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dont rextension leur était profitable , et il en est qui ont maintenant à compter avec plusieurs propriétaires.
Il n'est pas douteux cependant que les moyennes et les petites cultures soient celles qui ont conquis et continuent à conquérir le plus de terrain. Est-ce à la division des héritages , au morcellement des terres, qu'il faut l'attribuer? Il est, nous le croyons, un cas spécial, celui dans lequel le sol appartient aux hommes mêmes qui le cultivent, où il a pu en être ainsi ; dans tous les autres , le changement est venu de causes purement agricoles, de causes dont l'activité eût été la même sous tous les systèmes qui n'eussent pas comprimé trop violemment l'essor de l'ordre social.
Depuis trente ans surtout , la France a réalisé ded progrès d'une admirable rapidité. Sur tous les points de son territoire la population s'est accrue ; les villes ont grandi, et partout se sont répandus l'activité et le bien-être. Qu'en est-il résulté? c'est que de nouveaux besoins, en sollicitant les efforts du travail agricole » sont venus en modifier la direction et les formes. Ce ne sont pas seulement les racines et les plantes légu« mineuses ou potagères qu'il a fallu multiplier afin de satisfaire aux exigences croissantes de la consommation; les produits destinés aux usages industriels ont rencontré des demandes plus nombreuses et plus soutenues. C'est là ce qui a tant accru la sphère de
— esta petite culture. Plus les plantes sarclées , plus les végétaux dont la délicatesse et le prix élevé imposent beaucoup de soins et de main-d'œuvre ont pris place à coté des anciennes productions , plus la petite culture a reçu d'encouragements , plus elle a enrichi ceux qui en subsistaient, et il est vrai de dire qu'elle a marché du même pas que Taisance et les créations des arts manufacturiers.
Une autre cause n'a pas peu contribué à l'étendre. C'est elle qui s'est emparée de la majeure partie des terres maigres et arides qui demeuraient à peu près incultes dans les siècles passés. La grande culture ne pouvait lui disputer avec avantage des fonds dont l'exploitation laborieuse exigeait l'accumulation de nombreux travaux sur les mêmes points. Ces sortes de fonds lui sont restés, parce que seule elle avait le pouvoir d'en tirer des produits assez chers pour en solder la mise en rapport, et de là encore l'agrandissement progressif de son domaine.
Venons maintenant au seul genre de culture que puissent atteindre dans ses formes quelques-uns des résultats de la liberté complète des aliénations et des partages. Nous voulons parler des cultures exercées par les propriétaires eux-mêmes. S'il arrive naturellement que les terres affermées tombent aux mains des laboureurs dont le système d'exploitation est le plus lucratif, il peut arriver aussi que des propriétaires ne corrigent pas les vices de leur mode de tra-
vail, et, loin d'en adopter un meilleur, laissent détériorer celui-là même dont ils font usage. Déjà des plaintes fréquentes se sont élevées à cet égard : on a cité des exemples de champs trop morcelés pour admettre des soins féconds, de cultivateurs s'obstinant à confiner leurs labeurs sur des pièces trop éparses, sur des patrimoines trop réduits pour afbsorber tous leurs loisirs, et se laissant saisir par une indigence à laquelle il leur serait facile d'échapper. C'est là un mal qui, en effet, s'est produit sur quelques points; mais le mal est-il bien grave? Nous ne le pensons pas : car il tient à des causes évidemment passagère; et d'ailleurs , quand il dure et s'aggrave , vient un moment où il cesse de lui-même.
Les classes rurales, peut-être parce qu'elles ne leur sont devenues accessibles que récemment, ambitionnent avec une ardeur parfois excessive les jouissances de la propriété territoriale. Posséder des terres, c'est pour elles une satisfaction dont la vivacité ne leur permet pas toujours de calculer sagement ce qu'elle coûte. Ce n'est pas seulement comme au gage, à la source de leur fortune, comme aux lieux que fécondent leurs propres labeurs, que des paysans propriétaires s'attachent aux champs qu'ils possèdent ; c'est aussi comme à un titre à la considération de leurs égaux, et rien ne leur est plus pénible que d'en abandonner la moindre portion. Moins il sont éclairés, plus ce sentiment a d'empire, et rarement des
enfants qui ont aidé leur père dans ses travaux, qui ont concouru aux améliorations qu'il a réalisées, se décident & vendre l'héritage qui leur advient. Chacun d'eux veut en avoir sa part, et de là des fractionnements qui séparent et divisent les diverses portions des exploitations. D'un autre côté, parmi ceux dontlofi possessions ne suffisent pas à l'emploi de toutes leurs journées, il en est qui croiraient déchoir en travaillant au compte d'autrui ; il ; a du temps et des forces perdus ; il y a des éléments de bien-être délaissés, des souffrances qui devraient ne pas exister. Ces inconvénients assurément ont leur gravité, et il serait à souhaiter qu'ils ne se produisissent pas; mais, quoi qu'on en ait dit, s'ils sont assez communs , ils ne sauraient être de longue durée , et l'amour de la propriété , dont l'excès peut parfois les propager, ne saurait perpétuer des formes de production dont l'imperfection croissante ne permettrait pas aux cultivateurs propriétaires do soutenir la concurrence des autres producteurs.
Il est en France un certain nombre de communes où la terre a passé presque tout entière aux mains des laboureurs. Eh bien ! avec la propriété ne se sont pas éteintes, chez le paysan, les qualités industrielles qui l'en ont rendu maître ; l'intelligence de ces intérêts n'a pas disparu parce qu'il a des champs à lui : '"■1 de là, il n'en a déployé que plus d'énergie et
Blivité; et s'il est vrai que le morcâllâment de ses
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biens soit une gène, et qu'il aurait à gagner souvent à leur concentration sur un même point du territoire, du moins est-il certain que Tinconvénient est amplement compensé par l'ardeur et l'habileté des soins qu'il leur prodigue.
Supposez qu'il n'en soit pas ainsi; supposez que la mauvaise répartition ou l'exiguité des possessions de chacun vienne à réduire, à afifaiblir la quantité et la valeur des récoltes, ce qui arriverait est fort simple. La population s'appauvrirait graduellement, et des biens dont elle n'aurait pas su se servir assez habilement finiraient par lui échapper. Un tel résultat serait inévitable. Vainement des propriétaires cultivateurs voudraient-ils conserver des champs trop disséminés ou trop amoindris pour rétribuer suffisamment leurs labeurs; vainement redoubleraienl^ils d'assiduité, d'efforts et de patience : ils succomberaient à la longue 9 comme succombent tous les industriels dont les usines ou les procédés de fabrication ne peuvent plus soutenir la concurrence , et leurs terres écrasées de charges auxquelles il leur serait devenu impossible de £Biire face , iraient à de nouveaux maîtres qui ne manqueraient pas d'en charger et d'en améliorer l'usage.
On voit parfois des populations en possession des champs qu'elles cultivent courbées sous le poids d'une détresse contre laquelle tous leurs efforts de*meureat impuissants» On en aecuse Texcès du mm*
cellement territorial, comme si, dans la presque totalité des cas, le mal ne venait pas principalement de la fragilité même du genre d'industrie que la plupart de ces populations exercent. Ce qui leur adonné à la fois la petite propriété et la petite culture, c'est la nature des travaux dont elles s'occupent. Elles ne travaillent que peu pour la grosse consommation ; les denrées qu'elles s'af tachent à obtenir sont surtout celles quiy appelant beaucoup de main-d'œuvre sur peu de terrain, se vendent le plus cher, maisqui, par cela même, ont les débouchés les moins assurés, et sont le plus sujettes aux accidents. Une gelée qui détruit les arbres à fruit, une concurrence inattendue qui vient faire baisser les prix, un changement dans les demandes, en voilà assez pour frapper de ruine des hommes dont toute la fortune consiste en quelques pièces de terre, dont le produit a perdu une partie de sa valeur. Des fermiers s'en vont quand leurs capitaux cessent de rapporter les profits accoutumés, des propriétaires n'en peuvent faire autant. Cloués au sol qui leur appartient, ils persistent à lui demander leur subsistance ; leurs ressources s'épuisent peu à peu ; avec leur détresse s accroît la désorganisation du travail, et la misère s'appesantit par degré sur des familles dignes d'un meilleur sort.
Il existe dans les environs de Paris beaucoup de communes où fleurissent aux mains des propriétaires des petites cultures d'une admirable fécondité. Plus
de moitié de leur territoire est planté 6d vignes, en arbres fruitiers, en légumes : le reste seulement appartient aux herbes artificielles et aux céréales. Ce sont les consommations de la capitale qui y ont appelé cette distribution des cultures; et ce qui en a le plus accru la prospérité, c'est le haut prix des vins communs aux époques où la guerre ne laissait aux productions du Midi d'autres moyens de transport que les grandes routes. Mais depuis près de trente ans, les vins dont la vente a tant enrichi Ârgenteuil et Suresnes ont subi une baisse presque continue, et si l'ouverture de voies de communication moins dispendieuses venait ajouter aux difficultés de la concurrence dont ils ont à se défendre, nul doute que les producteurs, forcés peut-être de renoncer à la principale branche de leur industrie, auraient à lutter contre des souffrances dont le poids leur imposerait de rudes et nombreux sacrifices.
Tels sont les périls qui menacent et atteignent par* fois la plupart des cultures que leur délicatesse même confine sur d'étroites surfaces. Tout ce qui resserre le marché ou y amène de nouvelles offres suffit pour en modifier douloureusement les conditions d'existence. Elles sont dans l'ordre agricole ce que sont, dans l'ordre manufacturier, les petites industries qui pourvoient aux besoins d'une consommation raffinée; elles succombent devant des méventes et des accidents auxquels échappe le travail consacré aux productions
communes» et la population résiste d'autant moins au choc qu'elle n'a pour se soutenir que de petits capitaux engagés dans le sol, et dont elle ne peut retirer la moindre partie sans réduire le champ même où se déploie son activité»
On se plaint maintenant en Allemagne de l'état de détresse où sont tombées quelques-unes des populations rurales. Au dire de beaucoup d'agronomes, il est des villages où les paysans propriétaires ne tirent plus de leurs petits domaines que des ressources insufiisantes, et voient, d'année en année, leurs dettes augmenter et s'alourdir. Quelles qu'en soient les causes, et peut-être trouverait-on la plus efTicace dans les changements un peu brusques que l'union douanière a récemment apportés à lancienne situation des marchés, les gouvernements qui ont cherché le remède au mal dans la fiiaiion de minima d'étendue pour les parcelles de prairies et de terres labourables, auraient mieux fait de se dispenser d'agir. Le temps aurait suffi pour accomplir l'œuvre qu'ils ont prise à leur charge. Nous n'en voudrions d'autre preuve que les assertions mêmes de l'un des écrivains qui ont invoqué le plus hautement leur concours»
Voici I en effet, ce que dit M. Emile Jac({uemin dans son livre sur ï Allemagne agricole^ industrielle et politique, à l'occasion d'un village du duché de Nassau ;
« La moredleiaeiàt delà terre existe iei av06 toutes
ses funestes conséquences. Le nombre des proprié*taires du troisième degré, c'est-à-dire de ceux qui ne peuvent plus se faire aider par les animaux et sont réduits à cultiver avec la bêche^ augmente dans une progression effrayante, et avec lui augmentent aussi la pauvreté et la misère. La terre, déjà obérée» se charge de nouvelles dettes à chaque succession dans laquelle il y a plusieurs héritiers. Écrasé par ses dettes, le nouveau propriétaire, le successeur héritier ne peut plus lutter longtemps. La première mauvaise récolte le jette à bas; la grêle, une épizootie, un incendie, une baisse de prix suffisent pour compléter sa ruine. Il ne peut plus payer les intérêts des capitaux qui pèsent sur sa propriété, et la subhastation devient inévitable. La propriété passe en d'autres mains, mais y passe épuisée : car son ancien maître, faisant ressource de tout pour éloigner autant que possible le moment fatal, a vendu le fumier et le fourrage, a cherché à arracher à la terre son dernier atome de fécondité. Les neuf dixièmes des propriétés de Gemmerich sont dans cette situation extrême, et la sub* hastation y devient tous les ans plus fréquente ! »
Puis l'auteur ajoute : « Le prix d'une propriété ainsi épuisée ne peut pas être élevé, et le grand pro* priétaire a d'autant plus de facilité à l'acquérir qu*il n'a guère à redouter la concurrence des petits propriétaires. Aussi, sous le système et la législation agricoles actuels, voyons-nous, d une part, les grandes
propriétés tendre i absorber les petites, et la terre devenir la possession d'un petit nombre, et, de l'autre part, le morcellement s'étendre à l'infini. Ces deux maux font généralement en Allemagne, comme en France, d'effrayants progrès, et l'ordre de choses intermédiaire, qui devrait constituer le véritable fondement de la nation, menace de disparaître entièrement. M
Et plus loin : » Et ces su bhastations forcées ne sont plus aujourd'hui chose rare : on en compte des milliers dans une contrée relativement de peu d'étendue. C'est donc pour l'Ëtat comme pour les familles une source de maux graves; c'est surtout une source de désorganisation et de ruine pour les communes rurales; car elles sapent par la racine l'arbre de leur prospérité (1). »
Eh bien ! en admettant que les faits soient tels que les décrit M. Emile Jacquemin, et nous n'avons aucune raison d'en douter, n'est-il pas évident qu'il est un terme où s'arrête leur cours et que de l'aggravation même du mal sort à la fln le remède. Voici des cultivateurs que la qualité de propriélaire a poussés hors des voies où pouvait fleurir leur industrie : le sol qui leur appartient, ils l'ont laissé se découper, s'éparpiller de telle sorte qu'il ne répond
1) VAUemanMagHeolt, induitrielli et poiitiqut, par Émik Jicqueii pagM m et M
plus aux efforts de leur travail. Qu'en résulte-t-il? c'est que les immeubles, dont ils n'ont pas maintenu la fécondité, passent à de nouveaux maîtres, et qu'à des cultures appauvries en succèdent de plus riches et mieux entendues. Ce qui se voit à Gemmerich, c'est l'accomplissement d'une loi qui suffît h toutes les transformations de l'ordre économique, de la loi qui condamne les producteurs incapables à laisser h des rivaux plus habiles les agents de la production dont ils ne savent pas faire bon usage.
Cette loi n'est pas autre en agriculture qu'en industrie manufacturière et commerciale, et la possession du sol n'en affranchit pas les cultivateurs. Du moment où leur mode de culture ne rend pas tout ce qu'un autre mode pourrait donner; du moment où. ils n'acceptent pas les conditions qui seules pourraient le régénérer, leur ruine devient inévitable. S'ils résistent en consommant peu à peu le fonds même, le capital territorial, le fonds, à la fîn, s'épuise sous le poids des hypothèques, et vient toujours l'époque où choses et personnes changent à la fois.
Petite ou grande propriété, petite ou grande culture, peu importe en pareil cas l'ordre qui vient à prévaloir ; car cet ordre vaut toujours mieux que celui qu'il remplace. Tout système nouveau ne réussit à prendre possession du sol qu'à la condition de satisfaire aux nécessitésde la situation. S'il en était autrement, ce système ne s'installerait pas ou ne tarderait
pas à disparaître. Le régime économique que bannit maintenant de Gemmerich l'expropriation forcée ne l'avait emporté antérieurement qu'à raison d'une supériorité qu'il a perdue; peut-être le régime qui, aujourd'hui, vient s'y substituer, sera-t-il vaincu à son tour. De telles mutations sont fréquentes et ne s'accomplissent pas sans laisser des maux et des soufjfrances; mais Pissue en est conforme à l'intérêt social; car elles ne changent Tétai préexistant que pour apporter au travail des améliorations qui multiplient les richesses qu'il crée et distribue dans tous les rangs.
Mais, dit M. Jacquemin, les terres, avant de passer dans de nouvelles mains, ont été détériorées, fatiguées, épuisées; et c'est à vil prix que les subhastations en disposent. Et qu'y a-t-il donc en cela dont il faille s'étonner? Ce que font de petits propriétaires dans l'espérance vaine de se maintenir en possession d'un patrimoine auquel les attachent tant de liens d'intérêt et d'affection, ne voit-on pas des hommes plus éclairés qu'eux le faire également? Combien de manufacturiers, par exemple, persistent à garder des usines qu'ils n'ont pas les moyens de mettre en état de soutenir la concurrence locale 1 Eux aussi font argent de tout ce qu'ils peuvent détacher du fonds : ventes de mobilier et de machines, emprunts onéreux, ils ne reculent devant aucun moyen de retarder le jour d'une faillite inévitable, et quand il leur faut
abandonner le siège de leur industrie, les nouveaux acquéreurs n'y trouvent que des bâtiments dégradés, des moteurs usés, des appareils incomplets et vieillis* Et il n'est pas même besoin d'être mû par le double attachement qu'inspire l'union de la propriété et de l'exploitation pour se laisser entraîner à de semblables erreurs. Aucun pays ne manque de propriétaires qui achèvent de se ruiner en essayant de conserver des biens dont le revenu ne suffit plus à l'acquittement des intérêts de leurs dettes. Us abattent des futaies avant l'âge ; ils laissent sans réparation des constructions ou des clôtures qui croulent» ils affaiblissent les baux a6n d'obtenir des fermiers quelques avances indispensables à leurs besoins, et, en éloignant le moment de l'expropriation, ils ne font qu'aggraver une situation dont la détresse devient k la fin irréparable. Comme tous les sentiments à l'énergie desquels est confié le développement de Tordre et de la puissance sociale, l'amour de la propriété suscite des passions qui ont leurs excès et leurs mécomptes. Mais, pour quelques abus et quelques méprises qu'il enfante, combien d'avantages en sont le résultat! Voyez quelle industrieuse activité il entretient dans toutes les campagnes dont les cultures mixtes approvisionnent Paris de fruits, de légumes, de denrées délicates et chères. Là, des hommes qui, dans l'origine n'étaient que de pauvres journaliers, ont conquis, pied à pied, le terrain qu'ils occupent ; et à peine en sont-ils devenus
— soles maîtres, que de toutes parts sY sont réalisées dés améliorations dont leurs prédécesseurs, propriétaires etfermiers, ne soupçonnaient pas même la possibilité. Plantations, amendements, fumures, nivellement et défoncement du sol, rien de ce qui promettait des bénéfices n'a coûté à des cultivateurslibres de compter avec Tavenir etsûrs de recueillir eux-mêmes les fruits de leurs œuvres. Nulle part tant d'épargnes lentement amassées n'ont été confiées à la terre, nulle part elle n'a reçu de soins plus Ingénieux et plus assidus, et nulle part non plus les riches récoltes qu'elle donne ne répandent une aisance plus générale et mieux méritée.
Et ce n'est pas seulement dans le voisinage de grandes villes dont les consommations facilitent et rétribuent largement des genres particuliers de travail, qu'on voit Tunion dans les mêmes mains de la propriété et de la culture si féconde en excellents résultats. D'autres points de la France» la plupart des cantons de la Suisse , l'Eydersted et quelques parties du Wurtemberg offrent de pareils exemples. Et puis, s'il est vrai que rattachement trop passionné des cultivateurs pour les champs dont ils ont hérité puisse, dans certains cas, réduire les cultures à des dimensions trop étroites pour assurer le bien-être de ceux qui l'exercent, n'est-il pas avéré que le même fait se reproduit dans des pays où la classe rurale ne jouit pas des avantages de la propriété? Ne voit-on
pas les métayers de la Terre de Taboiir, de plusieurs points de la Marche d'Ancône et des autres éfats de l'Italie, dans une indigence dont leur infatigable activité aurait dû les préserver? El les plus vastes domaines de l'Irlande ne sont-ils pas couverts de multitudes de pauvres cotagers , écrasés sous le poids des rentes énormes qu'on leur fait payer pour des parcelles dont rétendue insuftisante les condamne à végéter dans la misère la plus désolante?
11 y a plus : nulle part au monde les crises agricoles ne sont plus rudes et plus fréquentes que dans les comtés de l'Angleterre. La concurrence y tient constamment les baux .au plus haut point d'élévation, et il suffit d'une baisse, quelque peu durable dans le prix des denrées qu'ils produisent, pour mettre un grand nombre de fermiers hors d'état* de remplir leurs engagements.
C'est donc à tort qu'on imagine que les petits propriétaires cultivateurs sont seuls exposés à des maux qui se retrouvent les mêmes , ou plus graves encore, dans beaucoup de contrées oh le sol, cultivé par des fermiers de divers ordres, n'appartient qu'à des possesseurs riches et étrangers aux soins de l'exploitation. Autres sont partout les circonstances qui déterminent l'organisation des cultures et celles qui président à la distribution des immeubles. Produire au meilleur marché possible, afin de pouvoir vendre au même prix que les autres producteurs, voilà la nécessité qui
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ne cesse pas plus de régir h travail agrie^ que le travail iodostriel. Cette nécessité, tous les cultivateurs la connaissent : tous, propriétaires ou fermiers, lui obéissent y parce que tous savent que la terre, aussi bien que les capitaux mobiliers , ne demeure pas longtemps aux mains qui ne savent pas en mettre i proGt toute la fécondité.
Il ne résulte pas toutefois de ceci, que nous contestions aux régimes adoptés, en matière d'héritage et d'aliénation territoriale, toute espèce d action sur l'état des campagnes. Ici, il n'est question que des dimensions de la culture y et si nous maintenons que ces dimensions ne dépendent que dans peu de cas des formes de la propriété , là s'arrêtent le sens et la portée de nos assertions. Les lois civiles, nous le savons, affectent toutes les parties de l'économie sociale, et l'agriculture n'échappe pas h jeur influence. S'il ne leur est pas donné de la confifier dans tel ou tel cadre, de lui tracer des modes d'application invariables , du moins ontrçUes prise sur son développement et peuvent-elles, en facilitant ou en entravant l'essor des richesses et de l'industrie, hâter ou retar^ der les transformations qui en accroissent la prospérité.
A cet égard, des lois qui ne mettent aucun obstacle ila circulation et à la diffusion de la propriété, et des lois qui la réservent au petit nombre ou tendent à lui fixer des proportions artificielles, n'ont pas les
mêmes effets. Les uses» en laissait la terre aeee»> siUe ï tons, placent h société tout entière sons Yixstpulnon des mobiles les plus essentiels à ses progrès; les autres , suivant la mesure des restrictions qu^elles imposent, nuisent à la formation des habitudes d'ordre , d'économie et d'activité dont les classes laborieuses ont besoin pour déployer toute leur capacité productive; mais, nousle répétons, ce n'est pas sur les formes de la culture, c'est sur sa fécondité que de telles lois influent. Que ceux des états de l'Allemagne qui frappent d'indivisibilité les parcelles territoriales dont ils jugent Tamoindrissement incompatible avec l'intérêt agricole, y réfléchissent; ils reconnaîtront combien leurs prescriptions vont peu au but : car ces mêmes champs dont elles n'autorisent la vente qu'à un seul acquéreur, elles ne sauraient empêcher les propriétaires, s'ils y trouvaient quelque avantage, de les diviser entre plusieurs locataires. Quand on prétend en régler les procédés d'exploitation , c'est à la culture même, et non à la propriété, qu'il faudrait s'adresser; mais alors que d'entraves et de gênes pèseraient sur une industrie qui ne fleurit qu'à la condition de suivre la consommation dans ses variations successives! Que d'embarras, de difficultés, d'impossibilités ne tarderaient pas à révéler l'erreur de la tentative ! Les faits agricoles sont de ceux dont la sagesse gouvernementale n'est jamais assez sûre de démêler les complications ou de saisir l'ensemble.
pour qu il lui soit permis d'en régler le cours ; et toutes les fois qu'elle l'essaye, c'est sous peine d'évoquer des inconvénients plus graves que ceux-là même qu'elle se propose de supprimer.