‹ Des sueurs morbidesChapitre 5 sur 7 · DES SUEURS DANS LES MALADIES AIGUËS · texte numérisé non relu

DES SUEURS DANS LES MALADIES AIGUËS

§ — Des sueurs aux diverses périodes des maladies aiguës.

Les altérations de la sueur oui sans doute une notable valeur dans ces maladies; mais elles sont peu connues. Ainsi, nous ne savons que très-peu de chose des modifications de la

(1) Vaso-moteurs, t. II.

composition chimique. C'est cependant' ce sujet qu’il faut maintenant aborder. Avec de tels matériaux, il n’est guère possible de présenter qu’une esquisse très -imparfaite de ce que sera probablement un jour la séméiologie de la sueur.

Des troubles de la sécrétion sudorale paraissent aux diverses périodes de la maladie, et même avant la maladie, dans cette période en quelque sorte préparatoire et que les anciens ont nommée période d’imminence morbide. Des sueurs abondantes annoncent quelquefois le début prochain des maladies graves, par exemple des formes aigués ou rapides de la tuberculose. J’ai vu des sueurs profuses au point de mouiller chaque nuit toute l’épaisseur des matelas, constituer le premier symptôme d’une carcinose abdominale dont les signes ne devinrent évidents qu’après plusieurs mois. Plus souvent la sécrétion sudorale s’amoindrit au début des maladies aiguës, comme d’ailleurs la plupart des sécrétions; l’homme qui bientôt sera pris de fièvre n’a plus d’appétit, ne mange plus, parce que toutes les sécrétions des voies digestives chez lui sont en souffrance. Double raconte qu’il a vu souvent la sueur aux pieds se tarir au début des maladies aiguës ; d’où, sans doute, cette opinion très-répandue que ces flux habituels sont une sorte de baromètre de santé.

Depuis le jour où débute la maladie, jusqu’au jour où elle se termine bien ou mal, pendant toute la période d’état, l’hypersécrétion sudorale est un phénomène fréquent et se présente avec des aspects très-divers ; elle imprime souvent une physionomie particulière aux processus morbides; ce sont les formes sudorales des maladies aiguës : sujet qui nécessite de plus longs développements. Voyons d’abord ce que sont les fonctions de la peau pendant la crise, l’agonie et la convalescence.

Au moment de la crise, la fièvre tombe, les déchets de la combustion s’éliminent plus complètement et les sécrétions, plus ou moins entravées pendant les périodes fébriles, reparaissent avec un surcroît d’activité. Lorsque pendant de longs jours la peau est restée sèche, le retour de la moiteur, la disparition de la chaleur mordicante, un certain degré de

développement du pouls, indiquent le rétablisgfememt prochain des fonctions cutanées et très-probablement une terminaison favorable. Dans beaucoup de maladies aiguës, le trait dominant de ce tableau de la crise est en effet l'hypersécrétion sudorale ; la crise, comme disaient les anciens, est sudorale, elle se fait par la peau. Il en est ainsi dans les pneumonies, quelques exanthèmes, les fièvres paludéennes, et certaines fièvres typhoïdes à marche rapide (Hirtz).

Assurément, toute sueur qui survient, même à une période avancée de la maladie, n’est pas critique; la sueur vraiment critique peut être abondante, mais elle n’est ni colliquative ni prolongée. On en connaît peu les caractères chimiques ; contiendrait-elle un excès de déchets dus à la combustion fébrile, ta matière morbifique des anciens? On sait seulement que le liquide sécrété par la peau pendant la crise est clair et non pas visqueux et que l'acidité en augmente rapidement lorsque, pendant la fièvre, elle avait diminué (Andral). Bien différente de beaucoup de sueurs fébriles, la sueur vraiment critique ne diminue pas sensiblement l'activité de la sécrétion rénale ; par exemple, dans la fièvre typhoïde, la quantité de l’urine et des principes fixes qu’elle contient ne s’abaisse que trèslégèrement, ne s’abaisse pas, ou même peut encore augmenter (A. Robin).

La diaphorèse critique n’a pas le rôle que lui attribuaient les anciens ; ainsi, elle n’est pas la cause delà chute de la fièvre: elle y aide peut-être, mais dans beaucoup de défervescences, la fièvre est tombée déjà au moment où paraît l'hypersécrétion sudorale. D’ailleurs, ce flux sudoral est souvent très-modéré, très-passager ; dans la pneumonie, voici ce qu’en dit Grisolle: « Sur 22 malades, si j’en excepte six qui eurent, pendant un ou plusieurs jours, des sueurs extrêmement copieuses, tous les autres n’eurent qu’une sueur peu abondante, ou une légère moiteur qui fut passagère et ne les força pas le plus souvent à changer de linge (1). C’est surtout dans le choléra que la crise sécrétoire apparaît quelquefois dans toute sa

(1) Traité de la pneumonie, p. 311.

plénitude (1). Pendant les périodes algide et asphyxique toutes les voies d'excrétion étaient fermées, la peau était sèche et l’urine supprimée. Une nuit, au début de la réaction fébrile, le cholérique qui va guérir se réveille couvert d’une diaphorèse abondante; il éprouve enfin le besoin d’uriner; il rend une grande quantité d’urine; ainsi débute l’élimination des produits de désassimilation accumulés dans le sang.

Mais, quelque saisissants que soient ces phénomènes de la crise, ils sont bien plutôt l’effet que la cause de la défervescence. fl paraîtra donc assez logique de dire : le malade sue parce qu’il va mieux, et non pas : le malade va mieux parce qu’il sue. En effet, de toutes les fonctions, les sécrétions qui sont en général les premières à ressentir les influences morbides, sont aussi les premières, la maladie terminée, à reprendre leur activité, et cette activité peut momentanément s’exagérer quand elle reparaît, à la défervescence.

La sueur a quelquefois le caractère critique dans les maladies non fébriles; elle peut annoncer la fin du paroxysme des maladies convulsives ou des névralgies viscérales. Fauconneau-Dufresne (2) dit avoir vu la colique hépatique se terminer par une véritable crise sudorale.

L’hypersécrétion sudorale est aussi un des traits du tableau de l’agonie, du faciès hippocratique. La face pâle, étirée, sc couvre au front et aux tempes d’une sueur froide et visqueuse. Cet aspect particulier de la face du mourant, ce trouble de la sécrétion sudorale apparaît surtout lorsque la mort vient terminer une maladie à dénutrition rapide, à tendance adynamique prononcée. Mais dans l’agonie aigue, alors que la température s’élève jusqu’au moment de la mort et même après la mort, la sueur n’est plus, comme dans l’agonie lente, partielle et froide; « des sueurs profuses inondent le corps des moribonds. Ces sueurs sont alors le moyen par lequel l’organisme cherche à déverser le trop-plein de calorique qui

(1) Laveran. Bict. encylop., art. Choi.kra, p. 808.

(2) Traita des affections calculeuses du foie.

résulte en lui de la cessation ou de la diminution de la réfrigération pulmonaire. » (1)

Dans la convalescence des maladies aigues, le système nerveux est toujours plus ou moins débilité; comme les gens affaiblis, les convalescents suent facilement, surtout pendant le sommeil. Cette sueur, modérée et passagère le plus souvent, prend quelquefois des proportions inquiétantes ; elle devient profuse et colliquative. C’est là un véritable accident de la convalescence, qui la prolonge et la rend imparfaite. Ces sueurs profuses s’observent surtout à la suite des maladies à tendance adynamique, comme certaines pneumonies et la lièvre typhoïde.

§ 2. Caractères physiques et chimiques de sueurs morbides.

La médecine hippocratique avait établi des divisions sans nombre dans l’étude des sueurs morbides. Outre les sueurs initiales, symptomatiques, critiques, de la convalescence, les anciens distinguaient encore des sueurs légères ou simple moiteur, moyennes, profuses, colliquatives ; des sueurs partielles, générales ; chaudes, froides, visqueuses, actives, passives, etc.

Il y a bien peu de données certaines sur les caractères physiques et chimiques des sueurs morbides. — Le liquide sécrété a-t-il une température propre et l'expression sueur froide est-elle rigoureusement exacte? La sueur participe sans doute à la température de la peau, et d’ailleurs la sensation de froid qu'éprouve le malade est alors toute subjective et comparable à celle du débul de l’accès paludéen. — La viscosité de beaucoup de sueurs froides est d’une interprétation difficile. M. Ranvier a vu se détacher de l’épithélium sudoripare de petites masses colloïdes qui, je l’ai fait remarquer déjà, ne sont pas sans analogie avec les corpuscules salivaires. L’expérience démontre que ces corpuscules sont

(1) Peter, Clinique médicale , t. II. p. 7U0.

particulièrement abondants dans la salive dont 1 écoulement est provoqué par l’excitation du sympathique. Or, la sueur claire, limpide est obtenue chez le chat par l’excitation du sciatique; et, chez Tliomme, la sueur visqueuse, peut-être riche eu masses colloïdes, apparaît au milieu des phénomènes habituels du réllcxe sympathique : pâleur de la peau, petitesse du pouls, dilatation de la pupille. Ces phénomènes marquent la fin de l’agonie, et la sueur de l'agonie est également visqueuse.

La sueur morbide est incolore dans la grande majorité des cas; les anciens ont parlé de sueurs teintes de sangdans les maladies infectieuses, et de sueurs bleues dans les maladies des viscères abdominaux. Ces questions ont été discutées déjà à propos de l’hématidrose et de la cliromidrose. La sueur des ictériques contient parfois les principes colorants de la bile; mais il y a beaucoup d’ictériques dont la sueur n’est pas colorée. M. Cazeneuve a récemment examiné la sueur de trois malades atteints d’ictère assez prononcé et n’y a point trouvé de matière colorante. ( Comm . orale.) D’ailleurs les faits de sueur ictérique cités dans les auteurs sont rares (Cheyne, Chomel, Andral); Yalleix les considère comme très-exceptionnels. Jamais les glandes sudoripares ne sont, comme les reins, encombrées de pigments biliaires (Frerichs). — V odeur est un caractère de peu d’importance ; il y a sans doute beaucoup d'exagération dans tout ce que les anciens ont écrit sur ce point. Dans la suette, c’est l’odeur de la paille pourrie; dans la rougeole, celle de la plume d’oie; dans la fièvre typhoïde, les méningites, la plupart -des maladies ataxo-adynamiques, celle de la souris ; l’odeur de la sueur rappellerait celle des matières fécales et de l’urine dans les affections des voies digestives el des voies urinaires où l’évacuation de l’urine et des fèces esl suspendue; la sueur serait fade, nauséabonde dans la variole, etc. La fétidité de beaucoup de sueurs partielles parait due à la décomposition de la leucine et de la tyrosine. La fétidité s’observe quelquefois dans les infections putrides (Follin et Duplay, t Ie>, p. 78). Les sueurs fétides de la septicémie aiguë paraissent contenir un gaz sulfuré :

Page 1