VIII. Cinquième Principe
L’utilité de la dérivation dans les cas où elle est indiquée, tient à cette sympathie
particulière et puissante , que les parties du corps vivant exercent entre elles a raison de leur voisinage ( qui leur donne des vaisseaux et nerfs communs , etc. ).
Les remèdes qu’on emploie comme icvulsifs , et sur-tout comme dérivatifs j ont d’autant plus d’efficacité, qu’ils sont appliqués à l’endroit des organes qui ont les sympathies les plus fortes et les plus constantes, avec l’organe par rapport auquel on veut opérer une révulsion ou une dérivation.
Ainsi il est généralement plus avantageux de placer les remedes révulsifs ou dérivatifs , dans la même moitié latérale droite ou gauche du corps ou se trouve cet 01 gane . parce que c’est une sympathie très - puissante et très-générale que celle des organes qui sont situés ainsi dans une même moitié
du corps.
Cette sympathie est prouvée par des faits sans nombre , observes depuis Hippocrate jusqu’à nos jours. L’on a reconnu dans tous les temps , qu’une hémorragie critique du nez se fait plus avantageusement par la narine droite dans l’inilammation du foie , et par la gauche dans les maladies de la rate : que les abcès spontanés les plus salutaires , sont ceux qui se formel} t dans la meme moitié latérale du corps ou est la partie
affectée ; f secundum reciitudinem loci affectif Cad iæin J : etc.
M. Dupui (i) a fait une grande collection de semblables observations , qui établissent pathologiquement une division radicale de l’homme intérieur en $es deux moitiés droite et gauche : et il serait facile d’ajouter a cette C Uection un très - grand nombre de faits analogues.
Les anciens ont fait la plus grande attention aux sympathies des organes , dans le traitement des maladies causées par les fluxions. Mais les écrivains 4de ces deux derniers siècles ont ete portés à négliger ce traitement j par ce motif même, qu’il était lié a la considération des sympathies.
Ces modernes se sont accordés à rejeter Tétude et la discussion des faits que les anciens avaient observés relativement à celte doctrine des sympathies , ainsi qu’à plusieurs autres points importa ns de la science médicinale. ils ont cru pouvoir négliger l’étude d’un nombre immense de faits de détails , sur lesquels cette science doit porter ; en prétendant que la recherche en est devenue
(i) Dans sa dissertation de homine dextro et si* mstro 9 Lu%d* Batav ; 1780,0
Inutile depuis la découverte de la circulation de sang. Cependant cette grande découverte ^ qui reste encore elle-même imparfaitement déterminée) n'a réellement éclairé qu’un petit nombre d’objets dans la médecine-pratique.
Les principes généraux que je viens d’exposer, ont les applications les plus étendues dans le traitement des fluxions , relativement au choix des saignées, et à l’usage des épispastiques et des cautères. Ces divers remèdes , employés comme révulsifs ou comme dérivatifs, sont les seuls que je me propose maintenant de considérer dans la cure des fluxions.
Je traiterai dans un second mémoire , ce qui regarde l’emploi des épispastiques et des cautères. Je me bornerai dans ce premier mémoire , à faire voir comment les principes précédens s’appliquent au choix des saignées qui doivent être faites ett différentes parties du corps ; suivant les cas et les périodes des fluxions inflammatoires ou autres , aigues ou chroniques.
Quelque vagues et confuses que fussent les règles qu’ont donné les anciens auteurs.
en se conformant plus ou moins à la doctrine d’Hippocrate ou à celle de Galien , sur le choix des saignées dans les divers états de la fluxion inflammatoire ou autre ; elles étaient encore sans comparaison plus utiles, que n’ont été les lois de la révulsion et de la dérivation qu’on doit opérer par la saignée , qu’ont cru pouvoir établir sur des théories prétendues hydrauliques , plusieurs écrivains de ce siècle ( tels que Silva , Chevalier , Quesnay et autres ). Ces dernières lois n’ont pu être adoptées que par des hommes peu versés, et dans la science de l’Hydraulique , et dans celle de la Médecine-pratique.
Dans le traitement d’une fluxion , qui doit être combattue par des saignées dérivatives ou locales ; lorsqu’il y a pléthore , ou orgasme de la masse du sang , pour pratiquer ces sai« gnées avec plus de sécurité et de succès , il faut toujours faire précéder une saignée ou autre évacuations générale plus ou moins forte.
Les anciens qui faisaient des saignées trèsfortes pouvaient remédier à la pléthore ou à l’orgasme du sang , par la même saignée qu’ils employaient pour produire la déri-
vsticm. Mais chez les modernes , les saignées dérivatives étant beaucoup moins considérables, ont commu nément des effets nuisibles, lorsqu’on n’a point fait précéder des évacuations générales qui pouvaient être indiquées.
J’ai vu des exemples nombreux des suites pernicieuses, qu’a • l’iguorance ou la négligence de cette règle essentielle du traitement des fluxions que la routine des gens de l’art paraît avoir fait oublier totalement.
Ainsi j’ai vu très fréquemment des fluxions inflammatoires snr les veux, qui auraient été d’abord faciles à résoudre ; devenir ou fort graves, ou long-temps rebelles ; parce qu’on avait appliqué dans leurs premiers temps , et sans avoir fait précéder une évacuation générale convenable, des sangsues au tempes ou à d’autres parties voisines des yeux affectés.
Lorsque la fluxion n’est qu’imminente , ou n’est point encore établie , on convient qu’il faut préférer la saignée révulsive. Ainsi lorsqu’une partie du corps vient de souffrir un coup , une chute , ou une autre impulsion violente ; il faut détourner par une saignée révul» sive, la fluxion des humeurs qui tendent à se jeter sur cette partie affaiblie.
Dans les premiers temps de rinvasion et des aecroissemens de la fluxion , on doit y ordonner d’abord la saignée révulsive £ et d’autant plus , lorsqu’on est fondé à croire que le traitement de cette fluxion exigera plusieurs saignées. Telle est la pratique que Galien a suivie, et qu’il a attribuée à Hippocrate : et le précepte en est appuyé sur l’observation de tous les temps.
Quand la fluxion est dans l’état , ou bien fixée ; s’il y a lieu de penser qu’une seule saignée sera suffisante ; il faut que cette saignée soit dérivative. On doit alors toujours suivre cette pratique, qui d’ailleurs était celle d’Hippocrate, comme Prosper Martianus l’a démontré.
Elle souffre seulement une exception dans les cas où la fluxion porte sur l’une des extrémités supérieures ou inférieures. On voit que dans ces cas , à moins que la fluxion ne soit invétérée , on l’aggraverait en ouvrant une veine située dans la même extrémité.
Lorsqu’une fluxion inflammatoire qui se porte à la tête, est parvenue à son état fixe, où elle se soutient sans variations ; la saignée de la jugulaire y est pareillement in-
diquée ( comme Font enseigné les auteurs cités par Tralies ). La saignée du pied est conlr’indiquée dans ces cas, comme l’a vu Short, qui dit fort bien qu’on doit s’abstenir de la saignée du pied, lorsqu’il y a refroidissement des extrémités , avec des douleurs de tête fort vives , et d’autres signes qui donnent lieu de juger que Finflammation est formée dans la tête#
Mais il faut saigner du pied , et non du bras, lorsqu’il n’y a que des indices d’un raptus , ou d’une tendance plus ou moins forte d’une fluxion de sang vers la tête. Baglivi a fait à ce sujet une observation importante. Il a^vu (i) que dans des fièvres malignes ou la saignée du pied était utile, la saignée du bras déterminait tout l’effort dé la maladie à se porter impétueusement* à la tête , d’oii s’ensuivait le délire , des affections soporeuses , etc.
La saignée du pied peut avoir très-prompt tement des effets salutaires dans les fluxions sanguines et inflammatoires qui occupent les parties inférieures du bas-ventre.
(i) Praxeos medicœ, Lib . x. cap . i3. n* VI .
Galien assure qu’il a eu guéri dans un jour pnr la saignée du pied , des sciatiques eau* sees par 1 accumulation du sang dans les vaisseaux des parties voisines de la hanche
Hoffmann a eu fait saigner du pied , avec un succès soudain , un homme attaqué de dysurie , et tourmenté de douleurs cruelles dans les lombes, les flancs, la vessie, et parties génitales. — J’ai procuré plusieurs
lois un prompt soulagement, par la saignée du pied, dans un flux imparfait et douloureux des hémorroïdes.
Il est pourtant vrai que Galien a conseille, et la saignée du bras, et celle du pied , dans la sciatique sanguine. Mercatus qui en a fait la remarque , a tâché d’oter la contradiction apparente de ces deux conseils : mais ce qu’il dit là-dessus, n’a rien de satisfaisant. Ces conseils divers conviennent à divers cas de la sciatique sanguine en partant du principe que je vais exposer!
Pour décider si la saignée dérivative est indiquée ou non , dans une fluxion sanguine ou inflammatoire parvenue à son état
J faut sur-tout reconnaître si cette fluxion est produite par une pléthore de sang particulière à 1 organe affecté , ou bien si elle est entretenue par une pléthore générale.
Mercatus a peut-être senti cette distinction; mais il Fa présentée d'une manière vague et vicieuse ; lorsqu’il a dit qu'il est plus utile cle saigner du pied dans la suppression des règles , qui est causée par l’obstruction des conduits du sang menstruel e£ par l’inondation des humeurs dans ces parties. En effet f il est une infinité de cas ou la saignée du pied n’est point indiquée par les obstructions de la matrice, même lorsqu’elles déterminent nn plus grand afflux, des humeurs sur ce viscère.
Une da me , h la suite d’une répression violente d’une hémorragie utérine, souffrait des douleurs horribles dans les régions lombaire et hypogastrique , qpi revenaient tous les mois an temps des règles , et duraient environ quinze jours à chaque reprise. On combattit vainement ces douleurs par plusieurs saignées du bras et par beaucoup de narcotiques. Les médecins ordinaires de cette dame craignaient qué la saignée du pied ne déterminât l’inflammation de la matrice. Je prescrivis celte saignée , et la fis répéter avec le plus grand succès au deux retours suivans du période des règles ; je donnai ensuite des remèdes qui rendirent plus libre l’évacuation menstruelle ; et cette dame fut parfaitement guérie.
La saignée du pied peut être aussi utile pour prévenir l’avortement , dans les cas où cet accident peut être produit par une congestion de sang cjm se forme actuellement sur la matrice. S thaï n’est pas le premier qui ait fait cette observation, comme l’a cru son disciple Storeh. Zacutus Lusitanusme semble en être îe premier auteur ; et quoiqu’il ait été absurdement calomnié à ce sujet , il a eu plusieurs imitateurs. Ainsi Hénriquez de YiJlacorta fié saigner , avec succès et plus d’une fois , du pied , une dame attaquée au sixième mois de la grossesse, d’une fièvre tierce sous-continue ; qui avait été saignée quatre fois du bras sans aucun soulagement , et dont il jugea que la maladie était entretenue parla pléthore des vaisseaux utérins. Cependant cette pratique me paraît trop hasardeuse , à cause de la commotion que la saignée du pied peut faire ressentir spécialement dans la matrice.
D’après tout ce qui a été dit, on voit que lorsque la fluxion a atteint son état d’une maniéré fixe , la saignée dérivative est généralement celle qui est indiquée. Maislorsqu’on observe que la fluxion qui paraissait être dans un état fixe se renouvelle à plusieurs
reprises; il faut employer ensuite la saignée révulsive. ®
Telle paraît avoir été la principale raison pour laquelle Hippocrate, dans les maladies par fluxion qui indiquaient plusieurs saignées, ayant commencé par la saignée dérivative, passait ensuite à la saignée révulsive. Prosper Martianus Ta prouvé : il a dit d'ailleurs que Galien , dans les cas de fluxion où il faut saigner plusieurs fois , a suivi un ordre contraire à la pratique d’Hippocrate. Mais cela paraît fort douteux ; puisque suivant ce que Galien a dit (i), Hippocrate doit avoir employé la saignée révulsive dans les fluxions commençantes .
Cette pratique, que j’attribue à Hippocrate , de faire succéder des saignées révulsives à la dérivative , lorsque la fluxion qui semblait être parvenue à son état fixe, se renouvelle par reprises , a été suivie dans tous les temps par les médecins éclairés. Ainsi les praticiens qui ont le génie de leur art^ ou beaucoup de sagacité naturelle et acquise, savent placer avec un succès surprenant une saignée du pied , dans ces redoublemens d’une fièvre aiguë fort avancée, où il se reproduit un mouvement violent d’une fluxion de sang vers la tête , qui cause le délire , ou une affection soporeuse , etc.
(i) Meth. mcd . L. VII . cap. ult .
Les saignées locales se font par le moyen des scarifications ou des applications des sangsues sur l’endroit de la peau qui répond à la partie affectée. Ces saignées sont encore plus puissantes que les saignées dérivatives pour affaiblir sympathiquement la sensibilité de lorgane qui est le terme de la fluxion, et pour résoudre l’affection spasmodique qui est si généralement produite dans cet organe.
Mais à raison meme de l’affaiblissement que ces évacuations de $ang locales causent dans l’organe affecté ; on a lieu de craindre qu’elles n’aggravent la fluxion qui se porte sur cet organe ; si on ne les fait précéder d’une évacuation du sang générale, lorsqu’elle est indiquée par la pléthore ou par l’orgasme du sang, ainsi que je l’ai dit ci-dessus ( Art. xi ).
J’ajoute ici qu’il est des genres de maladies, ou quoique la pléthore ait été détruite , et 1 orgasme abattu par les évacuations générales que comportait l’état des forces du malade , la saignée locale est nuisible ; parce que ces évacuations générales n’ont pu faire cesser la disposition prochaine au renouvellement de l’affection inflammatoire.
C est ce que j’ai observé particulièrement;
flans plusieurs eas de rhumatisme ; ofi ÿ quoiqu’on eut pratiqué des évacuations générales qu’on pouvait croire suffisantes, l’application des sangsues sur la partie affectée déterminait une aggravation considérable et permanente de l’affection rliurfra tique de cette partie.
Hippocrate a connu combien il est généralement. utile de faire précéder les saignées locales par dés saignées générales révulsives ou dérivatives. C'est pourquoi , dans l’origine^ il faisait saigner du bras avant de faire ouvrir une veine sublinguale ou ranine. Prosper Martianusa mal vu ce procédé d’Hippocrate, comme faisant une exception h sa méthode générale, de commencer toujours le traitement d’une fluxion inflammatoire par la saignée dérivative.
Î1 faut encore observer 5 qu’il est souvent necessaire de recourir aux saignées locales , pour affaiblir dans la partie affectée la chaleur et la sensibilité qui peuvent y attirer et y perpétuer la fluxion ; avant qu’on n ait pu faire précéder toutes les saignées générales que la nature de la maladie peut indiquer.
Galien est le premier auteur de cette remarque essentielle. Il a très-bien yu que la
sensibilité vicieuse de Forgane affecté peu! y entretenir la fluxion , et la rendre pernicieuse * quoiqu’on répète à Fexcès les évacuations révulsives qu’on propose à cette fluxion. Jacot dit que ce précepte est aussi important qu’ignoré du vulgaire. Yallesius recommande aussi beaucoup cette pratique , comme étant conforme aux vrais principes de la méthode; et il assure que, par ce procédé, il a sauvé la vie, d’une manière frappante , à plusieurs malades attaqués d’inflammations internes des plus dangereuses*
Dans lé traitement méthodique des fluxions, les révulsions et les dérivations qu’on veut opérer par la saignée , doivent être faites par l’ouverture des veines qui sont dans 3a même moitié latérale droite du corps où est Forgane principalement affecté. Mais il arrive quelquefois que ce traitement méthodique manque d’effet ; et qu’il faut avoir recours à d’autres saignées dont le choix n’étant point indiqué par des principes généraux, n’a pu être trouvé que par voie d’essai , de sorte que ces saignées agissent d’une manière indéfinie et comme perturbatrices.
11 est des fluxions anciennes où , après avoir employé inutilement les saignées des veines
situées dans la même moitié latérale du corps ou est 1 organe affecté ; on réussit mieux eu ouvrant des veines de la moitié oppqsée du corps. Ainsi Hippocrate a conseillé la section des veines occipitales, potir guérir des fluxions invétérées sur les yeux. Il a dit aussi (?) «jn une saignee faite à la veine verticale du front, est utile dans les douleurs qui se font sentir au derrière de la tête ( ce qu’on peut i apporter aux communications que les Branches de cètte veine frontale ont avec les veines occipitales ).
^ On assure avoir souvent obtenu des succès singuliers, dans le traitement de diverses maladies causées par des fluxions rebelles , par la section d une artère ou d’une veine très-petite , et spécialement par celle de la saïvatelle.
Dans des hémorragies excessives , venant a une cause interne , les anciens faisaient un cas particulier de cette saignée de la saîvateîle, qu ils répétaient plusieurs fois. Thiery atteste avoir vu en Espagne, des plexxrétiques qui , étant toujours affectés des symptômes de l’inflammation de poitrine, et étant tombés dans une grande faiblesse après qu'on
leur avait fait plusieurs saignées , étaient
(ï) sîphor* 68 } sect , 5*
guéns par une saignée de la salvatelle, du cote ou était, la douleur.
Baglivi rapporte à une cause occulte (comme est , par exemple , celle de la sympathie singulière qu’on a observée entre la poitrine et les gras des jambes ) le succès complet qu il assure que la saignée de la salvatelle
a eu souvent pour guérir des fièvres intermittentes, qui n’avaient pu céder h aucun remède ( digestif , résolutif, ni fébrifuge). Un de mes amis m’a assuré avoir vu plus d’une fois, que la saignée de la salvatelle gauche avait ete singulièrement utile dans des engorgemens de la rate. Ce fait peut etre lie avec celui que je viens de citer de Baglivi ; mais l’un et l’autre sont pareillement inexplicables.
Je vais rappeler les principales règles que
j’ai données dans ce mémoire , sur le choix des saignées, dans le traitement méthodique des fluxions , en présentant l’application de ces règles au traitement des fluxions inflammatoires sur la poitrine.
G est faute d avoir détermine y relativement à des règles fondamentales, les effets des diverses saignées dans les divers cas de ces fluxions de poitrine; que les anciens et les
modernes ont trop généralisé les conséquences de leurs observations, et ont donné des préceptes contradictoires sur le choix des saignées dans ces maladies.
Ainsi Hippocrate, Galien et presque tous leurs sectateurs ont ordonné, dans la pleurésie, de saigner du bras du coté de la douleur. Archigène, Arétée, et presque tous les Arabes , ont prescrit de saigner du coté opposé à la douleur* Cette division d’opinions est exposée avec les plus grands détails dans des dissertations savantes de Brissot et de Moreau.
Depuis la découverte faite par Cesalpin et par Harvey de la circulation du sang, la plupart des auteurs ont pensé , comme Freind, que cette question était indifférente. Malgré ce préjugé, devenu presque général, Triller a soutenu vers le milieu de ce siècle, que des expériences comparées faisaient voir, qu’il est plus avantageux , dans la pîeuresie , de saigner du coté affecté : et son assertion a été appuyée par Ludwig et par Lentin.
Mais ces expériences comparées nous ont prouvé seulement, que la saignée du eôté affecté réussit plus souvent dans la pleurésie et la péripneumonie, que la saignée du coté opposé: et elles n’ont point été relatives k Ig détermination des temps et des cas de ces
fluxions inflammatoires de poitrine, oii chacune de ces saignées doit être employée de préférence, et avoir plus de succès que l’autre.
Je vais exposer les résultats les plus assures que je crois que donnent les .observations des anciens et des modernes 5 sur le choix des saignées dans ces premiers temps des fluxions inflammatoires sur la poitrine, ou ces fluxions doivent être principalement combattues par la saignée. Ces résultats sont ceux auxquels je me suis conformé dans le cours de ma pratique , avec tontes les apparences du plus grand succès que puissent avoir les saignées dans ces maladies.
Dans le commencement d’une fluxion inflammatoire sur la poitrine, il faut faire révulsion , en saignant d’une partie éloignée, comme quelquefois du pied ( ce que j’ai trouvé particulièrement utile, lorsque la douleur occupait une des parties supérieures de la poitrine); et communément du bras du côté opposé au siège delà douleur. Piquer dit: que la meilleure méthode, dans la pleurésie, est de saigner d’abord du pied, ensuite du bras opposé au côté de la douleur , et en troisième lieu , du bras du même côté.
Dans l’état de la fluxion ( c’est -à * dire ^
lorsque ses accroissemens gradués ont cessé, et qu'elle est parvenue à un degré assez constamment fixe), on doit saigner du bras du côté qui est affecté , et y répéter la saignée, suivant l'indication.
Il arrive souvent que la fluxion inflammatoire sur la poitrine se renouvelle par des reprises, qu'il faut observer avec beaucoup d’attention, pour y placer de nouveau des saignées révulsives. C'est ce qui a lieu sans doute dans ces inflammations de poitrine , ou Réga a vu, qu’après avoir saigné plusieurs fois inutilement du bras, on * avait guéri par la saignée du pied ; quoique cette saignée n’eut point été indiquée par aucun symptôme de délire, ni d’affection de la tête.
Les saignées locales, pourvu qu’elles aient été précédées d’autres saignées * peuvent être très-salutaires dans plusieurs cas d’inflammation de poitrine. Leur usage a été d’autant plus négligé , depuis qu’on a généralement reconpu l’utilité qu’a, dans cette maladie, l’application d’un vésicatoire à l’endroit de la douleur, après qu’on a fait précéder la saignée. Mais il est plusieurs cas où l’application de ce vésicatoire est entièrement contr’indiquée (comme je le dirai dans le mémoire suivant )* et parmi ces cas, j’ai trouvé qu’il en est où l’on peut obtenir les
meilleurs effets de l’application des sangsue^ employée convenablement, et même alternativement avec les saignées ( d’après le conseil de Galien que j’ai cité ci-dessus ).
Il semble qu’après avoir fixé les règles du choix des saignées dans le traitement des fluxions ; on pourrait déterminer de meme s par analogie des principes et des préceptes relatifs au choix que l’on doit faire dans ce traitement , des autres évacuations d’humeurs particulières par les voies d’excrétion qui leur convienneut.
Mais les rapports des diverses sortes d’évacuations d’humeurs particulière , aux divers genres de maladies dont les fluxions peuvent être des élémens essentiels 3 sont si variés; que ce ne peut être d’après des principes généraux, mais seulement d’après des considérations relatives à la nature de chaque genre de ces maladies y qu’on doit y fixer le choix et l’ordre des évacuations d’humeurs particulières,
Hippocrate n’a point connu ce principe, que je crois qu’on peut regarder comme fondamental. C’est pourquoi il a donné des règles très-vicieuses sur l’emploi des divers évacuans qui peuvent convenir aux diverses
maladies cm la fluxion présente nue indication majeure. Il a suivi a l’égard de cés évacua ns, une pratique analogue à celle qu'il
suivait sur le choix des saignées : ce qui Ta
conduit à des erreurs manifestes.
Ainsi , clans une maladie qu’iljugeait devoir être traitée par l’évacuation des premières voies , il purgeait le malade par en haut , si l’organe souffrant était au-dessus du diaphragme, et par en bas , s’il était placé audessous (i). Cependant on sait que cette pratique est sujette à de nouvelles exceptions ; comme, par exemple, dans des cours de Ventre invétérés , oii Hippocrate lui - même a eu conseillé de faire vomir , etc.
Dans les maux de tête vioîens , produits par des causes différentes ; comme par la pituite * par l’ivresse même, et autres; les médecins de l’école d’Hippocrate employaient d’abord de forts sternutatoires. Ils faisaient aussi ouvrir une veine de l’extérieur de la tête, et ensuite ils purgeaient , ou faisaient vomir comme arbitrairement (2).
Yallesius a très-bien remarqué contre cette méthode de traitement, qu’il attribue à Hip-
(1) Aph . 18 , sect . IV .
(a) De qffectipnibus , sect . I, cap, IJ? et de mordis , lib . III, cap, VII I.
puera te ; que les sternutatoires sont déplaces dans tous les cas des maladies de la tête où il y a de la fièvre (r) : et que lorsque 1 affection de la tete est inflammatoire , les vomitifs y sont nuisibles, et l’opération des purgatifs y est généralement suivie d’un état soporeux.
Lorsque je rappelle ces erreurs d’Hippo» ci aie et de ses disciples , et que j’indique une cause generale qui les a multipliés 9 je ne puis avoir pour objet d’affaiblir le respect dû au génie de ce grand homme.
Hippocrate a porté au plus haut degré cette sagacité, qui , dans des sciences de faits dont les détails sont immenses, comme est la médecine -pratique , peut faire saisir et fixer des rapprochemens à la fois simples et vastes ; les seuls qui puissent convertir des combinaisons de faits en principes de la science. Il est douteux s’il a jamais existé un autre homme dont la tête fût aussi bien or-< ganisée pour donner des bases à la méde- / cine : mais il me paraît certain que tous les autres médecins célébrés ressemblent si peu
(i) Suivant cette maxime d’Hjppocrate lui-même. {De loc . in hom, c. 12.) Febricitanti caput ne pur* gato , ne furiosus fiat.
à Hippocrate , qu’aucun d’eux ne peut être nommé le second dans la même carrière.
Cependant il est essentiel de remarquer que l’instrument de l’analogie, qu’Hippocrate a employé le plus souvent avec tant d’habileté et de succès , lui a présenté quelquefois des inductious trompeuses , dont il est nécessaire de se garantir.
Il importe surtout de reconnaître que, s’il n est point d’autorité qui puisse sanctionner des erreurs , elles ne doivent jamais servir de prétexté a 1 ignorance pour négliger des vérités utiles qui se trouvent placées à côté de ces erreurs , ou qui même ont pu y conduire par de faux raison nemens.
Ainsi , quoique l’on puisse trouver dans Hippocrate , Galien et leurs sectateurs plusieurs assertions vicieuses et opposées entre elles sur le choix des saignées , et sur l’emploi d autres évacuations dans les fluxions ; on doit toujours s’attacher à recueillir les résultats des observations relatives à ces objets, faites par la généralité des médecins éclairés de tous les temps: et ces résultats dirigent, avec la plus grande probabilité d’un heureux succès, le choix de ces évacuations dans le traitement méthodique d’une infinité de cas de fluxions.
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