‹ Des suites eloignees des traumatismes du crane et de leur traitement par la trepanationChapitre 2 sur 40 · ET DE · texte numérisé non relu

ET DE

INTRODUCTION

I. « Tout en faisant les réserves les plus absolues sur l’application du trépan, lorsque l’on n’a pour guide que les localisations cérébrales décrites jusqu’ici par les physiologistes, nous la considérons comme formellement indiquée dans tous les cas de folie ou d’épilepsie d’origine traumatique.» Ces paroles de feu D, Mollière^ pourraient servir d’épigraphe au mémoire que nous présentons à nos juges.

Cependant, il serait peut-être téméraire, ou tout au moins prématuré, de les prendre à la lettre. Les doutes nombreux, les incertitudes à propos du traitement des

1 Congrès de chirurgie, i885. Sur les indications de la trépanation du crâne dans les lésions traumatiques.

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plaies de tête, que signalait déjà Bicliat*, sont loin d’être dissipés, et nous n’avons nullement la prétention d'élucider tout à fait ce point de tliérapeutique chirurgicale. Nous espérons seulement démontrer que les conditions nouvelles faites à la chirurgie pendant ces dernières années ont modifié du tout au tout le problème, et en ont hâté la solution en permettant de le poser, sinon mieux, du moins autrement que les anciens auteurs qui se sont occupés de la question.

Les faits de traumatismes du crâne suivis de trépanation sont nombreux.

Il suffit de parcourir tous les recueils français, allemands, et surtout anglo - américains pour en rencontrer à chaque page ; il faudrait plusieurs volumes pour les relater tous. Ce travail serait fastidieux d’abord, inutile ensuite, à notre point de vue du moins.

En effet, en les étudiant, nous avons bien vite été convaincu que la plupart d’entre eux ne pouvaient être utilisés par nous. Ceux qui remontent à une quinzaine d’années ou plus appartiennent à la chirurgie non antiseptique, dont les résultats ne peuvent plus aujourd’hui nous dicter des lignes de conduite. Leur lecture nous a une fois de plus prouvé la vérité de cette parole souvent répétée (je pourrais presque écrire de cet axiome) : c’est qu’en thérapeutique chirurgicale, à propos d’opérations sanglantes, il faut faire table rase des statistiques anciennes, et se baser résolument sur des résultats nouveaux, obtenus par des méthodes nouvelles.

Les faits plus récents de trépanation proviennent de

* Cilé par Forgues, voir plus loin.

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chirurgiens dont les uns ont accepté franchement l’antisepsie, et les autres avec timidité; ils ne sont pas comparables entre eux, et ne permettent pas encore d’établir des statistiques différentes de celles que nous aurons l’occasion de signaler. Force nous est donc de nous en tenir le plus possible aux faits très récents et de provenance sûre, du moins au point de vue opératoire.

On comprend que, dans ces conditions, nous ne pouvons prétendre faire un travail complet sur le sujet qui nous est imposé. Des faits déjà publiés, de quelques observations inédites, nous nous bornerons à tirer les conclusions qui nous semblent en découler, sans autre prétention.

Au demeurant, pour poser des règles précises, basées sur un grand nombre de faits sérieusement étudiés, quelques mois ne nous auraient pas suffi. Des années seraient nécessaires. Il faudrait avoir suivi les malades opérés, pendant des mois, quelques années même, pour affirmer que l’intervention a fait disparaitre les accidents présentés par eux, sans crainte de récidive.

IL Gomme l’indique le titre de notre mémoire, nous avons seulement à étudier les suites éloignées des traumatismes du crâne. Il nous faut dire maintenant ce que nous entendons par ce mot éloignées et limiter notre sujet.

Dans un excellent mémoire, auquel nous ferons quelques emprunts, Forgues avec Duret et la plupart des auteurs, divise les accidents dus aux lésions crâniennes trauma-

i Essai critique et clinique sur le traitement des lésions traumatiques du crfias (Arch. de méd. et de pharmac. nùlit., année 1889).

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tiqués, en primitifs, secondaires, tardifs ^ et il ajoute : « Cette division répond à une distinction clinique exacte, à des indications thérapeutiques particulières, et c’est le moyen d’utiliser les laborieuses statistiques de Bluhm qui catégorise ses 923 cas de trépanation en trois groupes :

« 1“ Opérations primaires, s’adressant aux accidents immédiats;

« 2“ Opérations secondaires ;

(( 3° Opérations tardives.

« Bluhm a le tort de ne point indiquer en quelles limites de temps il enferme ces deux dernières dénominations ; de la lecture de ses observations, il nous a paru découler que les opérations secondaires se limitaient aux interventions du premier mois, les sjpât- opérations embrassant tous les accidents ultérieurs. »

Ce sont les cas qui rentrent dans cette dernière catégorie qui peuvent et doivent seuls rentrer dans le cadre de ce mémoire.

111. Pour les étudier autant que possible avec méthode, nous avons dù chercher à les classer. Sans doute, le groupement de faits aussi complexes que les faits cliniques est toujours un peu artificiel, et le meilleur ne répond qu’imparfaitement à la réalité. Il est bon cependant de les classer, pour en rechercher les points communs et les différences, pour en tirer les indications et contre -

1 Cette division correspond, d’ailleurs, à peu près à ceux des indications du trépan dans les classiques.

2 Statistik der Trépanation (Langenhech's Archiv, t. XIX).

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indications opératoires sans vouloir établir des lignes de démarcation infranchissables .

Nous avons tout d’abord rejeté la méthode générale qui consistait à étudier successivement les plaies du cuir chevelu, les contusions, les fractures de la base, les lésions de la voûte (esquilles, enfoncements, exostoses, cals vicieux, etc.). Cette division anatomique répond mal à la clinique.

Il nous semble plus exact de décrire, après un histo rique de la question ;

1“ Les troubles moteurs ;

2“ Les troubles sensitifs ;

3“ Les troubles sensoriels ;

4® Les troubles mentaux ;

5® Enfin, nous rechercherons si, dans les faits décrits sous le nom d’hystéro-traumatisme, il en est qui peuvent entrer dans cette étude.

Sans doute, les limites de ces différentes classes ne sont pas toujours très nettes. Certains faits d’épilepsie partielle et d’épilepsie vraie présentent des points de contact nombreux qui pourraient à la rigueur en rendre difficile la séparation dans une étude où l’application du trépan tient une large place. Nous estimons toutefois que cette division répond assez exactement à la réalité clinique et nous l’acceptons pour la facilité de la description.

C’est intentionnellement que nous avons laissé de côté l’anatomie descriptive des circonvolutions, faites dans tous les traités ; l’étude des localisations cérébrales dont on trouvera un excellent exposé dans le mémoire de Roi-

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land^ et les leçons de Charcot^, et la topographie crâniocérébrale. Celle-ci serait mieux placée dans une étude générale sur la trépanation ou sur la chirurgie du cerveau, que dans ce mémoire où sont étudiés des faits de traumatisme ayant laissé des traces le plus souvent suffisantes à guider le chirurgien. On la trouvera très bien résumée dans une thèse récente^, ainsi que l’examen critique des méthodes employées dans les différents pays pour arriver exactement sur les points où doit porter l’intervention.

1 Rolland, Épilepsie jacksonienne, Paris, 1888 (publication du Progrès médical).

2 Charcot, Leçons sur les localisations cérébrales, Paris (publication du Progrès médical).

3 Uecressac, Étude sur la chirurgie du cerceau, thèse, Paris, 1890

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