret, dans le Compendium de médecine, n’y ajoute qu’une foi médiocre : « Les faits que l’on a cités, dit-il, ont presque tous quelque chose d’extraordinaire et qui doit inspirer des doutes. »

Tous les médecins qui se sont élévés contre la sueur de sang se sont fondés sur ce fait que le sang ne saurait se faire jour à la surface de la peau sans la rupture de vaisseaux et sans lésion de l’épiderme. En effet, la véritable sécrétion du sang par les glandes sudoripares n’existe point. Mais M. Parrot a repris la question et a publié un travail important (3) d’où il résulte que si l’on ne doit point admettre l’hématidrose en tant que véritable sécrétion sanglante, on doit l’admettre en tant qu’hémorrhagie des glandes sudoripares, le sang se montrant à la surface cutanée par les orifices de ces

(1) Gendrin : Traité philos, do méd. pratique, t. I, p. 276.

(2) Ferdinand Hébra : Traité des maladies cutanées et des exanthèmes ; traduction du Dr Doyon, p. 93. Paris, 1872.

(3) Parrot : Essai sur la sueur de sang. Gazette hebdomadaire, Paris, 1839.

glandes. Le nom de sudorrhagie conviendrait peul-êtrc mieux que ceux de sueur de sang et d’hématidrose pour désigner la nature du phénomé.i .

L’existence de cette affection ainsi affirmée, il faut reconnaître qu’elle est excessivement rare. Evidemment tous les faits rapportés par les auteurs anciens ne sont pas authentiques, et dans les cas de ce genre, comme le dit Hébra, il faut toujours songer à la simulation.

M. Parrot rapporte douze observations. La première est de Gaizergues : c’est une sueur de sang survenue quatre fois pendant la plus grande vivacité des douleurs d’une colique néphrétique au visage, au cou, à la partie antérieure de la poitrine, dans le creux de l’aisselle, etc. La deuxième est de Boerhaave : c’est une jeune fille qui, toutes les fois qu’elle avait froid aux doigts, suait le sang par ces parties, et toutes les fois que ses règles ne paraissaient pas suait le sang par diverses régions du corps, pleurait le sang, avait des épistaxis, etc. La troisième est rapportée par Chauffard, d’Avignon : il s’agit d’une jeune fille dévote qui pendant des attaques d’hystérie suait le sang aux pommettes et à l’épigastre. La quatrième observation, empruntée à Magnus llus, est celle d’uns jeune fille hystérique et chlorotique qui avait des sueurs de sang en différents points, sueurs qu’elle produisait à volonté en s’excitant par des disputes, la colère. M. Parrot a observé une dame névropathique qui avait des sueurs de sang pendant ses paroxysmes névralgiques et une autre qui, pendant des attaques d’hystéro-épilepsie, avait des exhalations sanglantes en différents points, des épistaxis, des larmes sanglantes, etc. Tous les autres cas cités par M. Parrot

ont pour sujets des femmes hystériques et présentententre eux la plus grande analogie.

Les sueurs de sang se font ordinairement par des surfaces peu étendues : ce sont des sueurs partielles. Elles se montrent surtout là où la peau est blanche, fine et pourvue d’une grande quantité de glandes sudo* ripares; ainsi on les observe surtout à la pulpe des doigts, dans les aisselles, aux orteils, au cou, sur les côtés du nez, etc., ^elquefois à la surface d’une ancienne cicatrice. Tel est le cas, cité par Latour, d’une servante qui s’était brûlée six jours avant ses règles : tous les mois un sang vermeil et abondant était exsudé à travers les cicatrices de la brûlure.

Le sang n’est ni infiltré dans l’épaisseur de la peau ni déposé sous elle ou sous l’épiderme comme dans les hémorrhagies du scorbut et des fièvres graves. Il est exhalé par les orifices des glandes sudoripares. Si l’on essuie la peau, on la trouve saine au point correspondant : on n’aperçoit aucune érosion de l’épiderme, et lorsque l’hémorrhagie a cessé, il ne reste aucune cicatricule dans le lieu qu’elle a occupé.

L’examen microscopique fait par Magnus et Parrot a démontré dans le liquide de nombreux globules rouges et quelques globules blancs.

L’hématidrose a lieu fréquemment sans prodromes. D’autres fois, la partie se tuméfie, rougit, devient le siège d’un sentiment de chaleur ou d’une véritable douleur. Ces premiers symptômes qui représentent évidemment un certain degré d’hyperémie de la peau s’accompagnent dans certains cas d’un malaise général : abattement, courbature, céphalalgie, plénitude du pouls, etc.

Le sang qui suinte à travers la peau est en gouttelettes plus ou moins serrées et nombreuses. A l’aide d’une loupe on peut le voir sortir d’une foule de petits orifices qui ne sont autres que ceux des glandes sudoripares : avant de faire cet examen, il faut essuyer les surfaces sanglantes avec un linge.

L’hématidrose est de courte durée : quelques minutes, quelques heures, très-rarement un ou plusieurs jours. Elle est très-sujette à récidive, soit que l’exhalation sanguine se fasse au même point, soit qu’elle ait lieu successivement sur différentes parties du corps. Cette maladie étant fréquemment liée à l’aménorrhée, il s’ensuit qu’elle peut se montrer tous les mois d’une manière périodique : elle semble être, dans ce cas, supplémentaire des règles.

C’est une des hémorrhagies dans lesquelles la perte de sang est le plus minime. Aussi ne voit-on guère à la suite l’anémie et les accidents qu’on constate après la plupart des hémorrhagies. Le pronostic n’est donc jamais fâcheux à moins que l’hémorrhagie n’occupe une très-grande surface et ne se lie à quelque condition grave de l’économie.

Le diagnostic n’offre aucune difficulté. Certains topiques, comme la verveine, peuvent colorer la sueur en rouge. Mais les réactifs chimiques, comme les hypochlorites qui décolorent les substances végétales, et l’examen microscopique qui montre les globules rouges et les globules blancs du sang, suffiront pour éviter la confusion et démontrer la simulation.

Les sueurs de sang ont été vues pour la plupart chez des femmes jeunes ou dans la période moyenne de la vie. Elles ont coïncidé chez elles avec l'aménorrhée ou

l’insuffisance des règles. Il existe de très-rares observations de sueurs de sang chez l’homme : dans quelques cas môme elles se sont montrées périodiquement tous les mois comme chez les femmes.

Nées quelquefois sous l’influence d’un état pléthorique, l’hématidrose se voit plus souvent chez des individus anémiés, et surtout, d’après Parrot, chez des femmes d’une constitution faible, irritables, sujettes à de violentes perturbations nerveuses comme l’hystérie et l’épilepsie. Ce dernier auteur n’admet pas que les sueurs de sang puissent se produire sans un état névropathique de l’économie. Dans toutes les observations qu’il rapporte et dans toutes celles des auteurs anciens, il fait remarquer que l’bématidrose accompagne toujours des troubles nerveux quelconques : convulsions, névralgies, émotions violentes, etc.

Dans le scorbut, l’hémophylie, les fièvres graves on observe très-rarement de véritables sueurs de sang, d’après M. Parrot : on voit plutôt dans ces cas des hémorrhagies sous-cutanées et sous-épidermiques.

Toutes les causes déterminantes de l’hématidrose sont celles qui impriment une violente secousse au système nerveux, comme la frayeur ou la colère. Chomel signale les efforts violents. Dans leurs Recherches statistiques sur les accidents produits pcir l accès épileptique, MM. Rengade et Reynaud ont noté en particulier l’hémoptysie et l’hématidrose s’effectuant par la paume des mains et les parties génitales. L’hématidrose, de même que les ecchymoses qu’on observe souvent à la face dans les mêmes cas, paraît être le résultat des efforts 'ùolénts qui ont lieu pendant l’attaque.

Le traitement consiste à combattre la maladie primi-

tivej, hystérie, aménorrhée, etc. Il faut combattre 1 anémie par les toniques et les reconstituants. Cette hémorrhagie étant presque toujours très-peu considérable ne réclame aucun traitement local. Cependant, si les sueurs de sang étaient assez abondantes pour affaiblir les malades, on les modérerait par des applications froides et par la compression.

La nature et l’origine de la sueur de sang sont aujourd’hui bien connues. Dans beaucoup de cas l’ignorance et le fanatisme religieux ont fait invoquer la sorcellerie ou le miracle. Nous ne ferons que citer l’opinion de Latour qui admet (Hist. philos, et méd. des hémorrhagies) l’existence de vaisseaux particuliers qu’il appelle exhalants et qui, prenant leur origine dans les capillaires, aboutissent à la surface de la peau ou des muqueuses.

Nous avons vu que la surface cutanée ne présente aucune érosion épidermique, et cependant il ne s’agit pas là d’une simple excrétion, car le liquide contient des globules sanguins et la théorie de la diapédèse est aujourd’hui inadmissible. En effet, il s’agit là d’une hémorrhagie réelle fournie parles capillaires des glandes sudoripares. Le sang, sorti des vaisseaux par rupture des parois vasculaires, est versé dans l’intérieur des tubes glandulaires, et de là il suinte à la surface de la peau par les orifices des glandes sudoripares.

Quant à la pathogénie, nous ne ferons que citer encore M. Parrot : « Sous l’influence, dit-il, du système nerveux et des perturbations que des causes physiques ou morales font éprouver à ses centres, il se fait une congestion dans des glandes qui appartiennent à la peau, congestion qui est poussée jusqu’à la rupture vasculaire. Car « la peau, dit Gallien, est un nerf doué de sang. » Dèbrousse-Latour. ,

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