NOUVELLES OBSERVATIONS
Sur les Coliques iliaques qui sont essentiellement nerveuses .
V-aN appelle colique iliaque , cette affection douloureuse des intestins, qui est accompagnée d’un état de constipation et de vomissemens fréq uens. Ces Symptômes qui indiquent que le mouvement prédominant dans les intestins se dirige vers l’estomac, ont lieu sans doute dans le plus grand nombre des coliques; mais ils n existent pas dans beaucoup d’autres, comme par exemple dans les vermineuses (i).
La colique iliaque que j’appelle essentiellement nerveuse , est celle dont la cause essentielle n est ni un vice dans les mouvemens ou les qualités des humeurs ; ni une lésion des intestins, soit idiopathique par obstruction ,
(i) Ainsi Piquer n a pas ete fondé à n’admettre aucune espèce de colique qui ne soit iliaque. Vojez sa Praxis Med. Lib. III. Cap. X. De Dolore Colico iliaco.
inflammation., étranglement, distension £tatueuse, etc. soit sympathique, comme dans les coliques néphrétiques , hystériques et menstruelles, etc*
On ne peut donc reconnaître celte sorte de colique , qu’en procédant avec des recherches très-attentives, par l’exclusion de toutes les affections organiques des solides et de toutes les altérations sensibles des humeurs ou de leurs mouvemens naturels, qui peuvent causer les autres sortes de coliques qui ont les memes apparences.
Mais un semblable travail est indispensablement nécessaire pour connaître , et pour traiter avec succès, un grand nombre d’autres maladies chroniques ; ou l’on suppose des lésions organiques ou bien des vices des humeurs , qui n’existent point \ et que l’on combat vainement; de sorte que l’on finit par regarder ces maladies comme incurables, ou comme ne pouvant céder qu’au régime et au temps.
Je donne le nom de nerveuse à cette colique iliaque , pour indiquer par ce terme général, qu’elle est de la classe des coliques , dont la cause est une lésion immédiate du principe de la vie , qui sent dans les nerfs , et qui agit dans les fibres des intestins.
Je crois qu’il faut rapporter toutes les coli-
sjnes à trois classes distinctes, suivant qu’elles sont produites , t .<> par une lésion dans les solides des intestins; 2.° par un vice ou par le cours irrégulier des humeurs qui se portent sur ces organes; 3.° par une complication de ces deux sortes de causes, qui peut être avec dominance de l’une ou de l’autre.
Maigre les préjugés des médecins qui ont voulu rejeter la pathologie humorale; il huit absolument reconnaître , que des vices des humeurs, ou des désordres de leur cours, sont des causes essentielles d’un très-grand nombre de coliques , comme d’autres maladies ; et que le traitement de ces maladies doit être principalement rapporté à ces causes.
Ainsi il n’est pas douteux qu’il ne faille travailler principalement à corriger l’altération 5 et a procurer des évacuations convenables de la bile , dans la colique proprement dite bilieuse ; à corriger l’atrabile, à en pro-
cuter et en regler les évacuations , dans la colique atrabilaire (1).
(1) Je viens de traiter avec un heureux succès un cas singulier de cette colique atrabilaire ( chez M. D. de Limoux ) par l’usage combiné de l’esprit de vitriol donné dans une décoction de racine de guimauve , des blancs d’œufs pris en grande quantité , des purgations avec la magnésie blanche, du musc opposé au hoquet, du vin donné comme cordial , et du laudanum
La colique iliaque essentiellement nerveuse peut être aiguë, ou chronique. Sous
liquide employé pour enrayer les évacuations înunO' dérées d’atrabile.
Il serait déplacé de faire ici une énumération d’au^ très maladies qui , de meme que ces coliques , sont essentiellement bilieuses ; et qui doivent être traitées comme telles.
Mais je crois pouvoir remarquer à cette occasion, que dans les progrès de ces maladies bilieuses , Faffectipn des solides peut devenir dominante ; et qu’on ne doit point négliger d’avoir égard à ce changement. Je vais en donner un exemple , que je crois utile d’exposer en détail, d’autant que les applications n’en sont pas rares. J’espère qu’on me pardonnera cette disgression.
Je pense que Stoll a parfaitement bien fait de considérer et de traiter la fievre contmue-bilieuse , séparément des autres fièvres continues ( dans ses Aphorismi de Febribus ) en rapportant son caractère constitutif aux vices de la bile et à ses mouvemens irréguliers ; auxquels seuls il suffit de diriger le traitement dans les cas ordinaires de cette fièvre.
La fièvre continue essentiellement bilieuse peut devenir mortelle , en prenant le caractère d’une des quatre formes générales qu’ont les fièvres aigues simples , lorsqu’elles affectent pareillement tout le corps ; qui sont les genres de l’ardente , de la rémittente , de la putride universelle et de la maligne proprement dite. On doit alors régler le traitement de cette fièvre originairement bilieuse, sur le genre dont elle prend le caractère, à proportion de ce que ce genre devient dominant.
Mais une chose que Stoll n’a point remarqué, et que je ne crois pas que personne ait observe avant moi j
ce rapport , on doit en distinguer deux especes différentes ; mais le traitement de l’une
C’esj qu’indépendamment de ces changemens dans ]s gem-e de la fievre continue qui est primitivement bilieuse; cette lièvre, en conservant son caractère propre peut devenir funeste par la complication symptomal tique d une affection spasmodique dans les viscères
vCorQis,ux#
. Cette affectl0n ne doit Pas être supposée par conjecturerais elle doit se manifester par divers signes comme par nn sentiment de resserrement douloureux dans la région précordiale ; par une gêne dans la respiration que le malade rapporte à la même région par des anxiétés , de l’insomnie , etc. ’ ^
Dans ces cas j’ai trouvé qu’il est nécessaire de combattre avant tout cette affection spasmodique, par des antispasmodiques appropriés, tels que le camphre et le musc ; par l’application d’un vésicatoire sur l’épigastre et surtout par l’opium. Ces moyens assurent la réussite" des purgatifs , qu’exige ensuite la nature bilieuse de cette fièvre ; et qu’il est souvent à propos de combiner encore avec des préparations d’opium.
Un médecin de mes amis, à qui j’avais indiqué cet usage de 1 opium dans ce spasme précordial qui survient a la fievre continue-bilieuse , en a obtenu pour la
cure de cette fièvre, des effets singulièrement avantageux. 1
Ces remèdes antispasmodiques et sédatifs , en diss i pant le spasme précordial , sont aussi très-efficaces pour prévenir les affections pernicieuses des viscères de la poitrine et de la tête ; que ce sDasme „ déterminer, soit par son influée pur^t ”
nque , soit en excitant des métastases de la bile sur ces viscères. Wi;
ou de l’autre espèce , quoiqu’elles le rendent susceptible de modifications particulières , doit être radicalement la même.
C^est ce qu’on verra dans l’exposé que je vais faire de fhistoire de deux de ces coli-
ques ; 1’uiie aigue , et l’autre chronique ; et du traitement qui a singulièrement bien réussi dans l’une et dans l’autre. Je donnerai ensuite mes observations sur la cause de la colique iliaque essentiellement nerveuse, et sur le choix des remèdes qui sont appropriés dans cette colique; je terminerai ces observations par quelques réflexions générales.
M. D. P., de Carcassonne , était attaqué d’une inflammation lente du pharynx qui subsistait depuis quelques mois ; et dont les suites avaient affecté toute sa constitution , au point qu’il était tombé dans un #état de dépérissement , qui allait en croissant d’une manière sensible. On combattit cette maladie par un grand nombre de remèdes différens : mais d’ailleurs les degrés d’activité de ces remèdes , et les temps de leur administration furent tels, qu’il a été impossible, de leur attribuer raisonnablement aucune action irritante sur les organes des premières voies.
Après tous ces divers traitemens, soit par
mie extension sympathique de la maladie de la gorge, soit par qaeîqo autre cause qu’on n a pu déterminer avec précision ; l’estomac et les intestins du malade se trouvèrent être? extrêmement affectés. Il y ressentit des douleurs qui devinrent de jour en jour plus fortes , qui ne cédèrent point à l’usage des anodins les plus doux, qui s’aggravaient meme par les bains d eau tiede j et qui montèrent à un tel degré de violence, qu’elles firent perdre le sommeil et le repos.
Lq malade devint sujet alors à éprouver chaque jour , environ quatre heures après son dîner ( ou il ne prenait que des alimeus des plus sains ) un spasme douloureux dans la région épigastrique, qui gênait la respiration , et qui était le précurseur d’un vomissement dont les efforts étaient violemment convulsifs.
Ce. vomissement n avait entraîné d’abord, que des restes d alimens mal digérés ; mais un jour il chassa une grande quantité de matière liquide , que le malade rendit sans y sentir aucun goût amer, ni autre marqué; et qui était d’une couleur verte foncée; de sorte que les parens du malade jugèrent que cette matière était la meme que la décoction de feuilles et fleurs de mauve qu’il avait pris en lavement une demi - heure auparavant. Un examen attentif ne présenta lien qui
parut contredire celte opinion . On assure que le même phénomène se répéta encore à la suite de deux ou trois iavemcns semblables , Équi furent pris peu de temps après.
L’état du malade étant devenu aussi grave, j’ordonnai le régime et les remèdes soi va ns :
On nourrit le malade avec de petites prises souvent répétées de bouillon de viande, et de gelée de corne de cerf acidulée avec du suc de citron : il usa pour boisson , d’éan de poulet où Ton avait fait infuser des feuilles de menthe.
On évacua un peu de sang par le moyen des sangsues appliquées au fondement. On fit prendre des îavemens avec la décoction de mauve, ^dans laquelle on ajouta seulement une fois une demi- once de sel de Glauber , en y joignant vingt-cinq gouttes de laudanum liquide , qui était indiqué en même-temps pour les douleurs de la colique. On n’employa d’ailleurs aucuns médicamens purgatifs, ni autres évacuans des premières voies.
On établit sur la région épigastrique tm vésicatoire camphré , et on pansa assiduement, matin et soir, la plaie faite par ce vésù catoire. On fit faire plusieurs fois le jour des onctions avec de l’huile camphrée , sur toute la surface du has-ventre.
On fit prendre au malade , .de trois en trois
heures , un bol compose avec si x grains d’assafœtida , deux grains de camphre, six grains de nitre, et suffisante quantité d’extrait de menthe. Ce remède , qui fut sensiblement très-efficace , fut continué pendant plusieurs jours, avec les modifications convenables.
Le lendemain du jour oii le malade commença l’usage de ce régime et de ces remèdes , il sentit une diminution considérable de ses douleurs ; mais il eut des mouvemens de hoquet , dont les reprises , quoique seulement de quelques minutes, se répétaient assez souvent. Ce symptôme inquiéta le malade et alarma les assistans ; mais* je déclarai au contraire , qufil me paraissait être alors de bon augure ; et que survenant avec la djminution des douleurs , il indiquait que l’affection morbifique , si fixe auparavant, commençait à se résoudre ; et que s’étendant par intervalles dans l’œsophage, elle y produisait le hoquet par un mouvement antipéristaltique beaucoup eplus faible que celui qu’elle avait jusque-là déterminé constamment dans l*estômac et les intestins.
Le troisième jour de ce traitement, les douleurs^s’effacèrent encore par degrés , et les vomissemens cessèrent absolument. Enfin le quatrième jour, il ne resta au malade que le souvenir des souffrances que lui avait causé
cette maladie des entrailles. Il reconnut aussi 3e meme jour , avec autant de surprise que de satisfaction , que le mal du gosier dont il avait été long-temps tourmenté, se trouvait être entièrement dissipe: et en effet , depuis près d’un an qui s’est écoulé jusqu'à ce jour, il n a point eu de rechute de ce mal si rebelle*
Madame D. B. , de Bordeaux, d’une constitution délicate et très-sensible, fut attaquée , à la suite de longs chagrins, d’une diarrhée rebelle qu’elle crut devoir guérir par une abstinence excessive , qui ruina les forces des organes de la digestion , et augmenta extrêmement 1 irritabilité habituelle de ces orna nés .
Depuis cette époque , elle a vécu pendant cinq ans sujette à des attaques journellement répétées de colique violente , qui revenaient 3e plus souvent deux ou trois heures après le dîner , et dont les reprises se terminaient presque toujours par des vomissemens.
Da malade reconnut que la matière qu’elle avait rejetee dans un de ces vomissemeus , avait la couleur , l’odeur, et le goût d’une décoction d’espèces émollientes sepibîable à ceile qu elle avait prise peu auparavant en, lavement.
Les douleurs de cette colique étaient çoim»
munément dirigées de l’épigastre à l’hypochondre gauche, et se prolongeaient ^vers îes reins de maniéré qu'elles paraissaient avoir leur siège principal dans Tare gauche du colon. Aucune situation du corps ne diminuait la force de ces douleurs ; et elles étaient seulement rendues plus supportables par de fortes compressions du poing , du genou , ou d’un autre corps dur, appuyé contre la partie du bas-ventre ou elles se faisaient sentir avec le plus de tiolence.
Durant 1 espace de ces cinq années , ces douleurs avaient été combattues par un grand nombre de traitemens différens, qui avaient tous été infructueux ; la malade n’éprouva aucun soulagement considérable, que dans le cours d’un été ; où il parut que l’augmentation de la transpiration lui avait été salutaire. Mais bientôt après , elle retomba dans son état habituel de souffrances : et les progrès de sa maladie alîeretA depuis en croissant. Les vomissemens assidus interceptèrent presque entièrement la nourriture; et la malade fut réduite à un état extrême de faiblesse , de maigieur , et de consomption, qu’aggrava la cessation des évacuations menstruelles.
Cette malade étant venue il y a environ
huit mois à Carcassonne, pour me demander et suivre mes conseils ; je commençai par me
convaincre du peu d'utilité des remèdes ordinaires qu’on disait avoir été employés sans succès pour calmer ses douleurs de colique®
Le demi-bain dans l’eau tiède, quoiqu’il soulageât quelquefois , aggravait le plus souvent les souffrances d’une manière si marquée et si prompte , que la malade était obligée de sortir du bain quelques minutes après qu’elle y était entrée.
Les lavemens laxatifs , qu’indiquait une constipation opiniâtre, irritaient $an$ évacuer considérablement , si ce n’était au bout de plusieurs jjours : et il fallut enfin suppléer à leur opération imparfaite, par le moyen des suppositoires.
Les narcotiques pris à d’assez grandes doses , soit par la bouche , soit dans des lavemens , ne calmaient que fort lentement et pour un temps très-court. Lorsqu’ils finissaient d’agir , les douleurs qu’ils avaient suspendues, se renouvelaient* avec une violence que la malade jugeait être beaucoup plus grande que dans les coliques où elle n’avait point usé de ces remèdes.
Je m’assurai par un examen très-attentif et souvent répété ; qu’il n’existait point de cause bilieuse ou autre humorale de cette colique ; qu’il n’y avait point d’obstruction dure ( dite squirrheuse ) au pylore 9 ni dans aucune