‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 30 sur 57 · Page · texte numérisé non relu

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Cette influence a été reconnue par les uns et contestée par les autres. L'empire romain avait eu des colonies au nord de la France comme il en avait eu dans le midi , il est évident que cultivé par Aloeilard , Ancelme et Saint- Bernard ; étudié dans les écoles de Paris, dans les abbayes et les monastères de toute la France,, parlé par l'Eglise sans cesse en contact avec le peuple qu'elle s'efforçait de civiliser, le latin peut être regardé conmie le père commun de la langue française et de la langue romane du Midi. « L'Eglise, selon M. H. Martin [Hist. de France , tome III) , fit ce que n'avait pu faire l'empire romain ; elle fit plus que les César pour nous enlever le verbe primitif de nos pères, ce qu'un de ses évêques appelle la rouille du langage celtique. » Après une courte énumération de quelques œuvres , écrites en latin pendant le neuvième siècle, après avoir cité Duodena, Jona^ l'Aquitain, Smaragnus abbé d'Aniane, Raoul archevêque de Bourges , Adon de Vienne , etc., M. Mary Lafon écrit ceci : « Au dixième siècle, ainsi que nous avons eu déjà l'occasion de le remarquer, le culte des Saints fut la passion dominante ; une pieuse émulation s'empara de cha- ^lue cité, de chaque monastère . et c^ux que le flambeau

( 301 ) littéraire éclairait encore, soulevant leur épais capuchon et taillant le lourd roseau des cloîtres, mirent leurgloire à retracer les vies des fondateurs du christianisme en Aquitaine avec les couleurs les plus merveilleuses. . — L'Eglise a donc contribué la première à dissiper les flots de fvmée ; elle a popularisé le latin parmi les conquérants de la Gaule qui avaient succédé aux Romains, mais on ne peut disconvenir que les Troubadours eurent pour imitateurs les Trouvères, et que les méridionaux amenés par la reine Constance durent laisser plus d'une empreinte de leur séjour dans le N'ord et que le langage a dû conserver. Pierre d'Angecort. chansonnier attaché à Charles d'Anjou, suivit ce dernier dans le Midi ; Chrestien de Troyes et Auboin de Sézanne. poètes du douzième siècle, adoptèrent les formes employées par les Troubadours ; • Thibaut , comte de Champagne , allant négocier pour pacifier des différents survenus entre les comtes de Montfort et de Toulouse, il était encore fort jeune , durant sa négociation , il put connaître mieux qu'auparavant les cUvers rhythmes employés par les Troubadours et en faire usage dans ses compositions. » ( Roquefort -Fla- MÉRICOURT. p. 62).

Un autre point de controverse a été aussi le sujet de vives discussions parmi les érudits. c'est la question de priorité pour la poésie épique ; les débats à ce sujet furent grands entre Fauriel et Paulin Paris, peut - être on peut encore dire adhuc sub judice lis es/ ; toujours est-il que parmi les poëmes provençaux , on cite le roman de Jauffre dont un passage semblerait indiquer que ce poème n'est pas des plus anciens :

E ac cl pont un cavalier

Que fasia a un juglar

Lo lai de dos amaus cantar.

— Et au bout du pont un cavalier

Faisait chauler à un jongleur

Le Lai des deux amants.

M. Mary Lafon , qui a traduit le poëme de Jaiiffre (1856), met en note que le lai dont il s'agit est celui que Marie de France composa sous ce titre , et l'on sait que Marie de France écrivait vers le milieu du treizième siècle. Il se pourrait cependant aussi que Marie de France eût simplement refait un lai existant déjà. La traduction de M. Mary Lafon, agréable à lire, ne peut donner du reste qu'une idée très imparfaite du poëme-roman tel qu'il a été publié dans le Lexique roman de M. Raynouard, tome l«r ; c'est une traduction très loin d'être littérale.

— On compte encore Flamenca ; Fierabras ; Gérard de Roussillon dont la provenance première n'est point encore absolument fixée ; la Chronique rimée des Albigeois; la Vie de Ste-Enimic; divers morceaux comme un livre de Sénèque ; les inslructions d'Amanieu des Escas ; les enseignements d'Arnaud de Marsan ; des vies de Saints des traductions des Evangiles de >'icodème et de l'Enfance; les Àuzels Cassadors de Deudes de Prades, e^ son Traité des vertus cardinales. Fuis enfin, et comme œuvre encore plus importante, le Breviari d'amor (Bréviaire d'amour) de Matfre Ermengaud, de Béziers. Le titre de ce poëme est aussi singulier que celui des Lois d'amour qui renfermaient un traité de figures de rhétorique dont le nom même est ouîilié. Le Bréviaire d'à-

( 303 ) tneur est une espèce d'encyclopédie des connaissances scientifiques de l'époque où il fut composé : De la divinal essencia el per que Dieu s es digz dirinal essencia. — Dels dotze signes del Ce!. — De la nature dels vens. — De la natui-a e rf" las verlulz d'Erbas e d'Àlbres e de Plantas, etc. Tels sont les titres des diverses parties de ce poëme dont M. Raynouard a donné plusieurs fragments et qui va sous peu être publié en entier à Béziers.

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