partie
2.0 En tant qu’ils se rapportent au service du système entier ; et qu’ils sont comme le tribut d’utilité payé par chaque, partie au corps dont elle est membre ; c’est ce que Galien nomme les fonctions publiques >
3.0 En tant qu’ils découvrent entre des organes distincts un lien secret ( inexplicable par les rapports physiques ) qui les unit et établit entr’eux une communauté ou une alternative d’affections , lien qui est connu sous le nom de sympathie.
L’étude des fonctions privées est une des bases sur lesquelles repose la détermination des principes d’action propres au corps vivant, ou l’analyse des forces vitales. La connaissance des fonctions publiques est
proprement ce que ies Anciens nommoient la doctrine de V usage des parties.
Comme dans les recherches sur ces divers phénomènes, il faut , entre les voies également sûres , suivre la plus courte , nous nous arrêterons un moment à examiner une question dont la solution peut influer sur notre choix.
VIII. Quelques physiologistes de ces derniers temps ont voulu que Ton considérât les propriétés vitales comme inhérentes aux parties similaires, en vertu de V arrangement organique de leurs molécules (i) ; ils ont dit que chaque tissu réunit à des degrés diffèr ens , plus ou moins des quatre propriétés dont j’ai parlé plus haut , et vit par conséquent avec plus ou moins d’énergie (2) ; que la plupart des organes n étant que des composés de tissus simples , Vidée des forces vitales de ces organes , ou comme parloit Bord eu , de leur vie propre , ne peut s'appliquer qu'à ces tissus simples (3). Ceci n’est pas une conjecture hasardée.
(i) Bichat, Anat. génér. , considérât, génér. , pag ,
Ixxjx .
(%) Ibid, y pag, Ixxxiij,
(3; Ibid. ;
c’est une assertion qui fait la base dé la Physiologie et de la Pathologie de oeis Auteurs , et ils prononcent expressément , que si vous voulez connoître les propriétés et la vie d'un organe , il faut absolument le décomposer en ses tissus simples (i),
' Cette manière de voir me paroît sujette h de grandes difficultés* J en vais présenter quelques-unes , qui pour être connu iSes 9 n’ont pas besoin d’un grand nombre de
connôissances de détail.
i,o X^e premier principe de cette doctrine
est une assertion arbitraire et sans preuves. Sur quel fondement peut- on avancer que les tissus simples possèdent une vie qu’ils ne tiennent que d’eux -mêmes ; que des nerfs , des fibres musculaires , du tissu cellulaire , des os , vivent indépendamment du corps auquel ils appartiennent ? Si l’on vonloit soutenir que la vie appartient au système entier; que celle des organes en est une émanation, qu'ils en jouissent en tant qu’ils font partie du tout , que s’ils l’emportent dans leur séparation ? elle ne tarde pas à les abandonner, et même long-temps avant
(i) Ibid. p pag Ixxxv*
quil soit survenu dans l’organisation ua changement capable de justifier cette perte ; on auroit pour le moins autant de raison que les partisans du système que j’examine; et si cette question reste indécise , ii est toujours bien certain qu’une doctrine qui
la suppose résolue , porte sur une base peu solide.
2.0 Affirmer que les propriétés vitales sont inhérentes à chaque tissu en vertu de l arrangement organique de ses molécules , c’est encore avancer plus qu'on ne peut prouver. L extinction de ces propriétés:
peut-elle avoir lieu sans qu’il soit possible d apercevoir le moindre changement dans 1 organisation de ces tissus ? Personne n’osera répondre négativement. Peuventelles changer dans leur intensité 9 dans leurs proportions , en un temps fort court , sans qu’aucune altération sensible se montre dans l’arrangement organique ? Bichat lui-même a reconnu l’affirmative , puisqu’il en fait le fondement de sa distinction des forces physiques et des forces vitales (i). On dira peut-être qu’il s’opère
(i) Ibid., pag. liijt
alors dans l’organisation des changement qui sont inappréciables ; mais soutenir 1 existence de tels changemens , c est ériger son opinion en principe , ce qui n’est pas
permis.
3.o Si la vie d’un organe composé n’est formée que de la combinaison des propriétés vitales des tissus élémentaires qui entrent dans sa constitution , il s ensuit que lorsque ces tissus sont bien connus sous le rapport physiologique, on peut prévoir d avance tous les actes vitaux qui se pas-
seront dans cet organe. Faisons-en l’ex< pé rien ce ^ et supposant que nous ignorons les phénomènes vitaux qui se passent dans Festomac j dans les poumons, dans le cœur, tâchons de les trouver à l’aide de la connoissance de leurs tissus respectifs. Qu* osera croire que cette physiologie faite à priori , puisse avoir quelque ressemblance avec la vraie Physiologie? que nous ayons des moyens pour assigner d’avance les pbéinomènes des organes composés, ou même
pour prévoir la différence qui se trouve entre l’estomac et la vessie , la parotide et la mamelle , le foie et le rein ? Or si la Physiologie des tissus ne m’apprend pas cela , et ne me dispense pas d’étudier imncié-
diatementles phénomènes deH’çrgane Entier, à quoi est*elle bonne ?
4-° Bicliat a senti l'objection; il a voulu l’éluder en disant que quand nous étudions une fonction , c’est-à-dire , l’usage d’une partie , il faut considérer (furie manière générale V organe composé qui V exécute ; mais que quand vous voulez connoitre les propriétés et la vie de cet organe , il faut absolument le décomposer . Je réponds à cela , d’abord , que la distinction de la fonction et de la vie propre d'un organe a bien un se ns dans la doctrine d'Hippocrate , dans celle de Galien , et même dans celle de Bordeu , mais quelle ne me semble en avoir aucun dans celle des solidistes dont je parle. Je réponds , en second lieu , que si l’on admet une fois cette distinction , on ôte à la Physiologie des tissus toute la certitude dont on la gratifioit. Car si l’on convient que l’organe compose peut recevoir uue aptitude à remplir uue fonction quelconque , d’uue autre source que de sa texture organique , il est hors de doute que cette aptitude change la vie propre qui , selon la théorie dont il s’agit , devoit résulter uniquement de la combinaison des tissus élémentaires* Un exemple rendra
ceci plus clair. Vous prétendez que les propriétés vitales des mamelles dans l’état de repos peuvent être déterminées d’après ieur analyse anatomique : je l’accorde pour un moment : mais lorsque ces parties entrent en orgasme pour la galactopoïèse , leurs propriétés vitales changent dans leurs proportions ; elles deviennent plus sensibles > plus disposées aux fluxions , aux engorgemens , aux inflammations. Voilà donc tout le système de ieur vie propre altéré par l'influence de la cause qui leur donne l’aptitude à opérer une nouvelle fonction. Ainsi dans la supposition même la plus favorable aux Auteurs que je combats , la cannois* sance de la vie propre d’un organe chargé d’une fonction publique ne pourroit pas résulter de l’étude de ses elémens anatomiques , puisque cette vie est modifiée par une cause étrangère à son organisation.
Mais je n’ai garde de convenir que ces fonctions soient la seule cause qui fasse changer la proportion des forces vitales dans un organe qui reste anatomiquement le même.
La conséquence de tout cela est que , pour connoître les phénomènes vitaux d’un organe, il ne me suffit pas d’en pouvoir
rapporter les élémens aux diverses classes de parties similaires , que cette méthode de composition ne fournit que des notions peu sures et incomplètes, et que rien ne peut me dispenser d’une étude directe de l’organe pris dans sa totalité, et toujours considéré comme partie d’un système vivant, qui exerce une influence perpétuelle sur les pièces qui le composent.
IX. Occupons-nous maintenant des moyens d investigation dont on peut se servir pour aller a la découverte des phénomènes vitaux qui se passent dans les organes.
Un des hommes qui ont obtenu le plus de célébrité dans la Physiologie , Haller en a consacré trois par son exemple ; et comme ce sont les seuls dont il fasse mention à la tete d un ouvrage ou il se proposait d établir les fondemens les plus solides de la science (1) , on peut croire qu’il les regardait, sinon comme les seuls légitimes, au moins comme surpassant de beaucoup tous les autres par l’abondance, la certitude et l’utilité de leurs résultats.
i.° Un de ces moyens est l’anatomie
fi) Elem* Pkysiol. , in Prœfat .
pratique ou pathologique. Il la propose pour les recherches relatives à 1 usage des parties. Supposons, dit-il, qu’une fonction déterminée soit attribuée a un tel organe, et que vous cherchez a vous assurer si cette opinion est fondée , vous ne trouverez pas de moyen plus certain que l'exploration des cadavres où cet organe est sensiblement vicié. Si tandis qu’il étoit malade , la fonction s’exerçoit naturellement , on ne peut pas évidemment lui attribuer cet usage. Dans le cas contraire , il est très vraisemblable que l’organe remplissoit les fonctions qui ont été abolies ou altérées depuis sa maladie.
2.0 Le second moyen est l’anatomie des animaux. G’est pour le même genre de fonctions que Haller en vante l’utilité. Je» prouve tous les jours, dit-il, qu on ne peut porter un jugement sain sur l’usage de la plupart des organes du corps humain , si l’on ne connoît la structure des organes correspondans chez les quadrupèdes, chez les oiseaux , souvent même chez les insectes.
3.0 Enfin , le troisième est l’ouverture des animaux vivans , soit pour y contempler sans obstacle les mouvemens spontanés des parties , dans la connoissance desquels
Haller fait consister toute la Physiologie (i) , soit pour soumettre les organes à des expériences dont les résultats lui paroissent avoir plus avancé la science de l’Homme que tous les autres moyens ensemble.
Je m’étonne de ne point voir sur cette liste un moyen d’investigation qui ne le cède à aucun autre , disons mieux , qui mérite le pas sur tous , à cause du nombre , de la certitude et de l’importance de ses résultats : je veux parler de la Pathologie T ou de l’histoire des faits observés sur l’homme malade. Haller s’en est pourtant servi assez souvent ; mais , si l’on en reconnoît futilité, pourquoi ne pas lui donner son rang ?
Les secours qu’on en peut tirer n’ont pas été méconnus par Barthez. « Les faits re- » latifs à l’histôire des maladies ou à la » pratique de la médecine , dit-il , sont de 55 la plus grande importance pour former » de justes idées sur l’économie de la santé, 5> Hippocrate a vu avec génie, que la nature si humaine ne peut se manifester parfaite-
(j J Physiologîa est enarratio rnotuum quibus animata machina agitatuv . Ailleurs il dit : in motu animati corporis interno et e.vterno tota Physiologia versatur .
» ment par aucune de ses faces , qu’à celui » qui possède le système entier des con- » noissances de l’art de guérir (i) ».
Malgré une déclaration aussi expresse , presque tous les physiologistes modernes ont gardé le même silence que Haller sur ce moyen d’investigation. Ceux qui con- Koissent le bon esprit que M. Sœmmerring a porté dans l’exposition des vérités physiologiques , s’imaginent bien qu’il est compris dans l’exception; mais il parle de l’usage qu’il a fait de la Pathologie en homme qui pense avoir besoin de se justifier (2). M» Prochaska fait encore mention de ce moyen , mais sans laisser entrevoir quel est le degré
(A) » Censeo vero qubd de naturâ ( Hominis ) u manifestum quiddarn cognoscere non aliunde * possibile fuit , quàm e.c arte medicâ : quod quidem » facile eiit penitiis nos se , si quis ipsam artem « medicam universam probè cornplexus fuerit ». De priscâ medic.
(2) Morbidas partium mutaîiones sicco pede PRÆTERIRE NON POTUIT , partim quod in medi corum gratiam liber conscriptus est , partiin qubd solidani et perfectam cognitionem legum , vis et verœ naturce nostri corporis , sœpiùs declmationes tnorbidœ demùm perficiunt » De corp. hum. fa.br « in præfat.
d'estime qu’il lui accorde , et la manière dont il s'exprime laisse douter s’il le croit aussi nécessaire que la chimie et la botanique (i).
Il est pour vous du plus grand intérêt d’examiner sérieusement les divers moyens d’investigation , afin de proportionner votre confiance au nombre et à l’importance des services que chacun peut vous rendre. Cet examen peut se faire selon deux méthodes; l’une consiste à présumer les services d’après
la nature de chaque moyen ; l’autre à dis-
cuter la valeur des faits et des principes dont la science lui est redevable. La première est évidemment la seule dont il me soit permis ici de faire un essai.
(i) Multarum scientlarum notitia requiritur , quas inter,, u mec ho. me ci , hy drohea, , tum chemin y hoUinia , anatomia , zootomia , et ipsa pathologm prœcipuum locum occupant, % 3. M. Modéré a textuellement donné la préférence à ce moyen sur les autres. Il dit , dans 1 Introduction de sa Physiologie Positive ( pag. xxxiv ) : « Afin de connoître , d’une « manière plus positive , les vrais rapports et les « usages des parties, que ni l’Anatomie, ni les expé- « riences sur les animaux vivans , ne sauraient déttr- « miner à fond, je me suis attaché a faire une com~ « pa raison suivie des organes de l’Homme malade « avec ceux de l’Homme sain i(
X* Haller semble trop limiter l’emploi de l’Anatomie pathologique , quand il n en montre Futilité que sous un seul point de vue ; il est facile en effet de juger qu’elle ne se borne pas à éclairer la doctrine de l’usage des parties.
i.o Et d’abord, c’est l’ouverture des cadavres qui nous a appris que la mort spontanée peut arriver sans aucune altération dans l’organisation sensible , et qui nous a montré l’impossibilité de prouver cette opinion , qui compte néanmoins encore quelques partisans, savoir, que la vie dépend immédiatement et par une nécessité physique, de l’intégrité et d’une certaine disposition des organes , de sorte que la mort ne puisse atteindre un corps ou ces conditions subsisteront.
2.° L’analyse des facultés vitales peut etre perfectionnée par l’histoire des faits tires de la même source. Ces facultés excessivement exaltees 9 affoiblies ou depravees , altèrent l’organisation. Les traces que les viciations laissent sur le cadavre nous apprennent ce qui a du se passer quand il jouissoit de la vie.
Nous avons appris de cette manière que diverses parties habituellement insensibles ,
acquièrent , dans certains cas , un haut degré de sensibilité , puisque , après^ des
douleurs vives , le siège de la maladie
s’est trouvé dans des os , dans des car. tilages , dans des ligamens qui , chez des sujets sains , ne semblent pas susceptibles de sensations de conscience ; que d’autres parties où l’on ne peut apercevoir aucun mouvement intestin , avoient dû cependant , pour subir l’altération qu’on y découvre , opérer spontanément des contractions ou des dilatations de leur substance , des oscillations fluxionnaires,, etc.
Les recherches de ce genre serviront dans la suite à détermi ner jusqu’à quel point l’organisation que nous voyons dans une partie , est nécessaire à l’exercice des actes qui lui sont propres ; elles nous feront connoître si cette partie peut continuer de les exécuter , si elle peut continuer de sentir , de se mouvoir , de se nourrir selon l’ancien mode , malgré de profonds changemens survenus à sa constitution. Parmi les faits qui intéressent ce point de doctrine , nous rappellerons une observation précieuse de M. Corvisart. Ce médecin a vu que lorsque les muscles se convertissent en tissu grais-
seux , ils ne perdent pas toute leur faculté contractile (i).
r Les extispices doivent fournir à la science les principaux matériaux pour l’histoire de la force qui préside à la conservation de l’organisation. Les faits que vous connoîtrez par là vous feront sentir l’impossibilité de tout rapporter à des vices de la sensibilité et de la contractilité. Des organes flétris, atrophiés , indépendamment de toute affection des facultés sensitive et motrice ; le sang détruit , annihilé , et les vaisseaux sanguins absolument vides ; des parties dont la substance naturelle est transformée en une autre tout à fait différente ; de véritables tissus organiques nouvellement formés , et en tout semblables à ceux qui existent dans le corps depuis son organisa, tion primitive ; ces observations vous mettront à portée d’apprécier ces théories hyp othétiques , où , pour avoir ,1e mérite de n’admettre qu’un petit nombre de forces
(%) Maïad. du cœur, pag. i83. On sent que cette ' question s'applique seulement aux cas où le changement d’organisation n’est pas un obstacle mécanique à l’exercice des actes. Ainsi, je sais bien qu’un muscle ossifié ne peut pas se contracter.
on ne considère qu’une partie des phéno* mènes à expliquer.
3.® Eu souscrivant à ce qu’on a dit de l’utilité de Fanatomie pathologique pour la recherche des fonctions publiques des organes , je ne dois pas négliger de vous avertir d une erreur où elle peut induire ceux qui voudroient lui accorder une confiance exclusive , et se passer du secours des autres moyens d’investigation.
Il y auroit quelquefois du danger à nier qu’un organe contribue à une telle fonction , parce qu’on a vu cette fonction s’exercer pendant la maladie de l’organe ; car les extispices nous apprennent que souvent le défaut d’un organe est réparé par l'accroissement de l’action d’un autre f ou par d’autres procédés naturels qui nous sont inconnus. Faudroitil dire que le cœur n’a point de part à la circulation du sang, parce qù on l’a souvent trouvé dans un état de désorganisation tel , que tout mouvement de sa part devoit , depuis longtemps , être impossible ?
Les observations d’anatomie pathologique doivent servir de moyen d’épreuve pour ces théories qui font dépendre nécessairement la vie de l’action de telle partie , dont elles
supposent Fintégrité absolument indispensable. On sent combien elles d-eviendroient précaires , si l’ouverture des cadavres nous prouvoit qu’il n’y a pas un organe dans le corps humain , dont l’altération la plus profonde nait pu coexister avec la vie , pourvu* que cette viciation se soit introduite lente* ment et par des degrés insensibles.
4.0 L’histoire des sympathies 11’a, sans contredit , rien de plus curieux que les faits dont elle est redevable à ce moyen. Il est souvent arrivé qu’on a découvert , bien loin du lieu où les symptômes avoient eu leur siège et vers lequel on avoit dirigé les remèdes , la cause organique des maux auxquels le malade a succombé.
5.0 Mais un des services les plus importais , et qui intéressent le plus la médecinepratique , c’est de nous apprendre à distinguer les effets nécessaires d’un vice organique d’avec ses effets contingens; de nous faire voir que des àccidens regardés vulgairement comme les suites inséparables de ce vice . tiennent à un véritable élément pathologique que cette lésion provoque , mais qui peut s évanouir maigre qu elle persiste , puisque souvent il est intermittent quoiqu’elle soit permanente; que, par
conséquent , on ne doit pas désespérer d’être utile à un malade atteint de palpitations , d’épilepsie ou de toute autre maladie occasionnée par un vice organique , lors même que l’Art seroit impuissant contre ce vice(i).
(i) Dans les notes manuelles dont Barthez [se servent pour ses leçons de Physiologie, je trouve le passage suivant ( première leçon ) : ce i’anatomie-pra- « tique peut être utile même en découvrant que les » lésions et les symptômes peuvent n’avoir point de » rapports constans. Il est plusieurs cas où les dissec- » tions ne découvrent point même les derniers effets » des causes morbifiques ( Rivière , Yalsalva ). Les distt sections ne peuvent présumer des désordres semblables » à la suite de maladies toute différentes, ( Morgagny , » Thyerry ). Enfin , l'anatomie-pratique a découvert » quelquefois des corruptions très-graves d’organes , * dans des sujets qui avoient péri de mort violente , » et qui n’avoient ressenti aucun des symptômes v> patognomoniques de ces lésions. Eile a souvent » éclairé , même en mourant qu’il n’y avoit point » de vice organique , dans des cas où tous les symp- » tômes en faisoient présumer un ( comme dans
» beaucoup de maladies inflammatoires qui avoient
» été incomplètes ). Elle a montré réciproquement n que des vices organiques très-graves { comme ceux » du cœur et des gros vaisseaux ) , peuvent ne point
» produire d’une manière constante des symptômes
» qui semblent en dépendre nécessairement , mgis
» affecter seulement par intervalles le Principe Vital
6.° Il y a une autre vérité physiologique dont nous sommes redevables aux dissections , et qui me paroi t féconde en résultatspratiques : c’est que les organes se communiquent leurs affections, non-seulement par la continuité des tissus qui les forment , ce qui ne surprend nullement, mais encore par la simple contiguïté d’une surface malade avec une surface saine. L’épiploon enflammé cause souvent une vraie phlogose à tous les points du cylindre intestinal avec lesquels il est en contact ; l’inflammation des organes renfermés dans une hernie ne tarde guères à être suivie de celle du sac ; une plaie à l’intestin détermine une inflammation dans la partie du péritoine que touchent les lèvres de cette plaie , et l’adhésion de l’intestin blessé avec la paroi abdominale en est promptement la suite. Je vous fais remarquer ces faits , parce que la com* municaûon des affections au moyen de la contiguité , justifie une pratique dont, au reste, on a de tout temps reconnu futilité; je veux parler de l’application des topiques sur les parois des cavités dont les organes intérieurs sont affectés, faite au point qui répond à fa lie et ion. -
XL L’anatomie des monstres doit être
considérée comme une section de l’ana«l tomie pathologique , puisque les êtres dont elle s’occupe, sont malades par rapport à 1 espece. -Elle me paroit encore propre st répandre du jour sur plusieurs points de Physiologie.
Je ne dirai rien des monstres par excès , dont l’étude est pourtant d’un grand intérêt pour rétablissement de plusieurs vérités spéculatives , je vous ferai seulement remarquer les argumens que fournit l’anatomie des monstres par défaut contre l’opinion de ceux qui assignent irrévocablement à chaque organe une telle fonction , qu’ils prétendent etre la suite nécessaire et exclusive de sa constitution physique, et pour l’exécution de laquelle nul autre , suivant eux r ne peut le remplacer.
Si l’on me dit que la distribution de la matière alibile dans toutes les parties da corps , ne peut se faire qu’au moyen du mouvement circulatoire du sang , et que ce mouvement lui-même ne peut s’opérer que par l’impulsion du cœur (r) ; j’opposerai à ces assertions l’anatomie des fœtus qui se
(i) Bichat en plusieurs endroits , particulièrement dans l’Anatomie descript, , art* du cerveau
sont formés et ont pris cîe l’accroissement quoiqu’ils fussent privés de ce viscère (i).
Si l’on prétend que la moelle épinière est l’organe d’où découle exclusivement la puissance vitale, que la vie, dans les diverses parties du corps , n’est que le résultat de Son influence directe par les nerfs , et de son influence indirecte par les vaisseaux sanguins, dont le premier mobile est sous la dépendance de la moelle ; l’anatomie des monstres me fournira une objection qui fera évanouir le prestige des expériences les plus ingénieuses: des fœtus se sont développés, , et ils étoient dépourvus de moelle épinière. Donc la nutrition et l’accroissement peuvent s’opérer et par conséquent la vie exister dans un animal , sans l’organe qu’on en veut regarder comme la source. Que répondra-t-on ? Que ces faits sont extrêmement rares ? L’objection est aussi forte , quand de tous ceux
(1) Entre autres faits de cette nature , voyoz une observation d’Ant. Everard , rapportée dans l’Appendix que Blasius a mis à la suite du Traité de Monstris de Liceti , et celle que Camper a faite sur un veau monstrueux , qu'il conservoit dans son cabinet ; Réponse à la question de la Société Jdaiave f etc0
qui ont été rapportés (i ) on n'en admettrait qu’un seul. Que dans la plupart , il restoïl assez de moelle épinière pour entretenir les mouvemens du coeur (2) ? Mais on ne gagne rien , si l’on ne peut affirmer cela de tous; et certes c’est impQsssible. Que la destruction de la moelle est l’effet d’une maladie (3)? Mais ce n est là qu’une conjecture , et quand nous l’adopterions , on n’en seroit pas plus avancé 7 puisque , dans cette hypothèse y la disparition de l’organe a dû être
( 1 ) Aux observations que cite Haller , joignez celle de M. Soemmerring sur nn monstre sans cerveau et sans moelle épinière qui est dans le conservatoire anatomique de Marpurg 9 de Corp. Hum. fabricâ 9 T. IV. §. 87 , et celles que Huber a rassemblées dans sa Dissertation de Medullâ spinali.
(a) Haller , Pkjrsiolog. Elément. , Tout, IV f pag . 356.
(5) ld . ibid. On a remarqué que le cerveau pouvoit manquer sans la moelle , mais que toutes les fois que la moelle manquoit, le eerveau manquoit aussi. Cette circonstance exclut toute idée de destruction de la moelle par maladie , puisqu’il n’y aurait pas de raison pour supposer que la cause désorganisatrice doit agir constamment et en même- temps sur la moelle épinière et sur le cerveau. L’absence simultanée des deux . organes doit donc tenir à des conditions de l’organisation primitive.
d’une désorganisation qui , depuis long-temps, en rendoit l’action impossible » et si le fœtus s’est conservé à l’abri de la décomposition et vivant , ce n’a pu être par l’influence de ce viscère. Que ce sont des anomalies , des jeux de la nature ? Mais ces expressions n’ont pas de sens dans Yordre physique , et il est impossible de concevoir rien d’intermédiaire entre le phénomène régulier et le miracle.
Si l’on affirme que nos penchans et toutes les déterminations de l’instinct , sont l’effet des perceptions de certains organes , dont les besoins s’expriment par ces impulsions (ij, nous trouverons dans l’observa* tion des individus naturellement mutilés; des faits qui jetteront bien des doutes sur cette théorie. Pourra-t-on la regarder comme incontestable , par exemple , si l’on voit des personnes , sinon complètement dépourvues des organes de la génération , au moins privées de ceux qui donnent de battrait a 1 union des sexes , ressentir l’amour avec assez de violence pour franchir les bornes de la pudeur, et se soumettre à tous les
l— — ----- I - - M I r-1 ■ -iTttmtMiLjij
(ij Cabanis , Rapport du physique et du moral de
l’Homme.
précédée
désagrémens inséparables d’une liaison illicite (1) ?
. Je n’irai pas plus loin. Il me suffit de vous avoir montré la variété des services que l’anatomie pathologique peut vous rendre , pour que vous sentiez la nécessité d’en faire une étude sérieuse.
XII. On parle tant , depuis quelques années , de ceux que la Physiologie humaine doit attendre de l’anatomie comparée, qu’il vous importe de tâcher d’apprécier au juste
l’utilité de ce moyen d’investigation.
D’abord , on ne voit pas qu’elle puisse servir à l’analyse des facultés vitales. Les faits sur lesquels cette analyse doit reposer,
(1) M. Rubini a publié , dans le Journal de médecine de Parme ( io.e volume ) , l’histoire d’une fille dépourvue de toutes les parties naturelles extérieures, en qui on ne découvroit pour tout organe sexuel qu’un vagin d’un pouce de haut , terminé par un cul-de-sac , et qui n’a voit jamais éprouvé ni sensation , ni appétit vénérien • Elle avoit pourtant un attachement très-vif pour un jeune homme avec qui elle vivoit dans le commerce le plus intime. Cela me rappelle une remarque de St. Jérôme , consignée * je crois , dans une lettre à Læta , sur l’éducation de sa fille : c’est que les eunuques retiennent toujours les inclinations d’un homme.
ne peuvent pas être pris hors de l'Homme. C’est seulement d’après les phénomènes qui s’observent en lui , qu’on s’élève à la détermination des principes d’action qui résident dans son corps et qu’on en pose les lois. Que pourroit-on donc demander à l’anatomie comparée ? De nous montrer les circonstances de l’organisation d’où ces principes peuvent dépendre ; mais elle ne peut rien nous apprendre sur ce sujet; les phénomènes vitaux n’ont point leur cause dans ce qui tombe sous nos sens , un polype y une médnse sentent , se meuvent, savent trouver leur nourriture et la saisir, digèrent , croissent , se nourrissent , propagent leur espèce aussi bien qu’un cheval , quoique de tout ce que nous pouvous apercevoir , il n’y ait rien de commun entr’eux.
Si donc elle est de quelque utilité dans cette partie de la Physiologie , c’est seulement en confirmant ce que l’anatomie pratique et la pathologie nous ont appris sur le défaut de correspondance constante entre les manières d’être des facultés vitales et celles de l’organisation sensible.
Pour ce qui est des fonctions publiques des organes , rappelons-nous la distinction que nous avons faite entre celles qui déri*:
vent de la conformation et de la structuré de ces parties, par une nécessité physique , et celles qui dépendent de principes d’action inconnus et observés exclusivement
dans les corps vifans.
Les premières peuvent, à, la rigueur, être connues au moyen des lois de la physique bien appliquées , et ne paroissent pas avoir besoin d’un secours étranger. Néanmoins, il faut convenir que la comparaison de la structure de l’Homme avec celle des animaux, peut réveiller l’attention sur plusieurs détails du mécanisme de ses organes et de l’usage des parties. Il est bien possible que nous ne connussions pas si bien les rapports du squelette humain avec la situation bipède , si la comparaison de ce squelette avec ceux des quadrupèdes ne nous avoit fait réfléchir sur les circonstances qui l’approprient à cette attitude. Tous les avantages de l’appareil destiné à la mastication ne nous auroient peut - être pas frappés , si nous n avions observé les différences qui existent chez les autres espèces , et qui sont relatives à la diversité de la nourriture.
Il faut remarquer que , dans ces cas , l’anatomie comparée ne nous éclaire pas
précisément comme moyen direct d’investigation , mais seulement en tant qu’elle nous fournit 1 occasion de mieux étudier notre objet, en faisant naître mille questions auxquelles nous n’aurions pas songé.
On a dit encore, d apres Aristote, Galien , Fallope , Camper, que « telle partie dont » l’utilité nous échappe dans le corps humain, » parce qu’elle y est foihïement dessinée
» et produite comme par hasard; se montre
» dans les animaux avec des variétés de 73 forme et de grandeur, qui sont manifes- » tement relatives aux variétés des besoins « et des mouvemens de chaque animal , 33 et que le dessein fondamental se découvre » par cette variété d’exécution ( 1) ».
Sur cela je ferai deux observations. i.° Quand un organe qui porte le même nom chez divers animaux a dans chacun une conformation, une grandeur et une situation qui l’appropriant à des usages particuliers, je ne vois pas que la comparaison qu on en fait dans les différentes espèces, fournisse des counoissances sur son utilité dans chacune. Ainsi les fonctions du coccyx ne peuvent nullement être éclaircies par
fi) Barthez , Sc« de 1 Hom, , Discours préliminaire
celles de la queue des animaux, qui u’est, dit-on , qu’un coccyx prolongé. Bien plus , les fonctions de la queue de l’écureuil n’ont rien de commun avec celles de la queue des sapajous , qui est un instrument de préhension , delà queue du kanguroo , qui est un organe de station* et de locomotion, etc. Quand les circonstances anatomiques changent considérablement , les effets changent à proportion , et les comparaisons ne donnent aucun résultat. IVIoo ignorance sur l’organe à peine ébauché de l’homme reste donc la même , encore que j’aye clairement vu les fonctions de l’organe correspondant parfaitement développé chez certains animaux.
2.0 Quant à ce dessein fondamental que l’anatomie comparée nous fait découvrir, cest un principe dont il seroit trop facile d abuser , pour qu il n’en faille pas borner 1 usage (i). On doit le considérer comme
(i) Un des inconvéniens de son admission dans la Physiologie , c’est qu’on semble s’obliger à rendre raison des dérogations. Par exemple, le trou incisif, dans plusieurs espèces , paroit destiné à porter l’humeur lacrymale dans la bouche. Il est évident que , dans l’Homme , il ne peut pas avoir cet usage. Si nous disons qu il est là pour 1 uniformité du plan 9 nous nous enga*»
un résultat général et non comme un moyen d'investigation. Je ne puis raisonnablement rapporter à ce principe l’existence d une partie , que lorsque je me suis convaincu de sa superfluité , de sa complète inutilité dans le système; c’est-à-dire , quand je suis sur cette partie tout ce qui intéresse le physiologiste. D’ou il s ensuit que là Physiologie confirme le principe , mais non que le principe est un instrument de découverte pour la Physiologie.
On voit donc qu’en regardant de près les applications de l’anatomie comparée à la théorie des fonctions organiques ou mécaniques de l’Homme, leur utilité se réduit à nous montrer des oppositions qui sont pour nous une occasion de mieux étudier notre objet. Passons aux services qu’on peut en retirer pour déterminer les usages des parties, en tant que ces usages dépendent dune action hyperorganique.
geons à dire pourquoi la Nature a renoncé tout à fait a cette uniformité dans les cétacées , où Ton n’observe point de trou incisif , et même dans l'éléphant , où l’on ne trouve qu’un conduit presque imperceptible # qui est vraisemblablement celui du nerf nasopalatirt
de Scarpa.
XIII. Il me semble qu’on peut réduire aux quatre propositions suivantes , ce qu’on a dit en faveur de ce moyen considéré sous le rapport dont je parle.
1. ° L'anatomie comparée nous fait connoîfre les usages d’un organe, en nous montrant quelles sont les fonctions qui manquent aux animaux qui en sont privés, et celles qui dominent chez les animaux où il est très-développé,
2. ® Elle détermine l’utilité de chaque pièce d’un appareil organique, en observant dans les divers animaux quelles sont les variétés de structure qui correspondent à des variétés données des fonctious.
3. ® Elle nous apprend à estimer l’importance respective des organes , d’après leur degré de constance dans les différentes classes.
4.0 Le corps humain , dit on encore , est le système d’organes le plus compliqué ; ce système se simplifie à mesure qu’on descend dans l’échelle des animaux. D’après cela, le procédé le plus conforme aux règles de l’analyse pour étudier l’Homme , seroit d’étudier successivement les fonctions de ces organes d’abord dans les êtres les plus simples, ensuite dans les plus voisins pourvu?
d’un organe de plus, et ainsi de proche en proche jusqu a l’Homme, où l’on trouve réunis presque tous les organes qu’on a vus s’ajouter en détail aux combinaisons précédentes.
i.° Est-il bien vrai que l’anatomie des
animaux puisse nous donner des notions certaines sur l’usage des parties , en nous montrant que l’absence d’une telle fonction chez diverses espèces, coïncide avec celle d’un tel organe ?
Je conviens d’abord que, si l’on voyoit une fonction déterminée s’exercer dans toutes les espèces pourvues d’un tel organe et disparoître dans toutes celles où cette partie manqueroit , et l’activité de l’une toujours proportionnée au développement de l’autre , ce seroit une raison suffisante pour regarder l’organe comme l’agent de cette fonction. Mais il y a là deux conditions trop difficiles à remplir, pour que l’usage de ce moyen n’en soit pas extrêmement restreint.
En premier lieu, il est clair que la conclusion n’a le degré de probabilité suffisant, que lorsque la simultanéité de l’existence et de la non-existence de la fonction et de l'organe , et le rapport entre la perfec-