ESPAGNE ET PROVENCE
Par ME. BARET.
Dans le cours du iravail dont nous nous sommes occupé sur les Troubadours , nous a^ons eu à étudier un ouvrage intitulé : Espagne et Provence . par M. E.Baret. Ce livre fut conçu pour établir d'abord l'influence de la poésie romane sur la litlérature espagnole (63:, et ensuite Tinfluence de celle-ci sur la littérature française : cette dernière partie de ce livre nous paraît beaucoup plus contestable que l'autre (64). La littérature française a toujours eu une vie à elle propre en dehors des influences étrangères ; c'est elle bien plutôt qui a donné le plus souvent le signal des grands mouvements littéraires sérieux. Quand elle emprunte à l'étranger quelques éléments, l'esprit et le génie français se reconnaissent toujours à des traces indélébiles qui dominent l'influenceétrangère et la réduisent à bien peu : l'imitation chez nous devient le plus sou\ent une création véritable. C'est à une étude plus profonde de l'antiquité par les écrivains des seizième et dixseptième siècles, jointe à l'esprit national, que la littérature française doit cette perfection reconnue partout^ et jalousée autant qu'admirée.
( 210 ] 31. E. Baret, ancien élève de Técole normale, professeur de littérature étrangère à la Faculté de Clermont. a eu tort selon nous de paraître placer des ouvrages espagnols au dessus de plusieurs chefsd'œuvre dont la France a le droit d'être fière.
Dire que dans le Cid , Corneille a imité une pièce de Guilhem de Castro , n'est point une nouveauté ; c'est pourtant ce que fait M. Baret en citant quelques menus fragments du Cid espagnol , qu'il met à l'égal et souvent au-dessus des magnifiques vers de notre grand Corneille. Nous ne connaissons point l'espagnol assez pour être à même de contredire M. Baret dans ses admirations, seulement si ses traductions de Guilhem de Castro sont aussi exactes que celles qu'il donne de quelques Troubadours^ il est difficile aux lecteurs qui se lrou\ent dans le même cas que nous, d être à même de juger du mérite du texte espagnol. Yoici un exemple de la façon dont sont rendus quelques vers de Bernard de Venladour :
Ai Dieus ! ara fossou trian Li fais drut e'i fin amador Qae'l lauzengier o'I trichador, Portesson corn el fron denan.
Traduction de M. Baret : « Ah Dieu ! que ne peut- G on trier Tami loyal du faux amant! Trompeurs
( 211 ) « et médisants devraient porter un signe an « front! » Ne faudrait-il pas pour être littéral: t Plut à Dieu que maintenant fussent triés les « faux amants et les sincères amoureux, que les « flatteurs et les trompeurs portassent cornes de- « Tant le front. »
— Est-ce sur quelques tirades, sur quelques vers élégamment traduits que l'on peut éahlir une comparaison et un parallèle entre la pièce de Corneille et celle de Guilhem de Castro ? Corneille a pris, la chose est certaine, l'idée première de son Cid en Espagne ; mais après avoir lu dans la Collection des chefs-d'œuvre dramatiques étrangers , publiée par Ladvocat en 1823 (tome xxiv), la jeunesse du Cid en trois journées, nous n^hésitons point à penser que Corneille est tellement audessus de Guilhem de Castro qu^on pourrait affirmer qu'il lui doit très-peu de choses. Lord Hulland, cité par 31. Baret à propos d'une critique, avait émis une opinion sévère à l'endroit du Cid espagnol ; selon lui, dans cet ouvrage, peu de passages s'élèvent au-dessus du médiocre, et il abonde en événements invraisemblables et mal liés entre eux. Pourquoi 31. Baret laisse-t-il de côté des morceaux comme celui que nous avons pu lire dans la traduction de La Beaumelle, ils pourraient contribuer à édifier d'autant plus ses lecteurs que ce n'est point ceux-là que Corneille a empruntés :
Le Comte.
« Faible enfant, avec ta présomplion de ge'ant , « je t'avertis que je fëcraserai si je te trouve sur « mes pas. Crois-moi, va-t'en en paix ; si lu ne « veux que comme en certaine occasion je donnai « un soufflet à ton père , je te donne à toi cent « coups de pied. »
Rodrigue.
C'est aussi trop d'insolence î
— Un peu trop en véiilé, on n'a pas de peine à comprendre que Rodrigue là-dessus mette l'épée à la main. M. Baret ne parle point des grotesques propos tenus par un berger ; il ne mentionne pas l'intervention singulière d'un lépreux quisetrouve être St. Lazare et qui s'envole de la scène emporté par un nuage; les défauts sont déguisés, on extrait quelques tirades sublimes ou lyriques que l'on met en saillie, et l'on oublie de constater que si la littérature française a admis un instant les échassesdes matamores espagnols , le bon goût les repoussa bien vite.
— Un diamant est trouvé par quelqu'un,, ce diamant brille d'un ^if éclat après avoir passé parles mains d'un ouvrier qui le taille en facettes; n'estce point ce dernier qui donne à cette trouvaille sa plus grande valeur ? Pour polir ce diamant n'a-t-il pas fallu que l'ouvrier fût déjà habile dans son art?
( '^<3 ) Si le goût littéraire français, si une culture pre'existante neût soutenu Corneille, il lui eut éié difficile sans doute de ne point tomber dans les fautes reprochées à Guilhem. Plusieurs parties du Ctd français appartiennent du reste en propre à Corneille, notamment la scène première de l'acte V^ Voici finalement comment s'exprime M. La Beaumelle : « Corneille a tellement modifié le plan et les détails « de la pièce, il les a tellement perfectionnés pres- « que partout , qu'elle lui appartient.... — Quant « aux vers considérés isolément , Corneille en a « traduit 200 en 160 vers français. » Ce que ne dit pas M. Baret, cest que le Cid , après avoir fait élection de domicile en France oia son armure avait été mise à neuf, dorée et augmentée de pièces magnifiquement ciselées , retourna en Espagne. L« Cid de Corneille fut, selon M. La Beaumelle, imité à son tour, traduit parfois presque à la lettre par J.-B. Diamante (65).
M. Baret voit partout dans notre littérature des preuves dlmitation espagnole ; toutes ses admira^ lions semblent réser\ées aux produits de celle-ci, et pour les justifier il a soin de déclarer '.< (\iVil « faut savoir dépouiller le caractère et les pré- (.<. jugés nationaux , cesser un moment d'être « Français pour se faire citoyen de l'Europe et « du monde. » Molière ; Voiture pour un rondeau; Lafontaine pour une fable (le Paysan du Da~
( 2U) niibe), sont tributaires des successeurs des Troubadours; puis en outre de ces écrivains du grand siècle^ Beaumarchais même dans le Barbier de Séville, s'est inspiré du mouvement , de la verve , du brio des comédies de Lope de Vega. Il vous semblait difficile d'imaginer qu'un Français^ homme d'esprit, ait été jamais forcé de faire des emprunts aux gaietés triviales qui dérident parfois les gravités espagnoles ; mais ce n'est pas tout, même au dix-neuvième siècle, notre littérature a dû recourir à l'Espagne pour y trouver les matériaux d'une œuvre importante ! L'Esméralda, la Bohémienne; de M. V. Hugo , aurait été copiée de la Jitanella de Cervantes. La traduction de cette nouvelle très-courte^ mais très-ennuyeuse , ayant été publiée dans la Bibliothèque des chemins de fer , de M. Hachette^ nous n'insisterons pas sur le parallèle bizarre établi par M. Baret entre Preciosa et Esméralda , qui donne l'infériorité complette à cette dernière , chacun peut être à même de juger jusque où le paradoxe et Tengouement peuvent conduire un érudit.
Est-ce donc au détriment des gloires de la France que des chaires de littérature étrangère se dressent dans notre pays? Ne peut-on nous donner les enseignements utiles qui peuvent incontestablement arri\erdu dehors qu'avec la condition de rabaisser nos plus grands écrivains ?
Nous ne nous étendrons pas davantage sur le livre de M. Baret, mais nous ne le quitterons point sans nous arrêter à une rodomontade espagnole dont nous avons été frappé. L'introduction du livre consiste en un discours prononcé à l'ouverture du cours de littérature étrangère à la faculté de Clermont. L'orateur^ sans doute pour flatter sa patrie d'abord^ puis l'auditoire auquel il s'adressait , établit que la littérature dont il parle fut commune à toute la France du 3Mdi, de la Loire aux Pyrennées et des Alpes à l'Océan. « Elle n est pas plus parti- « culière à la Provence qu'au Limousin, au Quercy, « au Languedoc, à l'Aquitaine. Il y a plus , et il « importe de rétablir dès maintenant, si Thospi- « talité desBérangers fournit aux Troubadours la « cour la plus brillante , les encouragements les « plus puissants, la Provence néanmoins ne pro- « duisit ni le plus grand nombre des Trouba- « dours, ni les meilleurs. »
Qu'entend-on par meilleurs ? Serait-ce les plus fougueux comme Bertrand de Born , lançant ses Sirventes comme des brandons enflammés entre un fils et son père, puis tournant sa fureur contre le roi d'Aragon (66) ? A qui revient donc le mérite de cette prééminence que Ton proclame, à Pierre Vidal poussant l'amour jusqu'à l'extravagance et la folie (67); àDeudes de Prades, type d'immoralité, dont ses chants gardent la trace (68); à Cercamons et Marca-
( 2\6 ) brus, ces ardents soutiens du parti albigeois; â Austor dOrlac ; à Figueira poussant jusqu'à la rage sa haine contre Rome (69); à Guilhem deBerguedan, cet assassin de Foulques deTendona, ;dont les Sirventes regorgeaient d'obscénités et qui imaginait un paradis dans le goût de celui de Mahomet où les jongleurs et les belles dames devaient accueillir son ami Matapîana?
Celte palme, octroyée par des mains gasconnes , re\ienl-elle à Pierre Cardinal ; parmi quelques pièces remarquables , on en voit chez ce Troubadour où la haine a dicté de singulières choses :
Tal n'i a, mas no dirai qui Que for on porc en Gavauda, Et en yianes foron ca, Et en Velaic foron mausti Seg^on l'afaitamen cani Mas qiiar non an coa rema.
—Quant à cette assertion que la Provence aurait fourni un contingent plus mince à la pléiade des Troubadours^ nous avons de la peifle à comprenâre comment M. Baret a émis cette idée , car il a pris soin de la contredire lui-même quelques pages plus loin. Un tableau en effet est dressé dans son livre des principales écoles de Troubadours , et d'après ce tableau et cette classification, Técole d'Aquitaine subdivisée en écoles limousine, de Gascogne et de
Saintonge, compte trente-deux Troubadours, parmi lesquels on a placé Richard-Cœur-de-Lion ! — L'école d'Auvergne, vingt. — L'école de Rodez, sis. — L'école de Languedoc , subdivisée en écoles de Toulouse, de Narbonne et de Réziers , quinze. — Finalement l'école de Provence, subdivisée en Provence proprement dite, de Vienne et de Monlferrat, trente-huit. — Legrand d'Aussy avait été plus loin, il n'accordait à la Provence que ^ingt-six Troubabours.
Nous ne saisissons point Topportunité de la division en écoles de ces Troubadours poètes essentiellement errants, allant dès leur jeunesse à droite ou à gauche, suivant leur fantaisie ou suivant qu'une eour plus brillante les attirait. On ne peut guère constater en eux de différence essentielle soit pour le langage, soit pour les enseignements. Quant aux motifs de leurs chants, nous les trouvons partout les mêmes , en Aquitaine comme en Languedoc , comme en Limousin, etc. Toujours des chants d'amour, toujours des Sirventes répétant avec monotonie ce qu'ont dit les chants d'amour et les Sirventes précédents, le tout avec èes variations trèspeu marquées, à peine çà et là quelques chants religieux qu'on est étonné d'y trouver quand on a lu le reste ! On ne sort guère de ces deux genres, on trouve très - peu de ces lais, ballades, contes, fables et fabliaux qui abondent chez les Trouvères
( 218 ) français et un peu plus lard dans les œuvres de Marie de France et de Charles d'Orléans. Les Troubaïres tracèrent un chemin à la poésie en France , la chose paraît évidente, mais les Trouvères surent sortir de Tornière qu'avait creusée le char poétique des chantres du Midi ; ils trouvèrent à leur tour. La littérature telle qu'ils l'avaient conçue eut une vhaiité plus grande ; elle se perpétua durant plusieurs siècles , car la chaîne nous semble se continuer depuis les Trouvères jusqu'à Villon ; de Villon jusqu'à Clément Marot ; depuis le premier fabliau jusqu'au Pantagruel du curé de Meudon (70).
On voit ensuite combien la poésie s'élève lorsque des passions matérielles ou basses ne restent plus seules à inspirer une littérature. On peut en juger par un morceau qui nous a frappé dans le recueil de Legrand d'Aussy et que nous allons transcrire. Rarement les Troubadours semblent être arrivés à pareille hauteur :
Qui est li gentis Bachelers Qui d'espee fu engendrez.
Et parmi li hiaume ale'tie'z Et dedens un escu berciez, Et de char de lion norris, Et au grand tonnoire endormis Et au visajge de dragon, Jex de liëpart, cuer de lion,
Dents de sengler, isniaux (prompt) com tigre ;
Qui d'un estorbelllon s'ennivre,
Et qui fet de son poing maçue,
Qui cheval et chevalier rue
Jusqu'à la terre comme foudre,
Qui voit plus cler parmi la poudre
Que faucons ne fet
Qui tome ce devant derrière Un tornois por son cors déduire ; Ne cuide que rien li puist nuire , Qui tressaut la mer d'Engleterre Por une aventure conquerre ; Si fet-il les mons de mon-Geu, Là sont ses festes et si geu ; Et s'il vient à une bataille, Ainsi li vens fet la paille, Les fet fuir par devant lui.
Ne ne veut jouster à nului Fors que du pie, fors que Testrië S'abat cheval et chevalier ; Et sovent le crève par force; Fer, ne fust, platine, n'escorce Ne puet contre ses cops durer ; Et puet tant le hiaume endurer Qu'à dormir ne à sommeille r Ne li covient d'autre oreiller.
Ne ne demende autres dragie's Quepointesd'espées brisiés, etc. (71)
Ce portrait d'un chevalier est bien beau sans doute , l'on pourrait trouver chez nos vieux poètes
( 220 ) français plus d'un iiiorceaii aussi remarquable, mais il nous faut revenir à nos Troubadours du Midi, et relativement à cette division de contrées et d'écoles, observer que parlée par chacun d'eux, qu'il soit d'Aquitaine comme Bernard de Veniadour, ou de Provence comme Bertrand d'Alamanon, la langue romane ne subit aucune différence très - sensible. Les Troubadours peut-être ne tenaient-ils aucun compte des dialectes des pays où ils se trouvaient, ni de l'idiome de leur pays natal ; peut-être cette langue romane , telle qu'on la \oit dans les œuvres de ces poètes , était un langage seulement compris par la noblesse et ceux qui s'occupaient d'études poétiques. L'anecdote que nous avons citée et où l'on voit un Troubadour débiter un chant d'amour devant le peuple, sans en être compris, semblerait confirmer cette idée. |Tout au moins si cela était ainsi ces Troubadours ne commençaient point au préalable par de'clarer que leurs; chants s'adressaient aux seuls gen de mas.
Nous croyons devoir donner une liste beaucoup plus complette que celle que contient le tableau présenté parle livre de M. Baret, des Troubadours d'origine provençale. Nous avons formé cette liste d'après V Histoire des Troubadours , de l'abbé Millot. et la Chronique de César de Nostredame : puisque la langue romane est en faveur , autant que possible, aucun de ceux qui l'ont cultivée ne doit être laissé dans Toubli.
( 22« ) Liste des Tfi*oubAt1osir» prOTcn^anx
Raoul de Gassin ; il soutint le parti catholique contre les Albigeois et les Vaiidois.
Bertrand dAllamanon.
Rambaud d'Ora>ge , gentilhomme d'Orange , seigneur de Conrthezon ; il adressa à Marguerite, fille de Béranger , un ouvrage intitule : La Maîtrise d'amour.
FoLQL^ET, de Marseille, il de\int évêque de Toulouse ; Le Dante le place dans son Paradis . et Pétrarque a fait mention de lui :
Folqueto ch'a Marsiglia il nome ba dato.
Hugues de Lobières ou Lubières, deTarascon.
Guilhaume Rainols^ dApt.
Radibaud de Vaqueiras. Il fit en l'honneur de Bé'atrix de Montferrat une chanson en plusieurs langues , en provençal commençant par Eras quan vei verdejar , en toscan^ lo son quel che ben non ho ; en français, Belle douce dame chère : en gascon, Dona io mi rend a bos; en espagnol, Mas tan temo vuestro pleito ; et finalement le dernier couplet était mêlé de toutes ces langues. Raimbaudde
Vaqueiras a fait une pièce où respire l'enthousiasme des Croisades , c'est l'un des plus gracieux Troubadours provençaux. L'abbé Millot^ parmi plusieurs . autres morceaux, cite de lui un couplet charmant dont il donne la traduction que voici :
« Le jour qu'amour fit choix de nous deux^ votre « beauté m'inspira la fierlé du paon lorsqu'il con- « temple les couleurs de son plumage et que tout « orgueilleux il grimpe au haut des murs ; il la a conser^e cette fierté , jusqu'à ce que baissant la « tête^ il voie ses pieds. Ainsi les doux semblants « de ma dame menflent de vanité et de joie jusqu'à ft C€ qu'elle me fasse la guerre par un non. »
Ogiers de Saixt-Doxat.
Albert de Malaspixa.
Boniface Calvo.
Pierre de Yerxegces , donné par Nost redame comme provençal ; il fit, selon lui, un traité en rime provençale sur la prise de Jérusalem par Saladin.
Cad EX ET.
Blacas ou Blacasset.
FoLQUET, de Romans
Boniface de Castellaxne.
Graxet.
Lanfranc Cigala.
Simon Doria.
Perceval Doria , podestat et gouverneur d"A\ignon so'js le nom et couronne de Charles d'Anjou. (Nostredame).
Kaymond Béhenger V, comte de Provence.
La Comtesse de Provence.
Durand, de Pernes.
Guillaume Magret^ de Viennes.
Boniface Calvo , qui épousa une demoiselle de Vintimille.
Richard, de Noves.
Bertrand Carbonnel ou Bertrand de Marseille.
Noslredame cite un Arnaud de Meyrueil, seigneur de Meyrueil , né au châleau de Meyreuil près d'Aix , mais ne confond -il pas a\ec Arnaud de Mar^eil.
Barthélémy Giorgi ou Zorzi.
Guy, de Cavaillon.
Bertrand, d'A\ignûn.
ToMiERS et Palazzis, tous deux de Tarascon.
Guillaume des Baux^ prince dOrange.
Guilhem d'AGOUT ou Montagnagout, dit Vheureux, parce qu'il joignait une grande fortune à une grande vertu. Il fut l'un de ceux qui accompagnèrent Raymond Béranger allant visiter à Turin l'empereur Frédéric. Il avait, d'après Nostredame , pour compagnons, Jauffroi Rudel , Bertrand d'AIlamanon, Peyre de Yernègues, Elzias de^Barjols, Guilhem de St-Didier, Arnaud Daniel et Guilhem Adhémar.
Raymon de Tor ou de la Tour, de Marseille.
Pal'let. de itîarseille.
Albert ou Albertet, de Sisleron.
Guilhem Boter, « de la noble cité de Nice, anciennement nommée Cap de Proenza, ainsi quel'a laissé par escript le Monge des îles d'or. »
On ne trouve point, ajoute Nostredame, de poète provençal qui ait plus doctement chanté les louanges damour, et voici une citation quilen donne :
Drech ë razon es qu*iou kanti d'amour, Yezent qu'iou ay ja consumât mon agi A Vy complaire, é servir nuech é jour, Seus'aver del profiech nyavantagi, Encar' el si faj cregner, Doulent, é non s'y feg^ier, M'y pougner la courada De sa flécha daurada, Embe son arc, qu'à gran pena el pot tendre, Per se qu'el es un enfan joune é tendre.
Raymon Vidal, de Bézaudun.
Xatibors ou Mad. Tiberge^ dame de Séranon.
Raymon de Salas, de Marseille.
Arnaud dit de Tintignac^ gentilhomme de Provence, d'après l'abbé Millot.
Bertrand du Pujet, « chàlelain de Provence , brave chevalier et bon guerrier, n
Durand^ de Carpentras.
L'EcuYER, de risle.
Geoffroi, du Luc.
Dans ses chants longtemps prolongés, il avait coutume de désigner Flandrine deFlassans, son amante., sous le nom de Blancaflor, comme Rambaud de Vaqueiras a^ait fait pour la sienne en employant 5e/- Cavalier. S'étant brouillé avec sa maîtresse, lassé des passions d'amour , du Luc finit par former, vers 132o, une espèce de société littéraire, ou académie provençale, a\ecRostang de Cuers, Raymond de Brignoles , Luquet Rodillat de Toulon , Manuel Balb seigneur du Muy, Bertrand ami du prieur de La Celle , Luquet de Lascar , Guilbem de Pingon archidiacre d'Orange, Arturus de Cornes, et plusieurs autres personnages et gentilhommes provençaux qui journellement s'assemblaient, dit Nostreclame, et composaient une insigne académie auprès deTabbaye duTlioronet avec quelques religieux du monastère, hommes doctes et choisis. C'est de ce monastère du Tboronet dont Folquet, de Marseille^ avait été abbé, avant d'être évêquede Toulouse.
Ancelme de Moustier, d'Avignon II écrivit en plusieurs langues , et notamment en provençal ^nilgaire (XostredameJ.
PiSTOLETTA, ué cu Provence. Ce troubadour -se maria à Marseille , après avoir adressé ses chant? à Sance de Villeneuve.
SOJIDEL ou SORDELLO,
Raymond, d'Arles.
Richard, de Tarascon.
Reforcat^ de Forcalqiiier.
SlFFREN.
Pierre de Chateaunei :f> de Chàteaiineuf . près A^ignon.
Ce gentilhomme troubadour composait également des vers latins ; c'est de lui qu'on raconte qu'ayant été pris par des voleurs qui. après Tavoir dévalisé , prélendaient l'occire, chanta une chanson à la louange de ceux qui l'avaient pris , et cette chanson charma si bien ces brigands, que lui laissant la vie sauve , ils lui rendirent son cheval , son argent et ses habillements.
Pierre de Satnt-Remt, de Saint-Remy, la patrie de Roumanille. Ce troubadour fut amoureux d'Antoinette de Lambesc, dame de Suze.
Raymond Feracd ; il traduisit en rimes provençales la vie d'Andronic , fils du roi de Hongrie , chanta les louanges de Robert et mourut religieux an monastère de Lérins.
Ricard d'ARQuiER, de Lambesc.
Guilhem de Rargemon , seigneur du lieu de Bargemon.
Guillaume de Silvecanne.
Luco ou LucaS; de Grimaud en Provence.
Rostang Bérexguier, de Marseille.
Guilhem des Amalrics.
Comlesse de Die.
A. de Malespixa.
Taraudel de Flassa>s.
Lascaris de Vintimille.
Le Moxge, <îe Montmajour. — Ce religieux du monastère de 3Iontmajo(]r , dont les ruines magnifiques se dressent encore prèsd"Arles, quitta ce monastère pour suivre certains seigneurs de Provence oc de Languedoc. Les sir^ entes ou satires qu'il fit contre tous les Troubadours , ses contemporains et ceux qui l'avaient pre'cédé, le firent nommer lou fîagel ciels Troubadours, le fléau des Troubadours.
Pierre de Ruère.
Faure^ de Forcalquier.
Falcoxnet.
OliyieR; d'Arles
Rambaud, d'Hyères.
Ebles, de Signes.
Raymond, d'Avignon.
Pierre de Bonifacis , « Gentilhomme de Pro- \ence, issu de la noble et ancienne race des Bonifaces, sieurs de la 3Iolle, y> amoureux dune dame de la maison des Andréa de 3Iontpellier, fit en son honneur plusieurs chansons dont voici un fragment ;
Lo ray suffis per augmentar mon drech, <5us ma fë sia de tous rccognuda,
S'yeu vac quërend cauza à mj non deguda You pregue à Diou qu'yeu sieye é mort e frecli
Lo my suffis d'anar lou camin drech.
Non pas cercar la via inconeguda :
Mays que séria donc ma fe dèvenguda, Non seriou yon meichanl en tal endrech.
De Parasols fut de Sisteron, d'après César de Nostredame ; il composa cinq tragédies quïl dédia à Clément VII. Ces tragédies avaient pour titres : VAndriassa, la Tharanta, la Malliorquina, l'Ailamanda, la Johannada. Elles avaient pour sujet les mariages et les divers épisodes de la \ie de la reine Jeanne. L'abbé Millot, à propos de Bernard de Palasols^ che\ aller Catalan, également Troubadour, met en doute le récit de César Nostredame, et dit qu on ne peut ladmetîre qu'en supposant un autre troubadour du même nom et beaucoup moins ancien. Cette supposition nous semble d'autant plus propable que Nostredame écrit Parasols et non Palasol ; que l'un aurait vécu vers H90 et l'autre vers 1367.
Le Mo>ge des isles d'or, de la maison de Cibo. — Non-seulement ce moine fit un recueil des poésies des Troubadours, mais lui-même avant d'entrer au monastère de Lérins^ avait écrit des traités d'amour , dédiés à la comtesse d'Avelin , glix des Baux.
Telle esl la liste que nous a\oiis cru pouvoir établir, et qui bien qu'imparfaite encore et incomplète, est plus considérable que celle que Ton trou\ecians Touvrage de M. Baret et chez plusieurs autres auteurs. La Provence, on le voit, n'a rien à entier aux contrées où Ion rimait en langue romaine.
Maintenant^ parmi les Troubadours nés en d'autres pro\inces , combien ont séjourné assez longtemps dans notre pays pour pouvoir être considérés comme y ayant gagné droit de cité, combien en y séjournant y ont été inspirés soit par les charmes des cours de Provence, soh par les attraits des beautés provençales ? Tandis que l'Aquitaine et le Languedoc étaient troublés, ensanglantés par l'hérésie, les Troubadours attirés par la libéralité et la magnificence des souverains de la Provence , ne trouvaient-ils point asile dans cette contrée beaucoup plus paisible, beaucoup moins accessible aux violences de Thérésie parce que dans cette terre généreuse les semences de foi laissées par S. Trophime avaient mieux fructifié ? N'est - ce pas de cet abri tutélaire que la Provence leur fournissait , que CCS hommes pleins d'ardeur et de fiel qui fuyaient leur sol natal, décochaient comme les Parthes des flèches aiguës à tous leurs ennemis •? N"aimaienl-ils point de préférence à débiter leurs poétiques plaidoyers devant les Cours d Amour provençales ? Ces plaidoyers n'étaient-ils pas de véritables concurs
©ù les couronnes étaient décernées par des mains gracieuses? Ne se livrait -on pas (à ce sujet aucun doute n'est permis) à des études sérieuses dans ces. grands monastères de Provence^ visités par les Troubadours, et où même a\ant leur apparition , les lettres avaient dû être culli\ées: il suffit de nommer le Thoronet, Lérins el Montmajour. N'estce point en Provence qu'un moine. Hermentaire, recueillit, mit en ordi-o et saii\a de l'oubli les œuvres des Troiibadours , sui\ant l'ui'di'e cpielui donna Alphonse II , Troubadour lui-même ? N'estce pas elle qui leur fournit ces historiens qui leur ont prodigué des éloges magnifiques , Dom Hilaire des Marlins, Hugues de Saint-Cesari, Nostredame, Rostang de Brignoles, Papou, etc. ? La langue romane ne devait - elle pas probablement ses plus douces inflexions, ses expressions les plus gracieuses, à ces rives de Provence où la Gièce et Rome, par une possession plus antique^ avaient dû laisser plus de traces profondes de leur domination ?
A la liste que nous avons donnée des Troubadours de /'e'co/e désignée comme provençale par M. Baret, nous ajouterons encore les noms de quelques Troubadours qui par les relations qu'ils eurent en Provence et le séjour prolongé qu'ils y firent, devraient presque être rangés parmi les Provençaux, si Ton tenait à maintenir des divisions entre ce qui raisonnablement et au premier abord ne semble point en comporter.
Nous avons vu Raymond Bérangcr allant usiler à Turin l'empereur Frédéric , escorté par Geoffioy Rudel, Arnaud Daniel, Elias de Barjols. — Alphonse II maria même ce Troubadour et lui donna des terres dans le diocèse de Barjols d'où Elias tira ce nom de Barjols. — Raymond Jourdan , des \\comtes de St-Antoine en Qiiercy, ^int à la cour de Raymond Béranger, y de\inl amourenx de 31abille de Riez, et après la mort de Mabille, et selon Nostredame, se serait fait moine au monastère de Montmajour. — Bertrand de Pézenas aurait épouré une demoiselle dOraison et aurait résidé longtemps à Avignon. — Hugues de Saint-Cyr aurait été amoureux de Clermonde de Quiqneran, de la Aille d'Arles. — On voit Raymond deMiravail luttant contre un Troubadour nommé Bertrand et qui est probablement Bertrand d'Alamanon, dcNant la Cour d'amour de Signe et de Pierrefeu. —Hugues de Penna^ né à Messac en Agénois, d'abord simple jongleur , errant et chantant les chansons des autres, \\w\ en Provence^ s'y fixa et se maria à llsle ^ dans le comtat Yenaissin. — G uilhem Bouchard , celui-ci adressa ses a ers à Tiburge de Laincel. — Gaucelm Faidit, qui choisit pour résidence la cour de Raimond d'Agoult , seigneur de Saulx , et de\int l'amant de Jordana de Brun, dame provençale, et c'est à la cour de Raym.ond d'Agoult que les historiens le font mourir vers 1220. — Giraud de Calan-
son reçut de grands honneurs à la cour de Provence où il séjourna. — Sordel passa en Provence ^ reçut en don du comte de Provence un château, et fut marié par les soins de ce nohie protecteur. — Hugues de Malaplana échangea destensons a\ecBlacasset. — Lanfranc Cisala fut l'amoureux deBerlanda, aimable marseillaise de la maison de Cibo de' Gênes ; il donnait à sa maîtresse le nom de Belris. Pierre de Ruère. nos lecteurs connaissent son sermon dans l'e'glise du Puy-Sainte-Réparade. — Boniface Calvo ; Noslredame dit, sur le te' m oia- nage d'Hugues de Saint-Césaire , qu'Alfonse de Castille envoya ce Troubadour, originaire de Gênes, au comte de Provence qui lui fit épouser une demoiselle de Vintimille.— Aimeri de BeleuAei ou Beauvoir résida en Provence; on en a la preuve par ses poésier> où il loue la comtesse de Provence et adresse ses vœux à une dame de Sobiras. — Pierre Vidal ; ce Troubadour était fils d'un pelletier de Toulouse: s'étant vanté d"être l'amant de la femme d'un chevalier de Saint-Gilles, celui-ci lui fit percer la langue. Vidal fut recueilli par Hugues de Baux, puis il reconnut les bontés de Barrai, vicomte de Marseille, en insultant sa femme, d'où il s'ensuivit qu'il fut obligé de fuir. Voici quelques vers de P. Vidal qui témoignent combien il avait su apprécier la Provence:
233 ) Ab l'aleu tir vas me l'aire Qu'ieul^seo venir de Proensa, Tôt quant es de l'ai m'agensa Si, que quan n'aug ben relraire leu ra'o escout en rizen E'u deiiian per un mot ceii ; Tao m'es bel quan n'aug ben dire,
Qu'om no sab tant dous repaire Cora de Rozer troca Vensa, Si com claus marse Durensa, Ni on tau fis jois s'esclaire :
Per qu'entre la franc agen Ai laissât mon cor jauzen Ab leis que fa'ls iratz rire (jq).
— Pons de Capdueil se relire également en Provence, affectant de s'attacher à la femme de Roscelin, vicomte de Marseille, pour ranimer par la jalousie, Tamour d'Azalaïs de Mercceur qu'il avait laissée en Auvergne.
« Les habitants de Tarascon relinrent le Troubabour Pierre Cardinal et lui assurèrent des émoluments honorables ponr instruire la jeunesse aux bonnes mœurs et aux belles-lettres. » ( A. Fabre , Hist. de Provence, tom. 2).
Nous ne pousserons pas plus loin cette liste de tous les Troubadours qui ont été plus particulièrement en contact avec les provençaux, et nous la terminerons par le nom d'un poêle que cite César de
( '234 ) Nostredame, et postérieur aux Troubadours. Bernard Rascas^ limousin, parent et allié de Clément VI et d'Innocent VI, fut épris dans sa jeunesse de Constance des Astoauds ^ demoiselle d'Avignon à laquelle ses \ers s'adressaient ; il vécut à A\ignon auprès des papes ,, ses compatriotes, y devint un grand docteur es lois et y mourut en 1353 en fondant un hospice. Nostredame a donné un échantillon des poésies de Bernard que nous reproduisons :
Toula causa mortala une fes périra, Fors que l'amour de Diou que toujour durara : Tous nostre cors vendraa essuclis comme fa leska, Lous aubres layssaran lour verdour tendra é freska, Lous ausselets del bosc perdran lour kant subtiou, E nou s'ausira plus lou roussignou gentiou, Lous buolz al pastoragé ë las blankas fe'detas Sentran lous agulhous de las mortals sagellas, Lous crestats d'Arles fiers, reynars ë loups espars, Kabrols, cervis, chamous, senglars de toutas pars Lous ours hardis ë fouors, saran poudra é arena, Lou dauphin dins la mars, lou ton ë la balena, Monstres impêtuous, ryaumes ë Comtas, Lous princes ë lous reis saran per niouort domtas : E' note beu eysso kascun, la terra granda, Vo Pescriture ment, lou firmament que branda Prendra autra figura: ensins tout përira, Fors que l'amour de Diou, que toujours durara.