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DES MALADIES QU’ELLES OCCASIONNENT

La Trichine, telle qu’elle apparaît dans les muscles, est un animalcule microscopique; en d’autres termes, on ne peut l’apercevoir à l’œil nu dans les circonstances ordinaires.

Il ne faut cependant pas en conclure qu’elle est comparable aux plus petits animaux infusoires, que bien des gens s’imaginent exister partout, dans une goutte d’eau, dans un atome d’atmosphère; ni l’eau pure, ni l’air pur, ni la viande saine ne contiennent aucune espèce d’animalcules. Il n’y a que les substances organiques en décomposition qui renferment des infusoires et encore n’est-ce point toujours constant. La trichine n’a rien de commun avec ces animalcules plus ou moins répandus; elle appartient à une toute autre classe d’animaux, a celle des vers proprement dits, et n’apparaît que dans des con-

ditions toutes spéciales. Elle n’est pas non plus tellement petite, qu’il ne soit possible de l’apercevoir à l’œil nu, car on distingue très-facilement des corpuscules de la même dimension. Elle acquiert souvent une longueur de 1 à 2 millimètres. Si son corps, était moins transparent, ce qui tient au peu de développement de ses organes, il serait plus facile de la distinguer à l’œil nu. En prenant une trichine enroulée sur elle-même en forme de spirale, et par conséquent, réduite à un petit volume, et en la mettant avec un peu d’eau sur une plaque de verre que l’on place au-dessus d’une surface noire, on aperçoit un petit point blanc. On n’en voit pas davantage, il est vrai; aussi, est-iî impossible de reconnaître si ce point blanc est un animalcule.

Très- souvent la trichine est renfermée dans une cap-“ suie particulière, dans ce qu’on appelle un Kyste. Si cette capsule est de formation récente, on peut à peine la distinguer à l’œil nu ; est-elle, au contraire, ancienne et renferme-t-elle un dépôt de sels calcaires, elle devient opaque et apparaît sous la forme d’un petit corpuscule blanc.

Ce sont ces corpuscules qui attirèrent l’attention des médecins il y a trente ans. Un anatomiste anglais, Hilton, paraît être le premier qui les ait observés. Il les prit pour des formations organiques et ne découvrit point l'animalcule renfermé dans leur intérieur. Ce ne fut qu’en 1835, que le célèbre naturaliste Owen fit la description de cet helminthe auquel il donna le nom de Trichina spiralis (de Tpi yzç cheveux). Une série d’observations en Angleterre, en Allemagne, en Danemarck, en France et en Amérique, confirmèrent successivement la présence de

trichines enkystées dans les muscles de l’homme. Il n’y a que peu d’exemples pour les animaux 5 on en a trouvé chez le chat, la corneille, le choucas, le vautour et autres oiseaux, ainsi que chez la taupe et le porc. Néanmoins, on ne peut affirmer que toutes ces observations se rapportent à une seule et même espèce, et il se pourrait qu’on y eût fait rentrer la Trichina affinis .

Quoique les savants aient admis, les uns, que le kyste dans lequel est renfermé l’animalcule lui appartient en totalité ou en partie, les autres, qu'il lui est complètement étranger, on s’habitua à considérer comme un seul tout, le kyste et l’animalcule et à n’admettre comme chair trichinée que celle dans laquelle 011 pouvait reconnaître à l’œil nu des corpuscules blancs.

Cette manière de voir ne peut être exacte, qu’en supposant que la capsule est une coque et que l’animal s’est développé par l’évolution de cet œuf ; ce qui implique nécessairement la préexistence de la capsule. Or, cette hypothèse est fausse, et une observation plus attentive a démontré qu’il ne peut être ici question d’œufs. Le kyste acquiert ainsi une autre signification. Qu’il soit le résultat d’une exsudation plastique, ou qu’il soit produit par l’animal, toujours est-il qu’il n’existe point à une certaine époque. La première observation de trichines non enkystées fut faite en 1860, par M. Zenker, à Dresde, dans un cas mortel de trichinose; et aujourd’hui, nous savons qu’il faut un temps assez long, au moins deux mois, avant la formation complète du kyste.

Nous savons aussi qu’un homme ou un animal, s’ils ne succombent point avant l’enkystement des trichines,

sont hors de danger, ce qui nous permet d’affirmer que toutes les observations faites jusqu'en 1860 se rapportent à des cas de guérison. — Ainsi s’explique l’opinion répandue alors, de l’innocuité des trichines que l’on était arrivé à considérer comme un simple objet de curiosité, bon à défrayer les loisirs des gens de science, mais d’un intérêt secondaire pour les praticiens.

Cette étude, au point de vue scientifique, présente un grand intérêt, et ici s’est réalisé le vieux proverbe «de la pierre rejetée d’abord par l’ouvrier et qui devient plus tard la pierre angulaire de l’édifice. » La trichine, en effet, présentait cela d’étonnant, que non-seulement on ignorait complètement son origine et la manière dont elle arrivait jusque dans les muscles; mais que l’on ne pouvait rien découvrir qui eût trait à une génération ; car, on ne trouva ni embryons, ni œufs, ni organes génitaux.

Jusqu’à ces dernières années, on invoquait comme explication la génération spontanée. De tout temps, non-seulement les gens du monde, mais encore un certain nombre de naturalistes, admettaient qu'il pouvait naître des animaux et surtout des infusoires au sein de certaines subtances et principalement dans les matières en décomposition. On expliquait ainsi l’existence de la plupart des vers intestinaux, car on comprenait encore bien moins comment ces derniers auraient pu se montrer à l’intérieur d’autres êtres vivants, s’ils ne s’étaient point formés en eux. Cette opinion devait prévaloir, pour la trichine, d’autant plus que cet helminthe paraissait privé d’organes reproducteurs, et qu’on le rencontrait par millions chez un même individu.

Sous ce rapport, les trichines ont beaucoup de ressemblance avec les cysticerques, vers vésiculaires, grains de ladrerie qui, comme on le sait, sont assez communs chez le porc, et se trouvent également chez l’homme. Seule» ment, les cysticerques sont beaucoup plus grands, ils sont d’ordinaire de la grosseur d’un pois et atteignent quelquefois le volume d’un haricot ou d’une cerise ; ils ne peuvent donc être confondus avec les trichines, qui, en comprenant même le kyste, représentent tout au plus un petit point blanc. Mais les cysticerques, aussi, n’ont ni organes de génération, ni œufs ; de plus, on les trouve en grande quantité logés dans l’intérieur des muscles.

Les meilleurs observateurs du siècle dernier, et entre autres le pasteur Goze, avaient déjà remarqué la grande ressemblance du cysticerque avec la tête du ténia, et les avait rangés, pour cette raison, dans la même classe, celle des ténias.

Cependant, ils les avaient regardé comme des espèces différentes du même genre, existant l’une à côté de l’autre, sans jamais pouvoir se reproduire, comme, par exemple, le cheval et l’âne, le chien et le loup. Ce n’est que dans ces derniers temps qu’un examen plus approfondi fit supposer que la connexité était plus grande, et que le cysticerque était réellement un ténia développé dans des conditions particulières. Néanmoins, les expériences de M. Küchenmeister prouvèrent que cette opinion n’était pas complètement exacte, et démontrèrent que ce cysticerque, tel qu’on le trouve dans les muscles, s’il vient à être avalé, soit par l’homme, soit par un animal, se métamorphose en ténia dans l’intestin. Donc, le même ver

existe pendant un certain temps à l’état de cysticerque , de larve, pour se transformer plus tard en ténia.

Il était plus difficile d'expliquer comment ce parasite arrive à l’état de larve cysticerque dans les muscles. Yoici ce qui se passe : les derniers fragments ou anneaux chargés d’œufs fécondés du ténia se détachent du reste du ver et donnent naissance à de jeunes embryons, qui ne sortent de leur coque que lorsqu’ils ont été évacués par les selles et avalés de nouveau. Aussitôt qu’ils sont parvenus dans l’estomac, l’enveloppe s’ouvre et les jeunes embryons, animalcules microscopiques, arrivent par une migration tantôt active, tantôt passive, dans les diverses parties du corps, où ils se métamorphosent en cystieerques. Donc, les œufs et les jeunes embryons produits par le ténia, doivent être avalés, pour ensuite seulement s’enfoncer dans l’intérieur des organes, et notamment dans les muscles, pour s’y transformer en cysticerques ; et, le cysticerque, pour devenir ténia, doit être mangé avec la viande dans laquelle il est renfermé.

Il y a donc ici, non-seulement plusieurs domiciles différents, mais encore une série de métamorphoses : car chaque anneau de ténia représente au moins une génération spéciale. — Cette découverte renversa la théorie de la génération spontanée des vers intestinaux.

Il était naturel de présumer que la trichine se développait de la même manière ; mais les expériences seules pouvaient continuer cette supposition.

M. Herbst à Gœttingen, constata le premier que l’on trouvait des trichines dans les muscles d’animaux nourris avec de la viande trichinées. Seulement, ses expériences

ne prouvaient nullement que les trichines qu i! avait données en nourriture aux animaux fussent identiques à celles que l’on rencontre chez l’homme. De plus, il n’était point arrivé à établir la série des faits qui se passent, depuis la présence des trichines dans l’intestin, jusqu’à leur arrivée dans les muscles. Y a-t-il ici également métamorphose? Les trichines se transforment-elles dans l’intestin? Y a-t-il évolution d’œufs? Ou bien, les trichines trouvées datis les muscles, sont-elles les mêmes que celles données en nourriture?

De nouveaux essais, et en particulier ceux deM. Küchenmeister n’eurent aucun résultat ; ce dernier supposait que la trichine se métamorphosait dans l’intestin en un autre ver, le tricocéphale, et qu’ainsi la trichine constitue la larve, l’état embryonnaire du tricocéphale. Cette hypothèse parut d’abord se confirmer.

De son côté, le professeur Leuckart, à Giessen, avait trouvé des trichines à l’état libre dans le mucus intestinal de rats, qu’il avait nourris de viande trichinées, et le 28 septembre 1859, il fit, à l’Académie de médecine de Paris, la communication qu’il était parvenu à obtenir chez un porc une grande quantité de tricocéphales, en donnant de la viande trichinée.

Pendant ce temps, j’arrivais à un résultat tout différent. J’avais donné à tin chien des trichines enkystées, mais vivantes, provenant de l’homme; trois jours après leur ingestion, je trouvai déjà dans l’intestin des animalcules à l’état libre, très-développés, et l’on pouvait même distinguer le sexe, car on apercevait les œufs et les cellules spermatiques. Je communiquai le résultat de cette expé-

rience à la Société de médecine de Berlin, dans la séance du 1er août 1859 et j’en fis l’insertion dans mes Archives d'anatomie et de pathologie. Je démontrai en même temps,

. que le kyste qui renferme l’animalcule, n’est autre chose qu’une fibre musculaire modifiée ; et qu’en conséquence, les trichines doivent pénétrer jusque dans l’élément anatomique du muscle.

Ces deux faits furent confirmés par mes expériences ultérieures et par celles de MM. Leuckart, Turner, Claus et autres savants. Le cas observé, en 1860, par M. Zenker fournit au docteur Leuckart (1), ainsi qu’à moi, l’occasion de reprendre ces expériences (2). Voilà quelles furent nos conclusions : La trichine musculaire qui est ingérée se transforme en peu de temps dans l’intestin en un animalcule qui ne subira plus aucune métamorphose, la trichine intestinale . Celle-ci engendre des embryons, et ces derniers, sans quitter l’animal ou l’homme dont ils sont des parasites, percent la paroi intestinale et pénètrent dans les divers organes, et particulièrement dans la fibre musculaire. Si l’animal ou l’homme ne succombent point, les trichines finissent par s’enkyster et n’éprouveront de modifications que quand elles seront de nouveau ingérées.

La trichine diffère donc des autres vers intestinaux, car pour engendrer une nouvelle génération , il lui suffît d’être ingérée une seule fois. Le danger est par suite plus grand, et aujourd’hui on connaît de nombreux cas où la présence de la trichine a occasionné la mort, tandis

(1) Recherches sur la Trichina spiralis . Leipsig, 1860.

(2) Archives d’anatomie et de pathologie , 1860 et 1862. — Communication à l’Académie de médecine de Paris.

que les accidents causés par les vers intestinaux sont rarement mortels.

D’un autre côté, la trichine et le ténia ont cela de commun, que ce ne sont pas les animalcules ingérés qui transmigrent de l’intestin dans les muscles, mais bien les embryons que tous deux engendrent dans l’intestin.

Après cet aperçu général, je vais aborder les principaux points de la trichinose.

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