‹ Des suites eloignees des traumatismes du crane et de leur traitement par la trepanationChapitre 21 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

TROUBLES SENSORIELS

On a noté consécutivement aux traumatismes crâniens (les troubles de la vision, de l’audition, de l’olfaction, du g’oùt. Ils sont dus le plus souvent à des lésions produites par des fractures de la base et par suite échappent à toute intervention active.

C’est, pour la vue, de la diminution plus ou moins marquée de l'acuité, le rétrécissement du champ visuel, des troubles pupillaires dus à de la rétinite, de la névrite et de l'atrophie des nerfs optiques (voyez observations XI et XII.)

La surdité a été notée, qu’elle soit due à la stupeur et l'état d’affaiblissement du malade (Byron-Bramwell) ou à une lésion de l’appareil nerveux de l’audition.

Les troubles olfactifs (signalés dans notre observation XXVIII) peuvent être dus à des lésions des nerfs de la première paire. Les modifications du goût pourraient dépendre de lésions corticales (hippocampe ou partie inférieure du lobe temporo- sphénoïdal); du moins, la phj-

TROUBLES SENSORIELS

siolog'ie tend à le prouver. Nous n’avons pas connaissance que des faits cliniques aient confirmé ces données de l’expérimentation.

Voici quelques faits de cette nature :

Christian (loco citato) parle d’un jeune homme âgé de dix- huit ans, complètement sourd, depuis une chute sur la tête du haut d’un trapèze, et remontant à six ans ;

D’une jeune fille de vingt-deux ans, qui à la suite d’une chute sur l’occiput perdit le sens du goût et de l’odorat ^ ;

D’un homme qui aurait été blessé au sommet de la tête à sept ans, et devenait complètement aveugle dans les huit ans qui suivirent.

Obs. XXIX, résumée. — Traumaiisme ancien. — Cécité.

— Hémiparésie. — Trépanation. — Pas d'amélioration'.

Jeune homme de vingt ans, alcoolique et sujet à des accès épileptiques depuis 1883.

A l’âge de six ans, il reçut un coup sur la tête qui lui lit perdre connaissance, et il en a reçu un autre à Noël 1886, qui l’a rendu aveugle de l’œil droit. Il se plaignait d'un mal de tête constant au-dessus du crâne. On a constaté une atrophie du disque optique du côté droit, avec un commencement d’atrophie du côté gauche. L’odorat manquait aussi du côté droit. Les traits étaient tirés à droite. Le bras et la jambe gauches étaient beaucoup plus faibles que les membres correspondants.

On a diagnostiqué une lésion de la partie supérieure de la circonvolution frontale ascendante, où il y avait un point sensible à la pression, 1 pouce 1/2 en arrière de l’angle externe de l’os frontal, 2 pouces plus haut que le zygoma.

1 Central-Blatt f. Nerven-Heilhunde, 3 avril 18S?.

2 Heath, Lancet, 1388, p. 67.

TROUBLES SENSORIELS

Trépanation en cet endroit. Après ablation de la rondelle, la matière cérébrale apparaît d’une couleur plus foncée que d’habitude. Elle est incisée, et, après avoir élargi l’ouverture, on trouve une tumeur irrégulière assez profondément située et adhérente à la base de la fosse supérieure.

On abandonne l’opération. Les jours suivants, hernie du cerveau; on en enlève une partie.

Cinq semaines après, la vue avait tellement baissé que le malade ne pouvait plus compter les doigts qu’on lui montrait.

Treize mois après l’opération, la cécité était à peu près complète. Le malade pouvait sentir le camphre des deux narines, mais le bras gauche était toujours paralysé. La santé générale était bonne, mais les accidents étaient plus fréquents que jamais.

Nous avons passé très rapidement sur les troubles sensitifs et sensoriels. Ils sont plutôt, ceux-ci surtout, du domaine de l’observation pure ; nous ne devons pas oublier que cette étude a pour but principal la thérapeutique chirurgicale des accidents tardifs des traumatismes du crâne, et que, le plus souvent, les faits étudiés dans ce chapitre dépendent des lésions de la base.

Toutefois et pour montrer que le dernier mot n’est pas dit à ce sujet, pour montrer une fois de plus qu’on peut tout essayer avec l’antisepsie (ce qui devient presque banal), nous ne pouvons résister au désir de citer un fait de Collins Warren ^

On lui amène un individu tombé de cheval, il diagnostique une fracture de la base au niveau du rocher et une plaie du cerveau. Il applique une couronne de trépan, à un doigt au-dessus du conduit auditif externe à cheval sur un trait de fracture verticale, introduit le

* American Journ. of the med, sc., mai 1890.

TUOUBLES SENSORIELS

doigt le long du plancher crânien, constate la plaie du lobe moyen et la fracture du rocher le long de la fosse moyenne. Une grande quantité de sang s’échappe par l’orifice osseux. On met un drain d’os décalcifié; pansement à la gaze icdoformée. Quelques jours après le coma disparut et le malade guérit complètement en quelques mois.

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