‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 11 sur 18 · II · texte numérisé non relu

II

suivi la synthèse dans les ouvrages didactiques. Toujours des vues générales , des principes abstraits , et ensuite les faits particuliers. Je ne blâme ni n’approuve , mais cette contradiction me frappe.

Après y avoir bien réfléchi, je trouve que l’utilité de cette Physiologie générale pour notre objet, est très-difficile à démontrer. En effet , cette science se compose , i.° de l’analyse de plusieurs idées complexes , telles que celles de vie , Ranimai, de végétal ; 2*0 de quelques recherches sur les fonctions qui sont communes à tous les animaux : 3.® de conjectures sur les conditions essentielles de la vie ; 4«° de considérations relatives aux fonctions qui s’exécutent dans certains auimaux et dont d’autres sont privés; 5.° de l’énumération des différences très-nombreuses que présentent les organes par lesquels ces fonctions sont exercées , et des combinaisons que ces organes offrent dans les diverses espèces.

i.° Mais d’abord les idées qu’on travaille si péniblement à éclaircir , sont des notions abstraites que presque tous les hommes possèdent également sans s’en rendre compte et qui sont par rapport à la Physiologie , ce qu’est par rapport à la géométrie, la

( ta )

ligne droite , que personne n’a bien définie , et que tout le monde conçoit de la même manière (i).

2.0 Quant aux fonctions générales, l’idée qu’on en a , .tient de si près à celle d’animal , qu’il n’est pas possible de les séparer et je ne crois pas qu’on apprenne rien à personne, quand on [dit que tout animal sent et qu’il exécute des mouvemens au moins intrinsèques.

3.° Tout semble prouver qu’il n’y a point de condition générale et indispensable à laquelle on puisse rapporter la vie ; que la Nature , comme parle M. Frochaska , a divers moyens de produire ce phénomène.

II est au moins certain que, de ce qui tombe sous nos sens, rien n’est commun à tout ce qui vit, rien ne détermine constamment et infailliblement la vie (2). Il s’ensuit

(1) D'Alembert t hlémens de Philosophie.

(2) Aristote cherche quels sont les organes communs à tous les animaux ; il 11e trouve que l’ouverture pour recevoir les alimens , et la cavité pour les conserver , c’est-à-dire , la bouche et l'estomac. ( De kist. ctnirn. , lib, 1 , c. % ), Sur cela , je fais les remarques suivantes : t.° il est des animaux chez lesquels la bouche et l’estomac ne s >nt pas des organes ou des parties ; mais seulement , un passage et un

qu’après avoir appris , par la voie de Inexpérience , quelles sont les conditious auxquelles tient la vie d’une espèce, on n’en peut rien conclure avec sûreté pour les autres , et qu’un semblable examen doit être fait directement sur chacune.

4.0 Pour tout le reste, je ne vois pas comment une galerie d’organes très-différens, et de combinaisons diverses de ces organes, pourroit abréger et faciliter l’étude de l’Homme. Si dans ces assortimens, on apercevoit une nécessité qui liât un tel système avec un tel autre 9 qui lorsque certains organes seroient réunis , rendit indispensable la présence d’une partie déterminée; on trouveroit dans ces études préliminaires le moyen de deviner une grande partie de la Physiologie et de l’anatomie humaines. Quand un homme

sac résultant de la conformation générale de l’animat en manière de poche. Il en est ainsi dans les actinies et dans le» polypes à bras. 2.0 Ces circonstances de structure , nécessaires pour prendre et pour garder la nourriture, ne peuvent pas être évidemment considérées comme la cause de la vie ; il est si vrai qu elles sont indifférentes dans la production de3 phénomènes vitaux , que si l’on désorganise l’animal par une ou plusieurs sections entières , chaque partie jouit de la plénitude de la vie , et a le pouvoir de 5e compléter.

est savant dans les mécaniques, il lui suffit de connoître les bases d’une machine compliquée dont il voit les effets pour en suppléer bientôt tous les détails. Mais dans la structure des animaux, on ne découvre point de nécessité ; lors même qu’on ne connoît aucune exception à un fait général d’anatomie , personne n’oseroit prononcer que sa constance dépend de l’incompatibilité ou de la concomitance indissoluble de deux organes. Après ce qu’on a vu dans l’ornithorhynque <*) > un homme prudent ne doit assurer l’impossibilité d’aucune combinaison, fût-

elle aussi bizarre que celle des griffons ou des sphinx.

D’après cela, comment un élève muni de ces résultats fera t-il des progrès plus rapides dans la Physiologie humaine , si aucune notion générale ne le dispense d’un

D) Animal de la Nouvelle Hollande, dont le oorps , à l'exception de la tête , ressemble en petit à celui d’une loutre , mais qui , au lieu de mâchoires , a un véritable bec (Sonnini). La dissection a fait connoître qu’il avoit des rapports avec les oiseaux , non-seulement par cet organe, mais encore par ceux de la circulation et de la respiration , et par la forme de l’épaule ; et avec les reptiles , par ceux de la locomotion et de la génération (M. de Blainville).

examen particulier ? L’ordre inversé des études me paroît plus sûr et plus cour. Il est bien plus facile à celui qui connoît parfaitement un terme de comparaison , de saisir les propositions générales qu’à celui qui ne connoit que ces dernières , de se faire une idée exacte des faits auxquels elles se rapportent.

Ajoutons qu’il ne convient pas de donner sa confiance à des propositions générales ÿ avant qu’on ait acquis au moins quelques faits particuliers qui puissent servir aies vérifier, et de se mettre ainsi à la merci de ceux qui, en les établissant , n’ont peut être eu qu une counoissance imparfaite du seul être qu’il nous importe d’étudier à fond.

Ma is , vous dit-on , en habituant l’esprit à l’étude d’un sujet isolé , il perd la faculté de comparer les êtres, et de sentir leurs véritables irapports....» Mais, sans disputer sur la vérité de ce fait, je vous le demande, puisque toutes les habitudes mentales ont des effets semblables , aimeriez-vous mieux que celle de comparer des êtres et de chercher leurs rapports , vous rendît incapables de vous captiver à l’étude sévère de l’homme. Songez à votre destination, et puis comparez les suites de ces deux inconvéniens*

III. Revenons au problème physiologique et occupons - nous des moyens de le ré« soudre.

Le premier instrument d’investigation que la raison indique , c’est l’anatomie , c’està-dire , la dissection du cadavre humain , et l’examen de toutes les parties qui le composent; car il semble tout naturel de penser que l’on trouvera dans les rapports mutuels et dans le jeu sensible de ces parties la cause efficiente des phénomènes à expliquer % comme on trouve dans les mouvemens d’une machine artificielle la raison des effets qu’on lui voit produire.

Les Anciens présumèrent l’utilité de ce moyen aussi bien que nous , et ils le mirent en usage , autant que le leur permirent les lois et les opinions de leur temps. Mais bien des obstacles retardèrent la marche de l’anatomie, et les empêchèrent d’en retirer tous les services qu’elle est capable de rendre. La Physiologie doit-elle s’en plaindre ou s’en féliciter? Je ne saurois répondre, quand je songe que la difficulté d’employer ce moyen d’investigation en fit perfectionner un antre , dont les résultats étoient bien plus importans et d’un intérêt bien plus prochain ; je veux parler de l’observation

de 1 Homme malade -, que quelques-uns

surent si bien faire servir à fonder les

principaux dogmes de la doctrine physiologique.

Les connoissances anatomiques que nous possédons aujourd’hui , jointes aux lois de la physique , et en quelque sorte fécondées par elles , constituent un moyen indispensable d’expliquer un grand nombre de phenomenes de l'économie animale , principalement de ceux auxquels tiennent immédiatement plusieurs fonctions apparentes. C’est pour cette raison que Pana.

tomie vous est présentée comme la base de la Physiologie.

D excellens préceptes vous ont été donnés sur la manière de l’étudier (1). Je neveux y ajouter que quelques réflexions sur celle d appliquer l’anatomie à la solution du problème physiologique.

i.° Quel ordre vous convient-il de suivre ? Sera-ce l’ordre physiologique ou l’ordre anatomique ? Prendrez-vous une fonction composée, et irez vous chercher tous les mstrumens qui concourent ensemble ou

(1) Voyez, sur-tout l’Introd. aux princip. de Phy, «îojogie de M. Dumas , première édition .

Successivement à l’exécuter ? Ou bien , quand vous examinerez un organe , assignerez-vous sa manière d agir dans les diverses fonctions auxquelles il contribue? L’un de ces ordres u a pas une supério-

rité

e sur Fautre ; chacun a des avantages relatifs à la position où se trouve celui qui étudie. Lorsqu’on ne s’occupe de l’application de Fanatomie à la Physiologie qu’après avoir étudié la structure du corps entier , l’ordre physiologique me paroît préférable , comme plus propre à fixer l’esprit sur son véritable objet,. Mais lorsqu’on ne travaille pas sur de simples idées, et qu on procède actuellement à la décomposition du corps, en suivant la marche reconnue la plus facile par les anatomistes, on peut , sans inconvénient , mettre a profit la connoissance anatpmiquè dun organe a mesure qu’on l’acquiert , pour expliquer quelques éîémens des grandes fonctions auxquelles il coopère. Ces explications partielles s ordonnent ensuite fort bien , dans les revues que l’esprit fait de temps en temps de ses idées pour se les mieux approprier, Cet ordre est presque le seul qu’on puisse suivre , lorsqu’on étudie énsemble Panai o mie et la Physiologie; si Ton sobs-

tinoit à garder invariablement celui des fonctions, on seroit obligé de revenir plusieurs fois sur les mêmes parties , d’autant que , comme le remarque Vandèr Linden (i), la plupart de nos organes sont laits, selon l’expression des Anciens, à la manière des glaives de Delphes (2).

2.0 Dans tous les temps, on a senti qu’en faisant l’analyse des diverses parties du corps animal, il était commode d’en rapporter les élémens organiques ou les divers tissus , à un certain nombre de genres , qui aideraient la mémoire et rendraient la description de la constitution d’un organe bien plus aisée. Ces tissus sont ce que les Anciens nommoient parties similaires. Il n’est pas né. cessaire , pour porter le même nom , que ces élémens, considérés dans diverses régions, soient identiques ; c’est assez qu’ils aient une ressemblance générale qui frappe au

(1) Medicina physiol. lié. 11. , c. 2 , §. ,3.

(2) Les Anciens chsoient cela de toutes ies choses qui pouvaient servir à divers usages, lis faisaient aliusion à des glaives qui se fabriquoient à Delphes , «t qui étaient également propres aux sacrifices et à punir les coupables de la peine capitale. Voyez Erasme , Adag , 2\ an ceps et dubius «

premier coup d’œil. Si Ion vouloit apporter à ces choses une exactitude scrupuleuse on ne pourroit faire aucun rapprochement. L’arachnoïde , membrane séreuse du crâne, diffère beaucoup du péritoine , membrane séreuse du bas-ventre, par sa consistance , son degré de transparence , l’odeur de son excrétion , etc, Le parenchyme du foie est bien différent de celui de la rate et des reins ; la substance celiuloso-vasculaire de l’urètre diffère de celle des poumons. Il est même possible qu’entre les élémens de deux muscles, il y ait des différences * puisque la chair des animaux a des goûts différens dans diverses parties de leur corps. Si quelque tissu élémentaire semble homogène dans toute son étendue , c’est bien celui des nerfs. Hé bien ! un anatomiste distingué , M. Red , assure qu’il n’est point de nerf qui n’ait sa forme , son organisation intime , particulière et distinctive, qui mise en évidence par les procédés qu’il indique , ne le fasse aisément reconnoitre à celui qui Ta déjà observé (i>

(i) Exercitat, anatom, 9 fasc. primas , de s tract, nervon » Eolœ 3

Comme il n’est pas aisé de; tracer les lignes de démarcation entre les diverses sortes de parties similaires ; que s’il y en a quelques-unes de bien distinctes , d’autres ont des caractères infiniment moins prononcés ; vous ne serez pas surpris de voir les anatomistes différer sur ce point : ma»s si vous songez au degré d’utilité de ces classes , sous le rapport anatomique , vous vous inquiéterez peu de cette diversité d’opinions ; vous vous instruirez dé toutes les divisions qui ont été faites , et vous choisirez un terme moyen entre celle qui réduit ces tissus à un trop petit nombre, et confond des choses évidemment distinctes , et celle qui , à force de pousser l’analyse , n’a plus l’avantage qu’on cherche dans ces classifications.

Mais souvenez-vous que lors même que vous connoissez les propriétés générales des divers genres de tissu, vous n’êtes pas dispensés d etudier les modifications qu’ils présentent dans chaque organe , puisqu’elles peuvent aider à concevoir quelques-uns des phénomènes qui s’y observent.

Dans ces derniers temps, on a mis une grande importance à l’étude des parties similaires , et on a prétendu que la con*

noissance de leurs propriétés organiques et vitales étoit le fondement de la Physio logie, Nous examinerons ailleurs ces opinions,

3.° Les applications de l'anatomie à la Physiologie, ont pour but de résoudre une de ces trois questions : i;° un organe étant connu, déterminer ses fonctions; 2.0 l’exis* terme d’une fonction étant connue , assigner l’organe qui l'exécute ; 3.° dans l’un et l’autre cas, expliquer le mode d’opération de l’or* gane.

La première se résout . x,° d’après l’observation immédiate du corps vivant, ce qui ne peut guères avoir lieu que pour les organes extérieurs ; 2. ° d'après le sens intime}; ainsi nous sentons bien que le cerveau est l'organe matériel de la pensée ; 3.° d’après les traces que les fonctions laissent dans la partie ou dans celles qui en dépendent? ainsi l'humeur contenue dans les vaisseaux ou dans le réservoir d’une glande , suffit pour décéîer les usages de cet organe ; 4-° d’après les rapports qui existent entre un organe caché et les lieux extérieurs où

s’exécutent certains actes d’une fonction composée ; ainsi les rapports du poumon avec les parties par où nous sentons Pair

entrer et sortir , font penser que ce viscère est l'organe de îa respiration , et le sens intime achève de nous convaincre ; 5.° d’après la conformation qui rend un système d’organes propre à exercer un tel acte mécanique ; ainsi Ilaryée , pour démontrer la circulation , a tiré un bon argument de la structure du système sanguin.

On verra que ces moyens de solution ne sont pas toujours suffisans ; mais nous en avons d’autres dont il sera question ailleurs»

Je n’ose pas ranger parmi les instrumens légitimes l’analogie tirée de la ressemblance des tissus constitutifs des organes. Nous en savons trop peu sur le rapport qui existe entre l’organisation des parties similaires et leurs fonctions , pour que cet analogisme soit sûr. Aussi qui oserait soutenir d’après l’examen seul de la contexture , que les parties nommées la glande pituitaire, la glande thyroïde, le thymus, sont des organes sécrétoires ?

La seconde question le résout par les mêmes moyens. On doit sentir, en effet, que les rapports qui existent entre la connoissance de l’organe et celle de la fonction , A et qui, à l’inspection de l’un, nous font assigner l’autre , doivent produire un effet semblable quand l’esprit procède d’une

nière inverse ; c’est-à-dire associer à l’idée de la fonction , celle de l’organe le plus "propre à la remplir.

Je n ai pas besoin de dire combien Fana» tomie subtile peut être nécessaire dans les recherches de cette sorte. Il est aisé de sentir que la perception du rapport entre la fonction et l’organe , est quelquefois subordonnée a une circonstance anatomique fort délicate , dont la découverte est indispensable a la solution de ces problèmes.

Mais il existe beaucoup de fonctions bien constatées dont les organes ne peuvent pas être déterminés par ces moyens. Tantôt la ténuité des organes les dérobe à nos recherches ; tantôt leur complication nous rend incertains sur celui a qui une fonction doit etre attribuée; tantôt enfin nous n’osons pas assurer qu’elle ne puisse appartenir à des parties qui semblent avoir une autre destination , mais où la multiplicité des usages n est pas impossible, il faut recourir alors à tous les secours que l’observation , ^ expérience et î induction peuvent nous fournir , et dont nous parlerons en traitant des autres instrumens d’investigation.

Mais ou ne doit jamais se permettre la supposition d’organes qu’il est impossible

de démontrer, lors même qu’on s’y croiroit autorisé par les analogies. Les ressourcés de la Nature ne nous sont pas assez connues pour nier qu’elle ait pu opérer de vingt manières différentes de celle que nous imaginons. N’admettez donc que lorsqu’on vous les montrera , ni les glandes des membranes séreuses , ni le fluide nerveux , ni les fibres vésiculaires des muscles , ni les vaisseaux ^xliaî ans , ni les nerfs du cristallin, etc. Passons à la quatrième question.

4-° Quand on connoît a conformation, la structure intime, les rapports de situation et les connexions des organes , et que par l’observation immédiate ou par d’autres moyens d’investigation, on a découvert le mode de mouvement de ceux qui sont actifs, il est aisé d’appliquer à ses eonnoissances les lois de la physique pour en déduire l’explication d’un grand nombre de phénomènes.

Cette manière d’assigner les fonctions mécaniques des diverses pièces qui composent un système d’organes , ou comme disent les physiologistes , un appareil 5peut , dans quelques cas , être préférable à la méthode expérimentale , et donner des résultats plus cestains. Pour expliquer ce paradoxe , je vais citer un de ces cas*

Dans la 'plupart des appareils, la Nature ne s’est pas tenue au strict nécessaire , elle s’est occupée aussi de Futile et du commode (1) .; elle y a introduit une sorte de luxe , uue surabondance de pièces qui fait qu'une demeurant dans l'inaction ou venant à manquer , il en reste encore assez à la rigueur, pour exécuter la fonction. Ainsi l’obstruction d’un des points lacrymaux n’empêche pas les larmes de parvenir à leur destination , puisqu’il en reste un autre; ainsi presque tous les organes reçoivent des vaisseaux et des nerfs de plusieurs troncs , et la suppression de quelqu’un de ces moyens de communication n’empêche pas qu’au bout d’un certain temps , Jes fonctions de l’organe qui l’a éprouvée ne se rétablissent» Cette multiplicité de ressources assure, jusqu’à un certain point p l’intégrité des fonctions , contre les accidens qui menacent continuellement notre frêle machine.

Supposons que , de la permanence d’une

(1) Omnia Natura aut propter id quod ne cessarium est , facit , aut propter id quod melius , dit Aristote, ( Lib. i , de Générât, animatiurn p c. 4).

fonction après la destruction d’une pièce de son appareil, on se pressât de conclure que cette pièce ne contribue en rien à cette fonction ; la conséquence ne seroit pas rigoureuse : cette expérience ne pourvoit affoiblir à mes yeux l’opinion qu'auroit fait naître la comparaison de la structure de l'appareil avec la fonction a expliquer , et je resterois0 persuadé que l’organe détruit auroit pu remplacer celui qui maintenant opère seul, si ce dernier avoit manqué, ou si quelque circonstance l’avoit gêné dans son action.

Une des applications les plus intéressantes de l’anatomie , c’est de démontrer l’utilité de chaque circonstance de struc Cure pour la conservation du corps. Quand on compare la délicatesse de ce corps avec les violences extérieures qu'il essuie sans périr , on ne peut s’empêcher de penser qu’il doit y avoir dans la disposition et dans la constitution des organes, des causes qui diminuent le nombre des chances malheureuses.

Pour faire sentir routes les sortes d avantages qui résultent de la construction des diverses parties , Galien s’est souvent

servi d’an raisonnement que quelques-uns semblent ne pas approuver (r) , mais où je

ne vois rien de repréhensible: il cbnsiste à supposer une structure différente de celle qui existe réellement, et à déterminer par la pensée les résultats qui s’ensuivroient. Il est vraisemblable que ces suppositions ont été blâmées dans la crainte qu elles ne favorisoient l'influence des opinions tonchant les causes finales sur les recherches physiologiques. Mais quelle que soit l’intention éloignée de ceux qui s’en servent, il me semble qu’ou aurait tort de les ntgliger , lorsqu’elles mettent mieux au jour l’utilité des pièces de la machine.

Dans les essais de cette espèce , on doit éviter uu écueil : c’est de porter trop loin le désir de trouver une utilité physiologique à toutes les circonstances de l’organisation. Un homme presque aussi éminent par les qualités de son esprit que par celles d’un ordre plus relevé , disoit qu'il ne fallait pas demander pourquoi une chose est ainsi»

lorsque , si elle étoit autrement, on pourroit

(i) Voyez Barthez > dise* prélinn des Elém. de la science de l’Homme.

faire la même question (r). D’après cela i nous ne serions pas fondés à demander , par exemple, pourquoi la sole , le turbot , l’huitre ne sont pas symétriques, puisque, s’ils l’étoient, on seroit tout aussi autorisé à demander pourquoi ils le sont.

Bichat me paroît s’écarter de cette règle lorsqu’il disserte longuement sur la symétrie des organes des fonctions animales , et sur l’utilité de cette symétrie pour la perfection de ces fonctions. 11 ne peut pas prouver que , par la nature des choses , la symétrie soit essentiellement nécessaire dans tous les animaux , à l’exécution des fonctions de relation ; son discours ne peut donc tendre qu’à dire que , d’après le système adopté par la Nature dans la construction de l’Homme , les parties doubles et les moitiés symétriques des parties impaires » doivent agir semblablement pour la perfection des fonctions ; et comme , au lieu d’imiter Aristote , qui applique ce principe seulement à l’appareil de la progression , il a résolu de soutenir sa thèse pour toutes les parties où s’exécutent des fonctions de

(1) Nec in eâ debet esse quœstio , ubi quidquid es set y quœitiù essety D, Aur< Au g 4 , ep* 3*

cet ordre; il entasse des propositions, ou d’une évidence proverbiale, comme que deux yeux voient mieux qu’un /û) ; ou fausses ; comme que les deux moitiés latérales du Corps sont naturellement égales en dimensions et en forcera); ou hasardées , comme ce qu’il répète d’après Haller et Biiffon , sur la fausseté de la voix , qu’ils attribuent à l’action inégale des deux côtés du larynx , et tout ce qu il avance sur les dépravations de l’odorat par la sensibilité inégale des deux narines , et du goût parcelle des deux moitiés de la langue; ou enfin, tellement vagues et arbitraires, que personne ne prendra la peine d’en examiner le fondement, comme que la fausseté du jugement provient de 1 inégalité d action des hetnispheres cérébraux ( 3). Voilà ou conduisent les questions

(i) Une autre assertion de la même certitude , c est que le plan où »e termineroit l'hémiplégie chez une huître ne seroit pas si facile à placer que cheai 1 homme» I)e la vie et de la mort , page i5,

(i) Il est facile de prouver que la préférence universellement accordée au côté droit , est l’effet de l’inégalité primitive, et non la cause.

(3) Il est si sur de son lait , qu’il ajoute : « si nous * pouvions loucher du cerveau comme des yeux > > c’est-à-dire , ne recevoir qu’avec un seul hémis-

oiseuses. Si l’on s’expose à perdre ses peines, ce doit être au moins en s’occupant d’un objet utile , afin que la bonne volonté serve d’excuse , et que les efforts infructueux paroissent encore dignes d’estime*

5*° Il existe une différence essentielle entre les organes du corps animal et les machines que l’art invente. Ces dernières sont mues par une impulsion étrangère , et l’exactitude de leurs mouvemens est subordonnée à la précision de leur structure. Les organes , au contraire , portent souvent leur cause motrice dans l’intimité de toute leur substance ; et cette Cause peut varier et changer la configuration des pièces de l’appareil, selon les besoins du moment* ! Si donc on déterminait les effets mécani. ques d’un organe d’après sa constitution sur le cadavre , et d’après la supposition d’une cause motrice uniforme ou bornée à un point, sans avoir égard aux change* mens perpétuels que l’agent caché dans toutes les molécules peut amener soit dans

» ptière les impressions externes , n'employer qu'un » seul côté du cerveau à prendre des déterminations, » à juger , nous serions maîtres alors de nos opé^ I» rations intellectuelles ».

la quantité ou la direction de ses mouvemens , soit dans la forme meme des parties ; on obtiendroit fréquemment des résultats Bien éloignés de la vérité. Il y a long temps qu’on a fâit cette remarque; mais je pense qu’il n’est pas hors de propos de la répéter puisqu’un physiologiste étranger des plus modernes (i) , a adopté, pour la circulation, une théorie entièrement fondée sur les lois de l’hydraulique , où il semble rejeter, comme impossibles, tous les faits qui pourroient l’impugner.

Les erreurs qui ont été commises k cet égard, vous font un devoir detre circonspects , quand il faut assigner tous les modes d’action d’un appareil ; de ne pas les déduire de 1 anatomie seule , mais de comparer sans cesse sa structure avec les diverses circonstances de la fonction que vous entreprenez d’expliquer , afin d’apprécier les changemens que la cause motrice toujours présente a pu introduire, à tous les instans» dans le mécanisme. De cette manière vous assignez la véritable utilité de la construction des organes , les avantages d’une construction précisé dans les uns , et d’une

(i) Prochaska , lnstit. PhjsioL , g. 4a i et seq.

structure libre et îâche dans les autres, et vous recueillez en même - temps des faits d’un autre ordre , qui vous seront

d’un grand usage poùr les recherches ultérieures (t),

6.® L’impatience avec laquelle nous désirons de trouver , dans les connoissances anatomiques , la raison des phénomènes à expliquer , nous fait tomber souvent dans une faute grave , qui consiste à saisir un rapport très éloigné entre une circonstance de 1 organisation , et une circonstance d’un fait physiologique , pour en faire la base d’une théorie de ce fait.

On commet la faute dont je parle , par exemple , lorsque abusant d’une idée ingénieuse de Bordeu , on veut trouver dans ce qu’on nomme les étranglemens du tissu cellulaire , la raison suffisante de cette espèce de division physiologique , qui , malgré la continuité de toutes les parties,

(i) Cette espèce de départ entre les effets physiquement nécessaires de la structure et de la constitution des organes , et ceux de la cause invisible cachée dans leur substance , pendant l’exercice des diverses fonctions , est l'objet du beau travail de Barthez , qui a pour titre : JSova doctrina de junc « tionibuç corpori$ humants

semhl* les séparer en départernens èmi chacun a ses organes liés par des rapports plus intimes (i)> Ces étranglemens n'empêchent pas les communications , et les phénomènes sur lesquels on a imagine cette division ont certainement d’autres causes que l’anatomie n’a pas découvertes,

Martine d’Edimbourg la commise , cette même faute , lorsque pour expliquer la succession alternative de rinspiration et de l’expiration ? il a prétendu que la position, du nerf diaphragmatique l’exposoit à des retours alternatifs de iiberté et de compression, qui étoient la cause des mouvemens successifs de contraction et de relâchement du diaphragme (a\

IV. Malgré le soin que les anatomistes ont mis à étudier et à décrire toutes les circonstances de l'organisation et tous les

(i) Les Anciens désignoient cette liaison sous lé nom de rectitude locorum. Iis considéroient la séparation comme formée par deux plans , dont 1 un ■vertical diviseroit le corps en deux moitiés latérales, et dont l’autre, horizontal , le couperoit en parties supérieure et inférieure , à la hauteur du diaphragme. Voyez Vallesius , Comment, '^ in epid, Hippocratw # Ltb. Il , sect. 3,

(a) Essais d’Edimb. , T. I, Art. XIL

élemens de la^onstitution intime du corps

ÎS "0ilt pas pu ren,onter bien haut dans a se ne des phénomènes ; le prem;er

anneau de chaque chaîne leur est resté

inconnu , et ils n’ont jamais su déterminer

en quoi 1 an, mal vivant diffère du cadavre.

Quand ils ont voulu expliquer une fonction

de mouvement, ils ont bien trouvé dans

la conformation des organes et dans leurs

rapports réciproques , le mécanisme qui

devoit amener cet effet lorsqu'une cause

motrice les mettroit en jeu; mais cette cause

leur a complètement échappé. Quand ils ont

observe un phénomène de composition ou

de décomposition, ils ont quelquefois pu

e suivre, pas à pas, et décrire tous les

degrés par lesquels la matière a passé avant

de prendre sa dernière forme; mais dans

ces changemens successifs, ils n’ont pu

reconnoître l’action libre des affinités, ni

prévoir les résultats en vertu des lois de la

chimie , et il a fallu confesser qu’une cause

inconnue dirigeait cette série de mutations.

Dans les phénomènes de sensation , on n’a

rien découvert qui rendît raison du fait ;

seulement dans certains organes r on a ren-

contré une disposition anatomique qui favo*

nsoit 1 accès des corps extérieurs aux sur-

laces pa*> lesquelles se fait la perception. De plus, on a scrupuleusement examine bien des parties dont les fonctions etoient connues par le sens intime, par l’observation de l’Homme vivant ou par les traces que ces fonctions laissent sur le cadavre; mais il a été impossible d'apercevoir le moindre rapport entre ces usages et les propriétés physiques

constatées dans les organes.

En un mot , la dissection du corps nous a fait voir les lieux où s’exécutent un grand nombre des phénomènes de la vie ; mais elle ne nous a donné aucune lumière sur les causes essentielles de ces phénomènes (i), et la stagnation où nos connoissances à cet é. a d restent depuis long-temps , maigre

(■A C’est ce que Fernel me paroît avoir déclaré , quand il a dit: ut ad Historiée Jidem Ceographia , sic ad rem medicam corporis humani descri, >tio petâorcenda, Physial , Lib. 1 , floral. Je ne réponds pas. que Riotan ait entendu le vrai sens de ce paie. Jndkrop., Lib 7, c X. ^ , c ururg.eu Merv exprimoit la même vérité , quand il diaoit , * 3a manière: nous autres anatomistes, qui poursuivons les parties du corps jusqu’au. * dernières^ molécules, nous, ressemblons au.c crocheteurs de Pans aui connaissent parfaitement toutes les rues cette Vide , mais qui ignorent ce qui se passe f intérieur des maisons. Voy. ForUeéelle , Eloges.

les progrès de l'anatomie, suffit pour nous ôter toute espérance.

Ce n’est pas tout : les divers actes simultanés ou successifs qui composent une grande fonction sont liés et coordonnés; il en est de meme des grandes fonctions entr’elles . or, il est impossible de trouver dans la disposition et dans les rapports anatomiques des organes la raison suffisante de cette merveilleuse harmonie, de cette individualité physiologique. Aussi les Médecins ont - ils toujours admiré la justesse de la comparaison que Galien fait du corps animal avec la forge de Yulcain, où selon la fiction d’Homère , tous les instrumens pénétrés d’une vertu divine , se mouvoient d’eux-mêmes 8 dans l’ordre et avec le degré de force convenable à leur usage actuel (i).

Si l’on y pense bien, on sentira que notre découragement au sujet des services qu’on peut attendre de l'anatomie, n'est pas fondé seulement sur l’expérience, mais encore sur le défaut de rapport ( j'ai presque dit l’incompatibilité ) entre les phénomènes vitaux; et les propriétés que nos sens bornés peuventdécouvrir dans la matière.

(i) Ve usu partium , Lib, lVf c. a.

Aussi dès l’origine de la médecine et ayant d’avoir épuisé les ressources de Fana* îomie, on admit , pour les corps vivans ’ des principes d’action différées de ceux qui s’aperçoivent dans la matière brute. Cette manière de voir en passant chez le peuple a pu être la source de cette fouie de Divinités que l’Antiquité préposa à la conservation et aux fonctions des organes ç telles sont la Déesse Ossilago , chargée de former et d’endurcir les os ; la Déesse Carna , qui entretenoit dans leur ordre naturel les viscères importans^ sur-tout le foie et le cœur ; la Déesse Mena, qui régîoit les évacuations périodiques desi femmes ; la Déesse Prosa , qui dirigeoit convenablement la tète de Fenfant au moment de sa naissance (i ). Les Médecins se garantirent sans doute de ces extravagances ; mais ils conservèrent toujours la tradition d’une cause spéciale de la vie : malgré la diversité du langage , les noms à'impetum faciens , de Nature , d’Àme sensitive , d’Àrchée , d’Esprit, rappeloient toujours cette idée ; cependant ni les Médecins anciens , ni ceux du moyen âge , n’eurent

(<i) Lil . Greg. G y raid us } de Deis gentium , Syn~ ta<mi . I. JDei misccllaneî.

jamais une doctrine arrêtée et complète* et ils associèrent constamment à cette opinion les hypothèses puisées dans la philosophie du temps.

Il fut une époque où les Philosophes crurent devoir bannir tous les principe# d’action qui ne se trouvoient pas dans la matière brute. On érigea en règle , que lorsque l’explication des phénomènes n&pou voit pas être déduite de leur obser» vation immédiate, il falloit avoir recours k des suppositions de causes connues , combinées de telle sorte quelles dussent amener des effets analogues à ceux qu’on devoir expliquer. Pourvu que les hypothèses ne fassent pas tout à fait gratuites, mais qu’elles eussent un air de vraisemblance fonde sur quelque circonstance physique, et qu elle* rendissent raison des principaux faits , on recevoit cette doctrine comme constante*, et s^il survenoit un fait qui y fût opposé, on y paroît en la modifiant par une nouvelle hypothèse.

Cette méthode de philosopher , accrédité# sur-tout par Descartes, s’empara de la Fhy* siologie : les hypothèses furent prises rte 1* physique et de la chimie 5 et rendues vraisemblables par une anatomie phaotastitpi#*

Mais il se trouva toujours quelques praticiens austères qui professèrent peu d estime pour une science futile, sans cesse en opposition avec des milliers de faits , ignorés des spéculatifs qui l’avaient créée* C est alors quelle fut flétrie du nom de Roman de la médecine , Ce qu’il y eut de singulier , c’est que beaucoup de Médecins qui adoptèrent les théories à la mode , restèrent fidèles à la pratique d’Hippocrate. Grâces à l’inconséquence de l’esprit humain , on apprenoit des doctrines vaines , pour lesquelles on dévenoit fanatique , mais dont on se seroit bien gardé de suivre les principes au lit des malades. Ainsi ceux meme qui étoient les plus chauds partisans des hypothèses mécaniques , confirrnoient par leur conduite et par leurs observations médicales l’idée qui les coin battoit.

Enfin , peu a peu l’on vit prédominer le nombre des Médecins qui sentirent la nécessité de reconnoître des principes d’action , différées de ceux qui suffisent pour ordonner les phénomènes de la matière morte.

M ais iis furent loin de s’accorder sur leur nature» Au milieu de la diversité des opinions, deux sentimens sur-tout firent for-

tune : celui de Stahl , qui regardent l’Etre pensant comme le principe moteur , sensitif , individuel et ordonnateur , et comme la cause efficiente de tout ce qui se passe dans Je corps ; et celui de Pacchioni et de Baglivi , qui admirent dans le solide vivant xme force motrice inhérente. Haller donna une nouvelle face à ce dernier par ses expériences multipliées sur l’irritabilité et sur la sensibilité , deux propriétés ou principes d’action dont il fit la base de sa Physiologie.

Mais le Stahlianisme dut vivement attaqué par les défenseurs du solide vivant ; lattri- Lution des fonctions corporelles à l’Ame parut trop hypothétique. Elle révolte, en effet, le sens intime : personne ne veut croire qu’il fasse tant de choses à son insçu.

D’un autre côté , les principes d’action admis par les premiers solidistes étoient Insuffisans. Pour qu’ils pussent faire face à tous les phénomènes; on complétoit les théories en recourant à des hypothèses dont les bons esprits ne s’accommodoient pas mieux que des anciennes.

Enfin Bordeu se mocqua avec tant d’esprit des doctrines hypothétiques pures et mixtes, et Barthez enseigna une autre philosophie avec tant d autorité, que les Médecins orit

généralçmeut senti la nécessité de renonce? aux suppositions gratuites (1) et de reconnoître un plus grand nombre de faits mitifs propres aux corps vivans.

V* Aujourd’hui aucun Médecin ne refuse

(i) Je ne suis pas peut-être tout à fait exact. On voit de temps en temps quelques théories qui se ressentent des anciennes habitudes. M Prochaska , par exemple , a grand penchant à croire que la vie animale n'est qu’une combustion. Sa grande raison ; la voici : vit a animaüs cum Jlammd id commune habet , quod ad s us te n tan dam intam eademquc ad flammam alendam , aeris conditio requiratur. Jnst. Physiol . hum. , ( §. 149 ). Il trouve aussi fort vraisemblable que la succession alternative des appétits et de la satiété ( quand ils ont été satisfaits ) , in mirû electricitatis positives et négative# diçtœ , aut vis attractives et répulsives vicissitudine couses teve ?

( S- ao5 )•

M. Girtanner a imaginé de nos jours une théorie hypothétique de la contraction musculaire. Il fait dépendre ce phénomène de la combinaison de l’hydrogène, du carbone , de l’azote et des autres substances combustibles qui se trouvent dans le corps charnu du muscle , avec l’oxigène qu’apporte le sang des artères; combinaison qui est déterminée par un

courant nerveux . Il seroit à désirer que des

Acteurs estimables n’employassent pas* l’ascendant de leurs talens et de leur réputation à mettre en crédit de pareilles imaginations.

éle regarder comme une règle incontestable que , puisqu’il se passe dans le corps vivant «les phénomènes qui ne ressemblent point à ceux que nous présente la matière brute , ils doivent être considérés comme l’effet de principes d’action particuliers à ce corps principes qu’il faut désigner par des noms qui rappellent leurs effets sensibles.

Il ne faut pas s’attendre à trouver la même uniformité 0de sentiment sur la question de l’origine de ces principes ou forces- Comme les élémens du corps une fois séparés, sont de la matière brute, les propriétés que leur réunion possède dans le système vivant , semblent ne pouvoir leur venir que de leur organisation , c’est-àdire , de leur arrangement; ou de l’addition d’une substance inconnue douée de ces forces. beaucoup de Physiologistes adoptent l’une ou l’autre de ces opinions et prétendent la convertir en vérité démontrée : de là des disputes interminables.

Nous îi’avons pas les données nécessaires . pour nous décider. Si , d’une part , il est contraire à la bonne manière de philosopher , de supposer l’existence d’un être substantiel , et de faire , de cette snppo*

sttion , la base 'd’une doctrine, de l’autre , nous sommes obligés d’établir une certaine relation entre nos idées : or il n’y en a point entre ce que nous connoissons de la matière et l’idée que nous avons de la sensation , de la génération, de l’individualité d’un Être , etc. Si l’arrangement de la matière peut produire de tels effets , le mode de cet arrangement passe nos conceptions , ou la matière a des propriétés que nos sens ne peuvent saisir et dont l’organisation déve» loppe les effets : quoi qu’il en soit , il reste toujours un intervalle immense entre la notion que nous avons des propriétés générales des corps , et les phénomènes de la vie. Prendre un parti ne me paroît clone pas conforme aux règles de la prudence , et je sens de la méfiance pour quiconque a le ton affirmatif sur cette question.

Heureusement nous pouvons rester en suspens. L’admission dune force est une abstraction qui ne préjuge rien sur sa nature ni sur son origine. Ce qui nous intéresse j ce sont les effets. Or 3a certitude de ces effets et des conséquences qu’on en tirera dépend de la manière ô dont on constatera les uns et dont on déduira les autres , et

non de l’opinion qu’on peut avoir sur là source des principes d’action.

VI. Uue autre règle sur laquelle tout le monde est d’accord , c’est que le nombre de ces principes doit être égal à celui des ordres de faits, et que les ordres euxmêmes doivent être établis sur les différences essentielles de ces faits; mais ’il s’en faut bien qu’il y ait la même unanimité > quand on en vient à l’application.

Barthez reprochoit aux Anciens d’avoir trop multiplié les v facultés ou principes d’action ; mais il pensoit que les modernes tomboient dans l’excès opposé. Il est impossible de n’ètre0 pas de son avis , en voyant les ouvrages qui ont été publiés depuis quelques années , en France , sur la Physiologie.

La sensibilité de conscience, la sensi bililé locale , la force motrice volontaire et involontaire ; et le ton vital des solides f voilà les principes auxquels on prétend tout ramener. Examinez , vous dit un » Auteur moderne , tous les phénomènes » physiologiques , et tous ceux des malar> dies , vous verrez qu’il n’en est aucun.

qui ne puisse en dernier résultat , se rap » porter à une des propriétés dont je vi cm

** de parler » (i) : et ce sont celles qué j’ai désignées moi-même sous les noms anciens. Il y a trop à dire contre cette assertion , pour que je ne my arrête 'pas un instant.

Pourquoi avons-nous reconnu la néces sité d admettre des principes d’action par~ ticuliers aux corps vivans, principes qui se combinent avec les propriétés générales de la matière pour produire les phénomènes que nous observons dans ces corps P C’est premièrement , pour nous dispenser d’avoir recours aux explications hypothétiques ^ secondement , pour mettre une relation entre les idées que nous avons des effets et celles que nous nous faisons des causes. Or si nous diminuons trop le nombre des principes d action, il arrive qu’il n’y a*? plus de relation entre un grand nombre d’effets et les causes auxquelles on les attribue, et que, pour en établir une, on est obligé de recourir à l’hypothèse.

Quelques exemples rendront ceci plus sensible. Un des phenomenes de la vie est quun corps éminemment corruptible par sa

(i) Bichat, Anat. génèr. considérations générales^ pag, ÆfV.

Constitution , se maintient â l’abri de la. décomposition chimique , au milieu des agens destructeurs qui l’envirbilnéht (i). Stahl considéroit cet effet de la vie comme le plus étroitement lié à sa cause » comme celui qui en attestoit encore la présence, lorsque tous les autres avoient disparu. Je demande quel rapport l’esprit peut apercevoir entre ce phénomène et la contractilité ou la sensibilité.

Comment ces propriétés rendront-elles raison de la formation du fœtus ? Est-il possible de tie Voir , dans l'opération qui Cn assemble les matériaux , les organise , eti fait un être semblable à ceux dont il provient , que l’effet de diverses contractions ?

(i) M. Soemmerring attribue l'incorruptibilité du corps à un fluide nerveux qu’il revêt de toutes les propriétés nécessaires pour rendre raison de plusieurs effets vitaux, comme d’engendrer la moelle nerveuse, de vivifier toutes les parties , etc. ( Afi cm, sur la résorption de Vhunïèur contenue dahs la substance des nerfs ). Mais puisqu’il faut accorder a ce fluide tant de propriété* purement vitales , que gagne-t-on à son admission ? On est toujours forcé d’en venir à reconnoître des principes d’action particuliers aux èorps vivans , et on embarrasse la doctrine d’un* Jijpoûiesè gratuite*

J’en dis autant de l’élaboration des ma* iières contagieuses. Je ne puis rien voir de commun entre leur fabrication et le simple mouvement ou les sensations. Les sécrétions et la nutrition meparoîssent dans le même cas , et on l’a bien senti, puisqu’on a eu recoursà l’hypothèse pour les expliquer:

on a supposé dans les parties une sensibilité élective qui les rendoit propres à attirer telle, molécule plutôt qu’une autre , sans songer qu’on n’expliquoit pas comment cette molécule a voit été élaborée de manière à se trouver en rapport avec cette sensibilité; que les élémens organiques des parties ne leur sont pas présentés tous formés , que chacune prépare les siens ; qu’enfin cette sensibilité ne rend pas raison de la régularité et de la constance des formes , malgré l’abord continuel des sucs alibiles.

Je ne crois donc pas que les principes d’action ( ou les propriétés vitales ) admis exclusivement par un grand nombre de physiologistes modernes, puissent suffire à la classification de tous les faits. Je trouve un avantage à en augmenter le nombre r et je n’y vois point d’inconvénient. Il me paroît même que s’il est de notre nature de

donner toujours dans quelques excès, il v ci ut mieux trop multiplier les classes que de tomber dans le defaut contraire# Ne pas remonter jusqu’à la cause commune de deux ou trois ordres de faits , c’est rester en deçà de la vérité; mais réunir, sans des raisons suffisantes, des ordres distincts f cest risquer de tomber dans upe erreur. Or, en médecine, comme le précepte de ne pas faire du mal est beaucoup plus absolu que celui de faire du bien , nous sommes

plus tenus d’éviter l’erreur que de trouver la vérité.

YIl. Il s’agit donc maintenant de procéder à 1 étude des phénomènes purement vitaux ou hyper organiques (i) qui se passent dans 1 intérieur des organes , et de les rapporter à des facultés ou propriétés particulières. Les lois de chaque propriété se déduiront des faits qui lui seront attribués. L esprit pourra saisir ensuite plus commodement ces phénomènes , et suivre leurs combinaisons , leur filiation et leur association avec les effets mécaniques de la struc»

(i) Je crois qtiv, cette expression a été employé® d’abord par Grimaud ; Dumas l’a adoptée.

ture .des parties, pour établir la théorie des fonctions.

Il faut considérer les phénomènes de chaque organe sous trois points de vue principaux :

i.° En tant qu’ils constituent sa manière de vivre particulière, et indépendamment de toute relation avec le tout ; c’est la ce que Galién appelle les fonctions privées de cet organe , et ce que Bordeu, a rendu célèbre sous le nom de vie propre d’une

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