CHAPITRE PREMIER
CONSIDÉRATIONS SUR L’ANATOMIE ET LA PHYSIOLOGIE DE L’APPAREIL SUDORIPARE.
§ 1". — Anatomie.
Depuis quelques années, l’anatomie de l’appareil sudoripare s’est enrichie de faits nouveaux d’un grand intérêt au point de vue de la physiologie pathologique de beaucoup de sueurs morbides. Nous devons ces découvertes aux travaux de Heynold , Horschelmann , Hesse, Satler, et aux recherches plus récentes des professeurs Renaut (I), Ranvier (2), Coyne (3) et de M. Herrman (4), préparateur du professeur Robin.
La glande sudoripare est un tube simple ou composé, ouvert, par une extrémité à la surface de la peau et, par l’autre, enroulé en peloton ou glomérule. L’extrémité supérieure, à partir du point où elle quitte le derme et pénètre l’épiderme, est dépourvue de paroi propre; ce n’est plus qu’un canal excréteur, une sorte de trajet spiroïde creusé dans les couches
(1) Annales de Dermatologie de M. Doyon, 1879.
(2) Académie des Sciences 1879.
(3) Acad, des Sc. 1878.
(4) Soc. Biologie, 1879.
dp id or iniques. L?extrémilé profonde, glomérulaire, .est la partie vraiment glandulaire; elle sécrète la sueur. Ge glomérule est logé dans les aréoles de la couche profonde du derme, au milieu de vésicules adipeuses, enveloppé d’un double réseau vasculaire et nerveux.
La structure du tube sudoripare est plus complexe qu’on ne le croyait il y a moins de dix ans. Une coupe perpendiculaire a l’axe donne une bonne idée de la disposition réciproque des divers éléments. La couche la plus interne est un revêtement épithélial; les cellules de ce revêtement reposent sur une paroi propre, mince, anhiste; mais, et c'est là un fait nouveau bien remarquable, entre les cellules et la paroi se trouvent interposées des libres lisses; au delà de la membrane anhiste quelques faisceaux de tissu conjonctif forment une tunique externe qui supporte les vaisseaux capillaires et les tubes nerveux .
L’épithélium a été particulièrement étudié par M. Ranvier. Les cellules forment une couche unique; mais elles ne sont pas en contact par toute l’étendue de leurs faces latérales : la cavité glandulaire, la lumière du tube, se prolonge entre les cellules sous forme de fentes, de lacunes. Cette disposition parait très-générale dans les épithéliums glandulaires. Boll et Saviotti l’ont, signalée dans les glandes gastriques de la grenouille; elle existe aussi dans le pancréas et le foie. Les cellules épithéliales des glandes sudoripares sont prismatiques ou cylindriques. La partie moyenne du corps cellulaire se colore très-bien par le carmin et renferme le noyau autour duquel se groupent quelques granulations pigmentaires jaunâtres, plus ou moins foncées. MM. Renaut et Ranvier y décrivent des bâtonnets comparables à ceux de l’épithélium rénal.
La partie superficielle de la cellule, tournée vers la lumière du tube glandulaire est fort différente ; elle ne se colore pas par le carmin ; elle est pâle, hyaline, dépourvue de granulation, et forme comme une calotte appliquée sur le corps cellulaire. Quand on examine attentivement un certain nombre de cellules, on voit que ces portions hyalines s’étirent, font une saillie de plus en plus marquée et finissent par se séparer
de la cellule qui leur a donné naissance. Ainsi sc détachent de l’épithélium de petites masses sphériques qui vont en quantité variable se mêler au liquide de la sécrétion sudorale; M. Ranvier désigne ces petites masses du nom de globes colloïdes. 11 est d’ailleurs très-facile1 de les distinguer de quelques globules graisseux qui peuvent se trouver aussi dans les tubes sudoripares. Peut-être est-il permis de comparer ces productions singulières aux corpuscules salivaires et d’attribuer à leur abondance exagérée dans le liquide sécrété le caractère visqueux de certaines sueurs morbides.
De la face profonde de la cellule partent des crêtes* des cloisons minces qui, s’insinuant entre les fibres-cellules, vont se fixer à la membrane anhiste. Sur une coupe perpendiculaire cà l’axe du tube, l’ensemble de ces crêtes* forme une série d’arcades. Chaque arcade répond à une fibre lisse. Ainsi une cellule épithéliale peut être en rapport immédiat avec deux ou trois fibres lisses. Ces fibres sont toujours dirigées parallèlement à l’axe du tube. Cette singulière connexion d’un épithélium avec des éléments contractiles est un fait constant dans les glandes sudoripares. On peut expliquer par la contraction de ces fibres, l’apparition brusque de la sueur sous l’influence des émotions.
Il était intéressant d’étudier comparativement l’épithélium sudoripare avant et après la sécrétion, comme Ileidenhain, M. Ranvier et plus récemment MM. Renaut et Arloing l’ont fait pour les glandes salivaires. Cette question a été résolue par le professeur Renaut (1), dont les observations ont porté sur les glandes sudoripares du cheval. Dans la glande épuisée, l’épithélium, au lieu d’être cylindrique, est moins haut que large ; il a diminué de volume en sécrétant; le noyau est redevenu central ; le protoplasma n’est plus finement strié comme à l’état de repos, mais fortement granuleux. Ce retrait des cellules sécrétoires a pour conséquence L’élargissement de la lumière du tube, où l’alcool coagule parfois le liquide sécrété en un caillot comparable à un caillot de lymphe. Le réseau capillaire du glomérule est gorgé de sang, cl h' | issu
(1) Société de Biologie, 1878.
connectif périglandulaire rempli de cellules lymphatiques. De telles modifications ont évidemment une très-grande analogie avec celles qu’on observe dans les glandes salivaires après la sécrétion prolongée de la salive.
Les glandes sudoripares de l’homme après la mort présentent ces modifications de la glande en action, dues sans doute au phénomène constant de la sueur agonique (Renaut).
Chez le vieillard, l’épithélium des glomérules est souvent infiltré de granulations graisseuses et pigmentaires; dégénérescence très-propre à expliquer le ralentissement de la sécrétion sudorale à cet âge (1).
M. Iïerrman a fait, sur les glandes sudoripares du cheval, une observation intéressante. Des granulations d’un pigment mélanique semblable à celui du corps muqueux de Malpighi sont disséminées dans les cellules fusiformes du tissu conjonctif intertubulaire et dans les cellules éphithéliales des tubes. Ces granulations de l’épithélium sont même parfois réunies en amas volumineux qui distend la cellule, s’en échappe et tombe dans la lumière du canal sudoripare. Cette donnée anatomique peut servir à l’interprétation très-simple de quelques faits de chromidrose.
La couche musculaire adhère beaucoup plus à la paroi propre qu’au revêtement épithélial. Chaque fibre-lisse présente sur sa face externe, en rapport avec cette paroi, de fines dentelures longitudinales, très-probablement destinées à rendre cette adhérence plus parfaite. L’existence de cette couche musculaire est constante dans un grand nombre de régions et chez beaucoup d’animaux. D’après Horschclmann, elle manquerait dans les glandes du cuir chevelu.
La paroi propre est semée de noyaux peu distincts. Quelques histologistes décrivent à sa face externe une couche de cellules plates. Cette membrane est de nature conjonctive.
Avant les recherches de Tomsa (2) et de M. Coyne (3) le réseau nerveux était peu connu. Les nerfs des glandes sudori-
(1) Iiemy; Tl). Paris. 1878.
(2) Wien medic. Wocliens, 1865.
3) G. R. Ao.se., 20 mai 1878.
panes sont cependant fort nombreux ; du réseau qui enveloppe le glomérule partent des libres qui arrivent jusqu au contact de la paroi glandulaire; on les voit, en effet, rester adhérentes à cette paroi, même quand le tube glandulaire est isolé des tissus voisins.
Outre ces fibres, la plupart déjà dépourvues de myéline, M. Coyne a signalé, au contact de la paroi tubulaire, l’existence d’éléments cellulaires, de forme multipolaire, très-analogues à des cellules nerveuses et par leur forme et par la constitution de leur protoplasma, éléments qui paraissent recevoir la terminaison des fibres nerveuses. Il est en effet impossible de suivre plus loin ces fibres et de saisir leur relation avec l’épithélium : le chlorure d’or se fixe à la fois et sur les fibres et sur les cellules épithéliales. Il est cependant trèsprobable que les cellules sécrétoires et les fibres-lisses se partagent les fibrilles terminales ; des expériences très -concluantes démontrent l’existence de nerfs moteurs-gland u laires dans les glandes sudoripares, comme, dans les glandes salivaires.
| 2. — Physiologie de la sécrétion sudorale.
Il y a bien une certaine analogie, au point de vue physiologique, entre le glomérule deMalpighi et le glomérule sudoripare ; l’un et l’autre contribuent à la dépuration du sang. Mais tandis que les glomérules de Malpighi sont réunis en un seul organe, le rein, ceux de l’appareil sudoripare sont disséminés sur une vaste surface et annexés au tégument externe, disposition qui donne à cet appareil une fonction nouvelle, la régulation thermique.
Dans les conditions habituelles de la vie, un des principaux agents de la régulation thermique est en effet la •perspiration cutanée insensible. On appelle ainsi la déperdition lente, mais constante de vapeur aqueuse, qui se fait à la surface de la peau . Cette évaporation est plus considérable qu’on ne le croit généralement; elle élimine environ 1,000 grammes
(I eau en 24 heures (1). Tous les physiologistes admettent que le liquide s’échappe par les glandes sudoripares, (2) et non, comme le croyait Krause, par la surface libre de l’épiderme. Erisman conclut de nombreuses expériences que l’évaporation se produit à l’orifice cutané des glandes sudoripares, et que, d’ailleurs, cette fonction de l’appareil sudoripare est infiniment plus importante que la sécrétion de la sueur (if). De plus, cette perspiration n’est pas, ajoute Erisman, un acte purement physique, elle dépend en grande partie delà vitalité des organes qui y président.
Toutes les variations de l’état hygrométrique de l’air, celles surtout de la température extérieure et de la chaleur animale, augmentent ou diminuent la perspiration cutanée. Elle augmente dans les pays chauds, dans toutes les conditions normales et pathologiques où la chaleur intérieure tend à s’élever, comme après un exercice musculaire et pendant la fièvre; elle diminue dans les climats froids et lorsque la température du corps tend à s’abaisser.
Il est probable que les troubles de la perspiration cutanée ont une certaine importance dans les maladies; on a même attribué des conséquences funestes à la suppression de cette fonction et de la respiration cutanée. Les expériences de Fourcault ont démontré que si l’on supprime la perspiration cutanée chez un animal, en couvrant le tégument d’un enduit imperméable, on voit se développer des accidents très-graves, auxquels l’animal succombe plus ou moins rapidement. Bouley, étudiant ces accidents chez le cheval, les a comparés à ceux de l’asphyxie lente ; après la mort, on trouve les organes remplis d’un sang noir, chargé d’acide carbonique (4).
Plus récemment SocolofT a repris ces expériences (5). Les observations et les conclusions de ce physiologiste diffèrent sur plusieurs points de celles de Bouley. Quelques heures
(1) Lavoisier et Séguin.
(2) Sappey, Rankc, Erisman.
(3) Z eitschrift fur Biologie, XI, 1875.
(4) Voyez Longet, Tr. de Physiologie , t. IL p, 361.
(5) Centralbatt , 1872.
avant la mort, la température centrale s’abaisse et. des convulsions cloniques et tétaniques éclatent dans divers groupes musculaires. Une couche épaisse d’ouate qui enveloppe le corps de l’animal par dessus le vernis n’élève pas la température centrale et ne retarde pas la mort. La respiration de l’oxygène 11e retarde pas non plus la marche des accidents, et n’empêche pas la terminaison fatale. Dès le début, 1 urine devient albumineuse. A l’autopsie, on trouve, comme lésions constantes, des ulcérations et des hémorrhagies de 1 estomac, et une inflammation parenchymateuse diffuse des deux reins.
11 est vrai que la peau joue un certain rôle dans la respiration ; les observations de Spallanzani, de W. Edwards, ont démontré qu’elle élimine une certaine quantité d’acide carbonique; cette respiration cutanée, de peu d’importance chez' les animaux supérieurs, est au contraire très-active chez les animaux inférieurs, la grenouille par exemple, où elle peut, pendant un certain temps, suppléer la respiration pulmonaire. Ces expériences de Socoloff semblent prouver que, dans le cas de suppression par un vernis imperméable de la perspiration cutanée, le rôle prfncipal dans le développement des accidents n’appartient peut-être pas à l’asphyxie, puisque la respiration de l’oxygène reste inefficace. On ne peut invoquer non plus la rétention pure et simple dans le sang de l’eau qui devrait s’éliminer par la peau, d’autres voies sont ouvertes à ce liquide, le rein et le poumon.
Il est impossible de n’être pas frappé de l’analogie des lésions viscérales ainsi produites, ulcérations stomacales, néphrite parenchymateuse, avec celles que déterminent les vastes brûlures du tégument. On sait que, dans ces cas de brûlure, M. Brown-Séquard (1), explique les lésions viscérales par un acte réflexe ; les membres postérieurs d’un animal sont plongés dans l’eau bouillante, la congestion et l’uloération de l’intestin ne manqueront pas de se produire si la moelle lombaire est intacte ; ces lésions feront au contraire défaut si la moelle a été préalablement détruite. Assurément, il y a entre ces deux ordres de faits une certaine analogie.
(1) Phys, de la moelle , Dict. enajelop. , p. 594.
Les observations de Sénator (1) chez l’homme ont donné des résultats négatifs. L’auteur rappelle que les brûlures généralisées, les maladies de la peau dont quelques-unes en suppriment complètement les fonctions, ne paraissent pas influencer d’une manière certaine les fonctions organiques: il ajoute que jadis en Amérique il était d’usage d’emplumer les criminels; cette étrange coutume ne produisait point d’accidents. Ses observations, dans lesquelles il cherchait à abaisser la température chez des fébricitants, faites avec la prudence, la réserve que commande un pareil mode de traitement, ont porté sur un certain nombre de malades, particulièrement des typhiques et des rhumatisants; il en résulte que l’on peut chez de tels malades, qui souvent ont des sueurs fort abondantes, couvrir d’un enduit imperméable (gélatine, collodion, solution de gutta-percha dans le chloroforme) une étendue considérable du tégument, les quatre membres par exemple, et même une partie du tronc, sans qu’il se produise la moindre perturbation fonctionnelle, sans même qu’on puisse observer cet abaissement de la température centrale, qui chez les animaux soumis au vernissage, signale le début des accidents.
M. Castel a fait une thèse remarquable sur les effets produits par la suppression des fonctions cutanées (2). Le lecteur y trouvera, outre un historique étendu de la question, beaucoup d’expériences nouvelles. M. Castel a constaté les mêmes accidents et les mêmes lésions que la plupart des observateurs; il conclut que la cause de ces accidents et de la mort réside dans une asphyxie cutanée à marche lente, et trois causes lui paraissent produire cette asphyxie : en première ligne, la rétention de l’acide carbonique qui à l’état normal s’élimine par la peau, accessoirement la gêne des mouvements respiratoires que produit à peu près inévitablement la cuirasse de vernis appliqué sur le thorax, enfin la suppression du réflexe cutané respiratoire que Kiiss avait déjà fait intervenir.
Si l’on compare ces expériences et les interprétations
(1) Arch. fur Pathol. Anat. uncl Phys., B. LXX, p. 1S2.
(2) Th. Paris, 1876.
diverses qui en ont été données, la question ne paraîtra probablement pas complètement résolue. On ne peut guère invoquer que deux mécanismes, l’asphyxie, ou bien un acte réflexe comparable à celui qui, d’après M. Brown-Séquard, produit les lésions viscérales dans les cas de brûlures étendues.
L’asphyxie ne paraît pas contestable, puisque à l’autopsie on en trouve les lésions, à moins qu’on admette que cette asphyxie est due aux congestions et aux inflammations pulmonaires produites par le réflexe; enfin l’excitation cutanée paraît bien aussi souvent exister, puisque dans plusieurs expériences il est noté que l’animal souffre, ou même souffre beaucoup. Ces deux éléments, asphyxie et excitation cutanée, sont combinés dans la plupart des expériences faites sur les animaux. Les observations de Sénator, où l’excitation douloureuse de la peau a fait défaut, semblent prouver que, du moins chez l’homme, l’asphyxie cutanée ne suffit peut-être pas à provoquer des accidents comparables à ceux (pie présentent les animaux soumis au vernissage.
Le liquide qui s’écoule en gouttelettes à la surface de la peau sous certaines influences, nerveuses le plus souvent, c’est, à rigoureusement parler, la sueur. Différent peut-être du produit plus fluide de la perspiration cutanée (Ansehnino), il renferme en quantité très appréciable des principes de désassimilation. et, jusqu'à un certain point, peut être comparé à l’urine.
À ce point de vue, il y un certain intérêt à rapprocher les produits de l’activité des deux épithéliums, rénal et sudoripare. Favre (1) a fait cette étude comparative de la sueur et de l’urine, et il conclut que les éléments de ces deux liquider présentent une grande analogie au point de vue de la qualité et une grande différence au point de vue de la quantité; ainsi burine contient beaucoup de sulfates, de phosphates, de l’urée, des urates, éléments qui existent dans da sueur, mais eu minime quantité. En d’autres termes, si les deux épithé-
(I) Favre. A rail, des ne.. nov. 1852.
liums rénal el sudoripare ont une fonction analogue, la dépuration du sang, le premier présente une bien plus grande activité, et cette activité porte sur un bien plus grand nombre de principes normalement ou accidentellement contenus dans le sang.
Le môme balancement qui existe entre l’urine et la sueur pour l’élimination de l’eau, existe aussi, quand il s’agit de l’élimination des produits de désassimilation et devient trèsévident dans certains états pathologiques. Dans le choléra, par exemple, l’urine est supprimée et la sueur dépose parfois sur la peau des cristaux d’urée. Dans certaines affections des voies génito-urinaires où l’excrétion urinaire est entravée ou insuffisante, l’appareil sudoripare paraît être dans tel état d’excitabilité qu’il suffit d’une cause minime pour provoquer d’abondantes sueurs.
La composition chimique de la sueur n’est pas encore complètement connue. La quantité des principes solides est loin d’y être aussi considérable que dans l’urine. En effet, 10,000 grammes de sueur renferment seulement 45 grammes de matières solides; ce sont des chlorures de sodium et de potassium, de l’urée, des lactates alcalins, des sudorates alcalins, des albuminates alcalins, des matières grasses, des traces de phosphates et de l’indigo comparable cà l'indigo urinaire.
Le chlorure de sodium est l’élément dominant ; ce sel existe également dans l’urine en proportions notables. Le chlorure sodique de l’urine subit des variations considérables dans les maladies ; on ne sait pas si le chlorure de la sueur présente des variations analogues.
L’urée est constante, mais en très-faible quantité : 0,50 pour 14 litres de sueur d’après Favre. Cet auteur a le premier démontré l’urée normale de la sueur chez l’homme; avant lui, Thénard avait signalé la présence de sels ammoniacaux, dus sans doute ù la décomposition de l’urée.
Favre a découvert l’acide sudorique : c’est un acide azoté, voisin par sa formule chimique de 1 acide urique, lequel ne paraît pas exister dans la sueur normale.
On a beaucoup discuté sur l'albumine de la sueur. Elle y
existerait sous forme d’albuminates alcalins a 1 étal normal d’après Favre et Gorup-Bezanès, et seulement <\ 1 étal pathologique, d’après Moppc- Seylcr. Le mèmp chimiste signale aussi la présence de la leucine, de la tyrosine et de l’acide valérique dans la sueur clés gens peu soigneux. Peut-être ces différents produits sont-ils dus à la décomposition de cette matière albuminoïde.
Les matières grasses, acides butyrique et formique, paraissent constantes, on les a observées dans la sueur de régions de la peau ou il n’y a pas de glandes sébacées ; d’ailleurs l’épithélium sudoripare et la cavité des tubes excréteurs contiennent souvent des granulations graisseuses.
Il estd’un grand intérêt de constater la présence de l’indigo dans la sueur (Bizio, cité par Hoppe Seyler). Si l’épithélium sudoripare peut à l’état normal extraire du sang cptte matière colorante, on comprend que sous l'influence de certaines perturbations nerveuses, cette propriété s’exalte, au point que la sueur devienne vraiment colorée ; ainsi s’expliquerait peutêtre beaucoup de faits de phronihydrose.
Après les travaux de Donné, de Favre, de Robin, il était admis que la réaction de la sueur est acide. La détermination de cette réaction est fort importante, car dans les maladies c'est bien souvent le seul caractère que nous puissions apprécier. Or, dans leurs recherches sur l’innervation de l’appareil sudoripare, Trümpy et Liïchsingor, ayant incidemment étudié la réaction de la sueur, ont annoncé que cette réaction est alcaline et non pas acide; la prétendue réaction acide est due à la constitution acide ou à la décomposition de la matière sébacée de la peau.
Chez le chat, la sueur de la patte dont on excite le sciatique est alcaline et la réaction en est facile à constater ; chez l'homme la chose est plus délicate; il faut préalablement, à. l’aide de lavages répétés à l’acide acétique, l’éther, l'alcool, puis l’eau distillée, débarrasser la peau de ses enduits épithéliaux et de la matière sébacée ; il faut en outre faire une exploration rapide, car après cette longue préparation, la réaction alcaline de la sueur spontanée, ou provoquée par la pilocarpine ne persiste pas longtemps, et bientôt reparaît la
réaction acide . La discussion est donc ouverte |de nouveau et ' ne paraît point terminée.
Un élève de la Faculté de Lyon, M. Tourton (i), adoptant en le modifiant le procédé d’exploration mis en usage par Lüclisinger, maintient l'opinion classique : la réaction de la sueur est acide. De plus, M. Tourton a étudié un grand nombre des influences physiologiques ou pathologiques qui peuvent modifier cette réaction ; il a vu que la sueur provoquée par le jaborandi est alcaline, fait d’ailleurs constaté dès les premières observations faites avec ce diaphorétique ; que parmi les causes qui augmentent l’acidité, il faut ranger l’exagération des combustions organiques, le travail musculaire, l’alimentation azotée, la fièvre, l’inanition et très-probablement aussi le travail intellectuel ; parmi les causes qui diminuent l’acidité, l’auteur cite l’abondance même de la sécrétion, ce que Favre avait signalé déjà, le régime végétal prolongé et certains états morbides à sueurs profuses, tels que la fièvre hectique et quelques affections encéphaliques.
N’est-il pas intéressant de rapprocher ces faits des observations de Cl. Bernard sur la variabilité de la réaction de l’urine? L’illustre physiologiste a montré que la réaction de l'urine est identique à celle du milieu intestinal, acide chez les carnivores ou les animaux soumis à l'autophagie, alcaline chez les herbivores; et, de plus, qu’il est possible en modifiant l'alimentation de changer aussi la réaction de ce liquide; l'urine du carnivore soumis au régime végétal devient alcaline lorsque ce régime est prépondérant; l’urine de l’inanition, quelle que soit l’espèce animale, est toujours acide, car, dans de telles conditions, l’animal vit aux dépens de ses propres tissus et par conséquent devient carnivore. Peut-être la sueur est-elle donc, comme l’urine, un liquide à réaction variable, el d'ailleurs ce ne serait pas la seule analogie à relever entre ccs deux humeurs de l'économie.
(1) Thèse de Lyon. 1879.
§ 3. — De l'influence du système nerveux sur la sécrétion
sudorale.
Avant les expériences de Lüelisingcr et d’Ostroumow, M. Yulpian avait prévu l’influence spéciale du système nerveux sur la sécrétion sudorale. 11 est possible, disait-il en •1875, que ces glandes soient soumises aussi à l’influence d’autres éléments nerveux excito-sécréteurs, agissant sur elles, comme la corde du tympan agit sur la glande sousmaxillaire (1). 1 2
L’expérience fondamentale date de 1876 ; elle est due àjLiichsinger (2) et Ostroumow. Ces physiologistes expérimentaient à Linsu l’un de l’autre et sont arrivés à des conclusions semblables. Ils avaient choisi le chat, sur les pattes duquel il est plus facile d’observer les modifications de la sécrétion. Le sciatique est coupé et l’excitation porte sur le bout périphérique; on voit alors paraître, au niveau des pulpes sousdigitales, des gouttes de sueur de plus en plus abondantes, parfois un véritable flux sudoral. Cette expérience fut bientôt reproduite par un grand nombre de physiologistes, et le résultat toujours confirmé. L’hypersécrétion sudorale que l’on obtient ainsi par l’excitation du sciatique est indépendante des modifications thermiques ou circulatoires qui se produisent simultanément.
Bien des faits démontrent cette indépendance. L’excitation du nerf provoque encore la sudation après 1a. ligature des vaisseaux du membre correspondant et même sur 1a. patte amputée depuis vingt minutes, (Liichsinger). Sur le même animal, le chat, au moment de la mort, lorsque le cœur est sur le point de s’arrêter, on voit la sueur sourdre des pulpes digitales pâles et exsangues. Du reste, dans l’expérience clas-
(1) Vulpian, Vaso-Moteurs, t. II, page 502.
(2) P ftüger’s archiv. 1876, XIII, p. 212. V. Revue par M. Blanchard in Progrès médic.. juillet. 1870. où l'historique de la question est trésenmplétement exposé.
sique, l’hypersécrétion sudoralc peut coïncider avec un resserrement notable des vaisseaux (Vulpian). L’atropine suspend toute sécrétion sudorale, comme elle arrête la sécrétion salivaire, mais elle respecte les actions vasculaires. Après la section du sciatique gauche, par exemple, si l’animal est porté dans une étuve très-chaude, il sue abondamment de tout le corps, excepté de la patte gauche. Cinq ou six jours après la section du sciatique, la sécrétion sudorale se tarit dans le membre énervé. La sécrétion salivaire se tarit aussi après la section des nerfs de la glande sous-maxillaire, plus lentement, il est vrai, que la sécrétion sudorale; ce qu’il faut attribuer à l’existence dans les plexus sous-maxillaires d’un grand nombre de cellules ganglionnaires qui peuvent maintenir plus longtemps dans les fibres terminales l’influence trophique (Vulpian). De tous ces faits il faut conclure que la sécrétion sudorale est une fonction, comme la sécrétion salivaire, et probablement toutes les sécrétions, indépendante de la circulation ou des variations thermiques et gouvernée par des nerfs spéciaux, nerfs excito-sudoraux, nom que leur a donné M. Vulpian.
L’existence de ces libres nerveuses n’est point particulière au nerf sciatique; c’est sans doute un fait très-général; tous les nerfs contiennent peut-être des fibres de ce genre. On peut même présumer que, comme les libres vaso-motrices, elles n’ont point un trajet rigoureusement déterminé dans les troncs nerveux, ni une distribution constante dans l’appareil sudoripare. On a provoqué l’hypersécrétion sudorale par l’excitation d’un certain nombre de troncs nerveux : le sciatique, les racines du plexus brachial, le nerf cubital, le médian (Nawrocld), et quelques rameaux du grand sympathique. Nous verrons aussi, en pathologie, les lésions de beaucoup de nerfs cérébro-spinaux s'accompagner de troubles dans l’appareil sudoripare.
D’où viennent ces libres excitatrices de lasécrétion sudorale, du sympathique, ou directement de la moelle par les racines antérieures? Sur ce point, les physiologistes sont encore divisés. Liïchsinger (1), après une série d’expériences nouvelles, maiu-
(1) Pfliu/er's archiv., XVIII, 1878, p. 483.
tient encore ses premières conclusions : ces libres suivent en majeure partie, pour arriver aux nerfs des membres, la voie du grand sympathique; celles du membre supérieur, passant par le cordon thoracique, et celles destinées au membre inférieur, par le cordon abdominal; Fauteur 11e conteste pas cependant qu’une partie de ces lilets südoraux vienne directement de la moelle par les racines antérieures. Àdamkiewicz (1) admet également l’existence de libres excito-sudorales dans le sympathique cervical. Nawrocki (2) partage cette opinion; il a vu que, après la section du sympathique thoracique ou l’extirpation du ganglion étoilé, l’excitation de la quatrième paire dorsale ou bien du médian et du cubital 11e provoque plus l’hypersécrétion sudorale dans le membre supérieur.
Dès ses premières recherches, M. Vulpian (3) était arrivé à des résultats différents; pour l’éminent physiologiste français, la majorité des fibres excito-sudorales suivent la voie des racines antérieures. D’expériences faites sur le cheval avec M. Raymond (4), il conclut que le sympathique cervical n’agit sur les glandes sudoripares de la face que d’une manière indirecte et grâce aux modifications de la circulation capillaire. Voici une autre expérience qui dépose dans le même sens; elle est encore do M. Vulpian (5) ; après la section du sciatique, il est impossible au bout de quatre à cinq jours d’obtenir par l’excitation de l’extrémité périphérique du nerf, l’hypersécrétion sudorale ; mais l’excitation du sciatique reste efficace, même au bout de douze à quinze jours, si la section a porté seulement sur le sympathique abdominal.
Des divergences analogues ont longtemps séparé les physiologistes sur la question du trajet des fibres vaso-motrices.
Il faut en conclure, que très-probablement, les fibres excitosudorales n’ont pas de voie rigoureusement déterminée, que cette voie peut d’ailleurs varier avec l’individu et l’es-
(1) Die Sécrétion des Schweisses , Berlin, 1878.
(2) Centralblatt , 1878, n° 40.
(3) Acad, des sc. 1878, n° 21.
(4) C. R. Acad, des sc., juillet 1879.)
(5) Cours inédit et C. R. Acad, des sc., 1878, n° 8.
pècc animale, oniin que ces roules multiples que suit l' innervation des glandes sudoripares, assurent sans doute la régularité de leur fonction.
On a cherché à déterminer dans quelles racines sont contenus les nerfs excito-sécréteurs des membres. Pour le membre inférieur, M. Vulpian place la plupart de ces fibres dans la septième paire lombaireet la première sacrée, chez le chat;Na\vrocki(l) les fait venir de la douzième dorsale et des deux premières lombaires; Liichsinger affirme que les deux ou trois dernières thoraciques et les quatre premières lombaires influencent seules la sécrétion sudorale de la patte postérieure, à l'exclusion des paires sacrées qui cependant constituent l’origine principale du nerf sciatique. Mêmes dissidences quant au membre supérieur ; les fibres excito-sudorales sortiraient par les 3e, 4% 5e et 6e paires rachidiennes (Lüchsinger) (2), pour s’unir au cordon sympathique et rejoindre ensuite les nerfs du bras, principalement par le 4e dorsale (Nawrocki) (3); par les dernières cervicales (Vulpian) (4). Cette question n’est, donc pas définitivement résolue.
Que les fibres excito-sudorales prennent la voie du grand sympathique en passant par les rami-communicantes pour arriver aux nerfs périphériques, ou bien qu’elles passent exclusivement par les racines antérieures, il n’est pas douteux que. comme les fibres vaso-motrices avec lesquelles leur disposit ion anatomique présente tant d’analogie, ces fibres pénètrent dans la moelle et trouvent dans la moelle, probablement aussi dans les masses encéphaliques, des centres d'origine.
Y a-t-il des centres médullaires multiples, ou bien un centre bulbaire unique, ou encore des centres corticaux: toutes ces questions, posées à propos de l'appareil vaso-moteur, se posent encore à propos de l’appareil sudoripare. Dès ses premières recherches, Lüchsinger admettait l’existence de centres médullaires, lombaire et cervical, présidant aux
(1) Centralblatt , 1878, il0 40.
p2) Pfiùyer's arr.hiv., XVI. p. 54,7.
(3) Centralblatt, 1878, n° 40.
(4) Cou. inédit .
actions sudorales des membres correspondants. L excitation de ces régions de la moelle produit chez les animaux l’hypersécrétion et leur destruction suspend l’activité des glandes sudoripares. Dans certains cas de galvanisation de la moelle chez l’homme, les électrodes étant appliqués sur différents points de la colonne vertébrale, Leyden(l) a observé une hypersécrétion sudorale dans les membres paralysés immédiatement après le passage du courant. Àdamkiewicz (2) accepte ces conclusions; il reconnaît aussi l’existence de centres sudoraux échelonnés dans toute la hauteur de la moelle. Nawrocki, qui croyait, au début de ces expériences, à un centre bulbaire unique, reconnaît aujourd’hui (3) les centres médullaires multiples ; il a vu sur quelques animaux des sueurs très-abondantes plusieurs jours après la section de la moelle, ce qui doit évidemment faire rejeter l’hypothèse d’un centre bulbaire unique. M. Vulpian conclut aussi à l’existence de centres médullaires multiples. L’excitation du bulbe produit une. hypersécrétion sudorale généralisée à tout le tégument (Nawrocki, Vulpian); mais ce n’est point là une objection sérieuse à l’hypothèse des centres médullaires. Comme le centre vaso-moteur bulbaire, il est probable que le centre bulbaire sudoral exerce une action dominatrice sur tous les centres inférieurs et préside aux actions sudorales d’ensemble.
Les nerfs de la sueur remontent-ils plus haut? Se fondant sur l’observation de quelques faits cliniques, Adamkiewickz avait supposé l’existence de centres sudoraux dans l’écorce cérébrale; mais, dans un récent travail, (à) il annonce que l’excitation de l’écorce cérébrale ne provoque aucune sécrétion sudorale. Il n’en serait pas ainsi de l’écorce du cervelet ; Adamkiewickz établit en effet qu'un faible courant porté sur la surface du lobe médian du cervelet, provoque régulièrement la sécrétion sudorale dans les pattes, alors que tout courant dérivé sur la moelle allongée et toute excitation directe des
(1) Traité des maladies delà moelle , p. 140.
(2) Die sécrétion des schweisses. Berlin Hirschwald. 1878.
(3) Centralblatt. 1878.
(4) C. R. Soc. de Physiol. de Berlin, 12 décembre 1879.
muscles sont soigneusement évités. D’ailleurs M. le professeur Vulpian avait excité les zônés psycho-motrices de l'écorce Sans obtenir aucun résultat positif.
En résumé, les nerfs excito-sudoraüx sont en majeure partie contenus dans les racines antérieures; quelques-uns suivent peut-être la voie du sympathique; tous se rendent aux nerfs périphériques; tous tirent également leur origine de la moelle. Dans la moelle existent des centres échelonnés, destinés sans doute à certaines actions sudorales locales ; audessus de ces centres inférieurs, le centre bulbaire, véritable centre général, commande les actions sudorales d’ensemble; enfin l’excitation de certaines parties de l'encéphale pourrait peut-être influencer directement ou par voie réflexe la sécrétion de la sueur, mais on ne peut encore affirmer qu’il existe dans ces régions des centres véritables. La disposition de cet appareil nerveux sudoral est très-comparable à celle de l’appareil vaso-moteur; l’un et l’autre paraissent construits sur le même type, mais ils ne se confondent pas, puisque l’observation et l’expérimentation démontrent que les actions sudorales et les actions vasculaires pëuvent être et sont généralement distinctes.
Telle est la disposition anatomique dé l’appareil nerveüx qui préside à la sécrétion sudorale; elle est, il est vrai, mise en évidence à peu près exclusivement par les expériences physiologiques. Mais il reste encore à montrer, autant qu il esl possible dans l’état actuel de la question, comment fonctionne cet appareil à l’état normal et dans quelques étals pathologiques.
L’incitation nerveuse est-elle indispensable à foule sécrétion sudorale? Y a-t-il une activité propre de 1 épithélium sudoripare? Il est bien probable que la perspiration cutanée s’effecfue sans l’intervention des nerfs excito-sudoraux; d autre part. M. Gubler, et plus récemment M. Sfraus(l) pensent que l'agent excitateur par excellence des nerfs sudoraux, la pilocarpine, exerce peut-être une action directe surl’épithelium de la glande sudoripare.
(1) Gat. mécl., Paris. 1880.
Quoi qu’il en soit, à l’état normal, comme aussi à l’état pathologique, la conclusion du premier travail de Lüchsingèr reste généralement vraie : la sueur ne se produit le plus souvent que par une influence nerveuse directe.
Comme la strychnine surexcite violemment les centres moteurs, de même certaines substances, la pilocarpine et la muscarine, ont une action élective des plus évidentes sur l’appareil nerveux qui commande la sécrétion sudorale. Cette action du jaborandi et de son alcaloïde, la pilocarpine, a été beaucoup étudiée ; dans ce travail, il m’est impossible de donner même une analyse de toutes ces recherches.
L’effet sudorifique se manifeste deux à trois minutes après l’ingestion de la pilocarpine, à la dose de 1 à 2 centigrammes; une rougeur plus ou moins prononcée se montre d’abord, chez l’homme sur la face et le cou, chez le chat’sur les pattes; puis la sueur apparaît. L'hypersécrétion dure en moyenne une demi-heure à une heure et demie ; d’autres phénomènes existent simultanément : abaissement de la tension artérielle due à un léger degré d'affaiblissement du cœur et de dilatation des vaisseaux périphériques ; modifications de la pupille ; augmentation des sécrétions nasale, lacrymale, bronchique et surtout de la sécrétion salivaire; quelquefois, flux intestinal et exagération des mouvements de l’intestin. Souvent il se produit chez le sujet en expérience une certaine accoutumance ; pour obtenir les mêmes effets, il faut augmenter les doses.
Mais, outre cette diaphorèse générale, on peut aussi, en injectant dans le tissu cellulaire sous-cutané de faibles doses (1 à 3 milligr.), obtenir une sudation tout à fait locale ; dans ce cas, l’excitation porte sur les nerfs périphériques ou les cellules ganglionnaires des plexus glomérulaires (Coyne). Cette sudadion locale a été pour la première fois étudiée par M. Straus (1). Deux à cinq minutes après l’injection, la peau rougit sur l’ampoule formée par le liquide injecté, puis de la périphérie vers le centre, se couvre de fines gouttelettes de sueur. Avec des doses suffisamment affaiblies, il n’y a ni sali-
(1) Acad, des sc, , juillet 1879.
valion ni sudation générale ; tous les phénomènes observés restent absolument locaux.
Si la pilocarpine et la muscarine excitent l’appareil nerveux sudoral, d’autres substances, comme l’atropine, le dépriment, le paralysent, absolument comme certains poisons paralysent l’appareil moteur. La sensibilité des glandes sudoripares à l’égard de l’atropine paraît supérieure à celle de l'iris (Strausj. Une très-faible dose d’atropine rend presque impossible l'action de la pilocarpine. Cependant cet antagonisme ne semble pas absolu; chez un chat fortement atropinisé, Lüchsinger (1) est parvenu à obtenir la sudation locale en injectant de forLes doses de pilocarpine. Lorsque les expériences de Ilcidenhain eurent démontré l’action de l’atropine sur la sécrétion salivaire, les physiologistes admettaient que cette substance suspend la sécrétion en paralysant les extrémités terminales des nerfs sécrétoires ; et, avant la découverte de Lüchsinger, M. Yulpian, cherchant l’interprétation de l'action suspensive qu’exerce également l’atropine sur la sécrétion sudorale. présumait qu’elle agit aussi en paralysant les extrémités terminales de certains nerfs, présidant à la sécrétion de la sueur comme la corde du tympan à celle de la salive (2).
Le plus souvent les sécrétions sont des actes réflexes, et chaque appareil glandulaire a son agent excitateur propre, les glandes salivaires l’impression gustatiye, les glandes stomacales le contact sur la muqueuse gastrique des aliments.
La sécrétion sudorale est aussi le plus souvent un phénomène réllexe ; et son agent excitateur le plus habituel, c’est la chaleur extérieure ou intérieure; un animal exposé à la chaleur de l’étuve sue abondamment, de même un anima, dans les veines duquel on injecte de l’eau chaude (Nawrocki, Lüchsinger). Cependant Lüchsinger (3) a observé qu’un excès de température ralentit l’activité sécrétoire : un liras est plongé pendant quelque temps dans un bain à 45 ou 30°. l’autre dans un bain à 15 ou 30°; si l’on excite les plexus
(1) Archiv fur gesamm. Physiol., t.. XVIII, p. 501 .
(2) Yulpian, das. méd. de Paris, 1875.
(’.i) Archiv. fur gesamm. Phys.. XVIII. p. 478.
brachiaux, les deux bras étant retirés du bain, la sudation se manifeste plus rapidement sur le second que sur le premier; le bras le plus chaud ne commence à suer que lorsque sa température s’est abaissée.
Nous connaissons déjà deux des trois parties de l’arc du
réflexe sudoral : les nerfs
centrifuges excito-sudoraux et les
centres médullaires. Pour le réflexe moteur, Marshall-Hall avait admis l’existence de libres centripètes spéciales, qu'il appelait libres incidentes. Y a-t-il des fibres analogues pour le réflexe de la sécrétion sudorale ; faut-il admettre l'existence de libres centripètes particulièrement influencées par la chaleur, l’existence de nerfs thermiques. Cette question est aujourd’hui jugée. La voie centripète est unique et la distinction des impressions s’opère non dans le nerf, agent de transmission, mais dans les centres médullaires (Vulpian, Brown-Séquard) (1).
Dès les premières expériences sur le sciatique du chat, on avait vu que la sudation peut être provoquée par le mécanisme de l'acte réflexe. Le sciatique étant coupé, l’excitation du bout périphérique provoque la sudation seulement dans la patte correspondante; mais l’excitation du bout central provoque une sudation générale, très-appréciable sur les pulpes digitales des trois autres pattes ; seule la patte du coté excité ne sue pas.
Dans un travail récent, Adamkiewickz étudie la sueur comme une fonction bilatérale et symétrique du système nerveux (2). Ce physiologiste a montré que l’excitation du tronc d’un nerf mixte provoque la sudation non-seulement dans le côté correspondant, mais même dans les points symétriques du côté opposé. Le même phénomène se produit, lorsque, au lieu d'exciter le tronc nerveux, on excite la périphérie d'un nerf sensible. L’analogie avec le réflexe moteur s’impose d’ellemème ; la deuxième loi de Pflüger est ainsi conçue : quand une excitation d’un nerf sensitif a produit des mouvements
(1) Voyez Thèse d'agrégation de Couty, 1878.
(2) Die Sécrétion des schweisses. Eine bilatéral-iyjneU' ische neroeu/'unc- Hon, Berlin 1878.
réflexes dfins les nniscles du même coté, si les muscles de l’autre côté entrent aussi en contraction, ce seront ceux qui correspondent aux précédents. Adamkiewickz a vu également que la destruction de la moelle au-dessous de la première jusqu’à la quatrième lombaire n’empêche pas qu’on provoque par l’excitation d’un des sciatiques Iq sécrétion de la sueur sur la patte opposée; pt ce physiolqgiste conclut qu’il existe des centres pour la sécrétion sudoralc des membres inférieurs dans toute la hauteur de la moelle lonibairc. Ces centres seraient probablement contigus aux ganglions sensibles et moteurs des membres.
11 est bien probable qu’un grand nombre de sueurs morbides sont des sueurs rétlexes. Botkin (1) a étudié ces sueurs morbides rétlexes. Il fait remarquer que dans certaines maladies des viscères pelviens, de l'utérus, de la vessie et dans les cas de pyelo-néphpite suppupés, les malades ont souvent les membres inférieurs chauds et le bas-ventre couvert de sueurs, tandis que les régions supérieurs du corps sont cqniplètement sèches. De même, au cours des maladies thoraciques, et particulièrement au moment de la guérison des inflammations pulmonaires, outre la rougeur de la pommette pt une certaine élévation de la température, Botkin a souvent observé une tendance plus marquée à la sueur dans le côté correspondant au poumon antérieurement malade. N’est-il pas curieux de rapprocher de ces faits, éclairés aujoqrd’hui par les lumières de la physiologie, le vieil aphorisme d’Hippocrate : Le mal est où paraît la sueur. Dans tous eps cas de sueurs morbides qui accompagnent les lésions viscérales, il est très-vraisemblable que l’excitation portp sur les nerfs viscéraux du sympathique; nous savons d’ailleurs qqe des mouvements réflexes dans les muscles de la vie animale peuvepl être provoqués par des excitations du sympathique. On trouverait aisément beaucoup d’exemples de sueurs réflexes c]p ce genre; telles sont les sueurs partielles ou générales, froides et visqueuses des viscéralgies, de l’angine de poitrine, des coliques néphré-
(1) Berliner Klin Wochens, 1875.
tiques, de l’étranglement herniaire. L’excitation de certains nerfs cérébro-spinaux, par exemple du glosso-pharyngien et du lingual produit souvent le réflexe sudoral; il y a un certain nombre d’éphidroses faciales passagères dues a l’impression des aliments sur la muqueuse buccale (Brown- Séquard). Adamkiewicz a montré que la sudation peut-être provoquée par l’incitation artificielle ou volontaire des muscles et de leurs nerfs; mais ici l’acte réflexe est moins évident. 11 parait donc démontré que la sécrétion sudoralc est le plus souvent un phénomène d’ordre réflexe; que dans les conditions ordinaires le point de départ de l'incitation est la pequ et l’agent in ci ta leur la chaleur; mais que dans certains étatsphysiologiques et surtout pathologiques le point de départ du réflexe peut être très-divers : les viscères abdominaux et thoraciques, les muqueuses, les plexus du sympathique.
Liichsinger et Herman (1) ont fait connaître quelques phénomènes qui accompagnent le fonctionnement de l’appareil sudoripare. Sur la patte du chat dont on excite le sciatique et qui sécrète, il existe, un courant électrique marchant de la surface vers la profondeur de la peau. Ce courant paraît bien être en rapport avec la sécrétion, car il diminue et cesse si l'on injecte de l’atropine qui diminue, puis fait cesser la sécrétion sudorale.
Du Bois-Reymond a constaté dans la peau de la grenouille une force électro-motrice, marchant de l’extérieur à l’intérieur. Or, Herrman (2) a montré que, au moment du fonctionnement des glandes de la peau, le courant propre de la peau est susceptible, comme les courants musculaire ou nerveux, de variation négative ou positive suivant la région du tégument explorée. La variation est positive dans les régions, comme le dos, où prédominent des glandes mucipares dont le liquide sécrété présente une réaction alcaline; la variation est négative au contraire dans les points qui correspondent aux « Kornerdrüsen » d'Engehnan et dans lesquels la réaction est acide.
il) Archiv. fur gesamm. Phys., t. XVII, p. 310. (2) Archiv. fur ges. Physiol., t. XVII, p. 291 .