‹ Des systèmes en médecine, et de leur influence sur le traitement des maladies. Discours servant d'introduction au cours de thérapeutique et de matière médicale, de la Faculté de Médecine de Montpellier, pour l'annee 1827Chapitre 9 sur 18 · partie des intestins ; et qu’aucun signe ne · texte numérisé non relu

partie des intestins ; et qu’aucun signe ne

manifestait la présence d’un état inflamma-

toiie, ni d aucune autre lésion organique dans

ces viscères. Je reconnus ainsi que cette colique

était essentiellement nerveuse; dépendante d une affection vicieuse du principe de la vie dans les intestins ; affection que reproduisaient très-fréquemment le travail de la digestion , ou d’autres causes irritantes.

D’après cette manière de voir , je réglai ainsi la méthode du traitement et le choix des remèdes de cette maladie.

On tint constamment appliqué sur la région épigastrique, un grand sachet piqué et rempli de camphre broyé grossièrement. On pratiqua aussi plusieurs fois le jour, sur toute la surface du bas-ventre , des onctions avec de l’huile camphrée à laquelle on ajoutait du laudanum liquide , lorsque les douleurs étaient les plus vives.

On fit faire à la malade un assez grand usage de tablettes de soufre. On l’astreignit à porter habituellement des caleçons; et de plus j jour et nuit, une camisolle de flanelle

à manches , appliquée immédiatement sur l£ peau.

Des pilules de camphre et d’assa-fœtida ( préparées comme il a été dit dans l’histoire précédente), furent un remède principal,

dont la malade fit alors usage journellement , et qu’elle a continué depuis pendant très** long- temps.

Ces remèdes produisirent dans l’espace d’environ trois mois, une guérison complette de cette colique. Depuis lors la malade n’a plus eu que quelques rechutes de ces douleurs, qui ont été très-légères et passagères > et qu elle a pu imputer à des erreurs de régime. Les règles sont revenues à leurs époques naturelles. Les excrétions ont repris un libre cours. Les digestions se sont parfaitement rétablies, et la malade a acquis successivement autant de forces et d’embonpoint qu’elle en avait dans le meilleur état de sa santé avant cette maladie.

Observations sur la cause de la colique iliaque essentiellement nerveuse .

La colique iliaque essentiellement nerveuse est produite par une irritation directe du principe de la vie ; dont l’affection particulière dans cette colique, ne se manifeste qu’en tant qu’elle fait dominer avec plus de force que dans les autres espèces de colique, le mouvement antipéristaltique des intestins sur leur mouvement péristaltique. Je vais ex.-

poser ce qu'on peut ajouter aux observations connues relativement à cette dominance, qui est contre î ordre naturel j et aux suites qu'elle peut avoir.

Les mouvemens péristaltique et antipéristaltique des intestins ; que manifeste communément la dissection des animaux vivans; ont été démontrés , même dans les gros intestins, par Wepfer , Morgagni , Haller et d’autres anatomistes célèbres ; auxquels on a opposé vainement les assertions négatives de ceux qui ont dit n 'avoir jamais reconnu, ces mouvemens.

Hans le mouvement péristaltique des intestins ( suivant des observations curieuses que Leidenfrost a eu l'occasion de faire ) , la portion d'intestin qui en est affectée , se gonfle , et ses tuniques se renflent en tout sens ; en même temps que cette partie du canal intestinal s etend suivant, sa longueur.

Ainsi le mouvement péristaltique est unë suite d'érections et de détentes dans des portions successives du canal intestinal. La production de ce mouvement me paraît être analogue a celle du mouvement vermiculaire ou du rampement des limaces (i).

(0 J’ai expliqué ce rampement, p. i46, 7 de ma nouvelle Mécanique des mouvemens de l'homme et des animaux .

Ge mouvement péristaltique s’exécute donc d’une manière analogue dans les intestins ( de même que dans l’estomac et dans l’œsophage) , par les fibres musculeuses de ces organes, qui sont susceptibles d’une infinité de mouvemeris divers. Non-seulement ces fibres sont placées dans des sens extrêmement différens , étant longitudinales , transversales , circulaires , coupées d’inscriptions tendineuses : mais encore le principe vital peut donner les directions les plus variées aux diverses parties de ces fibres , qui n’ont point d’attache qui

soit absolument fixée. Car en exerçant la

force de situation fiæe dans tels ou tels endroits de ces fibres , le principe vital peut y établir spontanément des points fixes ; par rapport auxquels il peut rapprocher ou éloigner d’autres parties de ces mêmes fibres > dans lesquelles il exerce des forces de contraction et d’élongation (i).

On n’a pu encore indiquer (2) une raison suffisante , de ce que dans l’état sain , le mouvement péristaltique des intestins ( qui eon-

(1) Voyez mes nouveaux Elémens de la science de V homme , 72-82.

(2) Comme je l’ai remarqué, page 11 de ma nova Doctrina de functionihus naturœ Humance,

doit la pâte alimentaire du duodénum aux gros intestins ) prévaut sur leur mouvement antipéristaltique | de sorte qu’il faut rapporter cette dominance naturelle du premier de ces moiivemens sur le second , à une loi primordiale du principe vital.

Mais cette affection primitive du principe vital est changée et intervertie dans la passion iliaque, et le vomissement ; ouïe mouvement antipéristaltique domine sur le péristaltique. Schwartz a prouvé par ses expériences^ que cette interversion peut avoir lieu, et produire le vomissement ; lorsqu’on pique divers endroits du cerveau ou du cervelet , ou les nerfs de la huitième paire près de leurs origines , ou bien le plexus mésentérique. Brunner, en irritant les intestins memes dans divers animaux , y a excité des convulsions ; qui ont fait remonter les matières excrémentitielles qu’ils contenaient , dans l’estomac et l’oesophage.

Cette prédominance du mouvement antipéristaltique des intestins a produit dans plusieurs cas de passion iliaque , ou d’affection approchante de cette passion , l’effet singulier de faire rejeter par le vomissement un liquide qui avait été pris en lavement ; souvent peu de temps après qu’il avait été reçu , et sans aucun mélange des humeurs ou matières qu’avaient contenu alors les premières voies.

Ces faits sont attestés par un grand nombre d'auteurs qu'a cités Morgagni (î) , auxquels on peut joindre Yanswieten et de Haén.

D'autres auteurs , cités par Morgagni (2) , assurent qu'on a vu aussi des malades rendre des lavemens par la bouche , quoiqu'ils n'eussent point de passion iliaque , ni même de colique ; et qu'un ou deux d'entr'eux eussent seulement une légère constipation.

D'après ces autorités ^ on ne doit pas trouver surprenant que le même phénomène ait eu lieu , suivant toutes les apparences > chez l’un et l'autre malade ^ dont j'ai rapporté ci-dessus les histoires.

Morgagni dit avec raison (3) , qu’il ne faut pas rejeter facilement aucune "cause probable de ce phénomène , qui est difficile à expliquer.

Il ne suffit pas d’y considérer , que la matière du lavement est chassée vers la bouche par un effet du mouvement antipéristaltique* que le principe vital singulièrement irrité fait dominer sur le péristaltique ; et qui commençant dans les gros intestins, se continue

(O Epist. Anat. Med. XXXIV , n . 29.

(2) Ibid.

(3) Epist, cit, 72. 32.

dans les grêles et jusqu’à l’estomac. Maïs là principale difficulté d’expliquer ces faits, consiste à indiquer comment la valvule de ileou donne alors passage dans l’iléon *à la matière du lavement contenue dans le colon.

On n’a donné jusqu’ici aucune explication e ces faits qui ne manque de vraisemblance, e Haen , qui n’a négligé aucun moyen qu i! pouvait avoir d’en rendre raison (,) , a dit que dans des cas semblables, le mouvement antipéristaltique des intestins peut ctre si considérable , qu’il cause une forte pression des excrémens contre la valvule de i eon , et que cette pression allonge et distend cette valvule, et en fait disparaître 1 anneau. Mais il n’est pas vraisemblable qu’un te e et ait pu être produit par la seule impulsion qu’exerçait contre la valvule de i eon le liquide d’un lavement chassé par le mouvement antipéristaltique du colon , dans des cas oh rien n’indique qu’il se fut amassé

une grande quantité de matières fécales dans

le colon , et oii elles n’ont point été rejetées par le vomissement.

U me paraît probable que dans le cas ou le mouvement antipéristaltique chasse du

CO Voyez ses havii , T. 1 1 1.

Prçclectiones in Pathologiam

«olon dans l’iléon le liquide qui a été reçu en lavement , l’anneau de la valvule de l'iléon se relâche spontanément ; tandis que dans son état naturel il résiste avec force aux pressions des matières contenues dans le cSolon ; et que ce relâchement a lieu par un effet de l'affection contre nature qu’éprouve alors le principe vital, dont l’influence gouverne les forces toniques et musculaires de cet anneau (i).

Observations sur le choiæ des remèdes appropriés dans la colique iliaque essentiellement nerveuse .

Vogel a dit beaucoup trop généralement que le bain d’eau chaude adoucit très-efficacement toute espèce, de douleur de colique. L’effet de ces bains est souvent équivoque dans la colique essentiellement nerveuse ;

(i) Je rappellerai ici ce qu’a dit Tulpius , dans la description qu’il a donnée de la valvule de l’iléon. Il a pensé que l’anneau auquel tient le rideau , qui pend de cette valvule à l’extrémité de l'iléon , et qui en ferme l’ouverture ; est une partie animée , comme est l’orifice da l’estomac ( l,e pylore ), qui s’ouvre ou se ferme suivant qu’il convient à l’action de Yâme inhérente à chaque organe vivant*

souvent ils né peuvent y affaiblir assez promptement la constriction spasmodique qui occupe certaines portions du canal intestinal • et pour lors leur effet relâchant accroît dans

autres portions de ce canal , la distension tlçïtueusG et douloureuse.

Cette distension était sans doute , par rapport a la constriction alternative d’autres portions d’intestins , l'affection qui causait habituellement le plus de souffrance dans la colique chronique dont j’ai donné l’histoire. Car la malade y était particulièrement soulagée par des compressions fortes et longtemps continuées à l’endroit du siège de ses plus vives douleurs.

Dans cette colique les narcotiques peuvent avoir une action imparfaite et peut-être quelquefois nuisible. Chez la malade dont j’ai parle, quand leur effet calmant finissait, les douleurs revenaient avec une violence sensiblement plus grande qu’avant l’usage de ces remedes. Sans doute, dans des cas semblables , ou 1 on peut croire que les malades ne se trompent pas sur ce sentiment d’aggravation de leurs douleurs après avoir pris de l’opium, lorsque ce remède cesse d’agir comme calmant sur les nerfs de la partie affectée , il conserve encore un reste d’action excitante sur les vaisseaux de cette partie , qui peuvent

en être alors spécialement susceptibles ( pas? exemple ., dans une suppression d’évacuations de sang habituelles ) ; et cette excitation ne peut que rendre plus cruelles les douleurs qui se reproduisent.

Les remèdes indiqués dans cette colique iliaque , que l’on reconnaît être essentiellement nerveuse ; par l’exclusion de toutes les causes dépendantes de lésions organiques et de vices des humeurs ; doivent être pris dans la classe de ces remèdes désignés communément par le nom d’antispasmodiques , qui agissant directement sur le principe vital , changent le mode de son affection morbifique persévérante. Mais dans la classe de ces antispasmodiques , quels sont ceux que l’on doit choisir de préférence?

Ce sont ceux dont la vertu étant attachée a des principes singulièrement pénétrans et diffusibles , en même-temps qu’elle s’exerce sur les membranes de l’estomac et des intestins , agit dans une infinité de points de l’habitude du corps ; et y produit dans le principe vital de nouvelles affections sans nombre. Toutes ces affections affaiblissent la concentration et les directions que les forces de ce principe doivent avoir pour agiter fortement les intestins, ou il ressent de vives douleiirs' ; et leur imprimer un mouvement

antipeiistal tique dominant ÿ u telle époque de la digestion des alimeos ,, ou bien dans telle autre circonstance où la colique est Habitue] le ni en t déterminée.

C’est pourquoi dans le traitement de la colique iliaque essentiellement nerveuse y je prtfei e eoti e tous les remedes qu’on a recommandés jusqu’ici pour des espèces analogues de colique et de cardiaJgie ? le camphre et 1 assa-foelida (i)* On connaîirex.lréme volatilité du camphre ; et l’on sait que l’odeur de l’assa-fœtida se fait sentir dans toute l’habitude du corps de 1 homme qui en a pris 9 et dans toutes ses excrétions. Je crois devoir ajouter comme une remarque essentielle 3 que 1 effet salutaire de ces antispasmodiques est plus assure j eu le donnant à petites doses fréquemment répétées (e).

(i) J’en ai obtenu encore récemment les meilleurs effets dans une colique nerveuse habituelle de M. S» de Carcassonne.

(a) J’ai trouvé plusieurs fois que le camphre et Tassafoôtida étaient loit efficaces dans diverses affections graves du système nerveux 7 autres que des affections hystériques et hj^pochondnaques.

J ai obtenu meme dernièrement des effets très-avantageux de ces remèdes , donnés après les évacuations convenables ; pour dissiper les accidens les plus graves que souffrait M. D, G. de Béziers , à la suite d’une

Une vue analogue fait présumer les bon# effets que devait avoir ( de préférence aux autres diapborésiques qui y étaient indiqués)

commotion très-violente du cerveau , causée par une chute de cheval.

J’avais lu dans YAUgemeine Deutsche BibUothek % tonis xxxïx , pag. 12$ , que beaucoup de malades, qui a la suite d’une commotion du cerceau causée par une chute ou autre impression violente sur la tête, avaient passé plusieurs jours sans sentiment et sans parole , étaient entrés en frénésie , etc. après les évacuations nécessaires , avaient été rétablis par le seul usage du camphre (succès qu’on rapportait à F effet diaphorétique de ce remède).

Dans cette maladie de M. D G., lopium a produit aussi des effets salutaires, Bromfield a donné l’opium avec grand succès dans beaucoup de ca$ semblables de secousses avec froissement (concussions) de la substance du cerveau ; même chez des sujets qui avaient le crâne fracturé , et qui n’ont point été trépanés.

Sans .m’arrêter a l’explication versatile que Bromfield donne de ces elfets de l’opium ( qu’il attribue à la vertu quo 1 opium a cl atténuer le sang ) j je pense que c est par sa vertu dite antispasmodique , et pour parler plus exactement, en faisant cesser! 'irritation, ou plutôt 1 affection du principe vital dans la partie du cerveau qui a souffert la commotion ; que l’opium amène le changement d’état de cette partie , et la résorbtion du sang qui tend à s’y fixer.

Je crois qu’il faut voir de meme l’ utilité singulière qu’a pour résorber le sang extravasé dans les grandes contusions , et après des chutes de haut • la thériaque,

le soufre pris journellement dans la colique nerveuse chronique , dont j’ai décrit l’histoire. Ce remède pénètre par ses émanations tout le corps de celui à qui ont le fait prendre: et par conséquent son action diffusive peut produire des effets révulsifs très-étendus de

qui est un ingrédient principal de iHnfusum, traumaticum , et du decoctum traurnaticum de Fulier , etc.

C’est aussi à leur action perturbatrice de l’affection qui a été imprimée au principe vital , que je rapport© l’efficacité, singulière du camphre et de l’assa-fœticLa dans plusieurs cas de plaies de la tête , et de commotions du cerveau.

Les bons effets que produisent alors ces remèdes , combinés avec l’opium , suivant les circonstances du malade , me paraissent être particulièrement dignes d’attention dans le traitement des plaies de k tête. Car l’illustre Desault ayant fait voir que , dans ces plaies , l’opération du trépan est presque toujours ou inutile ou pernicieuse ( voyez ses Œuvres chirurgicales publiées par Xavier Bichat , seconde partie , pag. 4.0-1. 80-2 ) ; on a été depuis réduit , comme lui , à n’attendre le salut de ces blessés , que des effets révulsifs que peuvent opérer le tartre stibié ( dont l’emploi est d’ailleurs nécessaire ) , et l’application des vésicatoires sur la tête.

Je rapporte au même principe qu’a l’utilité du camphre et de l’assa-fœtida dans les cas susdits., celle du castoreum dans des affections paralytiques , qui a été sur-tout recommandée par les Anciens. J’ai trouvé le castoreum sensiblement efficace , après les remèdes généraux , dans une affection soporeuse avec langueur paralytique des extrémités inférieures, dont était attaqué M. M. de Carcassonne.

l’affection des intestins qui a lieu dans ceüe colique.

Ijne semblable irritation révulsive très- € tendue sur la surface du corps , paraît devoir être produite et renouvelée assidûment par 1 application constante des flanelles sur la peau j et en tenant toujours vêtues les extrémités inférieures.

L application perpétuelle de la laine sur la peau a ete conseillée depuis Galien , aux personnes sujettes a de frequentes coliques. Ce moyen ne peut que concourir avec F tisane interne du soufre y à rétablir la fonction de la tianspiration 5 dont le dérangement doit aggraver les coliques habituelles.

On voit enfin que, dans le traitement de la colique iliaque nerveuse , il ne faut point négliger les remèdes externes qui excitent prochainement une révulsion efficace^ comme est l'application perpétuelle du camphre, ou celle d'un vésicatoire sur l'endroit de la douleur, etc.

rr:ilîl V.

Réflexions generales sur la méthode du traitement qui convient aux coliques iliaques ' essentiellement nerveuses .

ïi me paraît que toute méthode de traitement qui peut convenir aux coliques ilia*

ques essentiellement nerveuses , doit être nécessairement, comme celle que j’ai suivie 9 mie Métliode Empirique.

J appelle Méthode Empirique de traitement d'une maladie , celle qui , par des icmedes spécifiques ou antres , dont l’expérience fait connaître Futilité dans des cas analogue ô, , change eu entier l’affection du puncïpe de la vie qiîi constitue l’état morhifique y et remplace cette affection par d’autres qti elle imprime à ce principe , et qui i en dent susceptible de reproduire ses mouvemens naturels dans Fordre qui entretient l’etat de santé.

J ai dit 4 la fin de la Préface de ma Nova Doctrma ae Jonclionihus naturce humancs V imprimée en 1774)? que toutes les méthodes de traite ment des maladies doivent être rapportées à trois Ordres :

L Ordre des méthodes Empiriques > qui sont celles que je viens de définir :

L’Ordre des méthodes Naturelles , dont 1 objet direct est d aider les mouvemens spontanés de la Nature ou du principe vital «, qui tendent a opérer la guérison de la maladie (i).

vO C est dans ces méthodes naturelles , qu’on peut dire, Suivant 1 ingénieuse expression de mon respectable ami M. Poissonnier des Ferrières ; que le Médecin accouche la nature ? Medicus nçituros oEtctri-x* *

go

I/Ordre des méthodes analytiques , où ayant décomposé une maladie dans les élémens dont elle est produite, on les attaque par des moyens directs , et proportionnés dans leur activité aux rapports de force et dmiîuenc.e que ces élémens ont entr’eux ; afin que la nature puisse résoudre plus facilement celle maladie simplifiée.

La méthode de traitement de la colique iliaque essentiellement nerveuse, ne peut être ni Naturelle , ni Analytique . Elle doit être Empirique.

Cette méthode ne peut être naturelle : çar la nature n 'affecte dans cette colique aucuns mouvemeos spontanés, que l’on voie aboutir à aucune terminaison salutaire. Cette méthode ne peut être Analytique : car quelque dangereuse ou rebelle que puisse être cette colique , sa nature ( à laquelle on peut donner le nom général de Nerveuse ) est , non seulement très-obscure , mais très-simple ; et elle ne peut être décomposée en des élémens, dont on doive considérer séparément et suivre les indications particulières.

Pour développer et confirmer pleinement mon assertion, je crois qu’il est à propos, ( ce qui peut être d’ailleurs d’une utilité générale ) d’établir les limites des méthodes de traitement qui sont naturelles, et de celles qui sont analytiques.

Des limites des Méthodes de traitement Naturelles ou <jui se rapportent auæ mou remens spontanés de la Nature dans les maladies .

Cest un principe très-faux, quoique répandu chez un très-grand nombre de Médecins ( qui heureusement ne s’y conforment pas le plus souvent dans leur pratique ) : que les traitemens des maladies doivent être toujours rapportés aux efforts qu’y fait la nature pour en opérer la guérison,

Hippocrate a dit sans doute le premier que la nature avait la faculté de guérir les maladies. Cette puissance médicatrice de la Nature a été exagérée par les Médecins Hippocratiques. Eu dénaturant cette idée grande, et vraie avec les restrictions convenables;

ils ont été entraînés à des assertions va «ni es «. ?

et beaucoup trop étendues. Le sage Boer* haave lui-meme s est trop livré à ces exagérations ; comme on peut voir dans son discours De honore Medici , servitute ; etc.

Cependant personne n’a été plus loin en ce genre que Stahl ; qui d’après des idées analogues de Vanhelmont (sur son Archée ) , a prétendu que dans les maladies laissées à elles- memes , la Natpre, qu’il croit être une Ame prévoyante^ donne spontanément aux

organes du corps vivant , des mouvemens qu’elle dirige et coordonne de manière qu’ils opèrent la guérison de ces maladies.

Il n’est pas douteux que ce ne doive être par les opérations même de la Nature , que les maladies sont guéries ; puisque la Nature produit dans le corps vivant tous les mouvemens qui constituent , et la maladie , et le retour à la santé. Mais il est essentiel de reconnaître, que si la nature peut guérir communément ( quoique souvent d’une manière moins parfaite) les maladies simples et peu graves, par ses seuls mouvemens spontanés ; elle ne guérit très-souvent les maladies compliquées et dangereuses, que par des mouvemens qu’il faut que l’Art lui imprime, et qu’il gouverne par les moyens, et suivant les règles qui lui sont propres.

Sans qu’il faille admettre aucunes directions volontaires d’une Ame ou d’une Nature médicatrice , on voit que les maladies simples et peu graves peuvent se guérir d’elles-mêmes ; a0, parce que leur durée est nécessairement limitée par leur forme essentielle ; 2°. parce que des flnx ou d’autres affections que déterminent ces maladies , peuvent avoir accidentellement des effets salutaires ; soit en changeant la manière d’être morbifique des organes, soit en dissipant une partie de la cause humorale.

Lorsque îes maladies sont graves ou compliquées, les effets qu’elles déîerrninent peuvent y être quelquefois accîden tellement salutaires : mais il est trop rare qu’elles se guérissent d’elles-mêmes. C’est ce que démontrent les histoires des malades qu’il ippocrate a rapportées dans le premier et le troisième livre de ses Épidémiques.

Je ne sais pourquoi on a dit que les idées de Vanhelmont et de Stahl ont été renouvelées et développées dans l’École de Montpellier il y a vingt-cinq ou trente années.

A cette époque qu’on indique , j’étais Professeur et Chancelier de cette Université célèbre. Or > tous ceux qui ont suivi alors mes leçons de Médecine-Pratique., et qui ont lu mes' Nouveaux Elémens de la Science de l’homme (publiés en 1778); ont dû reconnaître que dans tous les points importai! s , ma doctrine sur les fonctions de l’homme vivant, sur les causes des divers genres de maladies , et sur les différentes méthodes de leur traitement, a toujours été diamétralement opposée, et à celle de Vanhelmont , et à celle de Stahl.

J’ai été des premiers en France à recommander plusieurs observations que Stahl a faîtes avec sagacité sur les hémorrhagies ; et sur d’autres genres de maladies. Mais en

même temps j’ai indiqué plusieurs des erreurs nombreuses auxquelles il a été induit dans sa pratique parle vice perpétuel de sa théorie. C’est ainsi que, dans les fièvres intermittentes , il a respecté beaucoup trop souvent, et trop long-temps^ des mouvernens de la Nature qu’il fallait combattre ; et qu’il a rejeté pernicieusement Fusage du quinquina dans telles de ces fièvres où il est parfaitement indiqué , pourvu que son adminis^ tration y soit préparée et réglée convenablement ; etc. etc.

Stahl a été certainement un homme de génie dans la Chimie , comme le démontre son Specimen beccherianum . Mais il ne peut être compté parmi les médecins-praticiens d’un ordre supérieur, et tel qu’à

été, par exemple, de nos jours; le célèbre Stoll.

Des limites des Méthodes de traitement Analytiques , ou qui se rapportent à /’Analyse des maladies.

Les Méthodes Analytiques du traitement des maladies , se rapportent à l’analyse des maladies, qui en lait considérer séparément les élémens constitutifs. On voit que ces méthodes ne peuvent convenir qu’à des

maladies dont les élémens se développent successivement , ou bien qui sont compliquées ; de sorte qu’on puisse y observer des parties distinctes , et les traiter par des moyens relatifs à chacune de ces parties. Ainsi les limites des méthodes analytiques du traitement des maladies semblent être suffisamment fixées. ‘

Cependant il n’est point de méthode du traitement des maladies , qui ne dût être dite analytique ; si en adoptant une dénomination qui s’est nouvellement répandue , on appellait Analyse y toute bonne manière de philosopher ou de raisonner dans la Science de la Médeci ne-pratique.

On a pu être conduit à cette application trop etendue du terme Ay Analyse y par quelques expressions inexactes de l’Abbé de Condillac , qui tenaient à des idées trop peu definies qu’avait sur l’Analyse ce Métaphysicien , qui est d’ailleurs justement célèbre.

Quand on rapproche ce que Condillac a dit sur Y Analyse (i), on voit qu’il a nommé Analyse y la Méthode Philosophique, dans laquelle on fait , i .® la décomposition entière

(i) Dans son Art de Penser ( en divers endroits, et spécialement p. m. 129-32 et 222-3 1 , édit, de Paris 1798 , au VI.

des qualités ou des élémens de l'objet dont otl veut connaître la nature : 2.0 la distribution des idees partielles ainsi acquises,, dans un ordre de gradation simple , qui fasse remonter a I origine de l’objet par une génération qu’on s’en forme; 3.° la composition de ces idees ou notions partielles , comparées par tous les cotés ( et sur-tout sous les rapports favorables a la découverte qu’on a en vue ) ; de manière qu’on épuise, s’il est possible, toutes leurs combinaisons ( par addition et soustraction ) jusqu’à ce qu’on leur ait fait reproduire complètement l’idée de l’objet dont on s’occupe.

Cette Méthode d’ Analyse que Condilîac prend dans un sens si étendu , qu’il y renferme aussi la synthèse ou recomposition des objets analyses ; consiste donc à diviser, ordonner, et combiner le mieux possible les idees partielles qui doivent composer l’idée entière de î objet qu’on veut connaître. Mais tous les hommes qui se sont livrés à des recherches dans les sciences de faits , ont séparé, ordonne, et combiné des connaissances particulières pour s’élever à des vérités g en ei aies. Us 1 ont fait avec plus ou moins d’avantages ou de défauts , suivant le caractère de leur esprit , et l’étendue de leur savoir.

Ën dernier résultat , sur quoi sont fondés les procédés de cette méthode d’analyse ! Comment peut -on comparer les idées partielles des qualités ou des ci émeus d’un objet sous tous les rapports possibles; les distribuer suivant la gradation la plus simple ; les com- * biner de toutes les manières qu’on juge ou pressent devoir être avantageuses pour se former l’idée parfaite de cet objet ; si on n’estime le degré d’analogie qu’ont entre elles ces idées partielles , et si on ne fonde * sur cette analogie des inductions, d’abord plus limitées , et ensuite générales?

Il faut donc toujours en revenir au principe de l’induction fondée sur l’analogie des faits particuliers ; principe qui a été suivi de tout temps®, dans les sciences de faits , par les hommes doués d’une logique naturelle. Mais l’on n’a pas été plus avancé dans l’étude de ces sciences, en suivant l’idée de Bacon qui a fait de ce principe unq règle générale de logique artificielle (i).

(i) Baker (dans ses Réflexions sur les Sciences ) a fort bien dit contre Bacon : que quelque sûre que la voie de Y induction ait pu paraître, à Bacon , une seule circonstance qui vient à la traverse dans une expérience, peut aussi aisément détruire Y induction , qu’un terme ambigu peut mettre un syllogisme en défaut. Il ajoute qu’il n’y a qu’à en faire l’essai sur les parties que Bacon a données de Y H istoire Naturelle.

Personne ne peut douter d’ailleurs qu’il rie soit nécessaire 3 de ne pas suivre seulenient l’impulsion de l’esprit qui tend aux découvertes , mais encore de le diriger dans son progrès conformément aux règles les plus parfaites de la méthode philosophique ; dans les recherches que présentent les sciences de faits ÿ et particulièrement celle delà Médecine-Pratique (i).

Plus on fait usage de la bonne méthode *dc philosopher dans la science de la Médecine-Pratique ; plus on Reconnaît que toutes les parties essentielles de cette science sont entièrement hétérogènes aux sciences de la Physique générale , de la Chimie > et de PHistoire Naturelle. Celles - ci peuvent lui fournir quelques applications heureuses , et plusieurs remèdes précieux. Mais la science de l’Art de guérir 9 sans négliger aucuns des

(î) C'est ce que j’ai principalement recommandé , et dont j’ai fait voir Futilité par des exemples nombreux ; dans tous les cours publics et particuliers de Médecine- Pratique , que j’ai faits dans l’Université de Médecine de Montpellier depuis 1760 jusqu’en 1781. J’ai eu pour Auditeurs dans ces cours , beaucoup de Médecins très-distingués , qui conservent avec intérêt et reconnaissance le souvenir de la doctrine ^qui m’appartient spécialement.

# moyens subsidiaires qu’elle peut leur devoir, existe par elle-même, et reste indépendante.

L’utilité première de cette science semble pouvoir la placer au-dessus de toutes les autres connaissances humaines. Mais à ne considérer que l’exercice et les développemens qu’elle peut donner aux facultés de l'intelligence il n’est point de science plus digne d’occuper les hommes d’un génie élevé.

En effet, la science de la Médecine-Pratique renferme tous les élémens d’un calcul de probabilités , qui ne peut être porté à sa perfection dans une infinité de cas difficiles, que par les plus grands efforts de l’esprit. Dans ces cas , c'est par des combinaisons , souvent neuves., et toujours profondément raisonnées ; qu'on doit s'assurer toutes les chances possibles d’un heureux succès , en liant des approximations sur la nature des maladies qui ne sont pas entièrement connues, avec d’autres approximations sur les effets des remèdes dont les vertus ne sont pas rigoureusement déterminées.

De l’Imprimerie de Tourner Frères, rue Aiguiilerie, N.° 43.

CONSEILS

S ü R LA

MANIÈRE D’ÉTUDIER

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