‹ Des syphilides vulvairesChapitre 12 sur 18 · COMPLICATIONS · texte numérisé non relu

COMPLICATIONS

Certaines conditions peuvent modifier la forme et la physionomie des accidents que nous venons d'étudier: ce sont les complications qu'elles provoquent autour d'elles.

Il est vrai de dire qu'en g^énéral les lésions vulvaires se produisent isolément, pour ainsi dire « à froid », et en laissant complètement indifférents les tissus sur lesquels elles reposent. Il est fréquent de rencontrer des malades qui portent sur les grandes lèvres des accidents secondaires multiples, sans qu'il y ait pour cela ni douleur, ni prurit, ni aucun phénomène morbide; ces lésions sont, en un mot, d'une indolence absolue. Cette condition les rend

d'autant plus graves, au point de vue de la conlag*îon, en n'apportant aucune entrave aux rapports sexuels.

Mais, fort souvent aussi, ces lésions provoquent autour d'elles des excitations locales multiples, entretenues par les conditions dont nous avons parlé, au sujet de Tétiolog^ie des accidents secondaires.

Nous citerons tout d'abord Vérythème simple de voisinag*e, qui tantôt se limite au pourtour des lésions vulvaires, tantôt s'étend de manière à produire un véritable intertrig^o qui se répand sur les parties voisines et peut envahir les plis génitocruraux, les cuisses, les aines. Toutes ces parties enflammées, baig*nées par les sécrétions fournies par les lésions vulvaires, peuvent finir par s'éroder, s'exuîcérer même ; Fépithélium macéré, s'exfolie, se détruit, et le pourtour de la vulve se présente alors sous forme d'une vaste nappe d'un rouge uniforme.

Cet intertriyo se limite le plus souvent aux surfaces d'affrontement des parties en contact, les unes avec les autres. On voit alors ces surfaces érythémateuses, souvent érosives dans une large étendue, être limitées par un bord net : c'est dans T.aire de ces surfaces que se trouve le siège de prédilection des manifestations secondaires ayant le caractère des syphilides des muqueuses.

Quand ces accidents inflammatoires siègent sur la face interne des grandes lèvres, ils constituent

une eu/vite oui est gfénéralemenl partielle, érythémateuse, souvent érosive, et vient s'ajouter aux syphilides qui oeciipent déjà la vulve.

Souvent encore le tissu cellulaire aous-niuqueux ou Eoiis-cutané prend part à l'inflammation superflcielle ; il se produit alors de petits phleg-nions circonscrits qui arrivent à suppurer et qui formentcie véritables abcès tubéreiix. Ces petits abcès circonscrits aux grandes lèvres sont extrêmement fréquents.

On rencontre ég-alement très-souvent des abcès plus considérables de la g^rande lèvre et des abcès de la g'iande vulvo-vag-inale. Ces abcès, le pus (5tant évacué, peuvent rester pendant assez long-temps à l'état fîstuleux.

Mais il est un accident beaucoup plus fréquent encore : nous voulons parler de l'œdème des parties sur lesquelles reposent ces lésions. Cet redème est fréquent au niveau des grandes et des petites lèvres : les grandes lèvres, Souvent énormément œdématiées, conservent l'empreinte du doig*l : cet œdème mou disparaît très-rapidement sous l'influence d'un traitement approprié, et doit être distingué de \'œdème dur des g-randes lèvres, dont nous parlerons tout à l'heure, et qui se différencie du précédent par sa persistance, lorsque les lésions qui l'ont provoqué ont déjà disparu, (Obs. XXII).

Ce sont généralement des /y/n/iAtmi/îVes qui donnent lieu à ces tuméfactions extrêmement dures des grandes ou des petites lèvres, Ce qu'il y a de

lremart}uable, c'est que cet accident n'est accompa>* ^né d'aucun ch^ngpemenl de coloration des tég^u*^ ments. Au palper^ les parties tuméfiées présentent une dureté tout à fait spéciale, éle^tique, rappelant la consistance du caoutchouc. CSette forme se rencontre très-souvent aux g*randes lèvres.

D'autres fois la lymphang'ite se montre avec un caractère subaigu, et la tuméfaction est alors accotâpag*née d'une roug'eur en nappe.

Les g*ang*lions lymphatiques eux-mêmes peu-^ Vfeht être atteints au milieu de tous ces phénomèhes. On a trop dit que le chancre seul retentissait sur les g^ang'iions lymphatiques : bien d'autres lésions syphilitiques peuvent les affecter. N'avons-nous pas lés syphilides cutanées du cuir chevelu, qui produiâeiit des engorgements des g»ang»lions cervicaux { des syphilides de la bouche qui entraînent des en-^ gtirgnements des g*ang*lions sous-maxiiiaires ? Il en est idéntiquettietit de même des syphilides vulvaires qui peuvent produire, elles aussi, des adénopathies des gang'lions ing*uitiaux.

Sous riîifluence des syphilides muqueuses vulraitHBs et des accidents multiples dont nous vêtions de parler, èil voit quelquefois se produire des dé« fdMUatidUs eJÉtrêmement curieuses et vraiment in* attetidUes de la vulve. Ces déformations portent priti-i cipalethetît sur les lèvres.

Les petites lèvres peuvent ainsi s'épaissir, s'indu-^ rët*, fttteitidre uri volume énorme. Nous citons à la fifi dé ce tî*ftvail î'obserVatidn d'une femme dont \A

petite lèvre g*auche était devenue énorme : elle avait un aspect piriforme, et était si volumineuse que non-seulement elle cachait Torifice vulvaire, mais l'ensemble même de la vulve (Planche III).

Les grandes lèvres se déforment aussi fréquemment; quand elles sont toutes deux très-volumineuses, elles s'aplatissent réciproquement et forment pour ainsi dire deux énormes quartiers d'orange appliqués l'un contre l'autre par leur face plane.

Quelquefois une seule lèvre se tuméfie. Ces déformations qui deviennent dans certains cas presque monstrueuses, sont remarquables par leur persistance, qui n'est cependant jamais définitive»

On rencontre quelquefois, à la suite des accidents vulvaires, une lésion assez curieuse, constituée par de petits mamelons rosés, g*ros g*énéralement comme la moitié d'un pois et très durs, qui siég^ent sur les g^randes lèvres; ils sont isolés ou confluents; dans ce dernier cas ils se réunissent pour former des masses plus volumineuses. Quand on examine ces mamelons de près, on voit qu'ils portent presque tous à leur sommet un poil. Reste à savoir si cette lésion a un caractère spécifique ? Il est plus que probable que toutes les causes qui entretiennent l'irritation de la vulve sont capables, à la Iong»ue, d'entraîner à leur suite une pareille hypertrophie.

Il est enfin une autre complication fort importante, qui est cause de difficultés diag*nostiques in-

surmon tables, je veux parler de la réunion sur une même rég'ion de deux affections à virus distinct, la syphilis et le chancre simple. Lorsque la vulve, affectée d'érosions secondaires, subit le contact des sécrétions du chancre simple, lacontag^îon est facilitée par la multiplicité des surfaces érosives. Dans ce cas, chaque syphilide est convertie en un chancre simple plus ou moins creux, et la rég^ion, ainsi affectée, offre un mélange d'accidents qui déroutent d'autant plus facilement le diag^nostic que bon nombre de lésions syphilitiques peuvent, par elles-mêmes, revêtir un aspect chancriforme.

Il est un caractère du chancre simple qui, à la vulve surtout, permet souvent d'arriver au diagnostic dans les cas difficiles sans qu'il soit absolument nécessaire de recourir à l'inoculation au moyen de la lancette : je veux parler de cette auto*inoculation qui se fait spontanément autour des ulcérations premières ; on voit alors se former, au voisinag'e des chancres simples, en nombre parfois très-considérable, de petites saillies lenticulaires, situées souvent à la base des poils. Celles-ci s'érodent rapidement à leur sommet; cette érosion, qui les surmonte, se creuse de plus en plus tout en s'étendant en larg'eur, de manière à constituer de nombreuses petites ulcérations cratériformes qui sont tout à fait pathog^nomoniques iiu chancre simple. Ces petites ulcérations g'roupées devant l'entrée du vag*in ou de l'anus sont tellement caractéristiques, qu'elles permettent quelquefois de diag^nostiquer le chancre

CMftché A^ant même qu'on Tait découvert en éoar* to;nt leâ parties^

Naturellement ces accidents peuvent amener à leur suite le bubon chancreux suppuré^

ScUrème de la petite lèvre gauche. Ecthyma vulmire.

Obs. XXm. — M... (Marie), 28 anô» Entrée le Jëjaû^fef

i86d, salle Saint-Glément^ 31.

Antécédents. — Traitée il y a deux ans et demi dans le service de M. Panas, pour un chancre infectant. Depuis cette époque, elle a eu des éi^uptions multiples.

Etat actuel. — Sdérèmç considérable de la petite lèvre gauche, qui forme en avant de la vulve une tumeur bilobée, piriforme, molle au toucher, complètement indolente, et qui gène seulement la malade pendant la marché. Au ùiveau de ces tumeurs on observe plusieurs pustules à! ecthyma spécifique desséchées et deux cicatrices rosées. Sur la face antérieure de ia lèvre gauche, des érosions légères, sans caractère spécial. (Voyez la planche III),

âur les lombes et les fesses, des papules encraùtées et des syphilides ecthj-mateuses.

Sur le cou, les jambeà, les ouïsses, le flanc, dés groupés d'éiîthyàia plat.

Traitement» -^ Proto-iodure d'hydrargyre, 0,05. Bains de vapeurs. Sparadrap de Vigo.

Lô 19. Les croûtes qtli occupaient la grande lèvre gauclie OBtdisparUi

Le 22. La petite lèvre gauche n^offre plus aucune plaie, mais elle est toujours très-volumineuse et présente une induration môllassë. On commence des bàdigednnages journaliers àVéé là teûlture d'iodure.

Le 26. La petite lèvre gauche parait avoir diminué de volume.

6 février. Plus de traceâ dés lésioûs vulvaifeë. ta peUiB lèvre demeure toujours volumineuses

i^' mars. La petite lèvre qui avait notablement diminué de grosseut* est redevenue volumineuse, pâteuse.

Le IS!. L'œdème de la lèvre continue.

Lé S6. L'cBdëme est plus fiasque et a dinùaué» Le 30. La xaalade quitte rhôpital ; soa état est coasidérable* ment amélioré*

Cette observation est un exiemple frappant de déformation de la vulve ; les lég^uments de la petite lèvre gauche énormément tuméfiée avaient pris les caraetères de la peau ; aussi les lésions situées à ce niveau étaient-elles représentées par de Tecthyma et non par une syphilide ulcéreuse.

Syphilide populeuse.

Obs. XXIV. — D... (Marie), 19 ans, entrée le 8 septembre 1868, salle Saint- Jean, 1.

Antécédents, — Cette malade rentre à Lourcine'pour la quatrième fois.

Etat actuel. — Les deux grandes lèvres sont couvertes d'ulcérations saillantes très-remarquables par leur couleur absolument blanche, d'un blanc de porcelaine; quelques-unes de ces ulcérations, Situées sur le bord libre des grandes lèvres, offrent une coloration d'un jaune serin. Cette coloration est due à un enduit assez adhérent.

Traitement. — Proto-iodure d'hydrarg., 0,08; lotions chlonnrées, etc.

19 septembre. Ictère très-prononcé.

Le 26. Vulve complètement saine.

6 octobre. L'Ictère a presque disparu.

Le 1^. Guérison; sortie.

Papuks fwlvaireê impétifiimtSBii

Obs. XXV. — C... (Ëulalie), 23 ans, entrée le 15 septembre 1868, salle Saint-Qément, 54.

Aî^ôcédeiUs. — Cette malade ^t avoir de» boutons à la vtdve depuis six mois environ.

Etat actuel. — Les grandes lèvres sont tuméfiées, très-dures, et couvertes à leur face externe dé plaques jaunâtres, à*uilë

couleur jaun^ serifiy donnant tout à fait l'aspect d'un véritable impétigo. Sur plusieurs points ces croûtes détachées laissent voir des érosions. Toute la face interne des grandes lèvres est couverte de papules érosives. C'est évidemment la même lésion sur les deux côtés des lèvres : humide d'un côté, en- 'croûtée de l'autre.

Il existe des papules volumineuses, discoïdes, sur le périnée, à la marge de l'anus, aux plis génito-cruraux.

Ti-aitement. — Proto-iodure d'hydrarg., 0,05; lotions chlorurées, etc.

18 septembre. Enorme amélioration des lésions.

Le 19. Tout est sec à la vulve.

Le 29. La malade sort guérie. ^

Ces deux observations présentent des exemples de coloration spéciale des syphiiides vulvaires.

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