‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 7 sur 18 · SECOND MÉMOIRE · texte numérisé non relu

SECOND MÉMOIRE

ll/OBJET de ce mémoire est le traitement méthodique des fluxions , considéré relativement à 1 emploi des épispastiques et des cautères.

Les épispastiques ou attractifs , sont de deux sortes : i ,° ceux qui sont simplement irritans sans évacuer , comme sont les ventouses seches^ et les sinapismes j 2.0 ceux qui> en même temps qu’ils irritent , déterminent une évacuation par la solution de continuité de l’organe extérieur, comme sont les ventouses avec scarifications , les vésicatoires , les cautères et les sétons.

On peut employer utilement, dans le traitement des fluxions , des stimulans qui attirent sans évacuer, ou qui agissent indépendamment de l’évacuation peu considérable qu ils déterminent. On a vu récemment des

hommes peu instruits en médecine, produire des effets remarquables , en appliquant plusieurs ventouses sèches à l'endroit d'organes gravement affectés : et ces effets ont paru merveilleux à beaucoup de gens , parce que depuis long- temps cet usage des ventouses est généralement négligé en France.

L’application des ventouses sècbes à l'endroit des parties affectées par les fluxions , est soumise aux memes principes généraux que les évacuations de sang locales. Elle est par conséquent efficace dans les cas où ces fluxions sont entièrement fixées, et où il n'existe point chez les malades de plénitude du sang et des humeurs.

C'est avec ces restrictions , qu'on doit adopter les observations , telles que celles d'Hippocrate , qui dit qu’une sciatique fut soulagée par Fappli cation d’une ventouse au-dessous de la hancbe ; et que l’humeur qui était fixée auprès de cette articulation ; se jeta sur des parties inférieures : celle de Sculiet , qui fit cesser une suppression de règles en réitérant souvent l'application des ventouses sèches sur les jambes : celle d'un autre médecin , qui soulagea par l’application des ventouses sur le dos , des douleurs opiniâtres dans les seins , qui faisaient craindre le cancer, etc., etc.

, Les siiapîsmes sont des attractifs non evaouans qui peuvent avoir des effets salutaires dans un grand nombre de cas; en excitant les forces vitales des organes au-dessus

desquels on les applique , ou en détçrminant une révulsion puissante vers ces organes.

L usage des vésicatoires étant devenu de plus en plus général, a fait que celui des sinapismes est maintenant borné à leur application sur les extrémités inférieures , dans des maladies goutteuses ou soporeuses. Ce- ' pendant, les sinapismes auraient de l’avan- * tage sur les vésicatoires, en plusieurs cas; à raison de ce que leur effet irritant, qui n’est suivi d’aucune évacuation, est beaucoup plus prompt, et peut être gradué.

Je passe à la considération des épispastiques ou attractifs, qui ^déterminent une évacuation considérable, par une solution de continuité qu’ils opèrent dans le tissu de 1 organe extérieur : ces épispastiques évacuans sont les ventouses avec scarifications,

les vésicatoires , les cautères et les sétons. r L°rS(lu’on multiplie , sur une grande

etendue de la peau, les ventouses suivies de

scarifications, l'attraction du sang et de$ humeurs vers la peau, ajoute à l’effet qu’ont les scarifications , pour opérer un grand changement dans l’organe extérieur , qu’occupe une forte affection spasmodique.

On a trop négligé la pratique de Baglivi , qui a observé de grands effets de ce puissant remède, dans des cas très-graves de petitevérole et de fièvres pétéchiales.

Il l’a vu avoir un succès décisif dans la petite-vérole, lorsque son éruption difficile était accompagnée de beaucoup de mal de tète, de chaleur et d’anxiété, de soubresauts de tendons , etc. : comme aussi lorsque sa rentrée causait une extrême difficulté de respirer, auquel cas il excitait ensuite le retour de cette éruption, en faisant faire des onctions avec un Uniment volatil huileux sur toute l’étendue des parties scarifiées.

Un de mes amis a suivi cette pratique de Baglivi y dans un cas analogue de rentrée de petite-vérole; et elle lui a parfaitement réussi. Je pense qu’il est particulièrement indiqué de l'imiter, dans ces épidémies de petite-vérole , ou communément les boutons ont moins de disposition à suppurer que dans les espèces ordinaires de cette maladie.

Baglivi a constaté aussi l’utilité de l’application des ventouses suivies de scarifications dans les fièvres pétéchiales essentielles, où. la rentrée de l’éruption causait des symptômes graves. Mercatus avait déjà recommandé dans les fièvres malignes pourprées d’appliquer des ventouses avec scarifications, au dos, à l’opposite de la région du coeur et près de la nuque lorsqu’il y avait délire. Il se proposait d’attirer au dehors, par ce moyen, la matière morbifique, lorsqu’elle était d’une nature vénéuéuse, et menaçait de gangrène les parties où elle s’était fixée. Mais ces idees sur le venin que renferment les humeurs dans ces fièvres , sont trop vagues, et ne présentent point une indication assez déterminée.

\ oici quel est, a mon avis, la principale cause de 1 heureux effet qu’ont les ventouses suivies de scai 1 fications , lorsqu’on les emploie dans les premier^ temps des petites-véroles malignes, dont Irruption se fait difficilement, et est accompagnée de taches pourprées ; et dansées temps avancés de cette maladie, lorsque la rentrée de l'humeur varioleuse en détermine des fluxions pernicieuses sur les viscères.

L’attraction du sang vers la peau qu’opèrent les ventouses, les scarifications qui débrident en beaucoup d’endroits cette partie très-nerveuse * et l/évacuation considérable de sang qui succède à ces ruptures, ne peuvent que détruire le spasme général de l’organe extérieur qui s’oppose à l’éruption de la petite-vérole, ou qui en force la rentrée.

11 est souvent très- difficile de vaincre ce spasme par les moyens usités ^ comme par les bains tièdes , par un grand usage du camphre intérieurement et extérieurement , etc. Mais ce spasme, s’il n’est résous, détermine des étranglemens dans plusieurs des parties du tissu de la peau qu’affecte la petite-verole (voyez Cotugno ) ; et ces étranglemens causent des taches pourprées pi us ou moins disposées à la gangrène.

On n’a point distingué jusqu’ici cette cause des taches pourprées qui accompagnent la petite-vérole maligne , et surtout de celles qui paraissent dans ses premiers temps. On attribue généralement ces taches, en quelque temps de la petite-vérole qu’elles surviennent, à deux autres causes qui cependant les produisent beaucoup plus rarement au commencement de cette maladie que dans sfës temps plus avancés; et l’on prescrit, relativement à ces deux causes présumées, des

remedes qui sont nuisibles ou sans effet , lorsque ces taches sont causées par 1 ’afïection spasmodique de la peau.

Ces deux causes sont la sympathie de l’irritation produite dans les premières voies, et la dissolution putrefactive de la masse du sang. On voit que dans le cas que j’ai indiqué, on emploie vainement ou pernicieusement ( dans la vue de combattre ces causes ) , soit des evacuans répétés des premières voies, soit l’acide vitriolique et le quinquina , correctifs d ailleurs si efficaces de l’état putride universel qui se développe à la fin d’un grand nombre de petites-véroles d’une nature maligne.

C’est d’après les principes qui font préférer la révulsion' ou la dérivation dans le traitement des fluxions, qu’on doit régler le choix des parties sur lesquelles il est le 'plus avantageux d’appliquer les vésicatoires. Mais ces principes ont été souvent ignorés ou négligés par des médecins qui étaient d’ailleurs très-éclairés.

C’est ce qui a produit ^ par exemple, l’opposition qui est entre Hoffman, qui conseille d’appliquer les vésicatoires aux pieds plutôt qu’à la nuque dans l’ophtalmie , et Heister

gui veut qu'on les applique plutôt à la tête dans cette maladie. Nenler a bien vu que l'ophtalmie est souvent augmentée par l'application des vésicatoires derrière le^ oreilles, mais il n'a point remarqué ce que j’ai observé dans un très-grand nombre d'ophtalmies ; que l'effet nuisible de ces vésicatoires avait lieu , lorsqu’on n'avait pas fait précéder des évacuations générales ou révulsives convenables.

Il est assez ordinaire dans diverses maladies aiguës , où les humeurs se portent avec violence sur la poitrine ou sur la tête, et où l'on juge qu'il faudra employer plusieurs vésicatoires , qu’on les applique d'abord aux. jambes, et successivement b la poitrine , ou dans des parties voisines de la tête; mais il est aisé de voir que l'usage seul a établi cette pratique , et qu'on ne la rapporte point aux lois du traitement des fluxions.

En effet, cet ordre est souvent interverti# dans la pratique vulgaire, 11 est vrai qu’il peut l'être aussi quelquefois, quoique beaucoup plus rarement, d’après les principes mêmes du traitement des fluxions. Car si, dans une inflammation du poumon , l’application locale d'un vésicatoire est trouvée Insuffisante, on peut ensuite soutenir et exciter Faction des forces de ce viscère , qui

doivent opérer la résolution de l'inflammation , en appliquant d'autres vésicatoires sur des parties éloignées. Mais si on ne les applique point alors sur des parties qui aient avec la poitrine une sympathie ou de voisinage ou autre spéciale, comme entre les épaules ou au gras des jambes', on peut craindre que ces vésicatoires soient nonseulement inutiles, mais meme dangereux.

C'est ainsi que Sarcone a vu dans une inflammation de poitrine, que l'expectoration avait été troublée par l’application des vésicatoires sur les cuisses.

L'application des vésicatoires qui est /ocale y ou qui se fait à l'endroit même des parties affectées, est aujourd’hui d’autant mieux' déterminée dans ses conditions relatives aux principes du traitement des fluxions, qu’elle est devenue d’un usage commun dans les fluxions inflammatoires. Cette application locale a été bornée d’abord aux inflammations de la plèvre et du poumon. Pringîe a beaucoup contribué à répandre cet emploi des vésicatoires , qu’il a étendu à l’inflammation des autres viscères , et même à celle des reins et de la vessie , ou cependant cette pratique est dangereuse.

Lorsqu’après avoir fait précéder les saignées qui sont indiquées, on applique un vésicatoire à l’endroit d'un viscère enflammé, l’irritation et la rupture que ce vésicatoire cause dans l’organe extérieur, me semblent produire dans ce viscère ( à raison de la sympathie spéciale qui est entre les organes voisins ) une affection nouvelle et puissante , qui change et résout l’état spasmodique qu’a excité la fluxion inflammatoire, et par lequel cette fluxion est entretenue et renouvelée.

• Cette application locale des vésicatoires est particulièrement indiquée pour arrêter les progrès des inflammations internes , qui s’annoncent comme devant être d’une nature gangreneuse ; l’affection spasmodique y étant portée au plus haut degré, comme dans l’esquinancie et la péripneumonie gangreneuses, etc.

Je suis d’autaut plus porté à croire que le vésicatoire résout l’inflammation de la partie interne à l’endroit de laquelle on l’applique, par une action qui est éminemment antispasmodique, que j’ai obtenu le plus grand succès de l’application locale du vésicatoire dans un très-grand nombre de cas où il n’existait qu’une affection spasmodique des organes affectés, sans aucune

apparence qu’ils fussent enflammés ni même engorgés.

Je recommande , sous ce rapport , l’application d’un vésicatoire sur la région épigastrique , dont j'ai obtenu d’heureux effets dans divers cas de vomissement rebelle, comme dans l’irritation de l’estomac qui faisait rejeter immédiatement des remèdes nécessaires y et particulièrement dans ce spasme du diaphragme qui accompagne le catarrhe suffocant (comme je le dirai ailleurs), etc.

Divers auteurs ont indiqué un grand nombre d’exceptions# différentes , qui doivent empêcher l'application locale du vésicatoire dans les inflammations de poitrine , soit phlegmoneuses, soit même rhumatiques. J'observe qu’entre ces exceptions , toutes celles qui sont fondées doivent être rapportées aux principes généraux du traitement des fluxions , et qu’elles peuvent être classées sous les chefs suivans : i.° quand la fluxion inflammatoire n’est pas assez affaiblie par un usage précédent de la saignée, et des autres évacuations d’une humeur particulière qui peut être surabondante , auquel cas le vésicatoire appliqué localement peut augmenter l’inflammation au lieu de la détruire ( comme l’a observé Tissot ).

3.° Quand le poumon est affecté , dans d'autres parties que celle qui est enflammée, d'obstructions antérieures à cette inflammation ; de manière que le vésicatoire local, en irritant ces parties, peut y exciter de nouvelles fluxions inflammatoires.

3.° Quand l'état des forces du malade est réduit , au point qu'on a lieu de craindre que le vésicatoire, après avoir produit d'abord une excitation des forces vivantes de la partie qui est le terme de la fluxion inflammatoire, ne cause par son action continuée, un affaiblissement de cette partie qui y attire un nouvel afflux de sang des vaisseaux les plus Yoisins, et y détermine uae|§tase gangreneuse.

Avant de parler des cautères ou issues qu5 on établit en divers endroits du corps, à la suite d'un escarre qui est produite par l’application d'un caustique ( comme aussi par le moyen d'une incision faite à la peau ) ; je vais considérer les effets du cautère actuel, ou du feu , dans un très-grand nombre de fluxions lentes ou chroniques, ou il doit être appliqué conformément aux règles du traitement de ces fluxions.

Le cautère actuel étant appliqué convenablement pour les douleurs de goutte, de

rhumatisme , de colique , etc. fait cesser ces douleurs , et par le sentiment d’une douleur diverse qu’il excite , et par le changement que son action cause dans le tissu, et dans les mouvemens toniques 9 des parties voisines de celle qu’il brûle.

On peut calmer les douleurs d’une manière analogue par d’autres moyens ; comme par ces piqûres que les Japonais font au bas-ventre avec des aiguilles , dans des coliques très-violentes ; et même par des caustiques., puisque Baillou a vu de grandes douleurs de colique être calmées par l’application d’un emplâtre caustique sur le nombril.

Mais le cautère actuel , à raison de sa manière d’agir bien plus vive et plus profonde, a de grands avantages sur les caustiques. Il me paraît que séparant avec beaucoup plus de violence l’escarre qu’il produit d’avec les parties placées au-dessous et à côté de cette escarre , il n’y laisse point subsister entre les fibres ces tiraillemens imparfaits > que cause l’action prolongée et successive des caustiques , et qui excitent des douleurs continues plus ou moins cruelles. C’est sans doute par une raison semblable que , suivant une observation de Pouteau, on a eu calme par la seule application du feu , des douleurs

horribles causées par I euphorbe appliqué sur les os.

Le cautère actuel * en même-temps qu’il agit avec une grande energie , comme épis— pastique , sur les parties voisines de celle qu il brûle , dissipe l’humidité vicieuse des chairs , et d autres parties intérieures à l’endroit desquelles on l’applique. Il augmente ainsi la force physique du tissu de ces parties j lorsqu il était trop lâche et trop muqueux f subrnucidusj , pendant qu’il y rapproche et assure les oscillations des mouvemens toniques. Il en résulte dans ces parties internes , une nouvelle manière d’être* à laquelle on peut donner le nom de Triétasyncnse ; nom par lequel les anciens mé~ thodiques désignaient vaguement le renouvellement total de la contexture des parties du corps qui avaient été malades.

Prosper Alpin rapporte que ^ chez les Égyptiens, le cautère actuel est un remède éprouvé pour resserrer et affermir les parties environnantes des articulations qui sont affectées de relâchement et de faiblesse; ainsi que pour fortifier toutes les parties sujètes aux defluxions des humeurs, et abreuvées par un excès d’humidité; les Scythes se cautérisaient de même en plusieurs endroits du

corps , pour en consumer Pliumidité super* flue et pour se donner plus de force dans leurs exercices. On sait que le cautère actuel a été employé de tous temps, dans la médecine vétérinaire, pour produire de semblables effets.

Il est remarquable que les Égyptiens et les Arabes, qui ont recours aux brûlures avec le moxa (tente formée des feuilles sèches de l’armoise ), dans une infinité de maladies de la tête, de la poitrine, du bas-ventre, des « os , etc. , observent des lois du traitement des fluxions , dans le choix des parties sur lesquelles ils appliquent le moxa.

Ainsi, Prosper Alpin, qui nous a instruits en detail de la pratique des Égyptiens dans 1 usage du moxa , rapporte qu’ils Remploient comme un dérivatif puissant, nonseulement auprès de la partie gravement affectée, qui reçoit une fluxion, mais encore auprès de la partie dont la fluxion prend son origine, ou bien dont elle peut être réfléchie. Ainsi , ils placent souvent le moxa sur la tête, à la nuque, et derrière les oreilles^ dans diverses maladies opiniâtres de la tête, des oreilles et des yeux , et quelquefois aussi ils appliquent en même temps à la tête et à la poitrine , comme dans certains cas d’asthme.

Le rapport aux lois du traitement des fluxions , que doit avoir le choix des applications du cautère actuel , est assez marqué dans les observations de Pouteau , qui a peut-être fait plus d’usage de ce remède, qu’aucun autre homme de l’art , depuis Hippocrate , ( dont les textes sur Futilité des iuustions dans diverses maladies, ont été recueillis par Leclerc , Ten ïllivue, Yau- Swieten et autres )<

Pouteau a fait un usage heureux des brûlures avec des cônes ou mèches de coton, dans beaucoup de cas d’affections douloureuses, particulièrement de rhumatisme ( à Limitation des Chinois , qui emploient le moxa dans les maladies goutteuses). 11 a trèsbien observé que dans les douleurs anciennes et fixées, c'est sur le centre même de la partie qu’occupe la douleur qu’on doit appliquer le feu ; mais que si la douleur a été déplacée , et se trouve occuper un nouveau siège, on doit porter le feu sur le lieu ou elle existait primitivement, et non pas sur celui oit elle se fait sentir.

Je passe h ce qui concerne les cautères ou issues , et le choix du lieu de leur application. Ces remèdes sont indiqués dans un

grand nombre de maladies chroniques eaii^ sées par fluxion , ofi l'on a lieu de croire que le flux habituel qu’ils procurent, fera une révulsion constammentavantageuse. Telle

est l'utilité des cautères dans divers cas d’affections ulcéreuses de la matrice ou du poumon , dans la colique habituelle, etc.

Le choix des endroits où l’on doit appliquer les cautères, doit être ordinairement réglé d’après les principes généraux qui ont été indiqués au commencement de mon premier mémoire, et particulièrement d'après le qua-*

trième de ces principes , qui y est énoncé dans l'article VIL

Lorsque l’organe principalement affecté, l’est par une fluxion d’humeurs qui s’y portent s ü faut distinguer deux cas par rapporta l’application du cautère i celui oiicetfe fluxion vient de diverses parties du corps, dont aucune n’est spécialement déterminée ; et celui où celte fluxion a manifestement son origine principale dans un autre organe plus ou moins éloigné»

Premièrement, dans le premier cas, on doit en general établir le cautère dans une partie voisine de l’organe principalement affecte , et qui soit située dans la même moitié latérale du corps*

Ainsi , dans 3a sciatique produite par des causes externes et locales , lorsque le cau«

tère est indiqué , il faut l’appliquer près di| genou du même coté. Sanctoriüs rapporte qu’on soldat bien constitué , après avoir souffert du froid et fut un excès d’équitation , fut pris d’une sciatique du coté gauche ; qu’on lui donna sans succès divers remèdes internes , et qu’on lui appliqua au Taras , et sous le genou du côté droit > des cautères qui ne produisirent aucun soulagement ; mais qu’en fin il fut parfaitement guéri par un cautère appliqué au-dessus du genou gaÉfche.

Cependant l’observation a fait aussi reconnaître dans ce cas que les cautères peuvent être placés quelquefois plus utilement dans une partie éloignée; à raison de l’influence qu’ont des causes de sympathie singulières* Ainsi l’on applique , avec un succès trèsmarqué, des cautères aux jambes dans plusieurs maladies de poitrine : et Part imite alors un procédé heureux de la nature ; puisque., suivant l’observation d’Hippocrate, les abcès qui se forment aux jambes à la suite des pulmonies ont un effet salutaire.

Secondement , dans le cas ou la maladie d’un organe principalement affecté est produite par une fluxion qui vieut d’un autre organe suffisamment déterminé ; la règle gé-

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Ce principe est que le cautère doit être placé alors auprès de Forgane sur lequel porte la fluxion survenue à la suppression ; si cet organe continue d’étre long-temps grièvement affecté (ce qui indique que diverses parties du corps concourent à former la fluxion qu’il reçoit ) , ou si l'affection de cet organe est devenue sensiblement moins dépendante de celle de la partie d’où la fluxion a pris son origine (comme lorsque cette partie étant fort éloignée, la fluxion subsiste depuis longtemps ).

Les sétons établissent des issues semblables à celles des cautères. Mais ils sont moins en usage ptour remédier aux fluxions , que pour dissiper la surabondance relative des kumeurs qui engorgent habituellement tels ou tels organes. Ainsi Fabrice de Hilden et d’autres , ont guéri des pulmoniques , principalement par le moytn d’un séton établi entre les cotes, etc.

On néglige maintenant beaucoup trop les avantages qu’on peut retirer de l’application, du séton à l’endroit du foie, delà rate., de la matrice 3 lorsque ces viscères souffrent un empâtement manifeste et considérable. Dans

€es engorgemens, qui donnent si communément naissance à des affections hydropiques et mélancoliques graves, ce remède employé à temps ne pourrait avoir que d’heuieux effets , il pourrait dans ce cas être plus avantageux que les inustions qu’ïïippocrate faisait pratiquer a 1 endroit de ces viscères®

Je termine ici ce qui regarde le traitement des fluxions par les épispastiques et les cautères» Je m étais proposé de considérer ainsi dans ce traitement le choix et l’administration des topiques , et d’en rappeler 1 emploi a des règles plus précises et plus sures que celles qu’ont données les anciens qui en ont traité. Mais je dois à présent me borner à l’exposé de leur doctrine , que i accompagnerai de diverses remarques critiques.

Dans le traitement des fluxions , les topiques doivent être placés au-dessus de l’organe qui donne naissance à la fluxion , ou bien au-dessus de l’organe oii elle se termine, suivant que l’affection de l’im ou l’autre de ces organes est la plus déterminée , et celle qu il importe le plus de détruire. Yoici ce que prescrivent les anciens sur le choix des topiques qu’il convient d’appliquer à l’un ou à l’autre organe.

Premièrement , dans l’application des topiques à l’organe d'où naît la fluxion , il faut considérer principalement la surabondance de rimmeur séparée par cet organe : et distinguer deux cas différées de cette surabondance , dont nous prendrons pour exemple celle de l’humeur bilieuse.

Lorsque la sécrétion et l’excrétion de la bile sont excessives , et qu’il existe une surabondance de celte humeur , qui produit des fluxions, il faut, disent les anciens, appliquer toujours au-dessus du foie des topiques astringents et forti flans , dont on augmente la force par gradation , à mesure que le traitement général a un succès plus marqué.

Mais cette pratique me paraît sujète à de grandes difficultés , car les fluxions bilieuses qui ont leur origine dans le foie ( et qui causent la jaunisse , la diarrhée, etc. ) , peuvent être déterminées par une surabondance de la bile , qui n’est point l’effet d’une irritation locale dans ce viscère , mais d’une biles ceiice établie dans la masse du -sang et des humeurs. Or , dans ce cas, les topiques astringens appliques à l’endroit du foie, qui empêcherait une augmentation proportionnelle de la séparation de la bile dans ce viscère, ne pourraient qu’aggraver les fluxions

bilieuses produites par la surabondance de cette humeur.

lorsque les fluxions d’humeurs bilieuses sont causées par la surabondance de la bile dont la sécrétion dans le foie est très-considerable,, et n est pas suivie d’une excrétion proportionnée , il est évident qu’on ne doit point appliquer a l’endroit de ce viscère des topiques as tri n gens qui aggraveraient la cause de ces fluxions ^ ou bâteraient la formation des engorgemens du foie ; niais . dans ce cas , les anciens se proposaient d’aider la faculté epcpultrice du foie , et dans cette vue ils conseillaient d’appliquer à l’endroit du foie des topiques médiocrement chauds et diapboretiques dont on augmentait l’acitivité par degrés.

Je ne m arrête point à faire voir combien cette indication des topiques chauds et diaphorétiques à employer dans ce cas , était vague et incertaine. L’espèce de diapliorèse ou de dissipation de l’humeur bilieuse dans le foie y qu’on se proposait d’opérer par ces moyens y n’était pas assurée, et ces remèdes actifs pouvaient causer un nouvel accroissement de la sécrétion de bile dans ce viscère.

Secondement , entre les topiques qu'on peut appliquer au-dessus de l’organe qui reçoit la fluxion , les anciens ont prescrit très-généralement les astringens et les répulsifs. Cependant leur emploi est dangereux dans les cas où cette fluxion est invétérée, s’il n’est précédé et accompagné , surtout dans les sujets pléthoriques ou cacochymes, d’un long usage de remèdes révulsifs et d’un régime approprié. Sans ces précautions , ces topiques causent une répercussion des humeurs que la fluxion avait fixées dans l’organe où elle aboutissait, ou bien une production directe de nouvelles fluxions d’humeurs semblables qui se portent sur des organes essentiels à la vie.

On trouve dans tous les livres d’observations médicinales, et tous les praticiens ont ete à portée de voir de nombreux exemples de suites funestes qu’a eues l’emploi des astringens externes , pour arrêter ou dissiper des sueurs ou des éruptions d’humeurs âcres sur les extrémités et sur d’autres parties de la surface du corps. On a vu alors se former de nouvelles fluxions de ces humeurs âcres sur le poumon , sur l’estomac ou sur d’autres viscères , qui ont souvent .conduit à la mort par la consomption.

Des auteurs , meme modernes , ont pro« pose quelquefois de répercuter par des as* tringens l'humeur qui , en se jetant sur une partie, peut y former un dépôt gangreneux ( comme dans 1 esquinancie gangreneuse mais cette pratique présente trop d’incer* titude et de danger,

11 est , dans le traitement des fluxions , d'autres genres d'indications , que les anciens ont tâché de remplir par le moyen des topiques appropriés. Ce sont célies qui présentent les affections spéciales de douleur et d’irritation , ou bien d’intempérie froide ou chaude , soit dans l’organe d’où vient la fluxion , soit dans celui ou elle se termine.

Ils combinaient les topiques adoucissans et caïmans ^ indiqués par l’irritation ou la douleur de ces organes ; avec des topiques résolutifs ou autres convenables à l’état pré^ sent de la fluxion. Cette combinaison ne peut qu’être approuvée ; mais il y faut choisir et graduer les topiques résolutifs „ de maniéré qu’ils ne deviennent point irritans.

Les anciens apportaient le plus grand soin à modérer , par des topiques relatifs , l'intempérie chaude ou froide de l’organe

d'où venait la fluxion ( comme on peut ie voir * par exemple, par ce qu'a dit Alexandre de Tralles , sur Fhérnoptysic causée par une fluxion venant de la tête ) ; mais ils mêlaient des topiques fortifions et astringens avec les écliaufians et les rafraîchissans , dont ils étaient persuadés que Faction devait toujours affaiblir cet organe.

Ils appliquaient généralement des topiques rafraîchissans au-dessus des parties dont l’excès de chaleur déterminait sensiblement la fluxion à s’y jeter avec plus de violence. II me paraît qu’ils ont porté beaucoup trop loin l’usage de ces topiques , particulièrement dans le traitement de l'érysipèle.

Hippocrate, Galien et Avicène appliquent sur l’erysipèle du col et delà poitrine, qui succède à certaines espèces d’angine , des sucs de laitue et de pourpier rnis à la glace et renouvelés assez souvent, et d’autres rafraîchissans très-actifs. Glass a cru, sans fondement , que ces remèdes ont toujours la faculté de fixer au dehors cet érysipèle.

Je pense que cette pratique est dangereuse, et que ces rafraîchissans peuvent réprimer pernicieusement l’éruption de cet érysipèle critique, pendant tout le temps où elle n’est pas complète , temps qu’il est très-difficile de déterminer.

On ne peut douter , d’après tout ce qui précède, que des topiques de diverse nature, appliqués à l’endroit des organes d’où naissent , et de ceux dans lesquels se terminent les fluxions , ne puissent fournir de puissans secours dans le traitement méthodique de ces fluxions. On serait persuadé que ces ressources ne sont point négligées dans la médecine moderne , si l’on ne considérait que les éloges que font des vertus de ces remèdes externes, la pharmacopée de Fuller et d’autres pharmacopées récentes.

Cependant il est trop vrai que les topiques ne sont guère employés aujourd’hui pour la cure des affections des parties internes, que dans certains cas de douleurs, de tumeurs manifestes ou d’obstructions formelles; et qu ils sont communément négliges dans la pratique de nos jours, pour le traitement méthodique des fluxions. C’est ainsi qu’une inertie presque générale tend continuellement à rétrécir de plus es plus le cercle des remèdes efficaces.

Il est d autant plus à désirer qu’on renouvelle et perfectionne l’ancienne doctrine.

sur l’usage des topiques, dans le traitement des fluxions , que les conséquences de cette doctrine pourraient s’étendre avec succès à d’autres genres de maladies.

J’ai vu des exemples de maladies qui étaient analogues aux fluxions sous ce rapport, dans des cas singuliers de fièvres intermittentes, dont les reprises tenaient manifestement à une affection particulière de tel organe ; où cette affection excitée spasmodiquement par telle cause extérieure à cet organe 9 déterminait la reproduction des mouvemens fébriles périodiques , et où les remèdes externes arrêtaient ces reprises de fièvres, en changeant la manière d’être de l’organe affecté , au-dessus duquel on les appliquait.

Je pourrais citer plusieurs faits propres à éclaircir et à confirmer ce que je viens de dire. Je me bornerai à rapporter l’observation suivante.

Il y a quelques années que je fus consulté par un médecin de Carcassonne, sujet, depuis plusieurs mois, à des reprises d’une fièvre tierce, qui étaient constamment et uniquement déterminées , lorsqu’il s’exposait à l’air libre , pendant un temps un peu long , comme en faisant une promenade à la campagne. Les accès qui formaient h

chaîne de chaque reprise , surtout le premier , avaient un développement fort prolongé et fort irrégulier.

Ces circonstances me donnèrent lieu de reconnaître, pour l’affection qui causait les retours de cette fièvre , un état de sensibilité et d’irritabilité , dépravées dans Z’organe extérieur . En conséquence je conseillai spécialement les remèdes externes , que je jugeai les plus propres à modifier et à détruire celte affection vicieuse de 1 organe extérieur. J’insistai surtout sur l’usage très-fréquemment répété des onctions huileuses , fort étendues sur la surface du corps ; pratiquées à la suite de bains temperes et de frictions faites avec des linges pénétrés de fumées aromatiques.

Le malade fit non-seulement usage de ces onctions huileuses , mais encore il prit plusieurs bains dans l’huile pure. Dès les premiers essais de ces remèdes, il fut guéri, de sa fièvre, dont il n’a plus eu de retour, même en s’exposant à toutes les variations de l’air.

On voit combien peut s’étendre utilement l’application des remèdes externes dans le traitement des fluxions , et d’autres genres de maladies qui peuvent être analogues aux

fluxions. Cette branche importante de la science médicinale a sans doute été négligée par les médecins des derniers temps , parce que 1 utilité sensible de ces remèdes externes

a paru souvent m’être pas proportionnée aux soins avec lesquels il fallait en régler 1 administration dans chaque malade , et en observer les effets 4

Ce travail est devenu d’autant plus pénible, qu il devait être appuyé sur la discussion des règles prescrites par les anciens sur l’usage de ces remèdes externes ; que ces règles sont généralement tombées dans l’oubli,, et qu’il eu était plusieurs qu’ils avaient vicieusement établies ou généralisées Mais si ces différentes causes ont fait depuis long-temps abandonner presque entièrement cette médecine externe dans le traitement des maladies internes ; nous avons aujourd hui lieu d’espérer qu’on s’occupera de pins en pl„s à confirmer ou à modifier

es principes et les conséquences d’une doctrine aussi intéressante. Tout nous promet que le mouvement général du zèle que se donnent maintenant ceux qui dans notre patne se vouent à l’art de guérir , opérera successivement le renouvellement de toutes es études vraiment nécessaires aux progrès de cet art sublime. ^ 8

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