‹ Des syphilides vulvairesChapitre 10 sur 18 · III . Syphilide papulG-hypertrophique · texte numérisé non relu

III . Syphilide papulG-hypertrophique

La syphilide papulo-hypertrophique n'est, à vrai dire, qu'une simple division de la forme précédente, qui arrive souvent à constituer une forme nouvelle, tout à fait spéciale, par l'importance qu'elle prend comme^lésion et par son aspect caractéristique.

Les syphilides papulo-hypertrophiques sont des

papules devenues énormes, exubérantes; elles se présentent sous forme de tumeurs volumineuses, de masses vég*étantes; elles peuvent former des saillies de 1 et même 2 centimètres, et s'étendre en larg*eur sous forme de véritables plaques : elles prennent alors le nom de plaques papulo-vég'étantes : ces dernières sont fréquentes à la base des g*randes lèvres et surtout au périnée. Ces masses, primitivement papuleuses, sont évidemment formées par les éléments du derme muqueux, considérablement hypertrophiés.

Le plus habituellement ces papules hypertrophiées siég*ent sur le bord libre des grandes lèvres, dans les plis g'énito-cruraux , etc. Elles entraînent quelquefois de véritables déformations de la vulve, comme l'indique la planche I.

La cause unique et constante de ces lésions est l'incurie des malades: aussi les rencontre-t-on uniquement dans la basse classe ; car tout accident papuleux de la vulve, je ne dirai pas traité, mais simplement entretenu dans un certain état, de pro-

prêté, n'arrivera jamais à produire des lésions aussi étendues et aussi proéminentes.

De simples papules isolées peuvent subir un développement hypertrophique : elles forment alors de petites saillies, à base assez large, convexes, et peuvent atteindre le volume d'un noyau d'abricot. Cependant, dans la plupart des cas, des papules réunies les unes aux autres, soudées entre elles, se développent et donnent lieu à ces plaques énormes, bourg^eonnantes.

Les syphilides papulo-hypertrophiques se présentent sous forme de tubérosités, de tumeurs saillantes, constituées par des masses roug'es, bourgeonnantes, dont Faspect rappelle à la fois celui de la papule et de la végétation. Généralement arrondies, circulaires, elles ont une forme hémisphérique quand elles sont isolées : mais confondues elles constituent de véritables nappes, des plaques qui peuvent atteindre plusieurs centimètres carrés.

Quant au volume, il peut varier depuis celui d'un simple haricot jusqu'à celui d'un véritable champignon : ces dernières formes exubérantes ont été décrites sous le nom de plaques muqueuses éléphanr tiasiques.

En examinant attentivement la surface de ces lésions, on constate tout d'abord une coloration rosée, qui peut prendre, dans ces certains cas, et no* tamment sous l'influence d'irritations vulvaires, une teinte foncée, violacée. Cette surface est, en général, tm peu rugueuse, inégale, mûriforme i on n'y ob-*

serve cependant pas les sillons ni les produotions villeuses qui caractérisent la végétation.

Irritées sous Tinfluence du frottement, enflammées par les sécrétions vulvaires, ces papules hypertrophiées deviennent érosives et donnent alors lieu à un suintement souvent fort abondant , d'une odeur fétide, nauséeuse, presque caractéristique.

Sur la portion cutanée de la vulve les papules hypertrophiées se recouvrent quelquefois de croûtes ; elles finissent même par s'ulcérer dans certains cas.

Ce développement énorme de papules n'^t souvent accompagné d'aucune douleur , et, comme nous l'avons dit, ces accidents n'appellent quelquefois les malades à l'hôpital que lorsqu'il y aobstacle mécanique réel au rapprochement sexuel. Cependant, dans la majorité des cas, ces lésions s'accompagnent de prurit, de douleurs, d'élancements.

Des phénomènes d'irritation périphérique ne tardent pas aussi à se développer; c'est alors qu'on voit toute la vulve et les parties environnantes rougies, se couvrir d'érosions fournissant un suintement fétide; les petites et les grandes lèvres s'œdématier et prendre une teinte comme érysipélateusCé

Les malades éprouvent alors un sentiment de cuisson extrêmement pénible à la vulve, et même des douleurs très-vives ; la marche devient impossible, et elles n'éprouvent quelque soulagement

que lorsqu'elles sont couchées les jambes écartées. Nous avons vu de ces malades arrivant à I/)u^ cine dans un état pitoyable : c'est à coup sûr le spectacle le plus hideux qui puisse s'imag^iner. La vulve, les plis génito-cruraux, lepérinée,les aines, la marg-e de Tanus, couverts de masses énormes, turg'escenles, irritées, enflammées, ulcérées même, entourées de portions de peau roug'es, couvertes d'érosions s'étendant jusqu'au milieu des cuisses, sont baignés par un pus fétide d'une odeur repoussante.

a On ne comprend guère, comme ledisaît M. Fou^ nier, comment des êtres humains peuvent en arriver à cet état épouvantable. On comprend moins encore comment le seul fait de l'incurie peut les y conduire. »

Ces lésions hideuses d'aspect, et atteignant quelquefois un volume si prodigieux, ne sont en réalité que très-bénig'nes et fort simples à guérir, comme nous le verrons au sujet du traitement.

Syphilide papulo-hypertroph ique .

Obs. VIII. — H. . . . (Anne), 19 ans, entrée le 34 mai i868, salle Saint-Clément, 48.

Enceinte de 7 mois environ, première grossesse.

Début de la maladie remontant à trois mois : roséole, macules. Aucun traitement.

Etat actuel. — Il existe à la vulve, sur la région interfes-* sière, au pourtour de l'anus, sur les plis génito-cruraux, sur les grandes et les petites lèvres, d'énormes tumeurs, formées par un tissu végétant, élevé, bourgeonnant. Ces tumeurs (voyez la

planche I) se séparent par l'écartepent en plusieurs petites tumeurs et dessinent de grands sillons ou rhagades. Il existe de plus, à la vulve, une série de mamelons végétants, discoïdes, durs à leur base ; les masses énormes sont peu douloureuses au toucher et à la pression.

Traitement. — Cautérisation avec le nitrate -acide de mercuie, puis badigeonnages avec la teinture d'iode.

Le 18 avril, les plaques tubéreuses étaient considérablement affaissées, mais la malade quitta le service le 28 avril, non guérie.

Papules éléphantiasiques énormes. Incurie. Hypertrophie

persistante,

Obs. IX. — A. . . (Aurélie), 24 ans, entrée le 18 mars 1868, salle SaintClément, 49.

Antécédents. — En décembre 1867, elle eut à la vulve plusieurs boutons, pour lesquels elle n'a fait aucun traitement.

Etat actuel. — Toute la grande lèvre gauche est transformée en une énorme tumeur d'aspect hleimihktre éléphantiasique. Elle est également dure. Les petites lèvres dures ont le même aspect. Tout autour de la vulve des papules muqueuses trèsconûuentes.

Sur les cuisses, plusieurs papules très-élevées, discoïdes.

Roséole confluente sur le ventre et les cuisses ainsi que la poitrine. Pléiade inguinale et cervicale.

Traitement : — Proto-iod. d'hydragyre, 0,05. Lotions chlorurées. Bains.

23 mars. Peu d'amélioration.

9 avril. Les masses hypertrophiques restent encore volumineuses et dures. Elles se dessèchent.

Le 16. Presque toute la masse et les papules voisines sont séchées mais encore volumineuses.

Le 20. Amélioration lente; cautérisation des accidents au crayon de nitrate d'argent.

Le 30. Amélioration assez rapide quoique les mamelons présentent encore un certain volume et de la dureté.

10 mai. Les mamelons s'affaissent. Les surfaces sont complètement sèches. Cicatrisation avancée en plusieurs points.

H juin. Toutes les lésions sont sèches, mais elles sont trèsvolumineuses et plusieurs offrent une induration considérable. La malade quitte l'hôpital.

«PILLMANN. i

Rentrée le 20 juillet. Aucun traitement depuis la sortie. Li vulve offre un aspect effroyable et repoussant*; elle est coaverte de plaques tubéreuses végétantes, confluentes, qui fwment des nappes qui s'étendent depuis la vulve jusqu'au delà de Tanus dans le sillon interfessier. Toutes ces plaques suppurent et répandent une odeur fétide.

Traitement. — Cautérisation avec une solution de uitrafe d'argent. Pansements avec la liqueur de Labai*raque et de l'oxvde de zinc.

Au mois de septembre il ne reste plus que quelques végétations.

La malade sort guérie au mois d'octobre.

Papules hypertropiques exubérantes. — Incurie •

Obs. X. — L... (Marie), 18 ans. entrée le 15 septembre 1868, salle Saint-Clément, âl.

Antécédents. — Début de la maladie il y a 2 mois par m € bouton )» à la petite lèvre. N'a simd aucun traitement.

Etat actuel. — Œdème des petites lèvres surtout de la gauche qui présente une induration au niveau du point où la malade dit avoir eu son premier bouton.

Sur toute la vulve et autour de l'anus on voit des plaques larges, discoïdes, végétantes surtout à la marge de Tanus où elles sont de plus érosives et sécrétant en abondance un pus crémeux. L'examen du vagin est rendu impossible par suite de la sensibilité des parties génitales externes ; la vulve est baignée de pus.

Adénopathiebiinguinale. Plaque ecthymateuse à la jambe. Papule muqueuse érosive du nombril. Papules muqueuses inter-digitales du pied gauche . Plaques opalines des amygdales .

Traitement. — Proto-iod. d*hyd,, 0,05. Bains. Lotions chlorurées. Charpie sèche.

21 septembre, statu quo, la malade se panse mal. Le 28. Pas encore d'amélioration. Incurie persistante de la malade.

8 octobre. Commencement d'amélioration. Plusieurs pa- .pules demeurent érosives, encore sécrétantes^ La plupart sont sèches.

Le 16. Les papules sont alfaissées. Plusieurs entièrement cicatrisées.

Le 26. Cicatrisation complète à la vulve, il demeure quelques petites érosions anales. La malade sort.

Ces deux observations prouvent rinflucnce do rincurie des malades sur le développement, la récidive et la persistance des papules hypertrophiqucs.

Papules hj/pertrophiques.

Obs. XI. — K... (Lisa), 20 ans, entre le 23 mars 4869, salle Saint-Qément, 53.

Antécédents. — Traitée il y a cinq mois dans cet hôpital 5aw5 mercure pour des plaquer muqueuses»

État actuel. — Les accidents actuels ont apparu depuis un mois. La marge de l'anus et les deux grandes lèvres sont occupées par d'énormes papules hypntrophiques circonscrites. Quelques-unes, parfaitement discoïdes, ayant déformé la vulve.

Plusieurs autres papules étalées à la face interne des deux cuisses. Sur la cuisse gauche cicatrice brunâtre^ trace de l'accident primitif au dire de la malade (?).

Adénopathie bi-inguinale.

Traitement. — Proto-iod. d'hydrarg., 0,05; lotions chlorurées ; bains ; charpie ; poudre d'oxyde de zinc.

3 avril. Les papules sont sèches, plusieurs ont commencé à s'affaisser*

Le 6. L'amélioration est très-accusée* La malade sort.

papules éléphantiasiques,

Ofis. XIL — B..* (Zoé), 23 ans, entrée le 23 septembre 1868; salle Saint-Clément, n® 31.

Antécédents. — Dit avoir eu des boutons à la vulve il y a deux mois.

État actuel. — Toute la région ano-vulvaire est occupée par d'énormes papules éléphantiasiques, formant une plaque presque continue qui occupe le périnée, les grandes lèvres, Tanus et les plis génito-cruraux. Ces plaques sont jaunâtres à leur surface ; leur base est nettement indurée* Leur surfoce est trés'

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humide, jaunâtre; on fait une inoculation à la cuisse droite im du liquide sécrété par les plaques.

Papules muqueuses interdigitalcs; syphilide papulensedeh p^iau ; papules sèches sur le sein droit ; papules saillantes, hmides, multiples, sous le sein droit; pléiade inguinale-type.

Traitement .—Trois cuillerées de sirop d'iodure de fer ; bains; cautérisation avec une solution de nitrate d'argent.

29 septembre. Inoculation négative. Les papules hypertoophiques se dessèchent et sont affaissées.

rr«i7fw«i/. — Lotions chlorurées; poudre d'oxyde de zinc.

8 octobre. Les papules vulvoires sont complétemcct aflfaissées.

Leii. Les lésions ont totalement disparu. Sortie.

Plaques saillantes^ diphthéroïdes. — Incurie: récidive.

Obs. Xm. — C... (Clarisse), 30 ans, entrée le 28 avril 1868, salle Saint- Clament, 5.

Ant'-cedents. — Il y a deux mois elle eut des boutons autour de l'anus. Depuis trois semaines environ ont apparu des boa* tons à la vulve ; pas de traitement méthodique.

Etat actuel, — Sur les deux grandes lèvres, dans toute leur hauteur, existent de nombreuses papules muqueuses discoïdes, très-saillantes,con(luentes; la plupart érosives superficiellement, quelques-unes sèches; un grand nombre sont diphthéroUesi leur surface.

Ces papules se continuent avec deux larges plaques enferme de demi-cercle qui occupent tout le pourtour de l'anus ; ces plaques de la marge de l'anus sont très-saillantes, végétantes, coupées par des rhagades profondes, dont la plupart rayonnent autour de Torilice anal comme centre. Ces plaques sont érasiveSf suintantes, et diphthéroïdes à leur surface.

Adénopathie bi-inguinale type. Quelques papules sèches à la surface interne des cuisses et dans les sillons génito-cruraux.

Âdénopatliie cervicale multiple, pas d'autres symptômes.

Diagnostic. — Papules muqueuses vulvaires érosives, discoïdes, saillantes et diphthéroïdes.

Traitement. — Lotions chlorurées, ouate; proto-iodure d'hydrar^yre, 0,05; poudre d'oxyde de zinc.

Les papules muqueuses diphthéroïdes et saillantes sont caaiérisées au crayon de nitrate d'argent.

4 mai. Les papules sont encore saillantes ; le nitrate d'ar-

gent ne parait pas les avoir améliorées; on prescrit de la pou* dre d'oxycie de zinc.

Le il. Toutes les plaques sont sèches à part une ou deux. Celles de Tanus sont presque aplaties. Celles des grandes lèvres sont saillantes en forme de mamelon. La malade demande sa sortie.

La malade se présente à la consultation, le i9 mai. L'état des lésions est à peu près le même qu'à la sortie ; plusieurs des cicatrices se sont érodées. EQe n'a fait aucun traitement au de> hors de Thôpital.

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