MOYENS DE RECONNAITRE LES TRICHINES DANS LES MUSCLES
J’ai déjà mentionné qu’à l’exception de cas exceptionnels, il est impossible d’apercevoir la trichine à l’œil nu : ce que l’on entrevoit quelquefois est la capsule ; occuponsnous d’abord de celle-ci.
Lorsqu’une jeune trichine a pénétré dans une fibre musculaire, elle s’y meut en général pendant quelque temps ; elle entame ainsi les parties intimes de la fibre et les désorganise probablement. 11 n’est point douteux qu’elle absorbe quelques portions de cette fibre. Elle a une bouche, un canal intestinal. Dans l’espace de quelques semaines, elle grossit considérablement, jusqu’à acquérir 50 ou 40 fois son volume primitif; elle se nourrit donc, et cette nourriture elle ne peut la tirer que du milieu où elle se trouve. En attaquant ainsi l’élément musculaire, elle irrite nécessairement les parties environnantes.
Pour comprendre cette action, il est indispensable d’avoir une idée de la structure du tissu musculaire. A l’œil nu, on aperçoit déjà très-bien une série de faisceaux couchés parallèlement les uns à côté des autres et reliés entre eux par du tissu cellulaire très-lâche. Avec une épingle fine on parvient à diviser un de ces faisceaux en d’autres faisceaux secondaires, et enfin ceux-ci en simples
TRICHINES DANS LES MUSCLES. il
fibres. Vue au microscope la fibre paraît composée d’une enveloppe cylindroïde amorphe, qui renferme dans son intérieur l’élément anatomique propre au tissu musculaire, et qui consiste en disques. Ces disques représentent des fibrilles excessivement ténues, si elles sont disposées en long, et des rondelles superposées, si elles sont disposées suivant la largeur. Entre elles se trouvent disséminées d’autres granulations que l’on appelle les corpuscules musculaires. A un grossissement plus fort, la fibre primitive apparaît comme un organe composé, comme à l’œil nu apparaît un faisceau de fibres primitives; aussi les micrographes ont-ils appelé cette fibre faisceau primitif.
L’action désorganisatrice opérée par la trichine porte surtout sur les fibrilles et les granulations; les fibres s’atrophient en même temps que les stries disparaissent. A l’endroit où le ver s’établit, l’enveloppe de la fibre ou sarcolemme s’épaissit par suite de l’irritation traumatique ; les corpuscules musculaires interstitiels grandissent, leurs noyaux se multiplient. Il se forme ainsi autour du parasite un tissu plus dense, plus compacte, au travers duquel on peut encore pendant longtemps distinguer l’animalcule, ainsi que la séparation qui existe entre l’enveloppe extérieure (sarcolemme) et le boursouflement intérieur.
A mesure que la trichine grandit, elle s’enroule davantage en spirale comme un ressort de montre. Généralement cette spirale touche, par un point de sa circonférence, le sarcolemme; au-dessus et au-dessous de ce point, on rencontre les produits dus à l’hypertrophie des éléments anatomiques du contenu. C’est pourquoi la capsule
ou kyste est, à cet endroit et dès le commencement, plus grosse et moins transparente.
Ces phénomènes se manifestent principalement de la la troisième à la quatrième semaine après l’immigration. A partir de cette époque, le kyste augmente en volume et en capacité. Le centre du kyste où se tient la trichine apparaît comme une masse transparente, globuleuse (voy. la fig. 1). En général, il y a au-dessus et au-dessous deux
Fig. \ .
appendices qui paraissent consistants, presque opaques, si le rayon lumineux traverse cette surface, et blancs si le rayon lumineux est réfracté. Le plus souvent, ces appendices ou pôles se terminent par une pointe arrondie et ont la plus grande ressemblance, quant à la forme, avec l’angle interne de l’œil. Ils sont de diverses longueurs et souvent inégaux pour un même kyste. Quelquefois ces pôles manquent complètement, et le kyste présente un simple ovale, qui se trouve comme écrasé aux extrémités (fig. SA). Les parties de la fibre musculaire en contact disparaissent; par contre, le tissu cellulaire ambiant s’hypertrophie, et il s’y développe de nouveaux vaisseaux.
TRICHINES DANS LES MUSCLES
Les ligures 1 , 2 et 3 représentent des trichines enkystées. Dans la fig. 1, l’incrustation calcaire des capsules est très-abondante. Dansia fig. 3 A, on voit deux trichines dans une seule capsule; cela se rencontre très-rarement.
Fig. 2.
Il faut des mois pour que toutes ces transformations se fassent. A l’œil nu, c’est à peine si l’on remarque quelque chose de particulier à ces muscles. Lorsqu'on les traite par l’acide acétique étendu ou par la potasse, on aperçoit, tout au plus, de petits points blancs qui représentent les kystes. Néanmoins, cet aspect meme ne peut faire reconnaître avec certitude la chair trichinée : caria graisse, les vaisseaux, les nerfs, les fibres tendineuses ou d’autres parasites peuvent produire le même effet, et ce n’est qu’au
moyen du microscope qu’on peut éviter toute erreur. Un grossissement de 10 peut déjà donner quelques indications, mais il est préférable de se servir d’un grossissement de 50 à 100.
Si la trichinose date de longtemps, le kyste renferme des sels calcaires. Autrefois, l’on croyait que c’était Tanimalcule lui-même qui se pétrifiait pour ainsi dire; cela arrive très-rarement. Ordinairement, c’est la substance amorphe contenue dans l’enveloppe qui s’incruste la première. On aperçoit d’abord des granulations opaques, qui augmentent peu à peu et qui finissent par envahir toute la capsule et qui recouvrent Fanimal en entier. Ce dernier
A Fig. 3. B
se trouve ainsi renfermé et caché dans une enveloppe ressemblant à la coque d’un œuf.
TRICHINES DANS LES MUSCLES
Chez les personnes grasses, on trouve de plus, autour du kyste et surtout près des pôles, des cellules graisseuses, quelquefois même un véritable peloton de graisse, ce qui fait bien mieux ressortir le siège du kyste que binerastation cellulaire. Ces cellules graisseuses sont représentées sur la figure 5, aux extrémités polaires du kyste.
En traitant ces muscles par bacide acétique, ou mieux par l’acide chlorhydrique étendu, les sels calcaires se dissolvent et le point blanc disparaît presque complètement. Cependant, en se servant d’acides, on détermine avec les fibres musculaires certaines réactions qui rendent l’inspection moins nette; il est préférable d’isoler autant que possible les kystes, en étirant les faisceaux musculaires avec une épingle, et de ne les traiter par les acides qu’après les avoir mis sur une plaque de verre placée au-dessus d’une surface noire. Mais il vaut toujours mieux s’aider d’une loupe ou d’un microscope, et dans ce cas, si après avoir constaté des parties opaques, on les voit disparaître par les acides, on peut être certain qu’on a à affaire à des capsules calcaires. Si, au contraire, ces points blancs restent opaques, il est probable que ce sont ou des cellules graisseuses ou des sections de nerfs. Mais il ne faut pas oublier que bon peut rencontrer, autour des kystes, des petits pelotons graisseux, et que par conséquent le résultat négatif ne donne rien de bien concluant; surtout, lorsqu’il n’existe qu’une petite quantité de trichines, qu’il y a guérison et par suite incrustation calcaire, et en même temps dépôt de graisse.
Je noterai ici un fait particulier. Il y a déjà quelque temps que M. Mieseher observa dans la plupart des mus-
des d’une souris de petites stries blanchâtres, visibles à l’œil nu, que l’inspection microscopique démontra être des tubes, dans lesquels était contenue une certaine quantité de corpuscules oblongs, réniformes ou ronds, dont la nature resta indéterminée. Étaient-ce des parasites ou une simple maladie des muscles ? Plus tard, M. Ilesling trouva les mêmes produits chez le chevreuil, dans le cœur du bœuf, du veau et surtout du mouton. MM. Siebold et Bischoff les observèrent chez les rats. Tout récemment, j’ai reçu de la part du docteur Grandler et de l’archidiacre Schmidt, de la viande de porc et des dessins qui présentaient les mêmes éléments. J’en ai fait l’examen, et je suis convaincu que ces productions sont les mêmes que celles que l’on rencontre quelquefois dans les fibres musculaires du cœur des moutons, que ce sont des produits parasitaires et non des productions morbides. Cependant, je n’ai pu déterminer s’il faut les ranger parmi les parasites animaux ou parmi les parasites végétaux, parmi les entopbites, comme le veut M. Siebold. Ils se rapprochent beaucoup des Psorospermes et des Gregarines. Dans tous les cas, les utrieules dans lesquels ils sont placés ont, à l’œil nu, la plus grande ressemblance avec le kyste trichinien, et si j’en parle ici, c’est pour prévenir toute confusion.
Je ne puis affirmer si ces corpuscules sont nuisibles ou s’ils peuvent devenir dangereux ; jusqu’ici je n’ai aucun fait a l’appui, et il faut attendre d’autres observations. Pour le moment, il me suffira de mentionner que ces utrieules diffèrent des trichines, en ce qu’ils n’ont jamais été trouvés incrustés de sels calcaires, que le kyste ne paraît pas inhérent à la fibre musculaire, et qu’ils ne ren-
TRICHINES DANS LES MUSCLES
ferment point de vers, mais seulement des corpuscules ovalaires ou réniformes. Toujours est-il que cette découverte prouve une fois de plus que l’inspection microspique est la seule qui soit rigoureuse.
Pour en revenir aux trichines, nous allons aborder la question suivante : Sur quels muscles faut-il faire ses recherches? Cela est indifférent, car même dans une faible infection trichineuse, on trouve des trichines dans tous les muscles, dans les petits comme dans les grands, dans . ceux du tronc, comme dans ceux de la tête et des membres. Un seul muscle, fait exception, c’est le cœur, et l’on peut certifier que l’usage de la viande de cet organe ne présente aucun danger.
Quoique les trichines se répandent dans tous les musclés, elles ont néanmoins des lieux de prédilection, et on les rencontre en plus grande quantité dans les muscles qui s’insèrent aux maxillaires, dans ceux du cou, dans le diaphragme et pour un même muscle au voisinage des tendons. Dans la figure ci-contre qui représente une portion des jumeaux, on voit très -bien cette agglomération autour de l’attache tendineuse. Cette particularité s’explique facilement , car
dans leur pérégrination, la plupart des trichines suivent les fibres musculaires primitives et ne s’arrêtent que là où le
Fig. k.
tissu plus consistant des tendons leur oppose de la résistance. Il en résulte cette conséquence pratique, que pour éclairer le diagnostic, si l’on veut enlever une parcelle musculaire, il faut toujours opérer au voisinage des tendons.
Tout ce qui a été dit jusqu’ici, a trait principalement à des trichines enkystées, voyons maintenant comment on peut reconnaître des trichines à l’état libre. Gela est complètement impossible, sans loupe ou microscope, quoique dans son entier développement la trichine ne dépasse point la limite des objets visibles à l’œil nu ; mais on ne peut affirmer que ce que l’on aperçoit ainsi, soit un animalcule. D’autant plus, que les mouvements sont excessivement lents et limités; d’ordinaire la trichine se borne à élargir ou à resserrer la spirale qu’elle forme et qui ressemble à un ressort de montre. Si elle vient à s’étendre dans toute sa longueur, son corps est tellement grêle, effilé et transparent, qu'elle devient complètement imperceptible.
Il faut donc s’aider du microscope. Dans ce cas, on détache avec un couteau très-tranchant une parcelle très fine de muscle, et on l’étend avec quelques gouttes d’eau entre deux plaques de verre. La figure 1 qui se trouve à la fin de l’ouvrage représente une lamelle ainsi découpée, vue à l’œil nu, et la figure 4 représente une pareille lamelle musculaire avec un grossissement de 50. On y remarque plus de 60 trichines; la plupart d’entre elles sont encore enroulées en spirale; quelques-unes sont devenues libres en tout ou en partie par l’incision, et se sont étendues de diverses manières. En (a) on voit une
TRICHINES DANS LES MUSCLES
fibre musculaire distendue par la trichine. (Ce dessin a été pris sur tin homme mort de trichinose dans l’épidémie de Burgk.)
Une trichine parvenue à son entier développement, telle qu’elle est représentée (fi g. 5) avec un grossissement de 300 , a l’aspect d’un petit verre cylindrique et ressemble
à un ver de terre. Son extrémité antérieure plus effilée, correspond à la bouche ; de cet orifice buccal (a) part un canal central mince, l’œsophage, qui s’enveloppe bientôt d’une couche de tissu cellulaire (c). Ce tissu cellulaire remplit une grande partie du corps. L’œsophage se continue avec le canal intestinal (d), qui vient s’ouvrir à l’extérieur par une partie légèrement renflée ( b ). La plus grande partie de la face postérieure est occupée par les organes génitaux (e). Ces deux appareils (digestif et génital) sont contenus dans une enveloppe tégumentaire assez épaisse et parcourue par de légères rides transversales.
On voit par cette description qu’il s’agit ici d’un animal bien organisé de la classe des helminthes, dont la struc-
ture intérieure se reconnaît facilement, grâce à la transparence du tégument. IL faut, il est vrai, pour distinguer les organes internes, un fort grossissement, sinon on n’aperçoit que la forme extérieure, mais cela est suffisant pour l’inspection de la viande (1). J'insisterai surtout sur ee qu’aucune autre espèce de ver ne ressemble â la trichine, et la différence est surtout très-grande avec les larves de mouches, et lorsque des bouchers ou d’autres personnes viennent dire que toute cette affaire des trichines se réduit à des larves de mouches communes, ils font preuve d’une ignorance grossière et d’une grande insouciance.
En résumé, l’emploi du microscope est nécessaire pour reconnaître les trichines, et ce n’est que lorsque celles-ci ont acquis leur entier développement, et que leurs capsules se sont incrustées de sels calcaires, que Ton peut apercevoir les capsules àl’œil nu et d’une manière médiate, les trichines qui y sont renfer niées.
(1) Quand les trichines sont à l’état libre, on en aperçoit, sous le champ du microscope, un certain nombre nager dans l’eau que l’on a ajoutée. Si elles sont renfermées dans une capsule calcaire, on parvient à les mettre en liberté en pressant légèrement sur la plaque de verre supérieure.
Nous avons dit dans la partie historique, que depuis la découverte des trichines il se passa plus de vingt ans avant qu’on ne leur attribuât un.e influence dangereuse sur l’organisme humain. J’ai également ajouté que les cas observés alors se rapportaient tous à des cas de guérison, et que ces cas mêmes étaient fort rares. 11 se passa des années avant qu’on ne fit de nouvelles observations, et jusqu’à ce jour on n’a publié en France que
deux cas et pas un seul dans quelques pays.
J’ai montré le premier qu’une observation attentive multiplie le nombre des cas de ce genre. Dans une seule année (1859) j ’ai rencontré une dizaine de fois des trichines dans des cadavres, et en peu de temps j’ai vu ainsi plus de cas qu’on n’en avait observés en trente ans. Pendant le seul trimestre écoulé j’ai constaté sept nouveaux cas de trichinose à l’hôpital de la Charité , à Berlin.
Il est important de remarquer que l’infection trichineuse ne fut reconnue qu’à l’autopsie et qu’on ne la soupçonnait nullement pendant la vie des malades. Tous ces cas se rapportaient à des trichines enkystées, et par suite
à des cas anciens; néanmoins ils ont une grande signification, car ils prouvent que l’homme est souvent exposé aux dangers de la trichinose.
Ce qui surtout a éveillé l’attention du public, c’est la découverte de trichines à l’état libre, les maladies qu’elles occasionnent, les épidémies et les cas mortels dus à leur présence.
M. Zenker est le premier qui observa une semblable épidémie à Dresde et dans les environs. La maladie fut causée par l’usage de la viande d’un seul porc abattu dans une ferme, près de Dresde. Le fermier, sa femme et d’autres personnes tombèrent malades; une servante mourut. M. Zenker trouva des trichines dans les jambons, les cervelas et les boudins du porc abattu, et le corps de la servante qui succomba, en était farci. M. Zenker eut l’obligeance de m’envoyer des parcelles de muscles et je pus vérifier l’exactitude de son observation. Je lis avec ces muscles trichinés une série d’expériences sur des animaux ; je vais les résumer ici.
Un lapin auquel j’avais fait manger de ces muscles, mourut au bout d’un mois, et tout son corps était rempli de trichines. Avec la chair de ce premier lapin, je nourris un second; il mourut également au bout d’un mois. On fit avaler de la viande de ce dernier à trois autres jeunes lapins; deux moururent au bout de trois semaines, le troisième après quatre semaines. Je fis encore avaler de la chair provenant de ce lapin à un autre, qui mourut six semaines après. Chez tous ces animaux, les muscles étaient littéralement farcis de trichines.
Pour éviter toute erreur, j'avais, avant l’expérience,
examiné au microscope diverses parcelles des muscles de ces lapins, et je n’avais pas trouvé trace de trichines.
Quelque concluantes que fussent ces expériences, où des trichines étaient suivies à travers cinq générations, il pouvait encore rester une cause d’erreur. En effet, il fallait prouver de plus que c’étaient les trichines ingérées qui avaient produit toutes ces générations. Ceci pouvait être démontré avec certitude.
Il me fut possible d’établir que les trichines contenues dans la viande ingérée, une fois arrivées dans l’estomac et dans les intestins, se dégagent des fibres musculaires et apparaissent pourvues d’organes sexuels. Elles atteignent bientôt une longueur de 3 à 4 millimètres, et se présentent alors à l’œil nu comme un fil blanc très-lin. Dans l’intérieur du corps des femelles, se développent des œufs qui éclosent une semaine, environ après l’accouplement, et on voit alors les jeunes se mouvoir librement dans le mucus intestinal. Les trichines sont donc des animaux vivipares.
Les jeunes sont d’une petitesse et d’une finesse extrêmes, et c’est à peine si l’on connaît des nématoïdes plus tenus. Ce sont ces jeunes gui partent de V intestin et s’introduisent aans le corps. Je les ai retrouvées dans les glandes lymphatiques du mésentère, dans l’abdomen, dans le péricarde et dans les muscles. Dans les muscles seuls , les trichines trouvent une place favorable à leur croissance ultérieure; elles s’y développent rapidement, et dans l’espace de trois à quatre semaines, elles ont atteint la longueur des trichines ingérées.
Cette série d’expériences que je communiquai à l’Aca-
demie de médecine de Paris, le 2 juillet 1860, ne laissait plus aucun doute sur l’histoire naturelle des trichines, et sur les dangers qu’entraîne leur présence. En y ajoutant les observations faites chez l’homme, observations qui se multiplient d’année en armée, il m’est permis de dire que c’est une folie, sinon un crime, de nous accuser d’avoir une peur exagérée, une trichinophobie.
11 est parfaitement avéré, qu’on a rencontré des cas assez accumulés pour mériter le nom d’épidémies. Je ne mentionnerai que celles de Corbach, de Plauen, de Galbe, de Magdebourg, de Quedlinbourg, de Rügen, de Burgk (près Magdebourg) de Weimar, de Hettstedt, ainsi que les cas observés sur un vaisseau de Hambourg. Je passerai sous silence plusieurs autres épidémies qui, selon toute probabilité, ont pour cause la trichinose, mais pour lesquelles on ne peut rien affirmer d’absolu, car il n’v a pas eu d’inspections microscopiques.
. A Hettstedt, il y eut plus de 150 malades et plus de vingt cas mortels. Ici le doute est impossible, car nous possédons les observations les plus minutieuses et les plus authentiques. Moi-même, j’ai examiné des parcelles musculaires, ainsi que dans les cas de mort arrivés à Burgk, et toujours j’ai trouvé des trichines.
Je ne veux point ici détailler tous les symptômes de la trichinose; qu’il me suffisse de dire qu’ils sont très-variés. Tantôt ce sont des symptômes d’embarras gastrique, d’irritation intestinale, de catarrhe intestinal, de dysenterie ; tantôt ce sont des douleurs musculaires, avec faiblesse, lassitude, roideur, endolorissement, en un mot, tous les symptômes de la goutte ou du rhumatisme.
D’autrefois, il y a des symptômes fébriles analogues à ceux de la fièvre dite nerveuse , ou de la fièvre typhoïde, etc. Le plus souvent, il y a un gonflement particulier du visage, et surtout de l’oedème palpébral. La marche est quelquefois aiguë et la mort arrive alors dans le quatrième ou le cinquième septénaire ; d’autrefois la marche de la maladie est plus lente et après plusieurs semaines, la convalescence se traîne péniblement et le malade peut succomber à la suite d’une consomption lente avec amaigrissement et perte de forces. Souvent, j’ai fait l’autopsie de personnes que l’on supposait être phthisiques, et à côté d’une très-légère tuberculisation pulmonaire, je trouvais des trichines répandues dans tous les muscles.
Pour le médecin expérimenté et prévenu, les symptômes ont quelque chose de spécial qui les fait distinguer des affections gastriques, nerveuses ou rhumatismales; mais, le diagnostic n’est certain, que lorsqu’on a découvert des trichines dans les mets dont les malades ont mangé , ou dans leurs propres muscles. Ce dernier moyen n’est possible qu’en enlevant une petite parcelle musculaire, ce qui n’est ni dangereux ni bien douloureux.
Depuis 1860, je me suis efforcé, conjointement avec d’autres médecins, de propager ces faits et d’attirer l’attention publique sur les dangers que peut entraîner l’usage imprudent de la viande de porc. J’ai suscité par là la colère des bouchers et aujourd’hui, elle n’est point encore apaisée. Je ferai remarquer tout d’abord, que ce sont justement les bouchers qui ont le plus grand intérêt à prendre toutes les précautions, car ce n’est pas seu-
lement leur profession qui est menacée, mais leur propre personne. Dans plusieurs épidémies, aussi bien que dans plusieurs cas sporadiques, ce sont surtout les bouchers qui ont été victimes de la trichine. Il ne peut être question de contagion par la peau ; elle n’existe pas. Cependant, les bouchers non-seulement mangent de la charcuterie, mais de plus, ils ont l’habitude de goûter la viande fraîche ou du moins, ils mettent souvent dans la bouche leur couteau avant de l’avoir essuyé. Ce sont donc eux qui sont le plus exposés.
Et aujourd’hui, que les dangers de la trichinose chez l’homme, ne peuvent plus être mis en doute, on s’efforce et cela dans un but bien coupable, de nier des faits aussi clairement établis. Des personnes ignorantes ou malveillantes répandent le bruit que rien de tout cela n’a jamais été constaté. Rien n’est plus faux. Il y a déjà seize ans, que M. Leidy, dans l’Amérique du Nord, a trouvé des trichines dans la viande de porc, M. Zenker a démontré leur existence dans la viande de porc qui causa l’épidémie de Dresde; moi-même, je me suis assuré de leur présence. La même chose a été constatée dans les épidémies de Corbach, de Rügen et de Hetfstedt. Il est avéré que dans cette ville, le 18 octobre de l’année dernière, la plupart des personnes qui avaient assisté à un banquet, tombèrent malades. Le cas rapporté parM. Tüngel, et que je vais résumer, est aussi des plus convaincants.
Un vaisseau hambourgeois fit retour de Valparaiso, où avant le départ on avait acheté un porc vivant. Ce porc fut tué à bord du vaisseau, le 1er avril de l’année dernière; on en consomma immédiatement 15 kilogrammes,
et le reste fut salé. Plusieurs hommes de l’équipage tombèrent malades; à l’arrivée du bâtiment deux moururent. Chez l’un d’eux, un mousse âgé de seize ans, qui succomba le 2 k avril, on trouva un grand nombre de trichines non enkystées, répandues dans les muscles. J’ai reçu un morceau du restant de la salaison et j’y ai constaté des trichines.
On ne peut donc mettre en doute, qu’il peut exister des trichines dans la viande de porc, et que l’usage de cette viande occasionne des maladies chez l’homme. On cherche, il est vrai à se rassurer, en disant que tous les porcs n’en sont pas atteints, et que ceux qui le sont doivent présenter quelques signes de l’affection.
Quant au premier point, il est heureusement vrai ; mais à quoi sert même cette consolation, car lors même que la viande provenant d’un grand nombre de porcs serait saine, il suffit pour que le danger soit tout aussi grand, d’une bouchée de viande trichinée. Au surplus, on n’a pu établir jusqu’ici de statistique positive, attendu que les observations que l’on possède sont insuffisantes. Le second point, est entièrement faux. Des expériences entreprises avec soin par MM. Haubner, Küchenmeister et Leisering, ont bien prouvé que des porcs, surtout les plus jeunes, nourris avec de la viande trichinée devenaient malades et même pouvaient périr, mais ils n’ont pu admettre une maladie spéciale, la trichinose, reconnaissable à des symptômes particuliers et certains. Aucun des rapports relatifs aux porcs qui ont fourni à l’homme le germe infectant, ne mentionne un état maladif particulier de ces animaux.
En supposant même, qu’une telle maladie existe, la plupart du temps elle sera guérie quand les porcs seront vendus ou tués. Le plus souvent les trichines seront enkystées, et les symptômes auront eu lieu des mois, des années auparavant. En songeant au grand nombre de porcs amenés, surtout dans les grandes villes, non pas de quelques lieues, mais de provinces ou de pays trèséloignés, on restera convaincu, qu’il est impossible d’établir des recherches sur les antécédents des animaux de boucherie.
Il est certain, d’un autre côté, que lorsque les trichines se sont enkystées, tout danger a disparu. Quel est le temps nécessaire pour l’incrustation calcaire? Il est probable qu’elle ne commence que vers le sixième mois et qu’alors les trichines restent dans une sorte de léthargie ( vita minima ), pour reprendre une nouvelle activité vitale quand la chair dans laquelle elles sont contenues, est mangée. Dans toutes les expériences que j’ai faites, j’ai employé des trichines enkystées et toujours l’animal a succombé. Pendant combien de temps les trichines peuvent-elles ainsi vivre dans leur capsule? Rien jusqu’ici ne peut donner d’indication, car il est difficile de déterminer l’époque de l’infection (1).
(1) Dans l’observation que nous avons insérée dans notre introduction, et qui est relative à une jeune femme qui avait été atteinte de trichinose en Amérique, et qui est morte en Allemagne, le 3 février 1864, nous avons vu que la maladie remontait à l’année 1856. M. Virchow a fait suivre cette observation des réflexions suivantes (Annales d'anatomie et de pathologie , V, 1 864) : « On ne peut plus nier que la vie des trichines dure pendant une période de quelques années. Il est certain que la maladie de la nommée Th. N . et celle de son
Cherchons maintenant à résoudre cette question trèsimportante : Comment se fait-il que les accidents survenus après l’ingestion de viandes trichinées soient si dissemblables en acuité et en conséquences?
Les symptômes gastriques, fièvre typhoïde, accidents dysentériques, dépendent de la présence des trichines dans le canal intestinal.
Quartel à la suite de l’ingestion de la viande infectée, se manifestent des évacuations alvines abondantes, de la diarrhée, tous ces parasites peuvent être évacués. Dans le cas contraire, ils se développent, et pullulent; de là irritation morbide qui peut se produire sous diverses formes,
frère, est une trichinose. Dans les parcelles musculaires que le docteur
Thaden m’a envoyées et qui provenaient de la femme Th. N . , il y
avait des capsules si épaisses qu’on ne pouvait apercevoir les animalcules renfermés dans leur intérieur. En les brisant, on apercevait des trichines très-bien conservées et si développées que l’on pouvait les voir à l’œil nu ; il m’a semblé les voir remuer, mais je ne puis affirmer qu’elles étaient encore vivantes; d’ailleurs, il s’était déjà écoulé un
mois depuis la mort de la femme Th. N . quand je reçus ces parcelles
de muscles. Quand aux muscles du chat qui avait été nourri avec cette chair trichinisée, on y trouvait des trichines peu développées et non enkystées; l’immigration était donc très-récente.
» On peut donc, dès à présent, considérer comme certain, que les trichines introduites dans les muscles d’un homme sain, peuvent s’y développer et y vivre pendant sept à huit années, et, de plus, il serait très-important de pouvoir établir d’une manière positive, le temps qui s’écoule entre Tapparition des trichines et l’incrustation calcaire de la capsule. J'ai, au mois de septembre 4 863, fait manger à des lapins des trichines, et maintenant, après sept mois, il n’y a pas encore de traces de dépôt calcaire. C’est une étude que peuvent facilement faire les médecins qui se trouvent dans les pays où il y a eu des épidémies de trichinose ; je les y engage fortement et je recevrai avec bonheur toutes les observations qu’ils pourront faire à ce sujet.
suivant les conditions individuelles. Donc les personnes sujettes aux diarrhées sont mieux garanties contre l’infection trichineuse que celles qui sont ordinairement constipées.
Les symptômes fébriles et musculaires proviennent de la pérégrination de la nouvelle génération, de Fintestin dans le corps du malade. Naturellement, ils dépendent également des idiosyncrasies. Une certaine organisation de Fintestin semble empêcher cette immigration dans les autres parties du corps. Ainsi je n’ai jamais réussi à reproduire des trichines musculaires chez les chiens, quoique dans leurs intestins elles se développent facilement. De même les essais faits sur le mouton, le bœuf, la poule et le pigeon, ont été jusqu’ici sans résultat.
La pénétration a-t-elle lieu, alors le danger est en proportion des animalcules ingérés. Tout récemment, j’ai observé un cas chez l’homme, où après bien des recherches, je n’ai compté qu’une douzaine de trichines ; d’autrefois, au contraire, on en trouve des millions. Chez une personne où quelques jeunes trichines seulement auront pénétré dans les muscles, les accidents seront nuis et la santé n’en sera pas altérée. Si, au contraire, des millions de trichines pénètrent de Fintestin dans les organes, il se présentera divers symptômes, tels que douleurs musculaires, endolorissement, courbature, enrouement, etc., mais ces symptômes pourront disparaître si les trichines s’enkystent. La guérison a lieu de cette manière. Mais quelquefois la convalescence est longue, et le malade reste faible, languissant, émacié, ou bien encore il ne guérira point, et succombera par suite des troubles tou-
jours croissants des fonctions musculaires et particulièrement de celles de la respiration.
Tout ceci se comprend facilement, si Ton ne perd pas de vue, ce que j’appellerais les trois axiomes principaux de la trichinose, et qui se résument ainsi :
1° Les trichines ingérées restent dans V intestin et ne parviennent pas dans les muscles.
2° Elles engendrent des jeunes , qui pénètrent dans les muscles.
3° Cette nouvelle génération se développe dans les muscles , mais ne s’y multiplie pas .
Le danger réel consiste ainsi dans la reproduction de nouveaux germes par la trichine intestinale ; celle-ci renferme près de cent germes ou jeunes dans son corps, et â côté de ceux-ci, se forment incessamment de nouveaux œufs. Combien de temps peut-elle vivre ainsi et faire des jeunes? Nous ne savons rien de bien exact à ce sujet, si ce n’est toutefois qu’elle reste pour ainsi dire amarrée dans l’intestin, pendant au moins trois à quatre semaines, et qu’elle ne cesse pas, pendant ce temps, de donner naissance à de jeunes embryons. En comptant seulement deux cents embryons pour chaque trichine-mère, il suffît de cinq mille femelles pour engendrer un million de jeunes, et ces cinq mille femelles peuvent se trouver dans quelques bouchées de viande (1). Un coup-d’œil jeté sur la planche qui se trouve à la fin de l’ouvrage, suffît pour en donner une idée.
Le danger est donc en raison du nombre de trichines
(1) D’après M. Gerlach, chaque trichine-mère donne naissance à 400 jeunes; d’après M. Lenchart, à 1 000.
ingérées, de leur séjour plus ou moins long dans l’intestin , et par suite, de la quantité d’embryons qu’elles y produisent.
Des expériences directes faites sur les animaux ne laissent aucun doute à cet égard. Un jeune lapin qui ne reçoit qu’une petite portion de chair peu riche en trichines, ne tombe pas malade. Cela est confirmé par un cas observé dans l’épidémie de Burgk.
Une femme qui avait mangé de la viande de porc étendue sur un morceau de pain, mourut; son petit enfant qui n’avait fait que lécher la cuillère dont elle s’était servi, ne fut que légèrement malade.
Un homme peut par conséquent, aussi bien qu’un porc, ingérer et loger un nombre considérable de trichines, sans en mourir et même sans en devenir gravement malade. Cela console un peu de la triste perspective de ne posséder peut-être jamais un préservatif absolu contre l’ingestion des trichines, ni un moyen rigoureux d’investigation de toutes les parties de la viande que nous consommons.
D’un autre côté, il est également positif qu’une trèsnotable immigration de trichines occasionne nécessairement une maladie et peut amener la mort, et cette considération seule, suffit pour repousser tout ce qui a été dit contre l’inspection rigoureuse de la viande de
charcuterie.
Voilà une objection que Ton me fait souvent : jusqu’ici F on n’a jamais vu de faits de ce genre, et si réellement le danger est aussi grand qu’on le dit, on n’aurait pas manqué de faire autrefois de semblables observations. On peut
répondre, il est vrai, que c’est peut-être une maladie nouvelle qui n’a jamais existé auparavant; mais cette supposition se répète chaque fois qu’une maladie inconnue jusqu’alors est mieux étudiée, et se dégage d’un groupe de maladies analogues. Qu’il suffise de rappeler une maladie bien plus terrible qui, elle aussi, se transmet de l’animal à l’homme, la morve. Le premier exemple, bien avéré fut publié par Schilling en 1821, et depuis il ne se passe pas une année, où ne viennent s’ajouter de nouveaux faits. Faut-il en conclure que la morve est une maladie nouvelle? Il est déjà fait mention de la morve des animaux dans les auteurs anciens, grecs et romains, et il n’y a pas de raison, pour ne pas admettre que plus de mille ans avant nous, elle ne se soit transmise des animaux à l’homme; seulement il est difficile de prouver que précisément tel ou tel cas spécial, décrit auparavant, se rapporte à une pareille transmission.
On sait que déjà les lois de Moïse, déclarent le porc un animal. immonde et en prohibent l’usage comme nourriture. Il se pourrait que celte défense tînt à ce que le porc se nourrit d’aliments impurs, mais ne peut-on aussi supposer qu’à cette époque déjà, on avait observé des cas de maladie après l’usage de la viande de porc? Chez un peuple qui alors avait des mœurs simples et vivait à l’état nomade, il était plus facile de ramener à sa véritable cause un groupe de cas pathologiques. Lorsque dans ces derniers temps, on établit l’origine du tœnia de l’homme qui provient des grains de ladrerie du porc, on supposa généralement que la loi de Moïse avait surtout trait à cette maladie. Cependant le tœnia est peu dangereux, et ne donne
guère naissance à des accidents morbides, et à supposer que la défense de Moïse ait eu pour cause, la connaissance d’une transmission de maladie, on se rapprocherait davantage de la vérité, en admettant que cette maladie était causée par les trichines.
La plupart des personnes ne tombent pas malades immédiatement après l’ingestion de viande trichinée. Bien des jours se passent et le soupçon se porte alors plus volontiers sur une circonstance, une cause plus rapprochée. Ce n’est que lorsque plusieurs personnes deviennent malades à la fois, que Ton remonte plus facilement à la véritable cause.
Les ouvrages de médecine légale contiennent un grand nombre de cas, où l’on soupçonnait la viande de charcuterie d’avoir occasionnée la mort, mais comme on ne connaissait pas les trichines, comme on n’inspectait pas les muscles, on n’obtenait aucun éclaircissement quoi qu’on eut agi consciencieusement. On s’arrêtait finalement à la supposition d’un empoisonnement, et comme l’analyse chimique ne révélait aucun poison minéral, on admit un poison organique, une substance toxique dans le jambon (Schinkengift).
Existe-t-il une substance toxique dans le jambon? Personne ne peut l’affirmer, car jamais un chimiste n’a été capable de découvrir ce poison. Toute la discussion se réduit donc à dire qu’il y a empoisonnement, quoiqu’on ne puisse démontrer le poison. Mais l’empoisonnement était-il bien établi? Non, il est simplement soupçonné, parce qu’on ne peut donner d’autre explication. En admettant l’infection trichineuse, tous ces cas s’expliquent plus
facilement, et Ton est plus près de la vérité, comme le prouvent d’ailleurs les observations suivantes.
En février 1863, M. Langenbek, à Berlin, opérait un homme pour une tumeur au cou. Pendant l’opération, il remarqua que les muscles mis à nu étaient remplis de trichines enkystées. Cet homme interrogé s’il n’avait pas été affecté autrefois d’une maladie particulière, raconta qu’en 1845, il avait fait avec d’autres collègues une inspection des écoles à Jessen (près Mersebourg); qu’au nombre de huit ils avaient fait ensemble un déjeuner où ils mangèrent tous du jambon, du saucisson et burent du vin blanc; à l’exception d’un seul, qui ne mangea rien et ne prit qu’un verre de vin rouge. Tous les sept, au nombre desquels était l’opéré, tombèrent malades et quatre moururent. Naturellement, les soupçons se portèrent sur l’hôtelier et on procéda aussitôt à une instruction judiciaire ; on fit l’analyse du vin blanc, et elle fut sans résultat. Néanmoins, l’hôtelier continua à être soupçonné d’empoisonnement et se vit forcé d’émigrer en Amérique.
En janvier 1851, aux environs de Hambourg, plusieurs personnes tombèrent malades après avoir mangé du jambon ; trois moururent et les autres restèrent longtemps dans un état languissant. L’instruction judiciaire fut également sans résultat, et l’on eut recours comme explication au Schinkengift. On retrouva les restes du jambon; on en poursuivit les traces jusque chez le boucher; on apprit qu’il avait été vendu à bas prix, à cause de sa qualité inférieure. Plus tard M. Tüngel prouva, par une analyse rigoureuse des faits et des symptômes obser-? vés, que l’on avait eu à faire à une infection trichineuse.
11 serait facile de multiplier ces faits, mais ceux-ci seuls suffisent pour démontrer que la trichinose existait bien avant qu’on ait découvert les trichines, et que ce qui est nouveau, c’est la connaissance de la maladie et non la maladie. 11 n’est pas permis, par conséquent, de cacher pour des raisons aussi futiles, un danger public, que l’on ne peut éviter ou du moins affaiblir, qu’en se pénétrant bien de la source réelle du danger.
DES MOYENS A EMPLOYER POUR SE PRÉMUNIR CONTRE l’infection TRICIIINEUSE.
Quoique le but de cet opuscule ne soit nullement d’entrer dans des détails techniques et purement scientifiques, je veux pourtant traiter ici la question suivante : Peut-on guérir la trichinose?
Ce que nous avons dit précédemment montre que lJ enkystement des trichines est une sorte de guérison opérée par la nature. Avec la formation du kyste finit la pérégrination des animalcules; ils sont alors couchés dans leur enveloppe et comme engourdis. La médecine ne peut contribuer en rien à ce résultat ; il se produit de luimême et ne saurait être ni accéléré ni même favorisé. Si le malade ne succombe pas avant la formation de ce kyste, il est presque hors de tout danger.
Il serait à souhaiter que l’on découvrît un moyen de faire périr les trichines sans trop altérer la santé de l’homme; cela n’est peut-être pas complètement impossible. On sait que certaines substances agissent d’une manière toxique sur certains animaux, tandis qu’elles sont inoffensives pour d’autres. Toutefois, jusqu’ici on n’a pas
encore découvert le spécifique de la trichinose; on a préconisé l’arsenic, le cuivre, le mercure, le phosphore, le camphre, l’essence de térébenthine, sans obtenir un grand résultat. Le picronifrate de potasse paraît avoir réussi dans un cas rapporté par M. Friedreich, mais il a été sans effet dans des expériences faites par MM. Fiedler et Mosler. Tout récemment M. Mosler a eu plus de succès en employant la benzine. Ce sont certes des recherches à continuer, et il serait très-important de parvenir à détruire les trichines musculaires. Mais si ces dernières sont des hôtes dangereux, il en est de même pour les trichines intestinales; ce sont celles-ci qui engendrent la jeune génération qui pénètre dans les organes et dont le nombre dépend du séjour plus ou moins long dans l’intestin des trichines -mères. Si on parvient à les expulser de bonne heure, il n’y aura point d’immigration, et si on n’agit que plus tard, on empêchera au moins de nouvelles pontes, et ainsi le danger cessera d’augmenter de jour en jour.
On se débarrasse des trichines-mères par les vomissements et par les purgations. Les vomitifs seront utiles peu après l’ingestion de la viande infectée ; mais cela n’arrive que dans des cas bien rares; presque toujours il faut recourir aux purgatifs. J’avais déjà mentionné dans mon mémoire, communiqué à l’Académie de médecine de Paris en 1860, que plusieurs lapins nourris avec de la viande trichinée et qui avaient eu une diarrhée abondante, ne renfermaient point de trichines dans leurs muscles. Gela s’est confirmé depuis chez les animaux et chez l’homme, et il en découle la règle pratique d’administrer de forts purgatifs, dans les cas d’infection certaine ou seulement