PORTION QUI ÉCHOIT AUX CLASSES NON AGRICOLES
MonUBt des feranages 700,000^000
Otnes et imp^ payés directement par les fermiers 2104MO,000
véMmSM BU CLAltBS AiGSUCOL».
CoBCfnoent dans le payemeoi des iropôte de consommation et indirects dOOX)00,000
Oiarges d'entretien et réparation du nobiiknr d'exploitation tlSO,000,000
Dépenses des fermiers dans lenrs ménages, iesdites dépenses acquittées fur le montant des intérêts et profits qu'ils tirent, à raison de 10 p. 0/0 au moins, d'un capital d'environ milliards et demi 340,000,000
Dépenses des ouvriers et domestiques, autres que dépenses et nourriture, un peu plus du tiem de leun gages 090,000,000
Valeur totale des moyeaa de subsisUnee
qui r o t ten nent ma dasses mercantiles et
manufacturières. . . '. 2,020,000,000
44 eu Toscane et en Liombardie , de 40 en moyenne dans les deux départements de l'Alsace, et de 43 dans le département du Nord (1).
Voici des chiffres qui marquent le montant des différences à cet égard.
PAR KILOM&TRB CAIRlî.
Population Nombre des Autre totale. laboureurs, population.
Angleterre 93 27 66
Partie de la France située entre la frontière de la Belgique , l'Oise , la mer et les limites du Maine et de la Bretagne. Celte région, qui comprend, outre la section du nord que
(1) Il serait impossible de garantir la parfaite eiactitude de ces divers chiffres. Ceux qui se rapportent à l'Italie nous semblent d'autant plus vrais qu'ils sont en rapport avec les proportions dans lesquelles les récoltes se partagent entre les propriétaires et les métayers. Pour la Belgique, des recherches faites assez récemment ont porté la population agricole des deux Flandres à 60 p. 0/0 du chiffre total. Mais il est essentiel de remarquer que nulle part ne se trouvent tant de cultivateurs exerçant une industrie manufacturière. Les petites fermes du pays de Waes, entre autres» sont aussi de petites manufactures. En France, ce sont les conseils de révision qui fournissent les données sur le classement des populations , et là où se mêlent dans les villages des industries diverses, les réponses des jeunes gens interrogés sur leurs professions peuvent amener quelques incertitudes. Mais une cause d'incertitude plus grande sur la véritable répartition natt du mouvement des importations et des exportations de subsistances. L'Angleterre importe le treizième environ de ses consommations alimentaires , et il est en France des départements, comme celui delà Seine-Inférieure, dont une très-forte partie des subsistances vient des départements voisins. En pareille matière, il faut se contenter d'ap« proximations.
nottf avons comparée au nord de rAngietcrre, toute la Normandie, a en étendue plus du tiers de l'Angleterre et obtient en moyenne à peu près le même produit net (1). . 97 34 63
Alsace.— Départements du Haut- Bbin et du Bas-Rhin 117 47 70
Département du Nord 191 82 109
Belgique. — Flandre orientale et province d'Anvers 188 80 108
Italie. — Lombardie 121 53 68
Ces chiffres montrent combien , à raison des quantités de main-d'œuvre dont ils ont besoin, les divers modes d'exploitation influent sur la composition et la densité des populations. Les différences qu'ils expriment sont néanmoins attéimées par le manque d'uniformité complète des cultures. Partout il en existe un certain mélange ; et en France, entre autres , la région qui nous a fourni nos termes de comparaison
(1) La moyenne générale du revenu net de l'Angleterre est d'un peu moins de 62 fr. par hectare : or, en supposant que, pour compenser toutes les différences de prii entre les diverses denrées, il faille n'évaluer l'hectolitre de blé qu'à 22 fr., la part des rentes ou fermages serait de 282 litres. Dans la région de la France que nous mentionnons, le prix moyen des baux monte à plus de 55 ft*., ce qui , en comptant le blé à 18 fr. l'hectolitre, fait au delà de 300 litres. On remarquera que si la section de la France à laquelle se rapportent nos chiffres ne contient que soixantehuit industriels ou trois industriels de moins que l'Angleterre, le fait s'explique par les importations qui, dans ce dernier pays, nourrissent six à sept personnes étrangères à l'agriculture. L'Angleterre, qui envoie tant de produits manufacturés aux nations étrangères, demande naturellement au dehors une partie des moyens de subsistance dont vivent des familles auxquelles ne suffit plus son produit agricole.
non-seulement contient autant de fermes moyenoee que de petites, mais en compte aussi bon nombre de grandes. S'il nous fallait réduire les faits en chiffres définitifs, nous dirions qu'en moyenne et au degré d'habileté où l'art est arrivé de nos jours, tandis que la petite culture emploie plus de quarante cultivateurs pour réaliser un excédant qui puisse nourrir soiiante autres personnes , la grande n'en nécessite pas tout à fait trente.
Dans tous les cas, ce qu'il importe et ce qu'il suffit de constater, c'est qu'à superficie semblable la petite culture, tout en peuplant davantage les campagnes, «st, de toutes, celle qui entretient le plus de familles exemptes de soins agricoles. Son produit net, du moment où il n'est pas moindre que celui des autres, commence par en faire subsister autant ; puis la porticm de produit brut à l'aide de laquelle le surcroît de laboureurs qu'elle occupe pourvoit à ses besoins en produits ouvrés, en alimente une quantité additionnelle. C'est ce qui ressort de tous les chiffres, un seul excepté. Or, celui-là même devient confirroatif quand nous tenons compte des importations qui nourrissent un quinzième au moins de la population de l'Angleterre 9 et qui réduisent à moins de soixante par kilomètre carrelé nombre des individus auxquels vingt-sept cultivateurs fournissent la sub« mtance.
Quelles sont les conséquences des proportions si
difféfenteg qae les divwS' in«de& d'orgmîsatîoiii agri«* cole élUtblisBeDÉ entre toates les fractions des pepidttion»? Efiè-il bon que la culture B'eocupe<f»e très« peu de familles^^, et que le&avAfes industries en oceupBntpropûr1ioDnellemeiktdavavt«ge?Ged aV jamais &U doute cbAS Te^firtt des pattîsaiis des grandes fem mesy et le meindce noaabpe de bras que ces fermes emptoîe»! ieur a piirii V un de leurs principaux titres à la supériorité.
£b bien, to«t dans cette opimoii ne repose qoe smr une fausse aippréciation des faits. On a remavqué que ks contrées tes moûas ayaneées n'onéque peu de TÎe et d'activité uidastrielle, et on en a conclu c^aA n'en était amsi que parce q«e l'agrirakure y oecu*paît teop de bras; or, rien de pl«6 faux^ c&e h nmatque de vie induatrieUe ne tient jamais qu'an dé&ut des coBBaissances et des ressourees applicables k d'autres soins que ceux de la terre. Ceq«ri partout détermine la quantité des £Amill«6 yeuées à l'exerctee des affts ^ du eamnieroe , e'eat k quantité même de eapilai qui rétribue leiars labeurSi. Jamais ik» genre de production n'amasse les moyens d'offrir un nouveian salaire sans qu'il swrviemie wsl bomme pour en sub^ skter : c'est un point auquel ponrvoit stifâsamment le développement naturdi des populations toutes les fois qu'elles, croissent en ridnesse et &à lumièt es.
Aussi , pour que certaines formes de culture pusH* sent arrêter on limita l'essor de l'industrie, fau-
drait-il qu'elles eussent pour effet de réduire les épargnes dont raccumulation étend et diversifie les applications du travail : or, cela est de toute impossibilité. Nul cultivateur n'obtient ou ne garde la terre qu'à la condition d'en payer la plus haute rente qu'elle peut donner; et, d'un autre côté, nul journalier n'est admis à prendre part au travail qu'autant qu'il ajoute au produit, outre l'équivalent de ses gages, un surplus à titre d'intérêts et profits du montant des sommes qu'il reçoit. Aussi, quelques dépenses que coûte la main-d'œuvre, ces dépenses n'en rentrent pas moins grossies d'un excédant égal h celui que donne tout autre emploi de capital, et il s'ensuit qu'elles contribuent dans la mesure habituelle à la formation des épargnes dont la société a besoin pour s'ouvrir de nouvelles voies de production. Il n'y a donc, comme on le voit, dans la force des classes rurales rien qui puisse faire obstacle au développement des autres. Quelque nombre de bras qu'il lui faille, l'agriculture n'en ôte pas à l'industrie manufacturière : celle-ci en a toujours autant qu'il lui est possible d'en payer, et cela est si vrai , qu'il est des pays , comme l'Angleterre et la Hollande , où , grâce à l'abondance des capitaux amassés , il existe plus de population que n'en saurait nourrir la portion des récoltes dont ceux qui les obtiennent peuvent se passer.
Qu'y a-t-il donc à examiner ici? Une seule ques-
tion, et, au fond, une question fort simple : celle de savoir ce que les sociétés gagnent ou perdent à ce qu'à côté de classes dont le chiffre est donné par la quantité de capital affecté aux entreprises commerciales et manufacturières, subsiste plus ou moins de population rurale. Ainsi réduite & ses véritables termes, la question devient facile & résoudre.
En effet, tout consiste & reconnaître , d'une part, s'il est avantageux aux États de renfermer dans leur sein des populations plus ou moins nombreuses, et, de l'autre , quelle influence produit sur le sort des classes industrielles la présence de quantités différentes de familles occupées de soins agricoles. Attachons-nous d'abord au premier point.
Jusqu'ici la prospérité des États vue d'ensemble s'est rattachée par des liens étroits au degré de densité des populations qu'ils contiennent. Ce n'est pas seulement la force et la puissance publiques qui croissent en raison de la quantité des familles réunies sur le territoire, c'est aussi l'activité et la richesse sociales. A moins qu'un concours extraordinaire de circonstances né déjoue leurs efforts, les hommes, considérés en masse, n'arrivent ici-bas que pour y créer plus d'éléments de production qu'ils n'en épuisent, et plus ils se serrent sur le sol qui les porte, plus leurs travaux ajoutent à sa fécondité. C'est là ce dont rend témoignagele mouvement tout entier de la civilisation. A mesure quelesdifférentescontréessesont peuplées davantage.
deiàOuveUesFessouroesyontfacitité lesoeuvresles plus néoessaires au hien-éire eomnoiuii; les capitaux et les occupations s'y sont maltipliés, et avec le nombre de leurs habitants ont crik plus rapidement encore la richesse et laisanoe. De qudlque part que soit yenu raecnoîseenaent , qa'ii se soit accompli dans les eampagnes o«i dans les villes, dans les fermes ou dans les maatt£ao(ures, Tefiiet, toutes ies fois qu'il est sorti de €a4ifies naturelles, en a toujours été le même, toujours boa et profitable à tous.
Il n'y aurait qu'un oas otk l'existence d'un surplus de population du aux formes de la culture pourrait devenir regrettable : ce serait si, comme Ta supposé Arthur Young, ce surplus se composait nécessairement de familles condamnées à v^éter dans l'ignosaoee et la misère. Mais sur quels faits s appuie cette asBertioa, q«e contrediraient au besoin toutes les ob* servations recueillies par la science? Nulle part la gituatioa des labocireurs ne dépend de leur nom^ bre absolu ou relatif; nulle part ils n'ont un sort moîas heunnui que ceux des industriels qui, comme eux, subsistent de salaires et de profits de capitaux. Eatpe les ressouices dont ils jouissent et celles qui appaiiiettiient aux classes manufacturières se rencontsmt des proportions dont le maintien est assxrré par Tafflu^aifiB des iiidivvdos vers les occupatiotts qui de^ vîeiin^it les plos lucratives. En agrienlture comme dans les autres pmlessiims , maîtres et journaliem
obtiennent toat ce qui , dans la mesure du moment^ revieîit à toutes les sortes de productions et de mainr d'oeuvre, et s'il arrive que d'ordinaire l'ouvrier des campagnes soit un peu moins chèrement payé que celui des villes, c'est qu'il préfère un genre de labeurs dont la régularité continue le préserve de chômages féconds en souffrances.
Quant à l'idée tant de fois reproduite que les grandes fermes contribuent plus que les petites aa bien-être des populations qu'elles font travailler, à peine mérite-t-elle quelque mention. Toute la différence qui se rencontre entre les deux systèmes , c'est qu'il y a dans l'un peu de maîtres et beaucoup de journaliers ; dans l'autre, plus de maîtres et moins de journaliers. Or, ne serait-ce pas là plutôt une raison à faire valoir en faveur du dernier? En effet, d'une part, il fait des avantages bien réels de l'indépendance le partage d'un plus grand nombre d'in* dividus; de l'autre, en étendant pour les simples ouvriers la faculté de choisir leurs chefs, il relève leur condition et leur assure plus d'égards. Ce qui est certain , c'est que, dans les petites fermes, la distance est peu marquée entre les deux classes ; les servit&ars font en quelque sorte partie de la famille ; oe sont des compagnons de travail plus encore que dos silariés; et de là, dans les relations, plus de éoa^ OMr, de bienveillance et de sûreté.
L'efiet des culture» qui réckiment le plus de main-
d'œuvre se borne donc & ajouter & la population, qui subsisterait également sous tout autre régime rural , un surplus dont l'existence ne présente aucun inconvénient particulier. Dès lors, il n'y a k juger les conséquences de la présence de ce surplus que par les règles applicables au degré de densité des populations, et il faut le considérer comme une addition ulile, comme une de ces additions qui, en multi*pliant le nombre des habitants d'un pays, en augmentent la force et l'activité.
Il y a plus. Sans admettre tout ce qu'ont d'exagéré les plaintes auxquelles donne lieu, dans la plupart des États de l'Europe , Tagglomération rapide des populations manufacturières, il est impossible de méconnaître que jusqu'ici la fluctuation des salaires alloués à ces populations, et quelques influences du régime d'atelier ont eu pour elles des inconvénients qui, s'ils continuaient k s'aggraver, ne manqueraient pas de les faire déchoir physiquement et même moralement. Aussi , importe-t-il qu'à côté d'elles subsistent, en nombre considérable, d'autres populations plus robustes, plus saines, plus calmes, puisant dans la vie des champs les qualités qui font la force des sociétés et leur permettent de soutenir toutes les épreuves. Or, cet effet, les cultures qui employent la plus grande quantité de bras le produisent plus largement que les autres, et c'est là un avantage dont il ne faut pas négliger de leur tenir compte.
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Maintenant, quelle influence particulière exerce sur le bien-être du reste de la population le surcroît d'habitants que les petites cultures donnent aux con* trées où elles prévalent? Peu de mots suffiront pour le dire.
De tous les mobiles de l'industrie mercantile et manufacturière, le plus efficace, c'est l'étendue et la sûreté du marché. Plus cette industrie a de consommateurs à pourvoir, plus la subdivision de ses travaux permet d'en perfectionner les procédés, plus les entreprises se multiplient , plus s'élargissent les sources où les classes qui l'exercent puisent les bénéfices qui les font avancer. Or, c'est précisément une extension du marché qu'assurent à ces classes les systèmes d'exploitation qui, pour réaliser autant de produit net que les autres, exigent davantage de main-d'œuvre. Le surcroît de population que ces systèmes font subsister ne vit pas seulement des fruits de la terre : il lui faut des demeures, des meubles, des vêtements, des outils, des articles manufacturés; à ces sortes de consommations est affectée une partie du revenu qu'il se fait, et forte ou faible, cette portion, en arrivant aux classes industrielles, ajoute aux moyens de vie et de bien-être dont la possession leur permet de déployer leurs forces et de croître en nombre et en prospérité.
C'est quelque chose aussi que la sûreté conférée aux débouchés par l'espèce des demandes que forment
les fiimilles rurales. Bien que les capitaux qu'elles attirent rendent è peu près les mêmes bénéfices, foutes les industries n'assurent pas également l'atsanoe de ceux dent elles payent les labeurs. A cet égard , tout dépend de la régularité des salaires qu'elles distribuent, et, dans l'intérêt des travailleurs, jamais celles dont les créations sont destinées à des exportations lointaines ou è satisfaire aux goûts élégants et Tarisblés des classes opulentes ne valent les industries qui^ fravaillant pour la grosse consommation, n'ont à redouter ni les méventes , ni les accidents dus aux caprices de la mode et aux basards de la spéculation. Eh bien ! ce sont celles-ci que multiplient principa* lement les consommations du supplément de popula* tion entretenu par les petites cultures. Les familles dont ce supplément se compose ne réclament guère que des produits dont la nécessité garantit constamment le placement , et plus elles sont nombreuses, plus leurs demandes concourent à accroître , au pro^ fit des classes manufecturières, la quantité des oc-^ eupations dont la stabilité répand le bien-être le plus continu. Ainsi , extension et sûreté du marché, voilà ee qui résulte de l'existence de fortes popula-* tiens agricoles. Assurément ee sont là des avantages assez considérables pour qu'il soit impossible d'en méconnaître l'importance et la réalité.
Yoyes , au surplus , avec quelle peine l'Angleterre ttttte contre les inconvénients inhérents k h privation
de œs avantages. Aucftn pays n'a des capitaux si abondants , et n*a réalisé tant de prodiges d'habileté maniifacturiére ; aucun pays ne s'est ouvert au dehors des débouchés aussi rastes, et pourtant aucon n'éprouTB aussi fréquemment de douloureuses crises commerciales. C'est que des marchés trop éloignés, pour laisser prévoir toutes les fluctuations dent ils sont te théâtre, ne sont qu'un faible dédommagement de k faiblesse relative du nombre des consommateurs^ i^pandus dans les campagnes. Vainemeni les spécu*^ lateurs et les fabricants consultent-ils toutes les données de l'expérience, des éventualités imprévues trompent kurs eombinaisoais ; k teut moment, des> débouchés sur lesquels ils comptaient ne peuvent ao* cueillir leurs expcditions ; F encombrement des produits commence» et des populations devant lesquelles se ferment des ateliers, qui attendent que la vente reprenne, subissent Ae& misères dont leur infatigable activité devrait les affranchir.
Il en serait autrement si TAngleberre avait obtenu son revenu territorial actuel sou& un système agricole qui eût laissé plus d'habitants aux campagnes. Sup* posez qu'è la place de ses grandes fermes, oà ne subsistent que les vingt -neuf centièmes de sa population, dite en eût gardé de plus petites qui, comme celles de l'Alsace et de la Flandre, en auraient occupé onze OBBléèmes de plus> c'en eAt été aawz pour Im metlM à Fabrr des secousses dont elle af tant k souffrir. A
tout ce qu'elle compte aujourd'hui d'habitants se joindraient près de 2,700,000 laboureurs qu'elle n*a pas (1), c'est-à-dire un nombre additionnel de consommateurs, dont les demandes ajoutées à celles qui soutiennent son activité manufacturière, les étendraient fortement, et régulariseraient le marché de manière à assurer aux masses ouvrières de meilleurs fruils de leurs efforts. Comment douter qu'il ne se trouvât, dans une telle situation, de bien autres éléments de richesse et de puissance, que ceux dont ce pays est maintenant en possession ?
A l'époque où la grande culture commença à y prévaloir, tout s'unissait pour lui concilier la faveur publique. A ses anciennes colonies, l'Angleterre venait d'en ajouter beaucoup d'autres arrachées aux mains de leurs fondateurs ; et , grâce aux nouveaux marchés dont elle avait conquis l'approvisionnement exclusif, son industrie mercantile et manufacturière prenait des développements d'une rapidité inouïe. Aussi, quand des modifications subites dans les besoins de la consommation vinrent changer la situation des fermiers, et permettre à ceux qu'elles avaient le plus favorisés de concentrer à leur profit les exploi-
(1) n eiiste en Angleterre 14,700,000 habitants, dont 4,263,000 seulement appartiennent à Tagriculture. Pour que le nombre des cultiyateurs formât les 40 centièmes de la population totale, il faudrait qu'il ne iùt pas au-dessous de 6,958,000; et, s'il en était ainsi, le cbiifre des autres classes ne chan|;eant pas, la population totale s'élèverait à 17,395,000 Ames.
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tations, s'empressa-t-on d'applaudir à des innova'» tions qui , en réduisant le nombre des cultivateurs , contribuaient à peupler plus vite des ateliers dont l'activité avait peine à atteindre au niveau croissant des demandes. Mais à toutes les transformations , à toutes les fortunes où la force des armes a trop de part j se mêlent toujours quelques occurrences qui tôt ou tard en vicient le cours ; et , sous des avantages apparents» le nouveau régime rural recelait les germes d'un mal dont le temps devait étendre et aggraver la portée. Aujourd'hui , le territoire national ne renferme pas assez de consommateurs agricoles pour préserver le travail de fréquentes et funestes irrégularités « et trop souvent les classes laborieuses ont à expier l'abondance do la journée par la détresse du lendemain. Avec un mode de culture qui eût nourri plus de laboureurs, l'Angleterre n'aurait pas recueilli moins de prospérités , mais elle les eût recueillies dégagées d'inconvénients qui en ternissent l'éclat, et laissent les masses à la merci de nombreuses souffrances sur le sol même où sont réunis les plus immenses capitaux qui jamais aient vivifié et rétribué le travail.
Les explications dans lesquelles nous venons d'entrer suffisent pour montrer sous leur véritable jour les effets des divers modes d'organisation rurale. On a vu en quoi consiste l'influence exercée par ces modes sur la force et sur la composition des populations.
Cétait une eireor d admettre <)»e mcnns la ten» em*ploie de bras, plus die en laisse k la dispoeîtic»! <im commereeet des manufitctoresi, et il ne nous a pas été dHffieîle d'en donner la prenw. C'ee était une antre d'imaginer que moins il y a de cultivateurs dans m pays, mieux Tindnstrie s en trouve. C'est lecoaitaîre ^i est la vérité : car rien n'est plus favorable à Factivîlé et au bien*être des dasses non agricoles que d avioir k oà4é d'elles, sur le sol même où elles ti»- Taillent^ un très-grand nombre de consommateurs des produits dont la fabrication les oooipo. L'avantage est si distinct et si considérable, (ja'A est étrange qu'on ait pu le méconnaître. Quant aux (éjections nées delà supposition que tout système d'exploitation qut requi^t beaucoup de main-^'oenvre, étend et propage la misère, elles n'ont rien de plus applieaUe k l'agriculture qu'aux entreprises manufacturières. Les popnlations dont les labeurs fertilisent la terre ne sont pas régies par des lois ée<»omiques toutes particulières. Leur chifire aussi se proportionne & l'étendue des ressources, doni il lenr est permis de disposer; pas plus que les autres , elles n'ont besoin d'assistance spéciale; pas plus que les autres ,, elles n'impesent de charges au reste de la société; et, quelle qu'en soit la quantité, lenr existenoe, loin d'être «le cause d'affaiblissement et de perturbation, devient un principe de puissance et d'activité. Bbub la diâérenœ du nombre des familles qu'ils
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font subsister^ se reoeontre, au surplus, le fait qui seul autorise à proooneer entre les divers systèodes de culture. Tous peuvent élever trà»-haut le revenu territorial d*ttn pays , et jusqu'ici nul d'entre eux ne la asses emporté à cet égard pour qu'<^ soit en droit de le censidérer comofte doué d'une éternelle et incontestable supériorité de capacité productive. Mais, parmi ces systèmes, il en est qui, tout eu obtenant autant de produit net, entretiennent à k fois plus de population , et des populations dont le g^ire de tra- Tail assure mieux l'énergie physique et morale; et c'en est assez pour qu'il soit permis d'affirmer que les contrées où les circonstances locales les appellent k prévaloir sont, au fond, les mieux partagées.
Nous sommies arrivés au terme de recherches qui n'étaient exemptes ni de complications ni de difficultés. Voici plus d'un demi-siècle que la question des grandes et des petites cultures n'a pas cessé d être agitée , et des controverses qu'elle a suscitées ne sont smrties que des assertions contradictoires.
Il était k désirer cependant qu'elle pût être décidée. Sur des intérêts autres que ceux de la science pesaient les incertitudes attachées à sa solution. De nos jours ^ deux grands principes d'ordre civil sont en lutte, et jusqu'ici l'un et l'autre ont emprunté des armes aux dissentiments existants en matière d'org»nisatioo rurale^ Sur k foi d'apparences spécieuses s'était formée la croyance que les formes de la pro-
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priété règlent celles de la culture, et aux préférences accordées aux divers modes d'exploîlalion répondaient des sympathies pour différents systèmes de constitution territoriale. Ainsi , les partisans des petites fermes Tétaient aussi des lois qui permettent le morcellement du sol ; les amis excl usifs des grandes cultures, au contraire, demandaient l'agglomération des domaines, et ne voyaient dans les substitutions et le droit d'aînesse que des nécessités auxquelles il fallait souscrire, sous peine de voir promptement tarir les sources de la richesse sociale. Depuis quinze ans, les débats, à cet égard , n'ont eu parmi nous que bien peu de retentissement; mais dans le reste de l'Europe ils subsistent, et leur influence est considérable. Peut-être même l'inégalité civile n'a-t-elle pas maintenant en Angleterre de plus solide rempart que la supériorité productive généralement attribuée aux grandes fermes, et ce qui est certain, c'est que ceux des gouvernements de l'Allemagne qui, récemment encore , ont cru devoir restreindre la liberté des aliénations, n'ont été mus que par des préoccupations d'ordre et de bon arrangement agricoles.
l\ est à remarquer, au reste, que malgré le progrès continu des idées démocratiques, c'est la petite culture qui jusqu'ici a compté le moins de défenseurs. Est-ce au talent éminent des hommes qui , dès le commencement des controverses, s'en constituèrent les adversaires, qu'il faut l'attribuer? Peut-être cette
droonstance a-t-eile eu quelque influence ; mais , en y regardant de près» on reconnaît qae d'autres ont opéré plus efficacement encore.
La grande culture a plus que tout autre des dehors qui préviennent en sa faveur. Grâce aux capitaux considérables qu'dle exige, les hommes qui l'exercent, instruits et riches, ont des habitudes et des goûts d*une certaine élévation ; et tout, dans leurs arrangements domestiques, atteste une supériorité qui semble s'étendre à leur mode de production. Et puis ces immenses champs où mûrissent des moissons d'une seule espèce, ces vastes pâturages où paissent rassemblées des multitudes d'animaux, ces nombreux ouvriers réunis sur les points où s'accomplit le travail, tout cela aussi présente un aspect d'ordre, d'ac* tivité, d'abondance, qui charme les regards et ne manque pas de laisser des impressions favorables.
Quant aux hommes techniques, aux agninonles,
eux aussi se sont montrés, en général, plus amis des
grandes fermes que des petites, et bien des raisons
expliquent leur préférence. La grande culture pos-
sède un avantage qui s'est souvent manifesté avec
édat. Nulle autre ne réussit aussi bien à changer
rapidement la face des contrées où l'industrie rurale
est arriérée et stationnaire. Elle y porte précisément
ce qui y manque, des lumières et de l'argent; et de
li, la promptitude des améliorations qu'elle parvient
à y réaliser,
Auwi la plupart de» transforroationi doot le owtre et l'ouest de lEurope devinrent le siège ontrelle» été son ouvrage. Ce qui en permit Vsooompli^aement» oe fut le reniplaeenient de tenanoiers pauvres par des fermiers qui , maîtres du oapiial d'exploitation» é(en« dirent les entreprises agricoles et en aocrurent le produit. Déjà ce fait avait frappé les regarda , lorsque les changements effectués en Angleterre vinrent con* firmer la direction qu'il tendait à donner aux opinions. On n alla pas rechercher si des causes générales* avaient déterminé 1 essor brillant et prompt de la production territoriale anglaise ; l'agrandissement des fermes et d'immenses améliorations rurales avaient marché de concert; c'en fut asseï: pour iUw tous les doutes» et la grande culture fut défini tivemsatcon*; sidérée comme la meilleure*
Pesgrflâns et des animaux, voilà d'ailleurs les seuls produits qui, presque jusqu'à nos jours» ont paru constituer la richesse agricole, et ceux-là. les gran<les fermes les recueillent en abondance et avec ftcilité. Il fallait, pour qu'on s'a perçût qu'il existe d'autres genres de production, que les développements de l'aisance eussent ouvert de larges débouchés à des oréations plus variées et plus difûciles à obtenir ; et oe progrèsy qui seul pouvait af>surer la prospérité des petites ouitures, non-seulenient s'est fait attendre longtemps dans le nord de l'Europe, mais ne s'y est opéré avec quoique étendue que dans un certain nombre de contrées avancées.
Âinsi s'expliquent las préférences dont la grande culture n a pas cessé d'être Tobjet, Vainement les petits fermiers obtenaient-ils un exçédsint égal ou supérieur, yainement le prix élevé qu'ils mettaient 9U loyer des terres attestait-il qu'ils savaient en tirer tout la parti possible; l'opinion avait pris son cours, et le temps seul Aura le pouvoir de la ramener dans les limites de h vérité.
Pour nous, c'est dégagés de toute prévention théorique que nous avons interrogé les faits dans ce qu'ils ont d'essentiel , et seuls ils nous ont fourni les conclusions auxquelles nous nous sommes arrêtés.
Ici, tout se réduisait, au fond^ à constater deux faits principaux : Quelle est la puissance spécilique des divers modes de cujture? Quelle influence exer^ cent-ils sur Télat, l'activité et le bien-être des popu* lations? Or, quant au premier, nos recherches ont montré que dans l'état prisent de» connaissances et des pratiques rurales, cest la peiije culture qui, déduction fflite des frais de production, réalise, h surface et conditions égales, le produit net le plus considéralïle» Quant au second, c'est la petite qui, en peuplant davantage les campagnes, non-seulement ajoute le plus à. la force que les états doivent à la densité de la population, mais à l'étendue des débouchés assurés aux prdduits dont la fabrication et l'échange stimulent la prospérité manufacturière. De telles conclusions peuvent ne pas se concilier avec
tés idées le plus généralement reçues ; elles n'en sont pas moins le fruit d'observations d'une exactitude incontestable , et les seules qui soient d^aocord avec les faits actuellement existants.
Maintenant les faits demeureront-ils toujours les mêmes? La petite culture, qui de tout temps a prévalu dans le midi de l'Europe, mais qui ailleurs n'est parvenue à se développer avec succès que lentement et sur un certain nombre de points, conti* nuera*t-elle sa marche ascendante? De nouvelles modifications dans les besoins de la consommation ou dans les procédés du travail ne rendront-elles pas à d'autres formes d'exploitation la supériorité qui déjà leur a appartenu? De telles questions ne sont pas susceptibles de solutions absolues; mais il est néanmoins des données qui autorisent à énoncer une opinion.
Quelles que puissent être les transformations ap« pelées par le mouvement progressif de l'ordre social, dans toutes les contrées de quelque étendue subsisteront k la fois des modes divers de travail. Jamais les circonstances locales ne perdront leur influence naturelle, et les qualités propres aux différentes portions du territoire, en y fixant des genres particuliers de production, y détermineront la distribution des fermes. Mais en même temps les causes auxquelles est due ta multiplication des petites cultures ne cesseront pas d'opérer, et tout affirme que l'avenir ne saurait manquer d'en fortifier l'activité.
En effet, les populations continueront à ftugmen* ler en nombre et en aisance , et la hausse graduelle du prix des subsistances, en multipliant de plus en plus les emploi^ de main-d'œuvre , favorisera nécessairement les modes d'exploitation le mieux adaptés à l'activité continue du travail. ,
D'un autre côté, avec la diffusion progressive du bien -être, croîtront les demandes en produits que la petite culture seule recueille profitablement. Ainsi naîtront pour elle de nouvelles sources de bénéfices et de nouveaux motifs d extension.
Que Ton examine au surplus quels sont les changements réalisés sur les points où s'est concentrée la partie des populations la plus florissante, et l'on aura la mesure de ceux que l'avenir verra s'accomplir. Du voisinage des villes se sont retirées les grandes fermes, et à leur place en sont venues de plus aptes à satisfaire aux besoins variés et délicats que propagent les progrès de l'aisance. Eh bien, voilà l'effet qui s'étendra de proche en proche & mesure que la richesse répandra ses bienfaits. Aux consommations actuelles s'en joindront de plus recherchées, et de nombreuses cultures prendront peu à peu le caractère mixte qu'elles n'ont pas encore.
Telles sont les innovations qui , suivant toutes les données fournies par l'expérience du passé , auront lieu dans la constitution rurale des pays dont la prospérité s'accroît. Dans tous les cas, ce qui importe^
c'est que les transformations, quel qu'en puisse être le cours, ne rencontrent aucun obstacle. C'est l'essor même de la civilisation qui les détermine, et jamais elles ne s'accomplissent que sous l'impulsion dé nécessités dont là satisfaction est d'un véritable intérêt social.