‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 21 sur 57 · Page · texte numérisé non relu

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« Le langage des Provençaux , éminemment stationnaire , incapable de satisfaire aux progrès futurs de la civilisation, ne pouvait avoir qu'un seul âge. Il allait se flétrir et se perdre dans l'obscurité, tandis que la langue française, s'embellissant tous les jours et s'appuyant enfin sur des monuments immortels, devait étendre au loin sa domination glorieuse. » (Aug. Fabre, Hist. de Provence, tome II).

— « Il faut de longs siècles pour qu'une langue s'ennoblisse et prenne de la correction, mais il faudrait plus encore pour relever un idiome tombé en décadence , et dans lequel le pittoresque tue la grandeur. « (M. Thaïes Bernard, Hist. de la poésie, chapitre sur la poésie provençale).

il. — Page 25.

M, le marquis de Lafarc - Alais , dans les notes de se;.

i^aslagnados, donne un autre motif de labandon de la langue romane dans le Languedoc :

Encaro s'èro la vitouero Quë-z'-a desirouna lou patouès !

Que vëg^uen uno cour jalouso En heîritan d'uno fielouso Desmoimeda dédia Toulouse Lou parla d'or di Troubadour.

. Encore si c'était la victoire qui eût détrôné le patois!... Nous voyons une cour jalouse, en héritant d'une quenouille, démonétiser dans Toulouse le parler d'or des Troubadours. • — M. de Lafare ajoute , dans une note concernant ces vers : • Le comté de Toulouse étant tombé en quenouille après la mort de Béranger VII . advint au roi de France Philippe-le-Hardi. » — Ce qu'on peut dire encore , c'est que la langue des Troubadours paraît être loin d'avoir dégénéré longtemps après leur disparition ; on peut en juger par une fort jolie pièce attribuée à Clémence Isaure , et que nous avons trouvée dans la Biographie Toulousaise. (Michaud, édit. 1823).

Bêla Sazo, joënta de l'annada Tornar fazets lo dolse joc d'amors, Et per ondrar fiseles Trobadors Avetz de flors la testa coronnada.

De la Vergés bumils regina des angels, Disen, cantan la pittat amorosa, Quaa dab sospirs amars engoisso dolorosa yic raorir en la crots h gran prince ciels cels.

Ciutat do nios aujols, o tan i,'eiita Tliolosa, Aïs fis aymans ufiVis seulial d'ouor ; Sios à jainas rllgua de son lausor, iVobla coma totjoru, et totjorn poderosa .'

Soen à tort l'crg^ulhos en el pensa Qu'ondrad sera loslems del ayniadors Mes jo saj ben que lo joën Irobadors Oblldaran la fania de Clainensa.

Tal en lo cams la rosa priîiiavera Floris gentils quan torna lo gay temps, Mes del vent de le nueg brancejado rabems, Moric, et per totjorn s'esfassa de la terra.

Ce sont les progrès incessants de la langue française, son aptitude à rendre les idées les plus élevées . la noblesse et la clarté qu'elle acquérait de plus en plus : c'est la comparaison défavorable au roman qui firent abandonner peu à peu cet idiome , qui ne se montra guère plus dans la littérature, à part Goudouli et quelques autres , que dans des poèmes dans le genre du Siégé de Cadaroussa C'est à peine si de loin en loin on rencontre des poètes comme cet Antoine de Jaunhac. qui vers la fin du quinzième siècle exprimait ses pensées religieuses en termes singuliers et qui pourraient peindre l'amour profane (Biographie Toulousaine).

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