CHAPITRE II
TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SUDORALE DANS LES MALADIES DU SYSTÈME NERVEUX.
Nous avons vu l'expérimentation physiologique prouver d’une façon non douteuse l’influence du système nerveux sur la sécrétion sudorale; la pathologie fournit des arguments qui ne sont pas moins décisifs. Il y a donc un grand intérêt à rapprocher les faits pathologiques des faits obtenus par l’expérimentation. Nous arriverons ainsi à la démonstration de l’influence prépondérante, chez l’homme comme chez les animaux, des nerfs périphériques et des centres nerveux sur le mécanisme de la sécrétion sudorale. Des désordres de cette sécrétion ont été observés dans les maladies des nerfs cérébro-spinaux, du grand sympathique, de la moelle et des centres encéphaliques.
| 1. — Maladies des nerfs cérébro-spinaux.
Dans les névralgies , l’hypersécrétion sudorale n esl pas très-rare : c’est sans doute un phénomène de même ordre que beaucoup d’autres troubles sécrétoires, tels que les flux lacrymal et nasal à la fin d’un accès de névralgie faciale.
Notta (1) rapporte un cas de névralgie du nerf sus-orbitaire accompagné d’hypersécrétion sudorale. On trouve dans la thèse de Desbrousse-Latour (2) un fait analogue; il s'agit d’un infirmier atteint d’une double névralgie faciale; à chaque paroxysme, la sueur apparaissait très-abondante du coté le plus douloureux, au point que le patient était obligé
(1) Mémoire sur (es i roubles tjiù accompagnent les névralgies, Arohû . de médec., 1854.
(2) Th. Paris, 187.’!.
(ressuyer sans cesse son visage. Le mémoire de Notta contient deux faits de sciatique qu'il est intéressant de rapprocher : dans l’un, dû à GaJliet, à chaque accès douloureux tout le membre se couvre de sueurs ; dans l’autre, publié par Audouard, le membre rougit, mais ne présente point d’hypersécrétion sudorale pendant l’accès. Ces deux observations semblent prouver que la modification matérielle ou fonctionnelle qui dans le nerf cause la névralgie, peut frapper isolément les fibres excito-sudorales et les fibres vaso-motrices. Lorsque la sueur parait dans l’accès névralgique, elle ajoute un trait nouveau à la febris topic'a des anciens, et ce n’est pas le moins caractéristique. Dans les névralgies anciennes, le nerf est généralement plus ou moins profondément altéré ; alors se développent souvent des lésions consécutives de la peau, de l’anesthésie et probablement aussi une diminution de la sécrétion sudorale.
Parfois l’hypersécrétion sudorale provoquée dépasse le domaine du nerf douloureux. M. le professeur Lépine, de Lyon, a bien voulu me communiquer le fait suivant : névralgie faciale gauche avec anesthésie d'une partie de la peau innervée par le trijumeau; les douleurs ont cessé; sous l’influence de la pilocarpine, sudation générale; le malade transpire plus abondamment du côté gauche de la face, et, ce qui est plus remarquable, davantage dans les membres supérieur et inférieur du même côté gauche.
Il serait fort important désormais d’étudier avec soin les troubles de la sécrétion sudorale dans la plupart des névralgies ; ces observations pourraient nous faire connaître la distribution des filets excito-sudoraux dans les nerfs sensitifs. Dans les cas où la névralgie est périphérique, la sudation du paroxysme est duc sans doute à l’excitation des fibres excitosudorales contenues dans le tronc nerveux; dans le cas au contraire, peut-être plus fréquent, où la maladie est de cause centrale, il est bien permis de présumer que l’excitation porte sur les centres sudoraux, voisins peut-être des centres sensitifs médullaires que le professeur Pierrot nous a fait, récemment connaître, et dont les physiologistes avaient d’ailleurs présumé l’existence.
Les troubles de la sécrétion sudorale n’ont pas été fréquemment notés dans la névrite aiguë ou subaiguë. Dans les observations que j’ai pu recueillir, cette sécrétion augmentait notablement sur le territoire cutané du nerf malade, au moment du paroxysme douloureux et spasmodique. Dans un mémoire analysé dans les Archives de médecine de 1838, Hamilton rapporte deux faits de ce genre, d’autant plus intéressants qu’ils ont été vus à une époque où l’on ne soupçonnait guère l’influence des nerfs sur les glandes de la peau. Dans le premier, il est question d’une jeune fille qui se fait une plaie avec un couteau à la partie moyenne de la face antéro-interne du pouce; au bout de quelques jours surviennent des signes et des symptômes non douteux de névrite aiguë dans les rameaux palmaires du médian : la paume de la main devient pâle, œdémateuse; la sensibilité delà cicatrice et des parties voisines surpasse tout ce que l’on peut voir dans d’autres maladies, et des paroxysmes violents éclatent surtout la nuit, pendant lesquels le bras et la main toujours humides se couvrent de larges gouttes de sueur. Dans le deuxième fait, plaie de la commissure qui sépare le pouce de l’indicateur gauche ; après quelques jours, névrite palmaire ; la pression la plus légère ne peut être supportée, la main est couverte de sueurs froides pendant la nuit.
Weir Mitchell, rapportant une observation de névrite aiguë, note l’existence de sueurs pendant le paroxysme douloureux ; il y a, dit-il, une enflure légère, des sueurs profuses qui ont persisté d’un bout à l’autre de l’attaque ; le trajet nerveux est extrêmement sensible (1). La thèse de Debrousse-Latour contient une observation de névrite aiguë du cubital avec hypersécrétion sudorale: coup de feu à la face interne de l’avant-bras gauche : guérison de la blessure; mais au quinzième jour, névrite du cubital, douleurs lancinantes sur le trajet du nerf ; la peau du petit doigt et de la moitié de l’annulaire est plus rouge, plus luisante : la sueur est abondante dans la commissure qui réunit le petit doigt à l’annulaire.
De ces faits de névrite aiguë, il est intéressant de rappro*
(1) Weir Mitchell, Lésions ries nerfs, p. 68.
cher, au point de vue qui nous occupe, la tétanie, beaucoup d’auteurs localisent cette maladie dans les nerfs périphé- ■ piques, et tout récemment Erb a montré que l’excitabilité électrique des troncs nerveux correspondants aux extrémités contracturées, est considérablement augmentée; or, dans la tétanie, au moment du paroxysme, il n’est pas rare de voir la peau de la main ou du pied aiicctés se couvrir de sueurs abondantes.
La névrite subaiguë peut s’accompagner également d’hypersécrétion sudorale. Yoici quelques faits de ce genre. Un homme entre à l’infirmerie de l’hospiee d’Ivry, dans le service de M. Ollivier, se plaignant d’une douleur névralgique dans le côté droit du thorax; il fait remarquer que ce côté de sa poitrine sue abondamment, tandis que le côté gauche reste parfaitement sec; quelques mois plus tard il succombe. M. Darolles fait son autopsie, et trouve les nerfs intercostaux, douloureux pendant la vie, injectés et englobés dans des masses cancéreuses (1). — Un jeune garçon reçoit une balle qui traverse la partie supérieure et postérieure de la cuisse droite. Deux ans après, se développe une névrite subaiguë du sciatique : douleurs paroxystiques, hyperesthésie; toute la région du tégument correspondant au territoire du sciatique est plus chaude, plus rouge, plus humide. Après les accès, le malade trouve la jambe et la cuisse mouillées de sueur dans les points où il souffre, tandis que les autres parties du membre restent tout à fait sèches. (Debrousse- Latour.) — Un homme était atteint de douleurs névralgiques très-intenses dans la sphère du plexus brachial droit; la transpiration est beaucoup plus abondante dans le bras droit que dans le bras gauche. Séguin pratique • l’excision des racines du plexus brachial : les bouts réséqués présentent les lésions de la névrite interstitielle, épaississement du tissu conjonctif avec prolifération nucléaire abondante et atrophie consécutive des tubes nerveux (2). — Dans ces observations, il est bien probable que l’hypersécrétion sudorale était due à
(1) Darolles, Tin, Paris, 1877.
{~) Revue des sciences médicales , t. Il, p. 912.
l'excitation des fibres excito-sudorales contenues dans le nerf malade, puisque cette hypersécrétion sc manifestait surtout au moment des paroxysmes et accompagnait d’ailleurs d’autres phénomènes d’excitation, entre autres l'hyperesthésie.
Paralysies des nerfs périphériques . — Sous ce titre, je suis obligé de ranger des faits assez disparates; le nerf est paralysé, mais les auteurs ne disent pas toujours par quelle lésion ; il y a tantôt augmentation et tantôt diminution de la sécrétion sudorale, sans qu’on puisse exactement savoir dans tel cas, s’il s’agit de phénomènes d’excitation ou de dépression. Weir Mitchell ne manque pas de faire cette observation, et il ajoute : en règle générale, lorsque les lésions nerveuses sont étendues, lorsque la perte des fonctions est complète, la peau reste sèche au plus fort de l’été; les glandes sudoripares et les glandes sébacées cessent d’agir, probablement frappées d’atrophie. Le phénomène est si net que, dans bien des cas, l’inspection seule peut faire reconnaître la partie affectée. Ceci- se voit bien dans le cas de blessures du médian (1). — Le capitaine Stembel était atteint d’une paralysie réflexe du bras gauche et d’une paralysie du bras droit et de l'épaule, beaucoup plus rebelle. La sudation était nulle du côté droit, très-abondante au contraire du côté gauche. Quoique plusieurs années se soient écoulées et qu'il y ait eu une amélioration notable, ces symptômes n'ont pas éprouvé de changement. — Chez un officier, les sécrétions restèrent supprimées après un coup de feu qui avait blessé l’épaule. — Dans un grand nombre de cas de blessures des nerfs que j’ai observées, j’ai trouvé une sudation excessive, quelquefois même, particulièrement lorsque la sensation de cuisson venait se joindre aux autres symptômes, les sueurs étaient non-seulement abondantes, mais excessivement acides, et parmi les malades, beaucoup se trahissaient à moi par cette odeur acide, analogue à celle du vinaigre, que leurs mains exhalaient toujours, malgré l’usage perpétuel qu’ils
(1) Weir Mitchell, p. 192.
faisaient de l’eau. Une fois entre autres, l’exhalaison était insupportable, tout à fait analogue à celle d’une eau croupie ( Weir Mitchell). — Schiefi'erdecker mentionne six cas de blessures, par armes à feu, du membre supérieur avec lésion des nerfs: outre divers troubles trophiques, l’auteur a remarqué que la sécrétion sudorale avait considérablement augmenté et que sa réaction était très-acide (Thèse de Frémy, Paris, 1872, p. 87). — Un soldat reçoit en 1870 une blessure à la jambe droite, au niveau du péroné. En 1875, atrophie musculaire, coloration plus rouge de la peau du membre paralysé, abaissement de la température et hyperidrose locale (1) .
Des recherches plus étendues m’auraient sans doute permis de multiplier le nombre de ces faits, mais peut-être sans grand intérêt dans un tel travail. De ceux que j’ai cités, on peut faire deux groupes. Dans le premier groupe, la paralysie est évidente, les phénomènes d’excitation font défaut, et généralement la sécrétion sudorale est diminuée ou même supprimée; la peau reste sèche, même sous l’influence des causes qui provoquent habituellement la transpiration. Dans ces cas, il est permis de supposer que les fibres excito-sudorales contenues dans les troncs nerveux ont été frappées de paralysie et de dégénérescence, au même titre que les fibres sensitives et motrices. Dans le second groupe, la sécrétion sudorale est non-seulement augmentée, mais encore altérée de qualité, elle devient très-acide et quelquefois fétide ; or, dans la plupart de ces faits, il existe des phénomènes d’excitation tels que sensation de cuisson, rougeur de la peau; il n’est pas invraisemblable que les fibres sudorales sont alors excitées; la réaction fortement acide, la fétidité du liquide sécrété semblent démontrer encore que les nerfs sudoraux peuvent modifier non-seulement la quantité mais aussi la qualité de ce liquide. Cette dernière inlluence du système nerveux sur l’appareil sudoripare paraîtra plus évidente encore lorsque nous etuuierons la chromidrose.
Dans toutes ces observations de paralysies des nerfs, le
(F Vulpian, Clinique ch: la ('hanté, p. 745.
trouble de la sécrétion sudorale est très-manifeste ; mais il y ' a beaucoup de paralysies, où ce trouble est beaucoup moins apparent et même paraît manquer. Se fondant sur les recherches récentes des physiologistes qui, nous l’avons vu plus haut, nous permettent de considérer l’existence de libres excito-sudorales dans les nerfs comme un fait très-général, M. Straus (1) a cherché le moyen de mettre en évidence la diminution probable de la sécrétion sudorale dans les paralysies périphériques. L’emploi de la pilocarpine était naturellement indiqué. Nous avons vu que cet alcaloïde provoque la sudation, et que M. Straus a montré qu’il est possihle, avec des doses suffisamment atténuées (1 à 4 milligr.) injectées dans le tissu cellulaire sous-cutané, d’obtenir des sudations absolument locales. Sudation par la pilocarpine générale ou locale, voilà donc deux procédés qui nous permettent, suivant l’heureuse expression de M. Straus, d’explorer la fonction sudorale dans une région paralysée.
Les résultats obtenus sont d’un grand intérêt. M. Straus a exploré la fonction sudorale dans plusieurs cas de paralysie faciale du type grave en provoquant tantôt la sudation générale par l’injection de 1 à 2 centigrammes de pilocarpine au creux épigastrique, à distance de la face sur laquelle va porter l’observation, tantôt la sudation locale en injectant de faibles doses de chaque côté de la face, et dans des points symétriques. Quel que soit le procédé mis en usage, presque toujours il y a un retard très-manifeste dans l’apparition de la sueur du côté paralysé : la sudation plus tardive peut bien persister plus longtemps, mais, ajoute M. Straus, ce deuxième phénomène est loin d’être aussi constant et aussi net que le retard. En regard de ces faits de paralysie faciale périphérique où les libres excito-sudorales semblent lésées conjointement avec les libres motrices du facial, M. Straus place un fait de paralysie faciale d’origine centrale où le retard manquait complètement; le côté paralysé suait aussi vite et aussi abondamment que le côté sain.
Voilà donc un nouveau trait qu'il faut ajouter au tableau de
(1)J. Straus. Gaz. mèd, de Paris, 1880.
la paralysie faciale; c’est en même temps un signe diagnostique qui peut servir à distinguer la paralysie périphérique de la paralysie centrale et que l’on peut, jusqu’à un certain point, comparer à l’abolition de la contractilité faradique, signe constant de la paralysie périphérique grave. Peut-être cette exploration de la fonction sudorale pourra- t-elle également présenter quelque valeur au point de vue du pronostic. Dans une des observations que donne M. Straus, le retard a manqué; peut-être s’agissait-il, ajoute l’auteur, d’une paralysie grave en voie de réparation ; le retour partiel de la motilité tendrait à le faire admettre.
La méthode est indiquée ; il est facile maintenant d’en faire l’application à un grand nombre de paralysies. M. Straus se propose d’ailleurs de continuer ses recherches. Voici deux observations inédites, recueillies dans le service du professeur Letievant, par M. Bouverot, qui a bien voulu, à ma demande, pratiquer quelques injections de pilocarpine.
Obs. I. — Femme de 42 ans, opérée le 27 janvier d’un volumineux cancer du sein. — Fièvre traumatique les jours suivants ; le 30 janvier, sueurs profuses pendant la nuit, suppression d’urine. Le lambeau inférieur de la plaie est mince, et présente un degré prononcé d’anestliésie. Injection de pilocarpine dans ce lambeau à la dose de 5 milligr. ; même injection en un point symétrique de l'autre sein. Ces injections sont faites à 8 heures 30. A 8 heures 40, du côté sain, rougeur autour de la piqûre, légère humidité ; rien ne paraît sur le lambeau que la plaque blanchâtre de l’injection. Un peu plus tard sueurs de la face, où l’on voit perler quelques gouttes de sueur; un peu de salivation.
Obs. 11. — Pierre C., âgé de 14 ans, a subi pour un traumatisme grave l'amputation du bras gauche au tiers supérieur, et celle de la jambe droite au tiers inférieur, le 10 novembre 1879. — Le 30 novembre, accidents tétaniques. Une médication très-active reste sans résultat. — M. Letievant constate que la pression sur le trajet du saphène interne et du sciatique fait naître de fortes douleurs; le 1er décembre, il pratique la section du sciatique à la partie moyenne de la cuisse, du saphène interne à la face interne de la cuisse. — Guérison du tétanos. Le lor février, toutes les plaies sont cicatrisées. — L’opéré prétend que la jambe droite sue bien plus que la gauche, mais il n’a pas été possible de constater le fait d’une façon positive. — Des injections de pilocarpine sont pratiquées à diverses reprises en des points symétriques des deux jambes, pour explorer la fonction sudorale suivant la méthode de M. Straus. — 3 février. Injection de 2 milligr. au centre delà plaque
anesthésique du sciatique, en un point insensible à la piqûre. Même injection au point symétrique de la jambe saine, à 9 heures 40 minutes; à 9 heures 45 minutes, côté sain, autour de la petite plaque blanche produite par l’injection, rougeur de 'à à 4 centimètres ; rien à la jambe opérée. A 9 heures 48 minutes, côté sain, la peau est légèrement humide dans toute l’étendue de la plaque rouge; rien du côté opéré. Malgré la faible dose employée, il se produit une salivation abondante, mais pas de sueurs générales. — 4 février. Mêmes injections, de la même dose et aux , mêmes points. On n’observe qu’une légère rougeur autour de la piqûre du côté sain.
Ces deux observations paraîtront sans doute concluantes : la fonction sudorale, explorée par la pilocarpine, s’est montrée évidemment diminuée dans les régions anesthésiées par les sections nerveuses. Il sera désormais très-utile de multiplier les observations de ce genre ; c’est là un moyen d’arriver à connaître la distribution des libres excito-sudorales dans les nerfs périphériques chez l’homme.
§ 2. — ■ Maladies du sympathique.
L’hyperidrose de la moitié de la tête et du cou est un phénomène constant après la section du sympathique cervical chez les animaux. Dupuy, d’Alfort, l’avait fort bien observé dans son expérience célèbre de l’arrachement des ganglions cervicaux. Une perturbation analogue delà sécrétion sudorale est fréquemment notée chez l’homme dans les cas de lésions spontanées ou traumatiques du sympathique cervical. On trouvera de nombreuses observations de ce genre dans les mémoires où il est traité des maladies du sympathique, en particulier dans les monographies de Nicati, d’Eulemburg et Gutman, de Rendu et de Trumet de Fontarce. Il est digne de remarque, en effet, que les troubles de la sécrétion sudorale sont assez rarement mis en relief dans les affections des nerfs cérébro-spinaux, tandis qu'ils le sont au contraire à peu près constamment dans les cas de lésions du sympathique. De tous ces faits, je ne puis évidemment rapporter ici qu’un nombre très-restreint.
Dans un cas bien connu du professeur Ycrneuii, a ligature de la carotide avait été pratiquée pour une tumeur de la parotide; peu de temps après l’opération, se manifestèrent les symptômes de la paralysie du sympathique cervical : atrésie persistante de la pupille, dilatation vasculaire, élévation de la température et transpiration abondante du côte opéré. Des troubles analogues sont produits par les tumeurs de la région latérale du cou ou de l’orifice supérieur du thorax, les anévrysmes de l’aorte, etc. (1) — Gutman rapporte l’observation d’un forgeron tuberculeux, chez lequel le trajet du sympathique cervical gauche était douloureux à la pression : le côté correspondant de la face se couvrait de sueurs sous l’influence de l'exercice musculaire ou seulement de la contraction des muscles de la face ; cette hypersécrétion sudorale s’arrêtait exactement à la ligne médiane.
Je dois à M. le professeur Perroud, de Lyon, une observation d’hémidrose faciale causée très-probablement par une lésion du sympathique cervical.
Ous. III. — A. D. blanchisseuse, 73 ans, entre à l’hôpital pour un catarrhe bronchique; à première vue, on est frappé d’une sorte d’asymétrie faciale très-prononcée. Tout le côté gauche de la face présente une rougeur érythémateuse très-prononcée, qui s’avance jusqu’à la ligne médiane, et s’étend au pavillon de l'oreille et à la partie supérieure du cou. Toutes ces parties sont notablement plus chaudes que les parties homologues du côté opposé; elles sont de plus, et d’une manière permanente, couvertes de sueurs, quelquefois peu abondantes, mais parfois aussi assez copieuses pour couler le long de la joue. La conjonctive de l’œil gauche est fortement congestionnée depuis quelques semaines et laisse parfois suinter, surtout le matin, une fine pluie de sang sans fissure ni excoriation évidente. Des douleurs sus etpériorbitaires annoncent habituellement cette transsudation sanguine. Kien du côté de la pupille. Le globe de l’œil n’est ni plus ni moins saillant d’un côté que de l'autre. Rien au cou sur le trajet du sympathique. Les accidents précédents persistaient avec les mômes caractères, quand la malade fut, un mois après, perdue de vue.
L’hypersécrétion sudorale parait ne pas coïncider toujours avec la paralysie vaso-motrice.
(1) Rosenthal, Traité des maladies du système nerveux . p. 802
et 804.
Dans un fait de Domanski, de paralysie Lraumatique du sympathique, le cùté gauche, siège du traumatisme, est plus chaud que le droit, mais jamais ne présente, même par les grandes chaleurs, de sueurs appréciables ({). Eulemburg, qui a observé des faits analogues, conclut que les faits pathologiques plaident en faveur d'une distinction entre les nerfs sécrétoires et les nerfs vasculaires de la peau.
Un malade de Séguin présentait une suppression de la sueur du côté droit de la face et du cou, même quand il y avait une transpiration abondante du côté gauche ; à l'autopsie, on trouva le sympathique cervical droit adhérent à la gaine des vaisseaux et du pneumogastrique, avec injection vive du ganglion supérieur et des parties adhérentes (2).
Il y a quelques observations d’hyperidroses, non plus limitées au cou et à la face, mais très-étendues ou même généralisées et qui paraissent dues à des lésions du sympathique. Wood (3) relate l'histoire d’un malade atteint d’une tumeur abdominale qui très-probablement intéressait les plexus du sympathique abdominal; cet homme présentait des sueurs profuses unilatérales, et ces sueurs coïncidaient avec une constipation opiniâtre. Mêmes phénomènes, sueurs profuses et constipation, dans un cas publié par le même auteur, de tumeur abdominale comprimant le plexus solaire.
Il n’est pas facile actuellement de fournir une interprétation générale, applicable à tous ces faits. M. Nicati, dans la description méthodique qu’il nous donne de la paralysie du sympathique cervical, partage les symptômes observés entre trois périodes. La première, période prodromique ou d’irritation, est en effet caractérisée par des phénomènes d'excitation, comparables à ceux que Ton obtient chez les animaux par la galvanisation du cordon cervical, l'hypersécrétion sudorale y fait défaut; la deuxième période, première phase de la paralysie, réalise de tout point chez l’homme les effets de la section du cordon cervical, les sueurs y sont fréquentes et
(1) Canstatts. 1876, t. II, p. 126.
(2) Amer. Journ. of. mêdic. scienc., oct. 1872.
(3) Americ, J. of. médic. sc., avril 1870.
abondantes ; dans la troisième période, mêmes symptômes de paralysie, auxquels s’ajoutent des lésions atrophiques : la sécrétion sudorale est alors nulle ou notablement diminuée.
L’hypersécrétion sudorale est donc un phénomène le plus souvent associé aux phénomènes paralytiques dans les cas de lésions du sympathique, tandis que, dans les cas de lésions des nerfs cérébro-spinaux, nous l’avons vue généralement associée aux phénomènes d’excitation.
Des maladies du sympathique, il faut rapprocher le goitre exophthalmique, l’aplasie lamineuse et la migraine. Les troubles de la sécrétion sudorale ont été plusieurs fois observés dans la maladie deBasedow. Dans un cas observé par Fr' nkel (I ), il y avait hyperidrose de la moitié gauche de la face; à l’autopsie, on trouva des dilatations variqueuses des vaisseaux du sympathique cervical gauche. — Dans une observation de trophonévrose faciale publiée par Brunner (2) outre les phénomènes habituels de la maladie, l’auteur note la suppression de la sécrétion sudorale; par la galvanisation du grand sympathique, la moitié correspondante de la face se couvre d’une vive rougeur et d’une transpiration abondante.
La migraine est généralement considérée comme une maladie du sympathique, de nature spasmodique d’après du Bois-Beymond, de nature paralytique au contraire d’après Mollendorf. Des troubles delà sécrétion sudorale sont parfois observés pendant l’accès; la joue peut être alors le siège d’une sécrétion sudorale exagérée (3). Eulemburg etBerger ont également signalé l’éphidrose faciale pendant l’hémicrânie; le malade dont parle Berger présentait en outre une hypersécrétion salivaire tellement abondante que pendant l’accès il rendait environ deux litres de salive filante.
§ 3. — Maladies de la moelle.
Dans certains cas de fractures de la colonne vertébrale. Leyden a noté sur les membres une abondante sécrétion de
(1) Canstatts , 1874, t. II, p. 174.
(2) Cité par Rosenthal, p. 795.
(3) Vulpian, Vaso-'mot., t. Il, p. 034.
sueur; l’auteur uc dit pas quelle lésion médullaire pouvait taire présumer les symptômes concomitants (1).
Des perturbations de l’appareil sudoripare ont été observées dans la myélite aiguë : la sécrétion est tantôt augmentée, tantôt diminuée. Leyden rapporte le fait suivant : chez un malade qui, par suite d’une myélite aiguë, est atteint depuis une année de paralysie avec contracture des membres pelviens, la partie inférieure du corps est couverte de sueurs profuses, tandis que la partie supérieure reste sèche. .Même fait dans un cas de plaie par armes à feu de la moelle dorsale inférieure avec paralysie incomplète. Inversement, Ollivicr et Biermer ont vu la moitié supérieure du corps inondée de sueurs, tandis que les jambes et la moitié inférieure du tronc restaient complètement sèches (Leyden).
Dans plusieurs observations de myélite aigue qui m’ont été communiquées, on a plusieurs fois noté une hyperidrose considérable : mais ces faits sont complexes et d’une interprétation difficile. Tous ces malades avaient de vastes eschares sacrées et présentaient les frissons et les grands accès fébriles de la septicémie. Il est difficile de faire, dans le trouble de la sécrétion sudorale, la part de la lésion médullaire et celle de Ta septicémie.
Dans un cas d c, paralysie infantile , Leyden a vu dans les membres paralysés une exagération notable de la sécrétion sudorale : les membres paralysés sont un peu cyanosés et tuméfiés, leur température est presque toujours au-dessous de celle du côté opposé, souvent aussi ils sont couverts de sueurs froides.
Le même auteur fait remarquer que dans la sclérose diffuse il est fréquent de constater aux membres inférieurs une diminution de la température avec sécrétion exagérée de la sueur.
Fromann, Friedereich, WundeiTich ont signalé une hypersécrétion sudorale excessive dans V atrophie musculaire progressive , surtout lorsque la maladie est ancienne cl qu’elle se généralise rapidement.
(1) Traite1 des maladies de la moelle.
D’après Eulemburg (. Pathologie du sympathique), Vata.de locomotrice s’accompagne quelquefois d’hypersécrétion sudorale dans les membres atteints.
Les sueurs sont très-abondantes dans le tétanos , mais il est difficile de distinguer dans leur pathogénie l’influence des contractions musculaires violentes de celle due à l’excitabilité exagérée des centres médullaires.
Dans quelques cas de tumeur de la moelle réalisant le syndrome hémiparaplégie, on a constaté l’augmentation ou la diminution de la sécrétion sudorale : ce désordre existe toujours du côté de la lésion médullaire, ce qui prouve que les nerfs de la sueur suivent les mêmes voies que ceux des muscles et des vaisseaux. (Vinot, Th., 1876.)
Les observations sont encore trop rares et trop incomplètes pour nous permettre autre chose que des hypothèses sur la physiologie pathologique de ces troubles sudoraux dans les maladies de la moelle. On peut prévoir que les lésions irritatives produiront l’exagération et les lésions destructives la diminution de la sueur ; à ce point de vue, il sera désormais trèsimportant de noter avec quels désordres de la motilité et de la sensibilité coïncident ces deux états de la sécrétion sudorale.
| 4. — Maladies des centres encéphaliques.
L’expérimentation prouve qu’il existe dans le bulbe un centre réflexe pour la sécrétion salivaire, et les observations pathologiques démontrent que certaines affections bulbaires, a paralysie labio-glosso-laryngée par exemple, présentent au nombre de leurs symptômes une hypersécrétion salivaire quelquefois très-abondante. Nous savons, depuis les expériences de Nawrocki, qu’il existe très-probablement dans le bulbe un centre sudoral destiné aux actions sudorales générales; les pathologistes n’ont point encore observé de troubles de la sécrétion sudorale dans les maladies du bulbe (1).
Des sueurs morbides peuvent être observées au cours d’un
(1) Y. Thèse d’agrég. de Hallopeau, Des paralysiàs bulbaires.
grand nombre d’étals pathologiques de l'encéphale. 11 n’est pas facile d’en donner une interprétation acceptable : on ne peut guère les attribuer à une excitation de certaines parties du cerveau ; les expériences de M. le professeur Vulpian ne seraient pas favorables à cette interprétation: l’excitation de l’écorce 11e produit point l'hyperidrosc, pas plus que l’excitation de la base du cerveau. D’autre part, ces sueurs cérébrales accompagnent généralement les symptômes de dépression plutôt que les symptômes d’excitation. Du reste, il en est ainsi à l’état normal : les sueurs abondantes du sommeil, surtout chez les individus affaiblis, en sont la preuve.
Des sueurs profuses sont souvent observées à la période comateuse des méningites aiguës, de la méningite tuberculeuse ; dans les traumatismes cérébraux, commotion et contusion; dans l’hydrocéphalie; enlin dans l’apoplexie.
Les anciens attachaient une grande valeur pronostique aux caractères des sueurs dans l’apoplexie. « Des sueurs abondantes et chaudes s’élevant en vapeur autour du corps du malade, donnent lieu à un pronostic avantageux, si d’ailleurs les autres signes se présentent sous de favorables auspices. Au contraire, il faut mal augurer des sueurs peu abondantes, formées en gouttes rares, froides, épaisses et visqueuses (Double). Il vaudra mieux sans doute, pour établir le pronostic pendant la période apoplectique, tenir compte des troubles circulatoires et respiratoires.
On trouve dans le mémoire de Gubler (Gazette hebd. I800) sur l’hémiplégie alterne, et dans la thèse de M. Chevalier (Thèse Paris 1870) sur la paralysie vaso-motrice, d'intéressantes observations sur l’état de la sécrétion sudorale dans certaines formes d’hémiplégie. Au début de l’hémiplégie alterne, il y a dans les membres paralysés une élévation thermique très-appréciable, de l’hypérémic et des troubles de diverses sécrétions, tels que sudation exagérée de l'aisselle et des membres paralysés. M. Chevalier rapporte un cas d’hémiplégie avec sueurs très-abondantes limité au côté paralysé, et il ajoute : on a même attaché une importance telle à ce symptôme, qu’on a voulu en faire le caractère pathognomo*
nique d’une classe spéciale d’hémiplégie, qui a reçu le nom t: V hémiplégie sudorale.
Récemment Àdamkiewicz (C. R. Soc. de physiol. de Berlin, I “2 décembre 1879) a rappelé l’histoire d’un malade de Sénator atteint de monoplégie brachiale; sur ce bras, on observait des spasmes et des sueurs abondantes qui y restaient exactement localisées; à l’autopsie, on trouva, dans l’hémisphère opposé et au niveau des centres psycho-moteurs, une collection purulente. Une autre cas analogue avait été vu à la Charité de Berlin. Ce sont ces faits de lésions corticales avec troubles de la sécrétion sudorale qui ont engagé Àdamkiewicz à rechercher des centres sudoraux dans l’écorce cérébrale.
Il est bien probable que dans tous les cas de sudation de forme hémiplégique, les nerfs excito-sécréteurs entrent en jeu; car aujourd’hui nous ne pouvons plus guère accepter l’hypersécrétion sudorale sans une incitation nerveuse; mais on ne saurait encore dire d’où vient cette incitation chez le malade frappé d’hémiplégie ou de monoplégie d’origine cérébrale. Cependant s’il est vrai que cette hémidrose accompagne la paralysie vaso-motrice le plus souvent, trop de faits démontrent l’indépendance des deux phénomènes pour que nous puissions accepter que l’hypérémie paralytique provoque l’hypersécrétion sudorale.
Cette indépendance est d’ailleurs bien prouvée par l’exemple des sueurs émotives. Sous l’influence d’une émotion morale violente, de la peur, de la douleur, surtout de l’anxiété, la peau du visage, des mains et quelquefois de tout le corps se couvre de sueur; la peau peut rougir simultanément, mais le plus souvent elle pâlit et le liquide sécrété est froid et visqueux. Nous ne savons rien de bien certain de la physiologie pathologique de ces sueurs émotives.
Les sueurs profuses qui couvrent le corps de l’alcoolique en proie à un accès de delirium tremens s’expliquent autant par l’action de l’alcool et des contractions musculaires que par le trouble fonctionnel des centres nerveux. Double a observé chez certains aliénés des sueurs très-fétides. On a signalé également des sueurs profuscs dans la paralysie générale.
Voici le résumé d’une observation de tumeur cérébrale où des sueurs abondantes ont été notées pendant les derniers jours de la vie. Cette observation appartient à AI. Landouzy, qui a bien voulu me la communiquer.
Oiss. IV. — Joseph S., 26 ans. Au commencement de 1875, chancre de la verge reconnu syphilitique à l’hôpital du Midi. Traitement antisyphilitique. Début des accidents cérébraux en mai 1876; ces accidents s’aggravent en juin 1878 ; à partir de cette époque la maladie évolue rapidement : hémiplégie faciale inférieure, gauche; hémiplégie gauche des membres avec contracture; ralentissement du pouls, vomissements, torpeur intellectuelle; puis, contracture des membres droits, pei’te de connaissance, résolution des quatre membres; pendant les quatre derniers jours, le corps du malade fut couvert de sueurs trèsabondantes : la température cependant ne dépassait pas 38°. C'est le dernier jour seulement que l’ascension agonique atteignit 41°, 2. Cette succession de phénomènes avait conduit au diagnostic : syphilôme pariétal; méningite généralisée consécutive. L’autopsie fut refusée.
Il faut relever un fait important clans cette observation ; les sueurs copieuses ont paru clans les derniers jours, alors que tous les symptômes indiquaient 'une extension rapide de la méningite. Or, il est remarquable que de toutes les affections encéphaliques, la méningite est celle qui provoque le plus souvent la sudation profuse; s’agirait-il, clans ces cas de sueurs méningitiques, cl’une excitation des centres corticaux? Nous avons vu qu’Adamkiewicz s’appuie sur robservation des faits cliniques pour admettre l’influence des centres encéphaliques sur la sécrétion de la sueur.
Les névroses doivent sans cloute frapper l’appareil nerveux cle la sueur, comme elles frappent les appareils sensitif moteur et vaso-moteur. Les troubles cle la sécrétion sudorale ne sont pas rares dans Vhystêrie. Sydenham avait observe déjà que des sueurs abondantes se montrent souvent chez les femmes nerveuses, tantôt bornées aux mains, aux pieds, au col, à la face, quelquefois étendues à tout un côté du corps, ou même générales. Chez une hystérique, pendant les périodes anuriques, tout le corps était inondé de sueurs; les vomissements étaient alors moins abondants ou même suspendus (Martin, Th., 1870) . Le même observateur rapporte deux faits
d’hémidrose hystérique : pendant que l'un des eûtes du corps restait sec, l’autre suait abondamment.
Je ne dirai rien des sueurs profuses qui suivent souvent la grande attaque épileptique et qui sont dues aux violentes contractions de la période convulsive, ainsi qu’à l’épuisement de l’encéphale. Mais il est une forme singulière d’hyperidrose épileptique, peu connue, et sur laquelle le professeur Renaut vient incidemment d’appeler de nouveau l’attention (1).
Des phénomènes nombreux et divers, moteurs, sensitifs, sensoriels, intellectuels annoncent le début de la grande attaque : ce sont les auras dont il existe par conséquent une grande variété. Ces mêmes phénomènes peuvent aussi constituer toute l’attaque épileptique : c’est le petit mal. Or, parmi ces phénomènes, il faut ranger l’hyperidrose. 11 y a des au ras sudorales et un petit mal sudoral. Emmingliaus a publié deux faits de ce genre (2). — Une femme de 45 ans, d’ailleurs bien portante, se plaint que de temps en temps, durant son travail, elle est prise de poussées sudorales subites, sans cause, et en tout cas indépendantes de tout effort musculaire ou de toute émotion morale. Ces sueurs sont accompagnées d’un sentiment intime de faiblesse et d’un léger vertige, qu’elle peut faire cesser en s’asseyant aussitôt. Cette femme dit que dans sa jeunesse elle a eu des attaques d’épilepsie. — Un jeune homme épileptique a de temps en temps des sueurs subites que rien ne provoque ; il ne peut dire si au même moment il a du vertige.
Ferrier donne des auras sensitives la même interprétation physiologique que Jackson des convulsions : ce sont des décharges subites d’influx nerveux accumulé dans les zones* corticales auxquelles ce physiologiste attribue le rôle de centres corticaux sensitifs. Les auras sudorales sont-elles susceptibles d’une interprétation analogue? On sait d’autre part que l’on tend de plus en plus aujourd’hui à considérer l’épilepsie comme une maladie cérébrale et non plus bulbaire.
Il est donc assez logique de penser que la plupart des manifes-
(1) Lyon médical, 25 janvier 1880.
(-) Revue des sc. i tiédie., t. VI. p. 570.
talions de cette maladie ont leur point de départ dans le cerveau.
La fonction sudorale n’a pas encore été beaucoup explorée dans les maladies de l’encéphale, A ce titre, voici deux observations intéressantes que je dois à M. Gille, interne des hôpitaux.
Obs. V. — Hémianesthésie et hémiplégie gauche par hémorrhagie cérébrale. Injection de 2 centigr. de pilocarpine. Après quelques minutes, sueurs abondantes, mais beaucoup plus abondantes du côté de l’anesthésie que de l’autre. A chaque injection, on obtient le même résultat, quel que soit d’ailleurs .le côté où l’injection ait été pratiquée. — Ultérieurement, l’état de ce malade s’est amélioré; l’anesthésie a presque complètement disparu et la paralysie motrice a beaucoup diminué.
Obs. VI. — Hémiplégie gauche avec hémianesthésie, due à l’intoxication saturnine. Injection de pilocarpine à 2 centigr. Sueurs abondantes, toujours plus prononcées à gauche qu’à droite. Amélioration notable : l’hémiplégie finit par disparaître presque complètement.
M. le professeur Lépine, de Lyon, a bien voulu me communiquer une observation d’hémiplégie cérébrale due probablement à un foyer hémorrhagique et où la fonction sudorale a été également explorée.
Obs. VII. — Hémiplégie gauche ancienne avec paralysie à peu près complète du membre supérieur; un peu de contracture secondaire; excès de chaleur dans le côté paralysé. — Injections de pilocarpine qui provoquent une sudation générale. — La transpiration est toujours plus abondante du côté gauche paralysé.
Ainsi la fonction sudorale est plus active du côté de la paralysie, quand il s'agit d’une lésion cérébrale. Nous avons vu que M. Straus incline à considérer l’intégrité de la fonction sudorale comme un caractère de la paralysie faciale d'origine centrale. Cette fonction est au contraire diminuée ou abolie dans la paralysie périphérique; peut-être est-elle également diminuée ou abolie dans les hémiplégies spinales.
Connue l'expérimentation, l’observation des faits pathologiques peut donc servir à mettre en lumière rintluence du sys-
Icnui nerveux sur la sécrétion de la sueur. Sans doute, il y a encore bien des obscurités. Cependant peut-être est-il permis de tirer de ce rapprochement quelques conclusions. Pour ce qui est des nerfs périphériques, les deux ordres défaits physiologiques et pathologiques semblent bien prouver l’existence de libres spéciales excito-sécrétoires, dont l’excitation provoque l’hypersécrétion sudorale. Si ce résultat est constamment obtenu par l’excitation. du bout périphérique du sciatique coupé chez le chat, il ne fait pas défaut dans beaucoup d’affections des nerfs dont le caractère irritatif est bien évident, comme les névralgies, les névrites aiguës et subaiguës. Inversement, la sueur spontanée ou provoquée est supprimée chez le chat par la section du sciatique, lorsque la dégénérescence paraît dans le bout périphérique; de même chez l’homme les paralysies des nerfs cérébro-spinaux s’accompagnent souvent d’une sécheresse remarquable du tégument (Weir Mitchell) ou d'un retard très-marqué de la sudation locale provoquée par la pilocarpine (Straus).
Les faits physiologiques et pathologiques concordent également quand il s’agit de l’influence du grand sympathique. La section du cordon cervical du sympathique chez les animaux provoque une sudation abondante dans toute la moitié correspondante de la tête et du cou; chez l’homme, la paralysie de ce cordon nerveux présente également au rang de ses symptômes l’hémidrose faciale; enfin, comme l’excitation du cordon cervical arrête la sudation chez l’animal en expérience, de même, dans la première période des affections du sympathique cervical, l’hypersécrétion sudorale fait défaut (Nicati).
Nous avons insisté déjà sur ce fait bien remarquable que l’hyperidrose est associée aux phénomènes d’excitation dans le cas d’aflêction des nerfs cérébro-spinaux, et au contraire, le plus souvent aux phénomènes paralytiques dans le cas d’affection du grand sympathique. Cette sorte d'opposition que manifestent les faits pathologiques dans r influence qu’exercent sur la fonction sudorale les deux systèmes nerveux cérébro-spinal et sympathique, rend de plus en plus probable cette hypothèse que M. le professeur Vulpian propo-
sait dès 1875, dans ses leçons sur l’appareil vaso-moteur (I) ' Il est possible que les glandes sudoripares soient soumises à une double influence nerveuse : l’une incitatrice, l’autre modératrice. Les faits précédemment exposés sembleraient prouver que les libres incitatrices sont contenues dans les nerfs cérébro-spinaux et les modératrices dans les rameaux du sympathique. Nous verrons que cette théorie peut donner une explication satisfaisante d’un certain nombre de sueurs morbides.
Récemment, lleidenhain (2) a repris sous une autre forme l’hypothèse de la double innervation des appareils glandulaires; ses observations ont porté sur la sous-maxillaire: il admet deux espèces de nerfs préposés à la sécrétion ; les uns sécrétoires contenus dans la corde du tympan, et dont l’excitation provoque l’issue par le canal de Warton d’une salive claire, fluide, abondante; les autres, nerfs trophiques, contenus dans les filets du sympathique, dont l’excitation provoque la formation et l’excrétion des matériaux solides de la salive.
Pour ce qui est des centres sudoraux médullaires, bulbaires et encéphaliques, il n’est pas encore possible d'établir une comparaison fructueuse entre les faits pathologiques et ceux fournis par l’expérimentation. Les observations cliniques sont trop peu nombreuses et trop incomplètes. Nous avons vu quelques maladies de la moelle s’accompagner d'augmentation ou de diminution de la sécrétion sudorale : il est vraisemblable que des centres sudoraux médullaires existent chez • 'homme comme chez les animaux. Dans certaines maladies de l’encéphale et particulièrement dans le cours des méningites, on a souvent observé des sueurs générales profuses; et, dans d’autres affections encéphaliques, des sueurs partielles, limitées aux membres paralysés (hémiplégies sudorales, obs. d’Adamkiewicz) . On peut donc présumer qu'il existe aussi dans les centres encéphaliques, et peut-être même dans l’écorce cérébrale et cérébelleuse, des régions qui ne sont pas sans influence sur la fonction sudorale.
(1) T. Il, p. 502.
(2) Archic. fur yrsam. Physiolor/., XVII, p. 1.