CHAPITRE IV
De finflacnce des modes de culture sur rdconomie sociale.
Mous voîci maintenant sur un nouveau terrain* Jusqu'iei, nos recherches ont porté sur ks causes de la diversité des systèmes agricoles et sur leur degré relatif de puissance et d'énergie productive* I) nou» fiuit maintenant examiner quelle est leur influaioe siurTétat social. Tous, pour réaliser un produit net é^l, n'exigent pas les mêmes quantités de main* d'œnvre; tous n attachait pas à la terre pareil nonbra de familles. Or, de telles différences réagissent né« cessairement sur la densité et la composition des populations, et ce sont là des faits trop considérables pour ne pas devoir être appréciés dans leurs principales conséquences.
DèsTorigine du débat sur les grandes et les petites fermes, ce fut là d'ailleurs le côté de la question qui souleva les controverses les plus épineuses. c( Plus la culture épargne d*hommes, plus elle fournit à d'autres hommes de moyens de subsistance, » disait Arthur Young; puis, érigeant cette assertion en axiome incontestable, il en partait pour affirmer que la grande culture étant celle qui emploie le moins de bras, avait, à plus haut degré que les autres, le don de susciter les progrès du commerce, des arts et de la richesse. De nos jours, cette opinion garde encore beau-
coup d'empire, et il est des écrivains qui cherchent enoore dans les rapports de nombre établis entre les cnltivâtears et le reste de la population la véritable mesure de la prospérité rurale et de la puissance industrielle des nations. Examinons donc ce qu'il y a d'admissible dans cette opinion. Nous commencerons par constater les faits, puis nous en pèserons les conséquences.
Sous qu^ue régira» qu'il soit obtenu, le produit delà terre se divise en deux portions, Tune qui remiMmrse les frais et rémunère les efiorts du travail , Vautre qui, subvenant au payement des fermages, des impàts, et des intérêts des capitaux empruntés, devient naturdlement le partage des classes étrangères aux oeeiipatioiks rurales. Cette portion n'est pas tonteCNs la seule dont ces classes tirent leurs moyens dénutrition. Les laboureurs eux-mêmes cmt besoin d'objets manufacturés; riches ou pauvres, fermiers ou journaliers, tous ont à payer des dépenses de mobilier, de logement, de vêfements, et tous en prélèvent le montant sur la part qui leur revient à titre de profits et de salaires.
Maintenant, tous les modes de culture n'emploient pas le même nombre de bras pour réaliser en quantité égale la portion du produit total que les cuiti* wteors ne se réservent pas, et de là des diffa-ence» dans le chiffre et la prc^portion des diverses parties de la population.
Supposez, par exemple, deux contrées oii la partie des récoltes qui revient aux propriétaires sous forme de fermages suffise pour alimenter soixante habitants par kilomètre carré, mais où il faille dans Tune soixante cultivateurs pour la réaliser, et dans lautre trente seulement; il s'ensuivra déjà des disparates considérables , et dans le chiffre de la population générale , et dans la force respective des classes rurales et des classes mercantiles et manufacturières. Ce ne seront pas les seules. Les cultivateurs consomment et achètent des articles fabriqués ; en échange , ils donnent une portion des fruits de leur propre travail , et en admettant que cette portion forme le tiers de ce qu'il faut à un homme pour subsister (1), il y aura, d'un côté, vingt personnes, et, de l'autre, dix en sus de celles que nourrit la somme des produits qui ne payent pas le travail agricole. Voici, dès lors, quels seraient les résultats définitifs :
Proportions des Autres Population cultiytteurs à la CuUiyateurs. individus. toUle. population totale. !'« contrée. .60 80 140 48 p. 0/0
2« contrée. . 30 70 100 30 p. 0/0
Ces chiffres montrent de quelle manière peuvent
(1) II est inutile, je pense, de rappeler que les salaires, sous quelque forme qu'ils soient alloués, représentent et sont en réalité une portion des produits que ceux qui les reçoivent concourent à créer. Le fermier ne solde en argent les ouvriers qu'en vendant les grains qu'il récolte, et ces grains arrivent au reste de la population tout aussi bien que si l'ouvrier, les ayant reçus en nature, les échangeait lui-même contre le numéraire dont il use pour acheter tous les objets dont il a besoin.
influer sur l'état social des systèmes d'exploitation qui n'obtiennent le même produit net qu'avec l'assistance d'inégales quantités de bras. Ici , et les chiffres que nous avons présentés répondent à des faits réels» nous trouvons, sous les systèmes mis en regard , des populations qui diffèrent à la fois et par leur ensemble total, et par les occupations entre lesquelles elles se partagent; mais, il est essentiel de le remarquer, si le mode de culture qui retient le plus de familles dans les campagnes entretient , proportionnellement à ce nombre, le moins d'industriels, c'est en même temps celui qui, à raison des superficies données, en alimente le plus ; car il en fait subsister quatre-vingts par kilomètre carré; l'autre, au contraire, n'en peut nourir que soixante-dix.
De toutes les sortes de culture, c'est la petite qui, à cause de l'espèce des productions qu'elle s'attache à recueillir, requiert toujours le plus de main-d'œuvre. Aussi , toutes les fois qu'elle obtient autant d'excédant que les autres, lui faut-il un surcroît de produit brut qui, tout en rétribuant un nombre additionnel de cultivateurs, finit par passer en partie aux mains des artisans et en accroît la quantité. Ainsi, tout en créant de tout autres proportions que la grande entre les diverses fractions de la population , n'en est-elle pas moins celle qui, à superficie pareille, offrant le plus de moyens de subsistancCi multiplie le plus et les unes et les autres.
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C'est là ce dont les &its , partout a6 il est possible de les oonsfater arec quelque préeîsîon , rendent pleinement témoignage (1).
Nulle part la grande culture ne tient autant de place qu'en Angleterre, et nulle part n'existe tant de disproportion entre les diverses elasses de la popu« latîcm. On n'y compte pas vingl-neuf cultiTateurs sur cent personnes de toute profession , et en admettant qu'un quinzième des moyens de subsistance soit importé chaque année, on ne trouTeraît encore que moins de yingt-neuf cultivateurs sur quatrevingt-treize personnes vivant des produite mêmes du sol (2), ce qui donnerait 31 sur 100.
(1) Il çst ici trèt-difGcile d'obtenir des informations bien exactes. D'abord, il est des points où les exportations et les importations de subsistaices sont assez oonsidérables pour inflaer sur les quantités de population industrielle. £n second lieu, il en est où bon nombre de cidtivaleiirs s'appliquent à des travaux manufacturiers > et où» par conséquent» les classifications sont assez incertaines. Il faut donc se contenter de données approximatives: nous pensons toutefois que celies dont nous ferons usage offriront des contrastes assez marqnés pour qu'il en sorte one juste appréciation de la généralité des faits.
(2) Les importations en grains de TAngleterre consistent, en moyenne annuelle , en 5 mflUons d'hectolitres fournis par l'Irlande, et plus de 1400,000 hectolitres de blé d'atiires provenances. De plus, TÉensie et l'Irlande lui envoient beaucoup d'animaux de boucherie , et elle tire du continent de notables quantités de légumes, de produits d'étable et de basse-cour. Ànssi est-ce évaluer très-bas que de ne porter qu'au quinzième desconsommations alimentaires la masse de celles aaïqueUes satisfont des denrées venues du dehors.
Gemme, déduction faite des semences, il reste à l'Angleterre un pro duit brut disponible qui eicède 3 milliards de francs, et que le montant
Ëa Belgique, en Italie^ en France, sur tous les points où la terre rend un produit net et égai on supérieur à celui de l'ADgietem, le nombre descolttvateurs , oooiparé à lensemble de la population, s'élève en raison inverse de letendue des cultures. Il est de plus de 40 p. 0/0 dans celles des provinces belges dont Anvers et Gand sont les chefs-lieux, de
des fiannages y dépasse à peine 703 millions^ peut-être ne ser»i4 ^«ans intérêt d'indiquer par quelles voies les moyens de subiîftaneei aniTent à tant de personnes étrangères à la culture. Nos eiûfres ne doivent étn; considérés que comme de simples approximations.
Produit bruit à répartir, déduction Caite des aerneocei. 1,000,000,000