‹ Des sueurs morbidesChapitre 6 sur 7 · HO · texte numérisé non relu

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elles noircissent quelquefois le papier plombique (Décran, Al1 2* s Montpellier, 1800). Dans l’infection purulente on a noté l’odeur musquée delà sueur; M. Poucet, de Lyon, en a observé un exemple non douteux (Comm. orale). — On discute encore sur la réaction normale. M. Tourton, qui a étudié cette réaction dans un certain nombre de maladies, conclut : « Nous avons toujours obtenu une réaction acide, le plus souvent assez forte, quelquefois faible; dans deux cas seulement nous avons atteint la neutralité; jamais nous n’avons constaté l’alcalinité. » Cependant, d’après M. Gautier (1), la réaction alcaline aurait été constatée dans le typhus des camps, l’urémie, la goutte et attribuée à la présence du carbonate d’ammoniaque; l’acidité exagérée, due probablement à un excès d’acide lactique, dans la scrofule, le rachitisme, le rhumatisme. L’abus des eaux alcalines, de l’eau de Vichy, rend la sueur alcaline.

Y a-t-il des sueurs albumineuses ? Anselmino dit en avoir observé. On aurait trouvé de l’albumine dans la sueur de la fièvre typhoïde (Becquerel etRodier), de la fièvre hectique, du choléra, de l’agonie (Gautier), des albuminuriques (Hoppe Seyler). Crammer (2) paraît également avoir trouvé de l'albumine dans la sueur d’un malade atteint de mal de Brigbt : « Humor perspirationis coctus parvos flocculos dejiciebal qui albumine co nslabant. » MM. Vulpian et Straus ont souvent examiné la sueur obtenue en quantité suffisante chez les albuminuriques par l’administration du jaborandi ; jamais ils n’ont pu y constater la présence de l’albumine, et cependant, chez les albuminuriques, la salive contient souvent de l’albumine. — La sueur des malades en proie à la fièvre hectique contiendrait de la graisse (Bequerel etRodier) : une certaine quantiLé d'acide urique existerait parfois dans celle des rhumatisants (Becquerel et Rodier) et des phthisiques (Monneret). Quant à l’urée, elle augmenterait dans le choléra, l’urémie, l’intoxication phosphorée (Bergeron et Ranvier) et

(1) Chimie Biologique, t. II, p. 433.

(2) Dissertatio de morbo brighti. Grreninge. 1844.

diminuerait au contraire clans la fièvre typhoïde (Rienner). Dans l'urémie et le choléra, la proportion en est quelquefois assez considérable pour qu’elle se dépose comme un givre à la surface de la peau. Enfin la sueur des diabétiques contient quelquefois du sucre.

§ 3. — Causes et mécanisme de la sueur dans les maladies

aiguës.

Dans les maladies aiguës, les troubles de la fonction sudorale constituentle plus souvent un symptôme au même titre que beaucoup d’autres troubles fonctionnels. Ce n’est généralement qu’un symptôme de peu d’importance; quelquefois cependant il mérite une plus sérieuse attention, comme dans la fièvre du rhumatisme articulaire aigu, quelques formes de la fièvre typhoïde, les fièvres septicémiques; enfin il peut arriver qu’il domine l’ensemble symptomatique, comme dans la suette et la pernicieuse diaphonique.

C'est aussi un fait d’observation «pie, clans le cours des maladies fébrilesou apyrétiques, les troublesfonctionnelsetleslésions qui frappent les principaux organes ont sur la fonction sudo raie une influence incontestable ; tels sont les perturbations plus ou moins profondes du système nerveux cérébro-spinal, celles surtout du sympathique, les troubles circulatoires, les grandes hémorrhagies, les altérations de la sécrétion rénale, les troubles respiratoires, la dénutrition rapide, et surtout l’élévation de la chaleur intérieure, la fièvre.

La sueur profuse accompagne souvent le délire, les convulsions et le coma qui paraissent dans les maladies aiguës à forme ataxo-adynamique. La douleur violente d’un nerf cérébro-spinal provoque également l’hypersécrétion sudorale; l'homme qui, sans le secours des anesthésiques, supporte les douleurs d’une opération chirurgicale de quelque durée, est pris d’une sueur tantôt froide et partielle, tantôt abondante et générale. L’activité des glandes sudoripares est alors bien certainement mise en jeu par un acte réflexe, et cette sudation est comparable à celle que provoque chez le chat

l’excitation du sciatique ou de tout autre nerf de la sensibilité générale.

Ce réflexe sécrétoire n’est pas moins évident dans beaucoup d’affections que caractérise une irritation plus ou moins violente du sympathique. Partie des diverses branches abdominales, cardiaques ou pulmonaires du grand sympathique, cette irritation met en activité les centres et les nerfs excitosudoraux et la sueur paraît. Cette sueur est toujours froide et coïncide avec la pâleur du tégument; elle est souvent partielle; elle peut être générale, mais avec des lieux d’élection : la face, le cou et les mains. Elle est un des traits principaux du réflexe sympathique, syndrome habituel dans la plupart des viscéralgies. « Chaque fois que le grand sympathique est touché, il en résulte un ensemble de symptômes constants et de la plus haute gravité : la petitesse du pouls, la pâleur du visage, dont les traits s’altèrent, le refroidissement des extrémités, la sueur froide , la prostration des forces, l’extinction de la voix, la sensation d’une fin prochaine (1). » Ce tableau est celui de l’angine de poitrine, des coliques hépatiques, néphrétiques, gastriques et intestinales violentes.

Dans l’angine de poitrine, la sueur partielle a quelquefois une autre signification. On sait que l’accès angineux s'annonce assez souvent par des troubles divers, sensitifs, moteurs, psychiques, sortes d’auras peut-être comparables aux auras de l'accès épileptique. Or, au nombre de ces auras, il faut admettre Y aura sudorale: c’est une sueur partielle, limitée au visage par exemple, due sans doute à l’excitation des nerfs sudoraux. et qui paraît quelques instants avant le début de la stcrnalgie (2).

Beaucoup d'autres excitations pathologiques du grand sympathique provoquent cette sueur partielle froide et visqueuse ; ainsi, l’étranglement de l’intestin et les péritonites générales, affections où l’excitation violente du sympathique n’est pas douteuse. Dès que l’étranglement herniaire s’est produit, il survient des vomissements, bientôtsuivis de dépres-

(1) Peter, Clinique médicale , t. I, p. 446.

(2) Renatit, Lyon médical, 24 janvier 1 S80 .

sion des forces, de la pâleur de la face, du refroidissement des extrémités et de sueurs froides qui couvrent le visage et les membres (Follin etDuplay). Mêmesphénomènes, mêmes sueurs froides et généralisées dans la gastrite phlcgmoneuse (Àuvray, Th., 1806).

Mais souvent, les perturbations de l’innervation du sympathique sont moins manifestes, et cependant l’acte réflexe n’est pas moins certain. Il est prouvé qiie beaucoup de sueurs partielles sont dues cà l’excitation, même non douloureuse, des terminaisons gastriques du sympathique : il y a des meurs gastriques. A l’état de sanie', l’arrivée des aliments dans l’estomac est suivie d’une certaine crispation des téguments et la transpiration habituelle diminue; puis, pendant la digestion, la peau est plus chaude et la sueur plus facilement provoquée.

À cet égard, la muqueuse stomacale présente parfois une singulière excitabilité. Très-souvent, l’ingestion de substances aromatiques est accompagnée d’une abondante transpiration. Un médecin ne pouvait prendre du vinaigre à ses repas sans que son visage fût inondé de sueurs. Spring raconte l’histoire d'un autre médecin, non moins curieuse: chez celui-ci. le fonctionnement régulier de l'estomac s’accompagnait invariablement de l’apparition de larges gouttes de liquide au front ; dès que, pendant un repas, cette sécrétion venait à diminuer, il devait cesser de manger, sous peine d'indigestion.

Plus souvent, au contraire, la sueur réflexe gastrique est due à un trouble fonctionnel de l'estomac, tel que la surcharge alimentaire, la nausée, l’indigestion, le vomissement, le catarrhe gastrique et surtout la dyspepsie. L’homme qui souffre d'une dyspepsie de quelque durée a le plus habituellement la peau sèche; mais au moment de ses souffrances gastriques, quelques heures après l’ingestion des aliments, le visage, le cou, la poitrine, le dos se couvrent de sueurs ; et si, la douleur croît encore, elle peut s’accompagner de sueurs froides, partielles, avec défaillance et syncope.

D'autres excitations viscérales pathologiques provoquenl aussi le réflexe su dorai ; telles sont quelques maladies do l’utérus, causes de sueurs utérines (Spring), • et peut-être certaines excitations de la plèvre. Un homme atteint de pieu-

résie purulente avait subi neuf ponctions de poitrine; un jour, on lui fail une injection d'iode, aussitôt il éprouve un sensation d'engourdissement et les deux membres du côté malade sont affaiblis ; la température n’est pas plus élevée, mais le malade dit que la transpiration est plus abondante et plus facile sur ces membres à moitié paralysés (1). Déjà nous avons vu que Botkin a signalé des sueurs partielles, thoraciques, et même des hémidroses, • de nature très-probablement réflexe, au moment de la défervescence de la pneumonie aigué.

Mais les causes les plus habituelles de l'hypersécrétion sudorale dans les maladies de poitrine sont la diminution de la perspiration pulmonaire et l’asphyxie. L'évaporation aqueuse sur le tégument et celle non moins active sur les membranes broncho-pulmonaires constituent les deux agents essentiels de la régulation thermique. Lorsque la chaleur intérieure ou extérieure s’élève, la sueur est plus abondante et la respiration plus fréquente; cette accélération du rhythme respiratoire, dyspnée thermique d’Ackerman (2), amène dans les réseaux de la petite circulation une masse de sang plus considérable qui vient se refroidir au contact de l’air moins chaud contenu dans les cavités du poumon. Or, lorsque l'un des deux régulateurs vient à faire plus ou moins complètement défaut, l’autre semble lui venir en aide par un surcroît d'activité. Dans bien des maladies des voies respiratoires qui, sans doute ne compromettent pas sérieusement la grande fonction de la respiration, la perspiration broncho-pulmonaire est cependant entravée; alors augmente la perspiration cutanée et la sueur paraît. Ainsi s’expliquent très-probablement un certain nombre de sueurs morbides partielles ou générales, observées dans le cours des bronchites aiguës, chroniques, et de beaucoup d’affections catarrhales (Spring).

Dans toutes les maladies asphyxiques, la régulation thermique par le poumon est encore bien plus profondément trou»

(1) Soc. médic. des hôpitaux, nov. 1875. Obs. de M. le professeur Lépine, de Lyon.

(2) Voyez Vulpian, Vaso-moteurs, t. II, p. 191.

blée, et de plus, l’absorption d’oxygène et l’élimination de l’acide carbonique sont plus ou moins suspendues ; dans de telles conditions, la chaleur centrale s élève d’un et meme deux degrés (Cl. Bernard, Brown-Séquard), et cette hyperthermie contribue à augmenter la sécrétion des glandes sudoripares. Le visage du malade en proie à l’asphyxie est cyanosé aux lèvres, aux pommettes, et baigné d’une sueur abondante. Ce faciès appartient à foutes les asphyxies, au croup, à l’œdème du poumon, aux emphysèmes étendus, aux bronchites suffocantes, aux agonies aiguës, à la période asphyxique du choléra. Tous les malheureux qui succombent à une pneumonie, un hydrothorax, une phthisie aiguë, sont inondés de sueurs pendant toute la durée de la gêne asphyxique de la respiration (Monneret). L’exemple du choléra est particulièrement remarquable ; malgré l’énorme déperdition du liquide par l’intestin, le flux sudoral ne fait pas défaut, quand vient la période asphyxique. Ce liquide répandu sur la peau est froid et visqueux, moins acide qu’à l’état normal (Robin), quelquefois tellement riche en urée qu’il dépose cette substance en grains dégivré sur le front; et, quand il devient très-abondant, toujours il est l'indice d’une terminaison funeste prochaine (Parrot, Burguières).

L’expérimentation et l’observation clinique prouvent que l'activité de la circulation périphérique, la rougeur de la peau sont loin de coïncider toujours avec l’hypersécrétion' sudorale; ainsi la peau sur laquelle se répand l’efflorescence scarlalineuse, reste tout à fait sèche; cependant les deux phénomènes sont souvent associés. Il est évident que si les vaisseaux des glomérules sudoripares sont pleins de sang, cet état sera particulièrement favorable à la sécrétion, au moment où les nerfs sudoraux seront excités. La face de beaucoup de fébricitants est à la fois turgescente et couverte de sueurs; les fluxions vasculaires du goitre exophthalmique s’accompagnent souvent aussi d’un ilux sudoral (Trousseau).

L’affaiblissement du cœur cl, des vaisseaux périphériques, l'asthénie circulatoire, provoque l’apparition d'une sueur froide et partielle à la face et aux extrémités. De grosses

gouttes de liquide visqueux sortent au front, à la poitrine et à la paume des mains pendant la syncope et à la suite de grandes hémorrhagies. Friedereieh signale, dans les formes graves de là dégénérescence du cœur, la tendance aux sueurs profuses avec abaissement de la température. C'est d’ailleurs un fait général; la sueur profuse ou partielle est un des signes habituels du collapsus.

Les altérations de la sécrétion rénale agissent très-manifestement sur l’appareil sudoripare. La sécrétion sudorale peut, dans une certaine mesure, suppléer à la sécrétion rénale. Leube (1), Kaup et Jurgensen, Deinenger ont récemment étudié l’influence réciproque de ces deux sécrétions. Les anciens, depuis Hippocrate et Celse jusqu’à Boërhave et van Swieten, avaient souvent parlé de métastases et de sueurs urineuses. Leube cite un certain nombre de faits où la peau servit de voie d’excrétion à quelques-uns des principes de l'urine; son mémoire est accompagné de. planches représentant les cristaux de sels urinaires trouvés dans la sueur: il conclut que les sécrétions cutanée et rénale sont dans un rapport de réciprocité complète. A J’ appui de ces conclusions, Deininger cite deux faits nouveaux; ses observations ont été faites sur des cholériques. Il faut rappeler qu'en France, Piorry et Forge t avaient déjà signalé l'élimination possible par les glandes de la peau des sels de l’urine.

Chez beaucoup de malades qui souffrent d’affections des voies urinaires, l’appareil sudoripare paraît être dans un tel état d’excitabilité, qu’il suffit souvent d’une cause minime pour provoquer une abondante diaphorôse. Mais, nous verrons en étudiant les sueurs des albuminuriques et des diabétiques, qu'il s’en faut de beaucoup que l’épithélium sudoripare ait une activité comparable à celle de l’épithélium rénal. L’odeur urineuse de la sueur dans la rétention et l'infiltration urineuse est attribuée soit à la décomposition en carbonate d'ammoniaque de l’urée que peut sécréter la peau, soit à l’élimination par cette voie des principes de l’urine que le sang résorbe au

(1) Arc hiv. fur klin. meçfic.. t, VII. p. 1.

niveau des foyers urineux. Celte résorption s'accompagne aussi d’accès fébriles à sueurs profuses; nous les étudierons avec les sueurs des fièvres septicémiques.

Dans les maladies aigues à dénutrition très-active, la sueur prol'use est fréquente. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, au moment où, la fièvre venant à tomber, le malade commence à maigrir, la peau est souvent baignée de sueur. Cette diaphorèse colliquative est bien plus intense encore dans les formes aiguës, fébriles de la phthisie ; le malheureux phthisique a la diarrhée, il sue abondamment; il semble que, suivant l’expression de Morton, toutes les voiesd’excrétion s’ouvrent à la fois pour rejeter les déchets de cette combustion excessive et rapide.

Mais de tous ces états morbides propres à provoquer ou exagérer la sécrétion sudorale, le plus efficace c’est l’élévalion de 1a. chaleur intérieure, la fièvre. Ce n’est pas que toutes les fièvres causent la sueur indifféremment et à toutes leurs périodes ; il y a, si l’on peut ainsi parler, des fièvres sèches et des fièvres sudorales. Dans cette famille des fièvres sudorales viennent prendre place un grand nombre d’états morbides de nature très-diverse : la suette, la malaria, certaines fièvres typhoïdes, les grippes, le rhumatisme articulaire aigu, les septicémies, la fièvre hectique, etc. Toutes ces maladies sont loin d’être comparables, même au point de vue unique de l’hypersécrétion sudorale; il est nécessaire d’y introduire quelques divisions ; divisions assurément trèsarbitraires et qui peuvent tout au plus prétendre à mettre en lumière les principaux caractères que présente la sueur morbide des maladies aiguës fébriles.

En premier lieu, nous étudierons le type le plus achevé des fièvres sudorales, la suette miliaire. Toutes les autres fièvres sudorales, au point de vue qui nous occupe, pourraient être distribuées entre trois groupes : le premier comprendrait les fièvres sudorales algides, comme la pernicieuse algide, où dominent les symptômes du collapsus; le deuxième groupe serait formé des lièvres à accès, dans lesquelles la sueur marque la fin du paroxysme : telles sont les formes habi-

luelles de la lièvre paludéenne, la plupart des septicémies et la fièvre hectique; enfin le troisième groupe serait constitué par les fièvres sudorales continues où la sueur paraît à une époque variable, et s’accompagne souvent d’un ensemble de modifications vers la peau et les grands appareils, modifications pour lesquelles M. le professeur Renaut, a proposé l'heureuse dénomination de syndrome sudoral.

§4. — De la suette miliaire.

11 ne rentre pas dans le cadre de ce travail de présenter une histoire complète de la suette miliaire; nous devons seulement étudier le phénomène de l’hypersécrétion sudorale dans une maladie où il présente la plus grande intensité qu’il puisse jamais atteindre. On a divisé la maladie en quatre périodes, comparables aux périodes d'une fièvre éruptive : prodromes, invasion, éruption, desquamation.

La sueur ne serait pas toujours le premier symptôme observé, elle serait précédée de prodromes dont la fréquence et la nature sont d'ailleurs variables suivant les épidémies ; M. Foucart (1) les croyait habituels; M. Mazuel (2), qui récemment a fait une remarquable étude d’une épidémie de suette, aurait au contraire constaté qu’ils font souvent défaut. Ces prodromes consistent en faiblesse, inappétence, frissons erratiques, et tendance déjà très-manifeste à la sudation.

Quoi qu’il en soit, Y invasion est le plus souvent rapide; le malade s’est souvent couché avec quelques malaises, il se réveille vers le milieu de la nuit (Foucart), frissonnant, avec de la fièvre et le corps inondé de sueurs. Dès le début, celte sudation est excessive; il faut, disent les médecins qui l'ont observée, l’avoir vue pour s’en faire une idée exacte. Le. liquide sans cesse sécrété pénètre la chemise, les draps el les matelas; quand le malade se découvre, un nuage de vapeur

(1) De la suette miliaire. Paris, 1856.

(2) Thèse de Paris. 1876.

s’élève de tout son corps. On ne croit plus aujourd’hui que cette sueur ait une odeur spéciale, celle de la paille pourrie : quand cette odeur existe, elle est due a la malpropreté. 11 ne semble pas que l’abondance des sueurs ait quelque valeur au point de vue du pronostic ; la sueur est quelquefois très-copieuse dans l’invasion des formes légères. À la diaphorôse, phénomène dominant de cette période, s ajoutent des douleurs à la tête, à l’épigastre, aux reins et de la fièvre.

M. Mazuel a fait une étude spéciale de la fièvre; sa thèse contient plusieurs tracés de température. Dans les cas légers, le pouls reste à 70 ou 75, et la température ne s’élève pas beaucoup au-dessus de 38° ; parfois même la fièvre peut manquer. Dans les formes graves, le pouls atteint 120 à 130 pulsations, et la température 39 à 40 degrés. Sur quelques tracés, cette ascension fébrile de la période d’invasion paraît progressive et n’est pas sans quelque analogie avec celle de la fièvre typhoïde. Il y a le plus souvent des troubles prononcés des voies digestives ; d’après M. Foucart, l’embarras gastrique serait constant et constituerait une indication thérapeutique très-importante. On sait que ce médecin a mis en honneur la médication vomitive dans le traitement de la suette. Beaucoup de malades ont le sommeil agité par des rêves et des cauchemars, à ce point qu’ils redoutent le repos de la nuit. L’épigastralgie, autre symptôme sur lequel insiste M. Foucart, la dyspnée intense dans les cas graves, véritable dyspnée toxhémique sans lésion pulmonaire, des bouffées de chaleur complètent le tableau de la période d’invasion.

La sueur se continue, excessive, profuse dans la période d'éruption, mais elle ne paraît pas l’unique cause de la poussée qui se fait vers la peau : il y a des éruptions abondantes avec des sueurs relativement modérées (Mazuel) . Du reste, le moment ou paraît la miliaire, et par conséquent la durée de l’invasion est très-variable. Précédée de picotements à la peau, l’éruption se répand sur la partie antérieure du tronc, le cou, puis, dans une seconde poussée, sur le reste du tronc, es membres et la face. C’est d’abord une papule très-petite à

base légèrement indurée et sur laquelle paraît rapidement une vésicule; une auréole congestive entoure à ce moment l’élément éruptif, c'est la miliaire rouge. De gros sudamina troubles sont disséminés au milieu de ces boutons, c’est la miliaire blanche. Cependant, la fièvre, les douleurs, l’état gastrique, la constipation, l’insomnie, L’agitation, quelquefois le délire et surtout la transpiration excessive persistent et souvent s’aggravent encore. Il est très-rare qu’il n’y ait qu’une seule poussée éruptive ; le plus souvent les poussées vers la peau, précédées d’une recrudescence des symptômes généraux, se succèdent en nombre variable et peuvent ainsi durer plusieurs jours. Cette marche rémittente et paroxystique est en effet un des traits les plus caractéristiques de la période d’éruption. Les rémissions peuvent être très-marquées, au point de simuler l’intermittence des fièvres paludéennes, d’où sans doute cette opinion, d’ailleurs erronée, que la suette n’est qu'une des formes de l’infection maremmatique ; mais souvent aussi les poussées sont subintrantes et la maladie suit une marche à peu près continue.

C’est à cette période que paraissent quelquefois des accidents redoutables, cause la plus habituelle de la mort dans la siiette. La sueur, qui jusque-là avait abondamment coulé, se supprime tout à coup; le malade revêt l’aspect .typhoïde; le pouls petit, dépressible, prend une fréquence insolite, 1 40 à ISO; la température monte à 41 et même 43°; le délire éclate bruyant, quelquefois joyeux ou avec une idée fixe prédominante; puis, après quelques heures de cette violente excitation, arrivent le coma et la mort. Ces accidents, dans quelques épidémies, se développaient avec une rapidité véritablement foudroyante; ils ont été attribués à un accès paludéen intercurrent, à une congestion intense du cerveau, ou même à une méningite : on doit plutôt les considérer comme une manifestation de l’intoxication par le poison miliaire (Mazuel).

Deux jours environ après la dernière poussée de miliaire, paraît la desquamation. Elle est à peine sensible dans le cas où l’éruption a été légère; quand elle est abondante, elle ressemble à celle, de la rougeole ou de la scarlatine. La sudation qui durait encore se tarit enfin; les douleurs, 1 oppres

sion disparaissent ; l’appétit renaît et la lièvre tombe; la chute de la température, d’après les tracés de M. Mazuel, paraît plutôt lente que rapide. Tous les auteurs ont insisté sur l'accablement, la prostration des forces qui persistent longtemps, et les accidents auxquels sont exposés les convalescents, les névralgies, les palpitations et les paralysies.

Voilà une malade bien digne de fixer notre attention. Une sudation excessive qui marque le début el se poursuit à travers toutes les périodes domine tous les autres symptômes. L’analogie de cette diaphorèse avec celle de certaines pernicieuses, la rémittence quelquefois très-marquée des accidents ont entraîné quelques médecins à considérer la suette comme une pernicieuse diapliorétique. Malgré l’autorité d’Hebra, il n’y a plus aujourd’hui à discuter l’autonomie de cette maladie. C’est véritablement une maladie infectieuse, d'origine tellurique probable, voisine s’il l’on veut, mais cependant distincte de la malaria.

On a cherché à rattacher au flux sudoral si caractéristique de la suette un certain nombre' des phénomènes observés, les miliaires et les troubles nerveux et respiratoires. Nous étudierons plus loin la pathogénie des éruptions sudorales. M. le professeur Jaccoud (1) a justement comparé la dyspnée, l’angoisse respiratoire, le délire et les convulsions de la suetle aux symptômes analogues du choléra. Dans l’une et l’autre maladie, un flux excessif par la peau ou par l’intestin produit la déshydratation du sang et ces symptômes en sont la conséquence; la suette serait donc une sorte de choléra cutané (Mazuel). Cette comparaison met mieux en évidence encore les désordres que peut entraîner vers les grands appareils cette spoliation excessive par la peau, modifications que nous retrouverons à des degrés très-âtténués dans quelques maladies sudorales, à fièvre continue. Comme les cholériques qui, épuisés par le flux intestinal prolongé, restent longtemps faibles et débiles, les malades épuisés par le 11 ux cutané de la suette recouvrent lentement leurs forces musculaires.

Quant à la cause de cette suractivité des glandes sudori-

(1) Path. interne, t. II, Suette.

pares, nous ne la connaissons pas ; mais on peut bien présumer que le poison de la suette frappe directement les nerfs et les centres nerveux de la sueur. La pathologie des maladies infectieuses nous offre bien d’autres exemples de cette action élective souvent si singulière qu’exercent les causes morbides.

Une autre fièvre sud braie, aujourd’hui disparue, le sudor anglicus, la suette anglaise, était aussi caractérisée par un flux sudoral d’une extrême intensité. Cinq épidémies de cette maladie (1485, 1507,1518, 1529, 1551) ont ravagé l’Angleterre. Elle paraît avoir offert plus d’une analogie avec la suette miliaire; cependant sa nature n’est point rigoureusement déterminée (1) ; beaucoup la considèrent comme une pernicieuse diaphonique d’une extrême gravité, capable de tuer en quelques heures (2).

§ 5. Des fièvres sudorales.

Le premier de ces groupes de fièvres sudorales, d’ailleurs absolument arbitraires, que nous avons proposés, comprend les lièvres sudorales algides. Ce n’est plus ici cette diaphorèse active, incessante, cette violente poussée à la peau si caractéristique de la suette miliaire.

Lorsque la fièvre intermittente prend le type pernicieux algide, en général les accidents graves paraissent à la fin du second ou au début du troisième stade de l’accès : la peau pâlit, la température périphérique s'abaisse; le pouls devient petit, insensible ; une sueur froide et visqueuse partielle ou générale se répand sur la peau. Cette sueur de mauvais augure se prolonge jusqu’à l’accès suivant; mais en général le premier accès est mortel. Ce qui domine, c’est l’affaiblissement du cœur, le collapsus; la sueur froide de la face el des extrémités n’en est pas le signe le moins caractéristique. Le

(1) Gintrac, Traité de pathologie.

(2) Kaposi, Leçons sur les maladies de la peau. Note des traducteurs, p. 188. Nous remercions M. Besnier qui a bien voulu nous communiquer les épreuves de cette traduction en cours de publication.

collapsus apparaît quelquefois inopinément à la lin d'un accès dont les trois stades se sont régulièrement accomplis; le malade encore couvert d’une sueur chaude, abondante, pâlit tout à coup; la sueur devient froide, visqueuse; la mort peut survenir en quelques heures. Aussi les anciens considéraient-ils cette pernicieuse comme la plus trompeuse ; il l’appelaient fraudulentior (1).

La pernicieuse diaphorétique est le type du genre ; mais d’une façon générale, on peut dire que des sueurs analogues quoique moins abondantes, froides, visqueuses, passives et toujours d’un pronostic grave, peuvent se montrer dans toutes les maladies où le collapsus est une complication possible, comme dans la fièvre typhoïde, la variole, la scarlatine, l’endocardite ulcéreuse, les périostites phlegmoneuses diffuses, les formes syncopales des pyrexies, certaines pneumonies séniles, justement nommées pneumonies algides (2). Le collapsus de la pneumonie sénile peut apparaître à toutes les périodes, quelquefois dès le début, et la maladie de poitrine revêtir les allures d’une attaque de choléra; mais plus souvent au moment de la défervescence : alors en quelques heures, la physionomie s’altère, les yeux sont excavés, les joues, le nez pâles et glacés, tes extrémités froides et cyanosées : le corps se couvre de sueurs froides. C’est dans ces cas que l’alcool, le rhum chaud peuvent faire disparaître les accidents.

Hippocrate savait la signification pronostique grave que comportent ces sueurs froides et partielles au cours des maladies aiguës, quand il disait : Dans la fièvre, une sueur froide qui paraît au front, c’est la morL. Nous savons de plus aujourd’hui qu’il s’agit alors d’un affaiblissement profond du muscle cardiaque.

Au deuxième groupe appartiennent ces fièvres à marche paroxystique où la sueur, abondante et plus ou moins prolongée, marque la fin d'un accès fébrile. La fièvre intermittente vulgaire en est l’espèce caractéristique; à côté se pla-

ît) Torti. Thérap. spéc . , lib. 3. cap. 1.

(2) Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards.

cent les fièvres septicémiques fies blessés et des accouchées, les pyohémies, les fièvres hectiques qui, elles aussi, peuvent bien être appelées des fièvres de résorption : tous étals morbides dont la marche est paroxystique et chaque accès terminé par une diaphorèse souvent considérable.

Il est sans doute inutile de reproduire ici la description de Taccès paludéen. Le stade de sueur est le plus long des trois; il se prolonge quelquefois pendant une demi-journée. Une diaphorèse chaude et copieuse est en général de bon augure et présage une apyrexic franche ; en effet, dans les formes compliquées, inflammatoires ou bilieuses, le stade de sueur est souvent comme avorté. Dans les cas, au contraire, où la solution de l’accès est complète, une sudation abondante peut abaisser la température au-dessous du degré normal pendant plusieurs heures. Il y a des formes irrégulières dont les paroxysmes s’ouvrent par le stade de sueur: c’est ce que les anciens appelaient l’inversion des stades. L'accès peut être très-incomplet : le malade éprouve une légère sensation de frissonnement aussitôt suivi d’une sueur plus ou moins durable.

Enfin, même dans les formes franchement paroxystiques, peuvent s’intercaler des poussées sudorales non fébriles: l’accès paraît le matin, le soir il est terminé: mais, pendant la nuit, le malade est pris de sueurs profuses. Ces flux cutanés surajoutés annoncent souvent l'apparition prochaine de la cachexie paludéenne : dans un cas, où ils avaient résisté au sulfate de quinine, ils furent enfin supprimés par l’atropine. (1)

La composition chimique du liquide sécrété pendant l’accès est peu connue; il serait riche en acides et en sels (Griesenger). M. Tourton a trouvé que l'acidité à peu près normale au début diminue vers la fin de la diaphorèse.

Dans les fièvres septicémiques, les anciens considéraient les sueurs profuses comme une voie d'élimination pour les principes délétères dont le sang s'est imprégné à son passage

(1) Thèse de Roy et, 1877.

à travers les foyers putrides et purulents. Ces sueurs trèscopieuses apparaissent à la tin d’un accès fébrile intense; parfois elles exilaient, une odeur fétide; Bonnet y a constaté l'hydrosulfile d’ammoniaque. D’ailleurs, si dans les formes fatalement funestes de la pyohémie et des septicémies, ce rôle utile de l’hypersécrétion sudorale reste obscur, quelquefois il a paru assez évident; dans les formes moins sévères de la septicémie, des sueurs profuses sont souvent suivies d'une amélioration notable. C’est l’opinion de plus d’un chirurgien : « Dans l'infection putride chronique, l’amputation jugée nécessaire peut être suivie de succès ; c’est dans ces conditions que nous avons souvent vu les opérés être pris d’un accès de fièvre, suivi de sueurs profuses, qui semblaient constituer une crise salutaire, et servir de moyen à f économie pour se débarrasser des principes toxiques dont elle est infectée. » (I)

Beaucoup de ces états septicémiques s’accompagnent d’éruptions diverses, roséole, érythème, urticaire, etc. ; mais ce ne sont pas à proprement parler des éruptions sudorales.

Assurément, il n’est pas possible d’étudier, même au point de vue restreint du symptôme sueur, toutes les formes de la septicémie; ces formes sont innombrables. Le foyer de résoption peut être partout : plaie chirurgicale, puerpérale, abcès profonds, superficiels, lésions spontanées, inflammatoires ou gangréneuses du rein, du foie, du poumon. Ce que l’on peut dire de plus général, c’est que la diaphorèse est, dans toutes ces fièvres, d’autant plus copieuse que le paroxysme est mieux accentué, et que le type fébrile se rapproche davantage du type paludéen; en d’autres termes, fa sueur profuse paraît rompre la continuité de la fièvre et lui donner le caractère rémittent ou môme intermittent. Ainsi, dans la pyohémie qui procède souvent par accès dont tous les stades sont nettement indiqués et d’une grande intensité, la diaphorèse peut être excessive ; au contraire, certaines septicémies, remarquables par la continuité du mouvement

(1) Legouest. Chirurgie d'armée, p. 637.

fébrile, restent des lièvres sèches pendant presque toute leur évolution ; à peine, de temps en temps, quelques poussées vers la peau partielles et passagères (1). Entre ces deux cas extrêmes, se placent beaucoup d’intermédiaires. Ces variétés d’ailleurs existent surtout dans les septicémies; car le caractère essentiel de la pyohémie est précisément sa marche paroxystique.

Dans les formes subaigués, chroniques, de ces lièvres de résorption, il arrive un moment où la diaphorèse ne parait plus relever de la lièvre, mais bien plutôt de la cachexie, du marasme; c’est la sueur colliquative des dénutritions rapides, sueur profuse qui survient la nuit, pendant le sommeil, et n’a pas, comme aux périodes de la réaction initiale, le caractère d’une sudation fébrile. Bien différente encore de la sueur fébrile, la sueur de ces périodes ultimes n'a plus aucune influence favorable; elle contribue beaucoup au contraire à l’épuisement du malade.

Certaines de ces fièvres de résorption de trcs-courle durée, peuvent ne compter qu’un seul paroxysme. La colique hépatique s’accompagne quelquefois d’un accès fébrile violent au point de simuler un accès pernicieux (2), accès trèscomparable à l'accès de fièvre uréthrale que développe le cathétérisme ; dans l’un et l’autre cas, en effet, il semble que la déchirure même superficielle des muqueuses ait ouvert une porte à quelque poison .septique.

Parmi les fièvres à paroxysmes multiples, les plus intéressantes, à notre point de vue, sont les lièvres urineuses. M. le professeur Guyon vient d’en faire une étude remarquable dans des Leçons encore inédites et qu’il a bien voulu nous communiquer. L’auteur distingue deux formes de la lièvre urineuse, et cetle distinction est fondée précisément sur les caractères du stade sudoral.

Dans la première forme, le deuxième stade est très-court, il semble n’exister que pour préparer la sueur. En effet, bientôt la peau devient moite, humide; dès ce moment, le

(1) Blura., Th., Strasbourg, 1870.

(2) Charcot, Leçons sur les maladies du fuie.

calme renaît, c’est une sorte de détente générale. Cependant la sueur s’accroît et s’étend à toutes les parties du corps ; elle ruisselle de toutes parts et pénètre les draps et les matelas. Ces sueurs profuses font partie intégrante, nécessaire de l’accès urineux franc; elles laissent un abattement quelquefois prononcé, mais elles ont l’avantage défaire cesser l’angoisse des premiers instants. L’abondance delà sueur doit être en rapport avec l’intensité du frisson ; cette abondance est d’un pronostic favorable ; aussi faut-il chercher cà provoquer ou augmenter la sueur dans les fièvres urineuses.

Dans la deuxième forme, la fièvre est encore paroxystique, mais les accès en sont plus fréquents; le frisson, intense, prolongé, reste le phénomène principal de tout l’accès; ou bien l’état fébrile est continu et présente des exacerbations plus ou moins nombreuses. Le stade sudoral est ici bien différent de ce qu'il était dans la première forme; la sueur paraît à peine et reste souvent partielle ; la chaleur persiste longtemps, aussi ardente qu’au début le frisson avait été intense et prolongé.

Yoilà deux types fébriles, qui, par leur contraste, montrent bien le rôle utile de la sudation dans les paroxysmes des fièvres septicémiques. Dans l’un, tous les accidents si pénibles du début disparaissent quand arrive la sueur; malgré l’abattement qui suit inévitablement un flux sudoral abondant, le sentiment de bien-être est d’autant plus prononcé que la sueur est plus copieuse; dans l’autre, au contraire, la fièvre et l'angoisse persistent, parce que la sueur ne vient pas. Lu sorte qu’on peut bien dire : la diaphorèse ne juge pas la maladie elle-même, mais elle en juge les paroxysmes.

§(j. — Fièvres sudorales. — Syndrome sudoral.

Le troisième groupe des lièvres sudorales comprend beaucoup d’états fébriles continus : les fièvres typhoïdes sudorales, le rhumatisme articulaire aigu, certaines formes de la grippe, quelques maladies inflammatoires, etc. Quand paraît la diaphorèse, la plupart de ces maladies, bien différentes sans doute par leurs causes et leur évolution, revêtent cependant une physionomie commune.

La peau est chaude, quelquefios turgescente à la l'ace, mais souvent pâle comme dans le rhumatisme; le pouls plus large, la respiration un peu précipitée mais facile; l'urine est plus rare, haute en couleurs; la soif vive, incessante, tourmente le malade et chaque ingestion le liquide semble augmenter la poussée sudorale; cependant la langue ne se dessèche pas, elle reste blanche, humide; souvent il y a dès ce moment une tendance marquée à la constipation; la fièvre persiste quelquefois à un haut degré, mais la diaphorèse abondante paraît en rompre la continuité ; les rémissions sont plus accusées. L’animation du regard, la dilatation fréquente des narines, la sueur qui perle en grosses gouttes sur les joues, le nez et le bas du visage, qui ruisselle du front et colle les cheveux aux tempes, achèvent de caractériser le faciès de ces fièvres sudorales. Le malade est littéralement dans un bain; toutes les pièces de la litterie sont imprégnées de liquide.

La sueur, abondante et continue, est bien le trait dominant de ce tableau; mais, on le voit, la diaphorèse s’accompagne d’un ensemble de modifications des grandes fonctions, qu’il faut mieux connaître : c’est cet ensemble symptomatique que M. Renaut a proposé de nommer syndrome sudoral. A cet ensemble symptomatique convient en effet le nom de syndrome; ces sueurs abondantes et prolongées modifiant la fièvre, le pouls, les urines, impriment une physionomie spéciale à ces maladies fébriles; bien différentes de beaucoup d’autres sueurs précédemment étudiées, qui restent partielles, passagères, et n’ont dans les maladies aiguës d’autre valeur que celle d'un épiphénomène.

Il n’est pas facile de présenter une étude complète du syndrome sudoral. Cette étude n’existe pas dans les ouvrages classiques. Les anciens, partout et toujours préoccupés de l’idée symptomatique et pronostique, ne peuvent offrir que quelques données disséminées dans leurs écrits. Cependant, si cette étude ne peut être complète, l’observation attentive d’un état fébrile vraiment sudoral, et qui n'est pas rare, le rhumatisme articulaire aigu, peut en donner une idée.

On sait que dans le .rhumatisme articulaire aigu, la fièvre

s'allume au début de la maladie, sans présenter d'abord le caractère sudoral; pendant deux, trois jours et même davantage ,1a peau est seulement chaude, halitueuse. Les jointures commencent à devenir douloureuses, et se couvrent d’une légère teinte rosée. Le pouls est plein, vite, quelquefois dicrote, mais l’amplitude n’en est pas exagérée. Le taux de l’urine n’a point encore baissé, elle est rendue en quantité à peu près normale. Cette période fébrile répond à ce que les anciens ont improprement nommé la fièvre rhumatismale; mais bientôt la scène change, les fluxions articulaires se prononcent enfin ; la sueur et les phénomènes qui l’accompagnent se manifestent et dans quelques cas deviennent rapidement prédominants.

Dès lors, chaque jour le malade est baigné d’une sueur générale qui diminue le soir, au moment de l’exaspération fébrile, et reparaît plus abondante vers le matin ; le rhumatisant au réveil est couvert d’une sueur profuse.

Le liquide sans cesse sécrété tache le linge, lui donne .une certaine fermeté ; il paraît contenir une petite quantité de matières grasses. D’après beaucoup d’auteurs, ce liquide serait aussi fortement acide; il le serait même plus au niveau des jointures douloureuses (Williams). Cette acidité exagérée a été attribuée à l'acide acétique et surtout à l’acide lactique. Richardson a produit chez des chiens des fluxions articulaires et des endocardites en injectant de l’acide lactique dans le sang. Y aurait-il un excès d’acide lactique dans le sang des rhumatisants (Prout, Williams, Todd, Fuller), et la sueur en serait-elle la voie d’élimination? Mais il est démontré que les lésions valvulaires sont chez le chien d’une extrême fréquence, et qu'un grand nombre d empoisonnements ont des manifestations articulaires (I). M. Besnier attribue l'acidité de ces sueurs copieuses du rhumatisme à la décomposition du liquide sécrété et retenu au contact de l’épiderme macéré. D’ailleurs, si, au début de la poussée sudorale, le liquide est; acide, il devient plus tard neutre, exceptionnellement alcalin (2).

D) Charcot, Leçons sur les maladies des vieillards , p. 175. (2) Besnier, Art. Rhumatisme, Dict, Encydop,

C’est au milieu de ces sueurs proluses, que paraissent suite cou, le thorax et l’abdomen, les sudamina et les miliaires.

Ce flux cutané excessif produit une prostration des forces manifeste ; il contribue sans doute au développement rapide de l’anémie rhumatismale. En effet, sous ces gouttes de sueur qui coulent de toutes parts, la peau bientôt prend une teinte pâle, anémique, malgré la fièvre. La durée de cette poussée sudorale est variable dans le rhumatisme polyarticulaire aigu; elle peut durer jusqu’à deux et trois septénaires.

Pendant la sueur, la circulation générale, et par conséquent le pouls qui en reflète les caractères, sont notablement modifiés. Bordcu (1) a consacré un grand nombre de pages à décrire le pouls de la sueur. Ce pouls, dit-il, est plein, souple, développé, fort, etc., il peut combiner ses caractères à ceux du pouls des diverses maladies. Quelques observations pleines de justesse se mêlent dans ces pages à beaucoup de discussions stériles . La vérité est que chez un homme qui sue abondamment, le pouls est large et mou, souvent dicrote comme dans le dernier stade de l’accès paludéen. La tension artérielle s’abaisse, comme après la saignée; et, en effet, les capillaires exsudent leur sérum par tous les pores de la peau.

Du reste, cette amplitude exagérée du pouls de la sueur, est dans quelques cas particulièrement remarquable. L’article Insuffisance aortique de MM. Potain 'et Rendu (2) contient un tracé du pouls radial dans cette lésion valvulaire, recueilli par mon maître, M. Renaut, dans le service du professeur Hardy ; or, ce tracé, véritable tracé géant de l’insuffisance, dont la ligne d’ascension s’élève à 33 millimètres, a été pris pendant la période diaphonique d’un rhumatisme articulaire aigu. Cette période sudorale terminée, l’amplitude exagérée de ce pouls disparut; elle se réduisit à 10 ou 12 millimètres. Un peut donc conclure que la diaphorèse soutenue modifie la circulation générale et abaisse la tension artérielle, comme le fait toute déperdition séreuse considérable.

(1) Trait'1 2 du pouls de Bordeu, cil. xvi.

(2) Dict. üiicyclopéd.. article Ce-: ru.

La sécrétion rénale subit aussi l'influence de la diaphorèse. Lister disait (1) que dans les sueurs fébriles, l’urine est rare, âcre, sédimenteuse, parce que la majeure partie de l’eau passe dans les sueurs; il en concluait que la sueur remplace l’urine : Sudor tennis urina est. En effet, le rhumatisant, en pleine période sudorale, n’urine pas plus de 400 à 500 grammes d’un liquide dont la couleur est foncée, l’odeur âcre, concentrée, et -qui dépose rapidement parle refroidissement les sels qu’il contient. A cette urine qu’on ajoute, comme le faisait souvent le professeur Lorain, de l’eau tiède, jusqu’à ce que la densité descende au chiffre normal 1018 à 1020, elle reprendra le caractère d’une urine normale, elle perdra sa fétidité; ce qui lui manque, c’est donc seulement de l’eau; cette eau a pris la voie de la peau au lieu de passer parle rein; mais tous les autres éléments, sels, pigments, albumine, s’il en existe, persistent et ne sont pas modifiés. En d’autres termes, la diaphorèse n’agit sur l’urine que par la soustraction d’une quantité d’eau plus ou moins considérable.

M. A. Robin (2) a fait sur ce rapport de l’urine et de la sueur de nombreuses observations dans la fièvre typhoïde. Lorsque les formes légères ou moyennes de la typhoïde prennent le type sudoral, la quantité d’urine est très-diminuée dans les premières périodes ; elle reste encore, dans les dernières périodes, très-inférieure au chiffre qu’elle atteint habituellement lorsque l’hypersécrétion sudorale a fait défaut; la densité est d’un bout à l’autre de la maladie plus élevée ; enfin, et c’est là un fait nouveau, en apparence paradoxal, la quantité absolue des matériaux solides est dans l’urine des formes sudorales, au début comme au déclin, plus considérable que dans l’urine des formes sèches. Ce résultat inattendu peut s’expliquer; et M. A. Robin propose une interprétation trèsacceptable. La plupart de ces formes sudorales ont présenté au début des phénomènes typhoïdes assez prononcés et souvent une température élevée; les déchets abondants d’une

(1) Lister. Do liumoribus . p. 376, cité par Haller ; Prælcr Acad

t. III. p. 570.

(2) Essai d' urologie clinique, tli, Paris. 1877.

combustion très-active trouvaient dans le rein une voie suffisante à peine; accumulés dans le sang, ils eussent pu produire des accidents graves, la voie de la peau s’est ouverte, l’élimination est devenue plus complète, et de la sorte, ont été prévenus les accidents dus à la dépuration imparfaite du sang. Dans les formes sudorales graves, malgré l'hypersécrétion cutanée, le chiffre des principes fixes de l’uhine est encore plus élevé que dans les formes précédentes, sudorales bénignes ou moyennes, fait qui semble fournir un nouvel appui à l’interprétation proposée.

La diaphorèfee a-t-elle une action marquée sur la chaleur fébrile? A l’état physiologique, l’appareil sudoripare joue un rôle important dans le phénomène de la régulation thermique; lorsque la température extérieure s’élève, la perspiration cutanée devient plus active et la peau se couvre de sueurs. Dans la fièvre, l’effort sudoral est très-probablement provoqué par l’impression qu’exerce sur le système nerveux l’élévation de la chaleur intérieure. La sueur des états fébriles contribue sans doute à abaisser la fièvre; cet abaissement peut être évalué à un demi-degré, un degré lorsque la sueur est soutenue et profuse. Aussi la fièvre des maladies sudorales est-elle généralement rémittente, et la rémission est matinale; la température s’élève ensuite de nouveau, et le fastigium vespéral coïncide avec le minimum des sueurs. Cette allure particulière de la fièvre sudorale n’est pas propre au rhumatisme articulaire aigu; elle existe également dans certaines grippes, quelques septicémies, la phthisie galopante, les formes bronchitiques de la phthisie aiguë, etc. On peut donc dire que la diaphorèse soutenue peut rompre la continuité de la fièvre, et contribuer à lui donner le caractère rémittent.

La sudation provoquée par le jaborandi chez les fébricitants produit également un certain abaissement de la température. M. A Robin (1) conclut de ses observations que ce

(1) Études physiologiques et thérapeutiques sur le jaborandi . Paris.

médicament provoque une élévation de la fièvre, vers le début de son action, une diminution progressive à partir de l’établissement de la sudation, puis un abaissement au-dessous de la température initiale. Si le jaborandi est administré à la période d’augment de l'état fébrile, rabaissement est transitoire, la température remonte après vingt-quatre ou trente-six heures; mais, si l’époque de la défervescence est proche, cette chute de la fièvre provoquée par le jaborandi peut être définitive. La moyenne de la chute thermique ainsi obtenue serait de 0°,4, à 0°,5, et rarement un degré.

Les conclusions de M. A. Robin sont généralement acceptées (S. Ringer, Gould, Riegel et Bardenhewerj ; mais il y a des dissidents. D’après Lorisch, le jaborandi ne produit aucun effet sur la température ; Green ÇPhilad. medic. Times, 1873) aurait constaté une élévation; Weber admet l’élévation, niais considère comme tout aussi fréquent le maintien de la température à son degré initial pendant faction du jaborandi. Enfin M. Pitois(l), dans un travail récent, arrive aux mêmes résultats queM. A. Robin.

Cependant l’influence de la diaphorèse n’est pas toujours de tout point favorable. La diminution de la fièvre n’est pas un avantage proportionné à la perte des forces, à la prostration qu’entraîne à sa suite un flux sudoral intense. D’ailleurs, lorsque le mouvement fébrile est très-accentué, la rémission südorale est à peine appréciable. Il y a des fièvres typhoïdes sudorales où la température reste, malgré la sueur profuse, toujours très-élevée; et, dans le rhumatisme articulaire aigu lui-même, des sueurs excessives avec miliaires accompagnent parfois de très-hautes températures et doivent faire craindre l’apparition des complications cérébrales, du rhumatisme cérébral hyperthermique. Une sueur profuse n’abaisse la température que de quelques dixièmes de degré, un degré au plus : c’est donc un obstacle minime à la marche ascendante de beaucoup de fièvres intenses. Ce qui prouve bien d’ailleurs que la sueur fébrile, dans plus d’un cas, doit être plutôt considérée, comme un trouble fonctionnel, manifes-

(1) Thèse de Paris, 1879. Jaborandi et Policarpine,

talion de In maladie, au môme Litre que beaucoup d'autres symptômes; ce qui réduit à de minimes proportions le rôle providentiel qu’on peut lui attribuer, c’est que, même dans le rhumatisme articulaire aigu, la sueur peut être supprimée, sans que de celte suppression résulte aucune élévation de la température. Dans un fait de Fraentzel (1), un rhumatisant présente le soir, avant l’administration de l’atropine, une température de 38°, 5 ; le pouls est à 90; la respiration à 24; on donne i milligramme d’atropine à 8 heures; à 9 heures, la sueur diminue, à 10 heures elle disparaît complètement; le lendemain matin, la sueur reste supprimée et l’on trouve T. 38, 2, P. 88, R. 24.

Ces discussions ne sont pas sans intérêt pratique, Si la sueur abondante du rhumatisme a pour but salutaire d’abaisser la température ou de prévenir le développement des complications, comme le croient encore beaucoup de médecins, il faut assurément la respecter; mais, si cette activité exagérée des glandes sudoriparcs n’est qu’un symptôme de la maladie, quand bien même elle peut abaisser la température de quelques dixièmes de degré, puisque certainement cette déperdition de liquide affaiblit le malade, il peut parfois être indiqué de chercher à la supprimer. C’est là d’ailleurs la conclusion de M. Vulpian : ce Dans l’état actuel de nos connaissances, on ne saurait admettre que P exagération de la sueur obtenue chez les rhumatisants à l’aide des moyens thérapeutiques ait une action utile. On a vu au contraire la suppression de la sueur produire de bons effets. J’ai observé plusieurs cas dans lesquels l’arrêt de la sueur au moyen de l’atropine a soulagé considérablement le patient, sans produire la moindre aggravation des phénomènes de la maladie et sans en prolonger la durée. » (2)

Le flux sudoral s’accompagne d’une sorte de nivellement des températures centrale et périphérique. Récemment Niesse (3) a fait sur ce point quelques expériences nouvelles. L'auteur a

(1) In Thèse de Dautricourt. Paris, 1873.

(2) Leçons sur le jaborandi. Progrès médical. I,r mai 1875. (31 üissert. inaug. Berlin. 1877.

comparé la température du pied, prise entre deux orteils, ;i celle de l’aisselle, dans un certain nombre de poussées sudorales, les unes spontanées, les autres provoquées par les bains ou le jaborandi. Les expériences faites avec le jaborandi sont plus acceptables; dans un cas, la température des orteils s’est beaucoup rapproché de celle du creux axillaire. Cependant, dans ces observations, deux éléments entrent en jeu, dont il est difficile d’apprécier l’influence respective : l’hypersécrétion sudorale et les modifications de la circulation périphérique.

Dans les états fébriles à sueurs profuses, où la déperdition aqueuse est incessante, les forces tombent comme à la suite des flux intestinaux prolongés ou des saignées copieuses. La faiblesse est parfois extrême, et la teinte anémique des téguments s’accentue promptement. La cause principale de l’anémie rapide des rhumatisants affectés de sueurs profuses réside dans cette spoliation séreuse soutenue. Nous avons vu que dans la maladie sudorale par excellence, la suette, l’énorme déperdition du liquide par la peau entraîne des troubles analogues et beaucoup plus accusés : l’anxiété précordiale, la dyspnée, l’extrême faiblesse musculaire qni persiste longtemps après la guérison de la maladie.

Les manifestations cutanées ne sont pas les moins caractéristiques parmi les phénomènes du syndrome sudoral. C’est là la question des éruptions sudorales. De ces éruptions, les unes, les sudamina et les miliaires, appartiennent bien véritablement au flux sudoral; les autres, au contraire, s’y rapportent moins directement ; tels sont beaucoup d’exanthèmes d’apparence très-diverse, que l’on observe particulièrement chez les trèsjeunes enfants pendant les grandes chaleurs de l’été.

Les sudamina et les miliaires ne paraissent pas seulement pendant les flux sudoraux de la fièvre. Dans les pays chauds, la sudation, due à la chaleur extérieure, suffit à les produire. D’autre part, des fièvres avec sueurs abondantes n’en présentent pas, telle est la fièvre hectique des tuberculeux. Quelquefois, la vésicule ne va pas au-delà du sudamen, comme dans la fièvre typhoïde: une éruption de sudamina très-fins sur le

ventre, souvent plus appréciables au toucher qu’à la vue, se montre fréquemment dans la première période de celte maladie. Les miliaires se rencontrent avec une fréquence et une valeur clinique variables dans la scarlatine, le rhumatisme articulaire aigu, les formes diverses de la septicémie puerpérale, dans le cours de quelques maladies inflammatoires, l'hépatite, la méningite, etc.

Les sudamina sont des vésicules transparentes, minuscules; les miliaires, des vésicules plus grosses de coloration diverse, blanches comme le lait, jaunes comme une pustule de variole, quelquefois teintées de rouge (1). L'érythème accompagne surtout la miliaire jaune, et d’autant plus prononcé, qu'elle est plus confluente. Toutes ces éruptions ont des lieux de prédilection : le cou, la poitrine, l’abdomen, les plis de flexion, les aines, les aisselles, en général les régions où la peau est plus délicate et la sécrétion sudorale plus active ; toutes peuvent être observées en même temps chez le même malade ; bien des rhumatisants ont à la fois des sudamina etdesmiliai res. La réaction du liquide des vésicules transparentes est contestée ; alcaline pour quelques-uns (Monneret, Kaposi), acide pour la plupart (Lailler, Renaut) ; tantôt alcaline et tantôt acid ; (Besnier). Du reste, la détermination de cette réaction, au point de vue de la pathogénie de la vésicule, perd de sa valeur, puisque nous ne sommes pas fixés sur la réaction de la sueur normale.

L’étude histologique de ces lésions prouve qu’elles dérivent les unes des autres ; cette question a été résolue par le professeur Renaut (2). Le phénomène initial est l'effraction des couches épidermiques, au niveau de la zone granuleuse, par le départ brusque du flux sudoral. L'épiderme disjoint se soulève en une pldyclénulc remplie de sueur, c'est le sudamen. Les cellules migratrices pénètrent cette vésicule, s'v accumulent même en grand nombre ; cependant le liquide reste

(1) Besnier, Dict. encycl., art. Miliaire, p. 669.

(2) Voyez : Dict. encyclop ., art. Dermatoses, et Kaposi, Leçons sur les maladie de la peau, traduction de MM. Besnier et Doyen, Note de M. Renaut, p. 190.

transparent, car toutes ces cellules vivantes ont un très-faible indice de réfraction et par conséquent ne peuvent troubler la transparence du liquide. Dans un tel milieu, bientôt ces cellules meurent ; des granulations graisseuses paraissent dans leur protoplasma ; l'indice de réfraction est alors fort di lièrent de celui du milieu liquide : de transparente qu’elle était, la vésicule devient blanche; elle prend l'aspect d une émulsion; c’est la miliaire blanche. A un degré plus avancé, les cellules dont la dégénérescence graisseuse se poursuit se transforment en globules de pus, et les miliaires blanches en miliaires jaunes. 11 existe alors un petit abcès intra-épidermique, qui, comme la pustule variolique, s’entoure d’une auréole érythémateuse plus ou moins étendue.

Ainsi, pour M. Renaut, la cause première de ces éruptions vésiculeuses qui commencent au sudamen et finissent à la miliaire jaune, ce n’est pas tant l’abondance que la brusquerie de la sécrétion sudorale. En effet, on voit souvent des malades affligés de sueurs profuses et qui n’ont pas de sudamina ni de miliaires, comme les phthisiques ; d’autre part, la confluence de ces éruptions n’est pas toujours en rapport avec l’abondance de la diaphorèse. Je dois ajouter cependant que MM. Besnier et Doyon (1), dont on connaît l'autorité en pareille matière, n’acceptent pas complètement cette interprétation ; parmi les conditions diverses au milieu desquelles paraissent les sudamina et les miliaires, ils accordent une influence pathogénique prépondérante à l’hyperthernhe continue et prolongée, avec toutes les modifications qu’elle entraîne dans la constitution anatomique de la peau, modifications sans doute très-propres à favoriser l’effraction sudorale.

Le deuxième groupe des éruptions sudorales est constitué par ces exanthèmes d’aspect si divers que l’on observe pendant les chaleurs de l’été sur les très-jeunes enfants : exanthèmes scarlatiniformes, rubéoliformes, etc. Il est clair que la pathogénie de ces éruptions n’est aucunement comparable à celle des sudamina et des miliaires. Il est bien probable en

(1) Kaposi, Note des traducteurs, p. 192 et Bict . encyclop., art. Miliaire, par M. Besnier.

effet que, dans ce cas, sueurs abondantes, érythèmes, vésicules, pustules sont au même titre l’effet des modifications qu’imprime au tégument si délicat des jeunes enfants une chaleur excessive aidée souvent de l’insuffisance des soins hygiéniques. La plupart des médecins qui ont écrit sur les maladies des enfants, en ont incidemment parlé, surtout pour montrer combien, pendant les épidémies de fièvres éruptives, ce diagnostic, en apparence si simple, peut présenter de difficultés. A ces remarques M. le professeur P'erroud, de Lyon, ajoute que les vésicules et les pustules ainsi développées deviennent, à l’hôpital, assez souvent le point de départ d’ulcérations diphthéroïdes ( Comm . orale).

Duclos (1) a écrit un long mémoire sur ces éruptions sudorales des enfants ; il en décrit quatre espèces : exanthématiques, comprenant des érythèmes rubéoliformes et scarlatiniformes ; vésiculeuses : herpès, eczémas impétiginoïdes et lichénoïdes; pustuleuses : acnés, impétigos, ecthymas: p» apuleuses : prurigos, lichens. Ces poussées vers la peau sonl accompagnées quelquefois d’une fièvre légère ; elles paraissent et disparaissent très-rapidement, sans présenter cetle marche cyclique des vrais exanthèmes : enfin on les voit se combiner ou se succéder très-diversement chez le même sujet. Peut-être Duclos a-t-il exagéré le nombre de ces éruptions sudorales ; celles que l’on rencontre le plus souvent sont des miliaires, des vésicules rappelant la varicelle et des exanthèmes à forme de rougeole ou de scarlatine. Quant à l’interprétation proposée, elle paraît aussi contestable : l'auteur attribue toutes ces lésions cutanées à des modifications quantitatives et qualitatives de la sueur.

L’histoire de la suette nous a montré le syndrome sudoral à son plus haut degré ; les fièvres sudorales continues, comme le rhumatisme articulaire aigu, en ont présenté le type moyen; il y a en outre des formes encore plus atténuées: beaucoup de maladies ont une période diaphonique transi-

(1) Journal (h\ mrdreinc de Trousseau , 1 840. p. 257.

lüü —

loire, de peu de durée, comme certaines grippes, et la plupart des affections catarrhales. Dans ces lièvres, en effet, des sueurs profuses, acides et quelquefois fétides, paraissent d ordinaire vers la lin, tandis qu’au début la peau reste sèche et ardente (Spring).

Toutes les maladies du groupe typhoïde, le typhus exanthématique, la fièvre récurrente, la fièvre typhoïde, la typhoïde bilieuse, la peste, ont une tendance générale, variable suivant les espèces, aux manifestations cutanées; souvent le flux sudoral n’y fait pas défaut. Mais ce n’est pas un symptôme nécessaire, il peut aussi manquer et paraître à des époques diverses.

Toutes ces maladies ont aussi une tendance advnamique des plus prononcées et les sueurs profuses n’y sont point rares pendant la convalescence. Dans les formes abortives, celles du typhus par exemple, la défervescence des symptômes fébriles, aussi rapide que leur invasion, coïncide souvent avec une sudation abondante et des éruptions d’herpès au visage. Même dans les formes plus sévères, l'abaissement de la température, qui survient du treizième au dix-septième jour, s’accompagne fréquemment de sueurs plus ou moins abondantes (Griesenger).

On ne connaît guère les caractères physiques et chimiques de la sueur de ces maladies typhoïdes. M. Tourton lui a trouvé une acidité prononcée dans deux cas de fièvre typhoïde, même avec une température de 39 à 40°; en effet, pour neutraliser cette acidité il fallait huit et neuf gouttes d’une solution de potasse dont cinq à six gouttes neutralisent l’acidité normale. Andral avait d’ailleurs déjà fait cette observation : dans les fièvres typhoïdes, quelle que soit la gravité, l’acidité persiste. La sueur de certaines de ces maladies aurait-elle une odeur particulière? Murchison raconte qu’une garde-malade très-expérimentée de Yhôpital de la fièvre typhoïde pouvait toujours distinguer le typhus de la fièvre typhoïde, à cause d’une odeur particulière de la peau, qui manque dans la fièvre typhoïde.

La fièvre jaune présente aussi de ces chutes de température trompeuses ou favorables et (pii s’accompagnent de

sueurs abondantes; souvent aussi même avec température très-élevée la peau se couvre de sueurs, qui d’ailleurs n'apportent aucun soulagement (Griesinger).

Nous avons peu de données positives sur la pathogénie de ces flux sudoraux; ni l’ hyperthermie, ni l’activité exagérée de la circulation périphérique ne suffisent à elles seules pour les expliquer. En effet, il y a des fièvres sèches souvent d’une extrême intensité, comme la fièvre d’invasion de la scarlatine, et des exanthèmes sans hypersécrétion sudorale.

Puisque L’expérimentation démontre qu'il n'y a pas à l’état normal de sécrétion sudorale sans l’intervention directe des nerfs, on peut bien admettre qu’il doit en être ainsi dans les maladies. Quant aux causes morbides qui mettent en jeu l'activité des nerfs et des centres sudoraux, elles sont probablement très-diverses : l’élévation de la chaleur intérieure, la fièvre, le poison des septicémies, l’accumulation dans le sang des déchets de la combustion fébrile, les perturbations nerveuses que peut amener l’évolution spontanée de la maladie.

L’expérimentation semble également prouver que les glandes sudoripares sont soumises à une double innervation, l’une modératrice et l’autre excitatrice. Les nerfs cérébro-spinaux sont la voie des influences incitatrices ; les nerfs du sympathique, celle des influences modératrices. On peut présumer que les causes morbides peuvent, pour provoquer la sueur, agir de deux façons, exciter les nerfs accélérateurs ou bien paralyser les nerfs modérateurs.

Du reste, avant les découvertes de Lüchsingër, M. Yulpian avait discuté ces hypothèses sur la pathogénic des sueurs fébriles : « il nous est impossible, disait-il, de déterminer directement si la cause pyrétogône provoque la sueur, dans une certaine période des états fébriles, mi paralysant les éléments nerveux modérateurs de la sécrétion sudorale, ou bien en stimulant les éléments nerveux incitateurs de cette sécrétion » (•!). Depuis, l’existence des fibres exqito -sécrétoires est démontrée et l’existence des fibres modératrices reste, nous l’avons vu, très-probable.

(1) Vaso-moteurs, t. II, p. 502.

Beaucoup île sueurs morbides paraissent plutôt provoquées par une excitation plus ou moins intense et prolongée des nerfs et des centres excito-sudoraux : telles sont beaucoup de sueurs partielles, réflexes, celles qui débutent avec la fièvre, et peut-être celles de la défervescence. Dans d’autres cas, la sudation est plus probablement de nature paralytique ; ainsi, dans la plupart des fièvres paroxystiques dont l’accès se termine par une diaphorèse abondante, comme les fièvres pyohémiques et surtout la fièvre intermittente, dans scs formes habituelles. Au début de l’accès paludéen, il y a certainement une violente excitation du sympathique dont témoignent la pâleur de la face, le frisson, la constriction des artères périphériques. À cette excitation succèdent l’épuisement, la paralysie ; la face se colore, la peau devient turgescente et les artères se dilatent; peut-être la sudation abondante qui paraît alors est-elle bien, elle aussi, un symptôme de cette paralysie temporaire du sympathique ; et, jusqu’à un certain point, on peut la comparer à l’hypersécrétion sudorale de la paralysie expérimentale, due à la section du sympathique cervical.

§ 7. — Indications pronostiques fournies par la sueur.

Les anciens accordaient une grande importance aux sueurs dans la question du pronostic des maladies aiguës, ainsi que le prouvent beaucoup d’aphorismes du livre du Pronostic. Nous avons en grande partie conservé cette tradition. Le médecin qui s’approche du lit d’un malade se livre presque toujours à une exploration instinctive des fonctions de la peau ; il met la main sur la poitrine ; une chaleur sèche7 mordicante du tégument lui laisse une impression défavorable: la moiteur le rassure. Dans la médecine hippocratique, il n’y a de véritablement bonnes que les sueurs critiques ; toutes les autres peuvent être fâcheuses. Les sueurs initiales, qui débutent avec la fièvre, sont souvent de mauvais augure : Sudor multus cum febribus aculis oboriens, malus. « Les pores de la peau ne peuvent s’ouvrir avec avantage qu’à ce moment précis où la matière morbifique, arrivée pendant la

lièvre à coction parfaite, est enfin préparée pour l’expulsion. » Ces images expriment une idée juste; pendant la période d’état de la maladie, l’hypersécrétion sudorale n’est le plus souvent qu’un trouble fonctionnel; à la défervescence, l'apparition d’une sueur de bonne nature indique le rétablissement des fonctions de la peau. La diaphorèse trop hâtive augmente la violence de la maladie ; ainsi, elle peut accélérer l’apparition de l’exanthème'dans les fièvres éruptives.

L’heure à laquelle apparaît la sueur n’était pas non plus indifférente : les sueurs favorables, la sueur critique par exemple, surviennent surtout le matin; celles qui suivent de trop près l’ingestion des aliments ont l’inconvénient de troubler la digestion; celles de la nuit suspendent le sommeil, etc.

Le caractère actif ou passif du flux sudoral avait aussi une grande importance. Cette distinction est en effet fondée. Quand la sueur accompagne la rougeur et la chaleur de la peau, elle n’est pas nécessairement fâcheuse; elle l’est, au contraire, quand elle est froide, visqueuse et qu’elle parait sur visage pâle ; elle est alors, en effet, un des signes de l’affaiblissement du cœur, du collapsus. Hippocrate avait dit : une sueur froide qui parait au front pendant la fièvre, c'est la mort. Cette sueur de fâcheux augure peut se montrer, nous l’avons vu, à toutes les périodes des maladies infectieuses et dans certains états advnamiques où le collapsus est une complication possible.

L’abondance de la sécrétion sudorale contribue quelquefois, modérément il est vrai, à diminuer la fièvre. Mais, dans certains cas, par exemple dans le rhumatisme articulaire aigu, le flux cutané excessif peut prendre une signification pronostique grave; on sait que dans cette maladie, l'apparition précoce de sueurs profuses, avec miliaires et fièvre intense, doit faire craindre le développement des complications cérébrales (1).

Les terminaisons fâcheuses de l 'inflammation, la suppuration et la gangrène, dans beaucoup de maladies chirurgicales el médicales, s’annoncent par des sueurs quelquefois partielles,

(1) Voyez Thèse de More loi, Paris, 1870.

souvent aussi générales et abondantes. Il en est ainsi dans les gangrènes viscérales, celles du poumon par exemple; de même aussi lorsque le sphacèle humide envahit le moignon

d'un amputé. « Cet ensemble de symptômes généraux

était presque toujours suivi promptement de sueurs abondantes qui quelquefois étaient continues pendant plusieurs jours de suite, ou qui se renouvelaient après quelques heures de calme, et qui presque toujours accompagnaient la manifestation d’un ou plusieurs point gangréneux (1). »

La formation d’un grand nombre d’abcès viscéraux se révèle par le phénomène de l’hypersécrétion sudorale ; du reste, d’autres sécrétions sont simultanément troublées, à la sueur s’ajoute plus d’une fois la diarrhée; telles sont les suppurations du foie, des reins, du bassin, des fosses iliaques, etc.

Dans la pleurésie l’observation des fonctions de 1a. peau fournit des signes pronostiques et même diagnostiques de quelque valeur. « Contrairement à ce qui se passe le plus souvent au début de la tuberculose pulmonaire, dans la pleurésie enkystée du sommet que l’on pourrait confondre avec cette maladie, il n’y a pas de sueurs nocturnes... Quel que soit le mode d’invasion dans la pleurésie, si elle se rattache à l’existence de tubercules pulmonaires, soit comme phénomène primitif, soit comme accident consécutif, bientôt la fièvre

hectique se déclare et les sueurs nocturnes paraissent

La fièvre rémittente, le dépérissement, les sueurs nocturnes peuvent exister dans des épanchements non compliqués de tubercules; mais alors le liquide épanché est purulent » (Grisolle). En effet, la sueur abondante qui paraît au cours de la pleurésie indique souvent que l’épanchement devient purulent, et quand la purulence en est reconnue, si la sueur apparaît profuse, nocturne, avec la fièvre rémittente et la diarrhée, il faut craindre la mort prochaine, espérer au contraire une terminaison favorable, si, pendant un traitement approprié, ces sueurs nocturnes viennent à disparaître .

Les anciens voulaient qu’on prît en considération le carac-

(1) Sallei'on, rndtn. demddec. et dechir. milit. 1858.

tère actuel de l’épidémie régnante et la nature de la maladie. « Lorsque l’on cherche avec attention ce que les sueurs ont offert de résultats séméiologiques dans les diverses épidémies de maladies pestilentielles, d’affections typhoïdes, de lièvres jaunes, on trouve des épidémies entières dans lesquelles les sueurs n’ont jamais été critiques; d’autres, au contraire, où les sueurs furent les voies par lesquelles la nature jugea la maladie, et cela à des époques variables » (Double).

Dans la fièvre typhoïde, la sueur pourrait être, d’une façon générale, considérée comme favorable si l’interprétation proposée par M. A. Robin vient à se vérifier, et s’il est vrai que la peau aide le rein à débarrasser le sang des déchets nuisibles de la combustion fébrile.

Quant aux fièvres éruptives, les troubles de la sécrétion sudorale y prennent, dans bien des cas, une grande valeur pronostique. L’extrême aridité de la peau, au début de la scarlatine, présage le plus souvent une forme hyperthermique; vers le sixième ou le huitième jour, au moment où l’exanthème pâlit, il survient quelquefois des sueurs copieuses et favorables. « Les sueurs sont salutaires à la fin des fièvres éruptives » (Double). Dans le cours de la rougeole, Gintrac (1) a vu chez de jeunes enfants une sudation abondante qui durait deux à trois jours ; elle paraissait modifier heureusement la marche de la maladie.

Svdenham, Borsieri nous ont laissé des observations d'un grand intérêt sur la valeur pronostique des sueurs dans la variole; Trousseau nous les a rappelées en y joignant les fruits de sa vaste expérience.

Une tendance marquée à la transpiration pendant la période d’invasion, présage en général que l’éruption sera discrète. Mais i^y a lieu de distinguer, à ce point de vue, la variole discrète de l’adulte et celle de l’enfant. Ces flux précoces semblent, suivant l’expression de Trousseau, « venir en aide, comme une sorte d’émonction, à la grande manifestation cutanée de l’éruption. » Dr, chez l’adulte la poussée sc fait vel a psreeu et la constipation est la règle; chez l’enfant, au

(1) Traité de pathologie .

contraire, ce llux auxiliaire se fait vers l’intestin; la diarrhée est habituelle dans la discrète de l’enfance. Cette transpiration des périodes initiales est souvent très-abondante, rien ne peut l’arrêter; elle persiste jusqu’à la maturation; la peau reste ouverte jusqu’au huitième jour, même après la chute de la fièvre d’invasion (Trousseau). A ce moment, les malades sont joyeux et contents, mais ils continuent à être baignés de sueurs, qui ne cessent entièrement que lorsque les pustules sont en suppuration et viennent à maturité (Borsieri).

Sydenham a dit : la discrète tue vers le huitième jour et la confluente vers le onzième. Or, un des signes qui, dans la discrète, doivent faire craindre la mort, c’est la diminution ou la suppression précoce de la sueur ; la sueur qui avait coulé jusque-là disparaît tout d’un coup (Sydenham).

Cette tendance à la diaphorèse, si caractéristique des premières périodes de la discrète, manquerait ordinairement au début des confluentes (Trousseau). Cependant des sueurs très-précoces et très-abondantes indiquent souvent, que chez l’adulte, l’éruption sera confluente : « Dans les varioles malignes, de même que dans les autres confluentes, la nature s’efforce de se délivrer du venin varioleux, soit par la salivation, soit par la diarrhée, ou par les sueurs, ou par un flux urinaire (Borsieri).

Sydenham croyait les sueurs fâcheusesdans les confluentes et il s’élevait contre ceux des médecins de son temps qui cherchaient à les provoquer par les cordiaux et les sudorifiques : on ne fait ainsi que procurer la sortie d’une humeur crue et indigeste et qui ressemble à un fruit mal mûr (Sydenham. Dissertation sur la petite vérole confluente).

§ 8. — Indications thérapeutiques — Traitement.

C’est une opinion très-répandue et qui ne manque pas de quelque vérité que, au début de certaines maladies a frigore , des bronchites, des affections catarrhales, une sudation copieuse peut être salutaire. On dit aussi que la diaphorèse est provoquée non sans avantage dans la pleurésie, au moment où va commencer la résorption de l’épanchement.

Les ophtalmologistes depuis quelques années emploient fréquemment la pilocarpine pour le traitement de plusieurs affections oculaires, en particulier de l’iritis rhumaLismale. Nous avons vu que souvent il convient de favoriser la sudation dans les fièvres urineuses. Le jaborandi a quelquefois été mis en usage dans le traitement de la rage, mais sans succès véritable. Enfin, récemment, Bœgehold (1 ) a traité l’urémic scarlatineuse par la pilocarpine en injections sous-cutanées. à la dose de 8 milligr. ; dans deux cas sur quatre, les sueurs abondantes ainsi provoquées ont été suivies de guérison.

Mais il ne rentre pas dans le cadre de ce travail d'étudier la diaphorèse comme moyen de traitement, nous devons la considérer comme un état morbide à traiter.

De toutes les sueurs morbides, il n’y a guère, en règle générale, que les sueurs critiques que le médecin ne doive jamais traiter. On ne saurait trop religieusement respecter les sueurs de la crise (Double). En effet quelque copieuses que soient ces sueurs de la défervescence, elles ne peuvent nuire; le malade qui, arrivé au terme d'une maladie aiguë, est pris d’une transpiration même abondante, éprouve souvent un véritable sentiment de bien-être. Le flux sudoral ne durera pas ; il est d’ailleurs l’indice rassurant du retour à l’état normal des sécrétions et des fonctions de la peau.

Mais la question de l’intervention thérapeutique peut se poser à propos de la plupart des sueurs qui se montrent aux autres périodes de la maladie. Il n’v a pas à discuter sur l’opportunité de la suppression des sueurs colliquatives de la convalescence : elles augmentent la prostration des forces et retardent la guérison définitive. Pour ce qui est des sueurs fébriles, il n’est pas prouvé qu’elles aient toujours un rôle utile dans la maladie, et il est bien évident que souvent elles augmentent l’adynamie. L’hypersécrétion sudorale est, dans ces cas, un symptôme qui, comme l'hyperthermie, quand il est excessif, peut être la source d’une indication thérapeutique. Les observations de Sidney-ffinger, de Fraentzel,

(1) Dont, medic. Wochens, 1 87'.). p. 331.

,je M. le professeur Vulpian, semblent bien prouver que, dans plusieurs maladies aigues, la sueur excessive peutêtre diminuée ou supprimée avec plus d’avantages que d’inconvénients.

La thèse de M. Royet (1), contient plusieurs faits de ce genre ; on y voit que les sueurs profuses ont été traitées par l'atropine sans danger et non sans bénéfice pour le malade : dans les diverses formes de la phthisie, dans le rhumatisme articulaire aigu (Fraentzel, Vulpian), la convalescence de la fièvre typhoïde, le cours de la fièvre intermittente, la convalescence du choléra, dans l’hystérie, dans la trichinose (Fraentzel), pendant le cours d’une fièvre de suppuration à la période cachectique (Sidney-Ringer), enfin dans un cas d’hémiplégie cérébrale. De toutes ces observations, les plus intéressantes sont assurément celles qui ont trait au rhumatisme articulaire aigu ; elles démontrent bien que, dans ceLte maladie, la sueur profuse n’est qu’un symptôme qu’il peut être utile de traiter.

Les faits ne sont pas assez nombreux pour permettre des conclusions plus générales; mais on peut bien penser que dans beaucoup de maladies à sueurs profuses, lorsque, du fait de ces sueurs l’adynamie augmente, le médecin peut tenter de modérer cette activité exagérée des glandes sudoripares, comme il cherche à modérer la dyspnée et la fièvre.

Un certain nombre de médicaments sont depuis longtemps employés à titre d’antisudorifiques : le tannin, l’agaric, le Kino, l’acétate de plomb, le phosphate de chaux, la belladone, l’opium, les acides minéraux dilués, sulfurique, phosphori. que, chlorhydrique, la poudre de Dower, l’oxide de zinc (2) ; mais de tous ces médicaments, le plus sûr, celui qu’il convient de préférer dans la majorité des cas, c’est le sulfate d’atropine.

La grande efficacité de l’atropine dans le traitement de la plupart des sueurs morbides a été mise en évidence par les

(1) Paris, 1877.

(2) Th. Hayden, Mémoire sur lus cmidrotiques, Màdic. Soc. of tlie collège o f Pliy sic, mars 1877.

observations de Wilson en Amérique, de Sidney-Ringer (1) et deFothergill (2) en Angleterre, de Fraentzelen Allemagne et de M. le professeur Vulpian (3) en France.

11 sera surtout ici question du traitement général des sueurs morbides ; plus loin nous étudierons plus complètement le traitement des sueurs dans la phthisie.

En général des doses minimes de sulfate d'atropine sont trèssuffisantes pour obtenir l’effet désiré; on peut supprimer la sueur morbide sans observer aucun signe d'intoxication. Les malades ont seulement un peu d’aridité de la gorge, dont la plupart môme ne se plaignent pas. Du reste, dans beaucoup de cas, il n’est pas nécessaire d’arriver à la suppression complète, et l’on peut se contenter de modérer le flux sudoral (Yulpian. Th. Hayden.

Les médecins anglais emploient l’atropine en injections sous cutanées ; ce procédé est beaucoup trop actif, il expose à des accidents; M. Yulpian 'préfère administrer l'atropine par les voies digestives.

Quant à la forme du médicament, on peut mettre en usage les pilules ou les solutions. M. Yulpian se sert habituellement des pilules, faites suivant la formule de Bouchardat : Sulfate d’airopine 10 centigr.; miel et poudre de guimauve q.s.; pour 200 pilules de 10 centigr. Chaque pilule ainsi préparée contient un demi-milligr. de sulfate d’atropine. En Allemagne, OEttinger (4) conseille la solution suivante : Eau distillée 20 gram., sulfate d’atropine 5 centigr; solution dont il donne de dix à vingt gouttes un peu avant le début de la sueur qu’il s’agit de supprimer. Cette solution lui aurait donné de nombreux succès dans le traitement des sueurs des phthisiques.

Il convient de commencer toujours par de faibles doses, afin d’explorer la susceptibilité à l’endroit de l'atropine, trèsvariable suivant les individus. Par exemple, le premier jour le malade prend seulement une pilule de un demi-milligr; le

(1) British, mêdic. Journ. n° 21, 1874.

(2) Practitionner . Dec. 1876.

(3) In Thèses de Dautncourt, 1873 et de Rover, 1877.

(4) Revue des sc. médic., t. XII. p. 567.

lendemain il en prend deux. Après trois ou quatre jours, pendant lesquels deux pilules auront été données en 24 heures, s'il n’v a point d’effet obtenu, il convient d’augmenter la dose ; chez quelques malades il faut aller jusqu’à cinq pilules par jour. Du reste M. Yulpian insiste sur la nécessité d’arriver progressivement pour l’atropine, comme pour d’autres médicaments, aux dosés véritablement thérapeutiques, souvent variables suivant les individus.

Le moment de l’administration de l’atropine n’est pas non plus indifférent; il faut, autant que possible, que l’action de l’atropine coïncide avec le début probable ou l’exacerbation du flux sudoral. Ainsi, des deux pilules, dose habituellement suffisante, l’une doit être prise quatre et l’autre deux heures avant ce retour de la sueur. Si le nombre des pilules est supérieur à deux, les autres seront administrées à un intervalle plus éloigné, de crainte d’accumuler les doses à un moment donné et de produire des phénomènes d’intoxication.

Souvent, dès le second jour du traitement, les sueurs sont diminuées ou même supprimées. Elles reparaîtront très-probablement si l’atropine est aussitôt suspendue; il est bon de continuer à la même dose pendant cinq ou six jours; puis on diminue progressivement de façon à cesser vers le dixième • jour. Chez quelques malades, les hystériques par exemple, la médication est souvent beaucoup plus longue; mais alors il se produit une véritable accoutumance, et pour que le médicament ne perde pas son efficacité, il faut pendant quelques jours en suspendre l’usage. (Sidney Ringer, Yulpian.)

La suppression ou la diminution de la sueur obtenue, le succès n’est pas toujours définitif, le flux sudoral peut reparaître; il faut, dans ces cas, de nouveau donner l’atropine, en suivant les mêmes règles qu’à la première fois.

Le traitement de la sueur par lé sulfate d’atropine ne nécessite pas l’interruption du traitement habituel de la maladie; on peut continuer à traiter les rhumatisants par le sulfate de quinine ou le salicylatc de soude, et les phthisiques par l’arsenic et même l’opium (Yulpian, in thèse de Royer).

Nous verrons en étudiant plus particulièrement le traitement des sueurs chez les phthisiques que l'atropine, malgré sa remarquable efficacité, n’est pas le seul médicament de la sueur. Dans beaucoup d’autre sueurs morbides, même fébriles l'hydrothérapie, ou seulement les lotions froides et vinaigrées donnent d’excellents résultats. M. le professeur Peter a récemment montré la grande utilité de l’eau froide en lotions dans le traitement des sueurs profuses du' rhumatisme (i). En même temps que la lotion, il donne la scille et le calomel, pour pratiquer une dérivation au bénéfice de la peau et provoquer sur le rein et le foie un flux compensateur. Cette méthode mixte peut être avantageusement mise en usage, dans tous les cas où l’on craint que la suppression trop complète du flux sudoral ne soit suivie de quelques accidents.

Ce traitement par les antisudorifiques et surtout l’atropine, par les lotions et les pratiques de l’hydrothérapie, convient aussi à la plupart des hyperidroses habituelles, qui ne se rattachent à. aucun autre état morbide antérieur, et qu’ou peut qualifier d’essentielles. Nous avons vu que M. Liégeois avait ainsi traité avec succès les sueurs profuses de la ménopause. Les hémidroses, beaucoup d’éphidroses sont justifiables du même traitement. D’autres moyens thérapeutiques sont aussi conseillés. Th. Hayden aurait employé avec quelque succès ce qu’il appelle la liqueur des tanneries et qui n’est autre chose que de l’eau dans laquelle a longtemps macéré l’écorce de chêne ; on fait avec cette liqueur des lotions sur les parties malades, ou bien ces parties y sont plongées comme dans un bain. Sidney Ringer recommande le liniment belladonné, également employé en frictions sur les régions où paraît l'hypersécrétion sudorale. Mais tous ces moyens n’ont qu’une action passagère, et l’éphidrose ne tarde pas à reparaître; en sorte que, même dans le cas de sueur morbide très-localisée, le traitement général par l'atropine est préférable.

Quant aux sueurs de la convalescence, l’atropine en est encore le meilleur médicament. L’hydrothérapie, les lotions

(1) Clinique médicale, t. I, p. 56.

froides vinaigrées, partielles ou générales, sont aussi particulièrement indiquées. Mais il arrive que ces moyens restent quelquefois impuissants. C’est que la sueur colliquative du convalescent n’est que l’expression de la profonde débilité dans laquelle il est tombé; le convalescent qui sue abondamment est plongé dans un état d’apathie, dont il est difficile de le tirer. Il suc parce qu’il est faible, et cette sueur augmente sa faiblesse.

C’est un cercle vicieux dont il faut sortir sans retard. Il est clair que la médication tonique est nettement indiquée et sous toutes ses formes ; mais il faut aussi vaincre cette prostration à laquelle ces malades s’abandonnent si volontiers. Van Swieten insistait déjà sur ia nécessité d’inviter, d’exciter au mouvement ces convalescences torpides, dans lesquelles la sueur profuse est due surtout à l’accablement des forces. Une des observations du mémoire de Th. Hayden est bien probante; il s’agit d’un jeune homme convalescent d’une fièvre typhoïde grave ; il était affligé de sueurs colliquatives rebelles ; tous les médicaments avaient échoué et même la belladone : « enfin je finis à le décider, bien malgré lui, à se lever pendant plusieurs heures chaque jour; par ce moyen les sueurs ont été complètement et définitivement supprimées. Le séjour à la campagne acheva la guérison. »

Le médecin ne doit pas négliger l’hygiène de ees fébricitants qui suent beaucoup. C’est un préjugé bien répandu qu’il faut d’autant plus couvrir le malade qu’il sue davantage. Cette pratique peut avoir plus d’un inconvénient. Tous ceux qui ont écrit sur les épidémies de suette (Rayer, Parrot, Foucart) ont observé que la sudation est particulièrement excessive et fâcheuse chez les malades qui, victimes de cette croyance populaire que le poison sort par la peau, sont dès le début accablés de couvertures et traités par les boissons chaudes et les sudorifiques.

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