‹ Des températures basses centralesChapitre 5 sur 28 · CARDIAQUES · texte numérisé non relu

CARDIAQUES

Le cœur est un organe musculaire dont les contractions rhythmiques font pénétrer le sang jusqu’aux extrémités de l’arbre vasculaire, et assurent le mouvement incessant de la masse liquide où les tissus puisent les éléments de leur nutrition et rejettent les cendres de leurs combustions.

C’est aussi un centre d’où partent des impressions nerveuses qui retentissent sur tous les points de l’appareil circulatoire. A ce double titre, il exerce sur la nutrition et sur la calorification une influence incontestable, car « l’on comprend facilement qu’un alanguissement de la circulation porté à un haut degré, soit une circonstance très défavorable à l’accomplissement des actes chimiques qui entretiennent la chaleur du corps (1). »

Parmi les lésions qui atteignent l’organe central de la circulation, les unes ont un effet rapide : le coeur, brusquement entravé dans son fonctionnement, ne tarde pas à s’arrêter; d’autres, au contraire, produisent lentement leurs résultats fâcheux; elles se dissimulent au début, mais peu à peu elles finissent par fatiguer le muscle cardiaque et par causer une perturbation grave, d’abord dans la circulation, puis dans la nutrition. Entre ces deux extrêmes dont la rupture du cœur et les affections valvulaires sont les types, il existe des intermédiaires nombreux. Or, qu’ils soient tardifs ou immédiats, les désordres produits par ces lésions aboutissent assez souvent à l’abaissement de la température. Mais voyons les faits.

M. Charcot cite dans ses leçons l’observation suivante : « Une vieille femme qui, un matin, dans son dortoir, était tombée en syncope, fut amenée immédiatement à l’infirmerie où nous la trouvâmes plongée dans un état lipothymique, lequel persista à peu près toute la journée. Une seconde syncope survint vers le soir et la mort eut lieu tout à coup. Pendant cette longue période lipothymique, intermédiaire aux deux syncopes, les battements du cœur

(I) Charcot. Maladies des vieillards, p. 288.

étaient faibles, fréquents, irréguliers, le pouls presque insensible, et la température rectale était de 36°. Il existait une rupture du cœur avec épanchement de sang dans le péricarde. »

M. Liouville (Soc. de biologie, 1868) a vu dans le service de M. le professeur Vulpian à la Salpêtrière un fait du même genre. Une femme de 83 ans, soignée pour une bronchite, fut prise tout à coup d’une dyspnée intense; la matité précordiale s’étendit rapidement, les bruits du cœur s’affaiblirent et le thermomètre descendit à 34°, 2. Le soir, la température remonta à 36° dans l’aisselle et à 37°, 8 dans le rectum, mais deux heures plus tard la malade mourut. Trois quarts d’heure après la mort, le thermomètre marquait 34e dans l’aisselle et 36° dans le vagin. L’autopsie montra une endocardite ancienne et une rupture du ventricule droit avec épanchement de sang dans le péricarde.

La mort est souvent trop prompte pour qu’on puisse étudier ainsi les résultats de la rupture du cœur; nous ne citerons donc que ces deux observations. Il est possible que certaines plaies du cœur produisent aussi une dépression thermique, mais nous n’avons pas d’explorations thermométriques qui nous permettent de le prouver.

Apres l’exposé de ces faits curieux, dans lesquels l’algidité a été causée par la gêne rapidement croissante de la circulation et peut-être aussi par l’excitation des lilets nerveux sensitifs qui partent du cœur, nous allons étudier ce qui se passe dans les phlegmasies du péricarde.

Dans la péricardite aiguë sèche, la thermométrie donne des résultats assez variables. Si l’affection est légère et limitée, elle reste complètement apyrétique; ordinairement

elle occasionne une fièvre modérée. Quand elle survient (et c’est presque la règ'le) dans le cours d’une affection fébrile comme le rhumatisme, elle ne détermine qu’une légère élévation de température qui se confond facilement avec les oscillations thermiques de la maladie première. Dans certains cas, au contraire, la température au lieu de monter Rabaisse.

M. Charcot a souvent constaté le fait chez les vieillards, et il en a tiré une déduction importante au point de vue du diagnostic. Plus d’une fois il a été conduit à examiner le cœur avec soin et à reconnaître l’existence d’une péricardite qui sans cela eût échappé complètement, lorsqu’une dépression thermique se produisait dans le cours d’une pneumonie régulière.

Dans l’ouvrage de Lorain, on trouve deux observations, l’une de pneumonie, l’autre de rhumatisme, où l’apparition des signes d’une péricardite coïncida avec une chute de la température. M. Letulle (Gazette médic., 1879 et 1880), cite deux faits de M. Brouardel où une péricardite amena, dans le cours d’une fièvre typhoïde, un abaissement de la courbe thermique. Mais, dans ces cas, le thermomètre ne descendit pas au-dessous de la normale. M. de Boyer a présenté à la Société anatomique (187b) l’histoire intéressante d’une fillette de 9 ans qui, pendant la convalescence d’une fièvre typhoïde à marche assez irrégulière, fut atteinte d enclopéricardite avec altération du myocarde, et qui mourut dans l’algidité avec une température, de 34°, 5. A 1 autopsie on trouva d’abondantes fausses membranes dans le péricarde et un faible épanchement purulent vers la pointe du cœur.

M. Bouchut (Gaz. des hôp., 1873) a publié l’observa-

tion d’un enfant de 11 ans 1/2 à qui l’on dut ponctionner plusieurs fois le péricarde et qui finit par succomber. La température, dans ce cas, suivit une marche fort irrégulière: après avoir atteint 40°, 4, elle tomba à 36° et même à 35°, 4 pour se relever ensuite jusqu’à la mort.

Dans tous ces cas il s’agissait de péricardites graves, compliquées à’ endocardites et surtout de myocardites , ou survenues chez des sujets débilités. Nous pouvons donc dire avec M. Raynaud : « L’état d’algidité dans la péricardite se voit surtout chez le vieillard, ou quand la péricardite se complique d’affections graves qui ont amené une détérioration profonde des forces. »

L’altération des fibres musculaires sous-jacentes à la séreuse enflammée nous paraît jouer un rôle important dans ces péricardites algides. Se produit-il quelque chose d’analogue dans les endocardites aiguës ? A priori le fait pourrait sembler possible, mais nous n’en trouvons aucune preuve dans les faits cliniques.

Les altérations du myocarde sont presque toujours secondaires; tantôt elles surviennent dans le cours d’une affection grave du péricarde et de l’endocarde, tantôt elles compliquent une pyrexie ou une maladie infectieuse, tantôt elles apparaissent comme conséquence d’une dépression de l’organisme, voisine delà cachexie. Elles ne causent pas toujours des perturbations sérieuses de la calorification; mais dans les maladies fébriles elles peuvent déterminer des phénomènes de collapsus. Alors les traits se tirent, les yeux s’excavent, les extrémités se refroidissent, le pouls devient petit et filiforme, les battements du cœur s’affaiblissent et ne se perçoivent qu’à peine, les souffles disparaissent. La température peut s’élever; dans ce cas

la mort est proche. D’autres fois, au contraire, le thermomètre baisse, et le pronostic, tout en restantgrave, n’est pas inévitablement fatal. Des faits de ce genre ont été observés dans la fièvre typhoïde.

Une jeune femme, entrée dans le service de M. le professeur Hayem, en 1875, avec une fièvre typhoïde datant de douze jours, présentait déjà quelques signes d’affaiblissement cardiaque. Le quatorzième jour, elle se plaignait de céphalalgie, de vertiges et de surdité; le thermomètre marquait 39°, 1 lematin et 39°, 81e soir. Le quinzième jour, elle était dans une adynamie profonde ; la face était pâle et altérée, les extrémités froides, le pouls presque insensible. Les battements du coeur n’étaient plus appréciables à la palpation. La température axillaire était de 34°. 2, la température rectale de 36°, 5. Le soir, le thermomètre remontait un peu, à 34°, 7 dans l’aisselle; le lendemain il atteignait 39°, 2, et à partir de ce moment la maladie suivait une marche à peu près régulière.

Ces phénomènes de collapsus algide n’ont pas toujours une issue aussi favorable. Mosler cite l’observation d’une jeune fille de 15 ans, atteinte d’angine diphthérique, qui, au quinzième jour de sa maladie, après une paralysie du voile du palais et des membres, et au moment où l’amélioration semblait commencer, présenta les phénomènes les plus graves du collapsus. La température tomba d’aborcl à 36° malgré l’administration d’un bain chaud; à onze heures du soir, elle descendit à 34°, 2, et la transfusion du sang, faite à ce moment, n’empêcha pas la malade de mourir une heure après. L’autopsie fit découvrir une dilatation générale du cœur, un anévrysme partiel au sommet du ven-

tricule gauche, et une dégénérescence très-accentuée des libres du myocarde.

Si ces phénomènes algides ne s’observent pas plus communément dans le cours des lièvres, où les myocardites sont loin d’être rares, c’est que les altérations de la fibre musculaire ne s’étendent pas, dans la plupart clés cas, à toute l’épaisseur de l’organe ; ordinairement la lésion reste limitée aux piliers ou aux couches les plus internes, et elle n’est pas incompatible avec un fonctionnement presque régulier du cœur.

Tant que l’organe central de la circulation conserve une énergie suffisante, la température ne baisse pas. C’est ce que nous pouvons observer encore à la suite des altérations valvulaires. Mais quand l’impulsion cardiaque est notablement affaiblie, quand son rhythme est troublé, quand l’a&ystolie est survenue, l’algidité extérieure apparaît, s’il n’existe pas de lésions capables de produire delà fièvre, et on peut voir la température centrale tomber à 36° ou même à 35° (Charcot). L’accès passé, elle se relève aux taux normal. M. le professeur Renaut a vu le thermomètre descendre à 35° chez un homme de 62 ans qui mourut en pleine asystolie et qui présenta à l’autopsie une dilatation aortique avec une endocardite valvulaire. (Soc. anat. 1872)

Seitz (obs. 13) rapporte l’observation d’un homme de 50 ans atteint d’insuffisance mitrale avec rétrécissement, ayant en outre un épanchement séreux dans le péricarde, .et qui présenta, à la période d’asystolie, des températures de 35°, 2, de 34°, 8 et de 34°.

Le même auteur cite le fait suivant :

Un homme de 66 ans, bien portant jusque là, fut amené à l’hôpital en état d’asystolie. Le thermomètre marquait 35°, 4, le 1er jour, et descendait à 35° le lendemain. On crut d’abord à l’existence d’une lésion mitrale. Pendant les quatre jours suivants, la température oscilla entre 34°, 8 et 35°6: Elle atteignit alors 36°, 4 pour redescendre presque immédiatement à 35°. Pendant 10 jours, elle varia de 35° à 36° 1/2, puis puis elle se rapprocha de 37° et dépassa même ce chiffre. Le thermomètre redescendit encore à 35°, puis tout-à-coup il monta et atteignit 40° et 40°, 4 ; une variole apparaissait en même temps. Le malade en mourut, mais après avoir présenté un nouvel abaissement de la température à 36°, 6. On ne découvrit à l’autopsié qu’une dilatation du cœur sans lésions d’orifices, et l’auteur pense qu’il s’agissait là d’un cas de dilatation primitive du cœur.

Il ne faudrait pas croire pourtant que la température centrale s’abaisse d’une façon constante dans la période ultime des affections valvulaires. Quand cet abaissement se produit, il n’est pas toujours facile de l’interpréter, parce qu’il existe habituellement des lésions importantes des principaux organes. C’est souvent aux troubles de la nutrition qu’il faut arriver pour expliquer l’algidité : or, dans l’asystolie, la nutrition souffre dans tous ses actes.

Quand il existe des vices de conformation du cœur la température peut baisser. Lauenstein (Deutsch. arch. für. Klinisch. med. XVI), dans un cas de rétrécissement du cône artériel de l’aorte produit par un diaphragme dont l’orifice avait un centimètre de diamètre,

constata une température de 35°, 8, huit mois avant la mort du malade.

Lorsqu’une lésion congénitale a causé la cyanose , la température peut même subir un abaissement très-manifeste. MM. Bourneville et d’Olier ont eu l’extrême obligeance de nous communiquer un mémoire très-intéressant qu’ils vont publier sur ce sujet. Ils citent d’abord les anciens auteurs, Caillot, Laennec, Gintrac, Franck, qui avaient noté une diminution notable de la chaleur vitale et une grande sensibilité au froid chez les enfants atteints delà maladie bleue ; puis ils montrent le peu d’accord qui existe entre les auteurs modernes (M. Bouchut a noté des températures de 33° et 35° centig., tandisque Farre a trouvé 35°, 5 dans la paume de la main et 38° sous la langue) et rapportent quatre observations personnelles. Dans ces cas, le thermomètre descendit aux chiffres très-bas de 31° T. R., de 27°, 9, de 30°. La règle généralement admise de l’abaissement de la température dans la cyanose est ainsi confirmée.

MM. Bourneville et d’Olier font encore à la suite de leurs observations une remarque intéressante. La température s’est abaissée progressivement dans les cas qui se sont terminés par la mort ; elle s’est relevée progressivement jusqu’à la normale dans les cas où l’anomalie cardiaque qui produisait la cyanose a marché vers la guérison.

Nous voudrions terminer ce chapitre par l’étude de la température dans la syncope. « On sait du reste, dit M. Charcot, que lorsque l’affaiblissement cardiaque est poussé aux dernières limites, comme dans la syncope, le sang traverse les capillaires sans s’y modifier, et appa-

raît dans les veines avec la coloration rutilante du sangartériel. Or, dans les cas de ce genre, la température centrale s’abaisse, et elle s’abaisse même d’une manière trèsnotable dans des circonstances où les choses sont poussées moins loin. » Malheureusement les faits nous manquent pour établir le deg'ré de dépression que subit la chaleui centrale dans ces conditions. Nous avons cité un cas où l’on trouva la température abaissée à la périphérie, mais normale dans le rectum. Nous pourrions citer encore une expérience de M. Labordedans laquelle un cochon d’Inde, tué par hémorrhagie (section de la carotide et de la jugulaire), avait une température de 32°, 5 dans le thorax. Mais ici, il faut tenir compte de l’énorme hémorrhagie qui s’était produite, bien plus que de la syncope.

Hémorrhagies . — Anémies. — Cachexies . — C’est, à coup sùr, en entravant la circulation du sang, et en causant une perturbation fâcheuse dans les actes de la nutrition, que les affections du cœur peuvent causer l’algidité centrale. Qu’arrivera-t-il maintenant lorsque la masse du sang aura subi une modification profonde, soit par le fait d’une hémorrhagie grave, soit en raison d’une altération morbide de ses éléments ? Si l’on considère que le sang est l’intermédiaire obligé entre le monde extérieur et les tissus, si l’on songe que c’est par le sang que vont être transportés aux organes, à la fois l’oxygène fourni par l’air inspiré et les composés ternaires ou quaternaires introduits dans l’économie sous forme d’aliments, on doit être bien tenté de croire que toute altération de ce liquide entraînera une diminution de l’activité nutritive, et, par suite, une dépression de la température du corps.

D’ailleurs, c’est sur les éléments fondamentaux du sang-, sur les globules, que retentissent tout spécialement les pertes ou les altérations morbides. Comment les combustions s’entretiendront-elles quand le sang aura été lésé dans ses éléments actifs ? Cette pensée si naturelle dut se présenter de bonne heure aux médecins, et leur inspirer, même à leur insu, l’idée de s’attaquer au sang pour juguler la fièvre et l’on saignait, on saignait deux fois par jour, on saignait à outrance dans les pyrexies et dans les phlegmasies !

Mais cette idée était-elle exacte? Les recliernes modernes ne l’ont pas confirmée d’une façon absolue. Baërensprung, expérimentant sur des animaux sains, avait remarqué que l’influence delà saignée sur la température était très faible ; cependant, après l’émission d’une grande quantité de sang, la chaleur centrale s’était élevée de plusieurs dixièmes pour revenu’ progressivement à l’état normal.

Marshall-Hall, au contraire, après avoir enlevé à un chien terrier pesant 17 livres, 32 onces de sang, vit la température tomber de 37°, 5 à 29°, 4 et l’animal mourir. Chez un autre chien pesant 19 livres, une saignée de 30 onces fit descendre le thermomètre à 31°, 6.

Suivant Frese, une abondante saignée serait suivie d'un abaissement de plusieurs degrés dans la température, mais, peu d’heures après, il se produirait une augmentation qui dépasserait rarement l’état thermique antérieur à l’émission sanguine. Telle était aussi l’opinion de Wunderlich. Mais des expériences plus récentes permettent de penser qu’une saignée modérée, faite chez un homme ou un animal sain, ne donne pas des résultats constants.

Son influence sur la température est très-restreinte. Sur ce point, les tableaux de Chorasewski ne nous laissent pas de doutes. Dans Y anémie par hémorrhagie , ditLebert, la peau est fraîche, les malades sont sensibles au froid, bien que le thermomètre n’indique qu’un faible abaissement de la température du corps. C’est aussi la conclusion de Lorain. Il a vu plusieurs fois des hémorrhagies puerpérales n’amener qu’une dépression insignifiante de la température vaginale. Une femme, qui avait perdu 2 litres de sang, était pâle, exsangue, presque en syncope; le lendemain matin elle avait une température vaginale de 37°, 8. Dans un autre cas, le thermomètre après une hémorrhagie abondante descendit bien à 36°, 8 dans l’aisselle, mais dans le vagin il marquait encore 38°. Chez une femme atteinte d’éclampsie, une saignée de 1,200 gr. fit tomber la température, de 39°, 8 le matin, à 38° le soir et à 36°, 6 le lendemain matin ; à partir de ce moment la courbe thermique remonta à 37° le soir, à 37°, 8 le surlendemain matin, puis à 38°, 4, pour revenir ensuite au chiffre physiologique. Mais, dans cette dernière observation, il faut certainement tenir compte de la disparition des attaques d’éclampsie; l’abaissement de la température n’a donc qu’une valeur médiocre.

Chez une femme qui, après un avortement, avait eu des hémorrhagies successives, assez graves pour que M. le professeur Peter eût pensé devoir agiter la question de la transfusion du sang, la température axillaire oscilla constamment entre 37°, 5 et 38°, 4; une fois même elle alla à 39°, 7. (Letulle, Soc. clinique, 1879.)

Il est à peu près prouvé maintenant que, chez un individu sain la soustraction d’une quantité de sang

même assez importante, n’abaisse pas notablement la température centrale. Pendant que le sang- coule, les petits vaisseaux se contractent, le sujet éprouve un léger frissonnement, la peau se refroidit, et la température axillaire elle-même peut s’abaisser légèrement ; mais la température rectale ne diminue pas, et la syncope peut se produire sans que l’on constate une descente de la colonne mercurielle. Il faut enlever des quantités considérables de sang, et rendre l’animal en expérience presque exsangue, pour produire une dépression thermique bien nette. -J

Il n’en est pas ainsi dans quelques états morbides , ac- ■ ] compagnés d’une fièvre intense. Dès 1851, Traube avait \ constaté que les saignées dans les maladies fébriles ; abaissent rapidement la température du corps. Thomas a souvent observé à la suite de la saignée faite chez les pneumoniques une chute de l°à 1°,5; en moyenne, il trouvait la chaleur du corps diminuée de 2 dixièmes de degré j un quart d’heure après l’opération; mais au bout d’unefj demi-heure elle reprenait son niveau primitif. Ces résul-j i tats obtenus chez les individus malades ne sauraient être • infirmés complètement par les recherches expérimentales faites sur des animaux sains. Il est des cas où ils ont semblé nuis, où l’influence d’une perte de sang subie par un malade fébricitant a pu être niée, mais ces doutes ne sauraient s’adresser à tous les faits, ni tenir sérieusement devant les observations cliniques.

Wunderlich disait (p. 31G) : «Si dans le cours de la fièvre typhoïde il se présente de fortes hémorrhagies, • : notamment des entérorrhagies, il peut y avoir un abaissement thermique considérable, allant même jusqu audessous de l’état normal ; mais d’ordinaire la tempéra-

ture recouvre bientôt son élévation antérieure et peut même la dépasser. »

Tous les médecins ont pu constater l’exactitude parfaite de cette assertion. Quand la courbe thermométrique s’abaisse brusquement dans le cours d’une fièvre thyphoïde, la première chose à faire, c’est de chercher s’il s’est produit une hémorrhagie. « De tous les épiphénomènes de la fièvre typhoïde, dit, en effet, M. le professeur Jaccoud, il n’en est pas un qui modifie aussi profondément la température que l’ hémorrhagie intestinale ; on observe alors un abaissement considérable de la ligne thermique. Si l’hémorrhagie n’est pas mortelle, cette chute n’est que momentanée; 24 ou 48 heures après, la chaleur est déjà revenue à son niveau primitif, si même elle ne le dépasse, et le cycle fébrile reprend son cours régulier. Si, au contraire, le malade succombe, la température va sans cesse diminuant, et au moment de la mort elle peut être fort au-dessous du chiffre physiologique. » A l’appui de son dire, l’éminent professeur cite plusieurs faits. Chez un malade, une perte considérable de sang fit tomber la tem pérature de 38°, 8 à 35° et la mort survint 2 heures après ; déjà le thermomètre atteignait 36°, 4. M. Karth, interne des hôpitaux, nous a communiqué l’observation intéressante d’unhomme de 26 ans, qui, vers le dixièmejour d’une fièvre typhoïde, eut une hémorrhagie intestinale de 2 litres environ. La température tomba de 40° à 36°, 2 (5 heures après l’hémorrhagie), puis elle remonta à 37°, 6, à 38°, 4 et à 39°, 6 (le lendemain soir), et le malade guérit.

Nous pourrions citer une observation de M. Guinand (Th. 1871), dans laquelle nous voyons chez un soldat de 22 ans atteint de fièvre typhoïde, la température tomber Hutinél. 6

cle 40°, 4 à 38°, 4 et à 36°, 7 après une première hémorrhagie, puis à 36° et à 35°, 6 après une seconde qui fut promptement mortelle. Les faits de ce genre sont si communs que nous croyons inutile de les multiplier.

Nous devons avouer toutefois que c’est surtout dans la fièvre typhoïde que les résultats apparaissent avec cette netteté. Les saignées dans la 'pneumonie sont loin de donner des résultats aussi nets. Il en est de même des pertes de sang, ordinairement moins abondantes, il est vrai, que l’on observe dans le cours des autres malades fébriles. On pourrait donc se demander si l’hémorrhagie intestinale n’agit pas à la façon d’un choc sur l’intestin; mais le fait est contestable.

Est-ce, comme le dit Lorain à propos de l’action des bains froids, parce que les ressources de l’organisme sont moins grandes; que la limite où le refroidissement intérieur doit survenir est plus vite atteinte dans les états typhiques ? Cette raison est bonne sans douté, mais peutêtre faut-il tenir compte surtout des troubles de la régulation thermique qui sont si marqués dans les grandes pyrexies, et qui ne permettent pas à la chaleur centrale de s’équilibrer facilement. En tout cas, ces explications nous permettent de comprendre comment, chez certains individus profondément débilités , une hémorrhagie peut faire baisser la température. M. Ollivier a vu le thermomètre descendre plusieurs fois à 36°, 6 chez un cirrhotique qui eut des épistaxis et des hémoptysies.

Dans le scorbut et le purpura on a peu étudié la marche de la température. Un seul point semble prouvé, c’est que les malades résistent mal aux abaissements de la température extérieure.

Dans la chlorose où les globules sanguins sont diminués de nombre, où les hématies ont un volume généralement inférieur à leur volume normal, où la proportion de l’hémoglobine est notablement abaissée, il peut arriver que les échanges nutritifs semblent plus lents, et cependant la température centrale varie peu.

Presque tous les auteurs qui ont porté leur attention sur ce point, et ils ne sont pas très-nombreux, ont trouvé la température normale. Bouillaud et Andral ont constaté le fait chez les chlorotiques. Lorain, après des recherches nombreuses, n’a noté d’abaissement de la chaleur centrale ni dans la chlorose, ni dans les anémies. « L’anémique, dit Wunderlich, avec des corpuscules sanguins diminués dénombré, produit, il est vrai, moins de chaleur, mais ses vaisseaux superficiels se contractent et la réfrigération de son sang est limitée. » Nous sommes loin, on le voit, des conclusions de M. Brown-S équard qui trouvait une relation constante entre la proportion des globules rouges du sang et la température centrale chez tous les animaux (Journ. de phys., 1863).

Immermann a toujours trouvé la température normale chez les chlorotiques ; par contre il l’a trouvée abaissée dans certaines anémies.

Chez ces malades, la production de chaleur est sans doute diminuée, comme le croit Wunderlich, mais la régulation se fait bien; aussi qu’arrive-t-il? C’est que, si la température centrale prise dans le rectum ou le vagin reste normale, la température du tégument s’abaisse, au contraire, avec une grande facilité. Habituellement les mains et les extrémités sont froides, parce que les vaisseaux sont contractés pour empêcher une trop grande

déperdition de calorique, et les malades supportent mal le froid. La température axillaire, dans certains cas, peut participer à cette dépression de la température du tégument, en restant bien inférieure à la température rectale. Ce n’est pas à dire cependant que jamais le ^thermomètre ne doive descendre au-dessous de la normale dans la chlorose. M. le professeur Peter nous a cité le fait intéressant d’une jeune femme chlorotique chez qui la température de l’aisselle, tombée à 36°, ne se releva qu’au bout de quelques jours sous l’influence d’un traitement ferrugineux.

C’est par un effort de leurs vaso-moteurs que les anémiques tiennent leur température en équilibre ; il n’est donc pas étonnant que, chez ces malades la fièvre, présente des collapsus inattendus, surtout quand on leur administre des bains froids et de fortes doses de digitale ou de sulfate de quinine (Immermann).

Il est un état morbide sur lequel l’attention s’est portée dans ces dernières années, quand Biermer, rassemblant les faits jusque là épars, lui eut donné le nom d 'anémie pernicieuse progressive. Dans cet état, ou plutôt dans ces états pathologiques, les lésions hématiques sont aussi graves que possibles, et cependant la température n’est pas abaissée. Au contraire on rencontre souvent des accès fébriles irréguliers. Pourtant, dans les derniers jours de la vie, le collapsus, avec abaissement plus ou moins considérable de la courbe thermométrique, est la règle (Lépine). Dans une observation de M. le professeur Lépine, la température vaginale, la veille de la mort, était le matin de 34°, 8, et le soir de 34°, 7 (Revue mensuelle, 1877).

Dans ces anémies pernicieuses on a compris des affections bien disparates, et parfois mal caractérisées ; quelques observations se rapportent à coup sûr à des leucocythémies méconnues ; dans d’autres, les lésions rénales ou les troubles digestifs ont joué un grand rôle ; il reste enfin des faits mal associés et difficiles à caractériser, qui se présentent comme des cachexies d’origine inconnue.

Dans les cachexies proprement dites, les températures basses ne se rencontrent que d’une façon exceptionnelle ; la fièvre est plus fréquente que l’algidité. Sous l’influence de l’inanition, on voit pourtant le thermomètre baisser, parfois chez les cachectiques, mais surtout dans les derniers jours de la vie. Il est un fait à noter, d’ailleurs, c’est que, chez ces malades, une élévation notable de la température est souvent suivie d’une rémission matinale atteignant des chiffres très-bas. La même particularité s’observe parfois chez les convalescents des maladies graves.

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