‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 32 sur 57 · Page · texte numérisé non relu

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Reconnaissance félibrenco àl'égard de Pétrarque , qui mentionna avec éloges plusieurs Troubadours.

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LA PROUVIDENCI.

Lou coucaro Manjo-quand-l'a, Çue n'a ^u'un quieu et qu'uni braio.

Que l'eslieù s'amouro i valat E l'iver, se càufo i muraio.

Las de se vèire à l'abandoun, Se raarldé 'inë Coulouinbino, Que se peuchiuo éin' un cardouu E se luiraio à la roubino.

Or, un d'aquéli bramo-fan Que n'agiiènl d'iue que per lou lucre.

An tonjour pou d'ave d'enfant Crento d'abena trop de sucre...

A nosti novi risoulet Digue : l'aurie' de que vous batbre, Poudias pas viëiire estent soulet, Couine farés quand sarës quatre?

-Moussu, digue Manjo-quand-l'a, lëu craai èlo sian bëulaigo, E quand lou pan es trop sala, Nous countentan de âourtoulaègo.

-E vôstis enfant, galoupin, Que manjaran? de regardello?

Moussu, quand Dieu mande un lapin, Mande tambèn uno cardello.

— Le vâ-nu-pieds Mange-quand-il-a-de-quoi , — Qui n'a qu'un eu et qu'une culotte , — Qui l'été se couche à plat ventre dans les fossés — Et l'hiver se chauffe à l'abri des murailles.

Las de se voir à l'abandon , — Se maria avec Colombine — Qui se peigne avec un chardon — Et se mire dans le ruisseau.

Or, un de ces crie fandne , — Qui n'ayant d'œil que pour le lucre; — Ont toujours peur d'avoir des enfants , — Craignant d'uwr trop de sucre. . . .

A nos nouveaux époux rieurs — Dit : il y aurait de quoi vous battre ! — Vous ne pouviez pas vivre étant seuls , — Comment ferez-vous quand vous serez quatre.

Monsieur, dit Mange-quand-il-a-de-quoi, — :>'oi et elle nous sommes buveurs d'eau. — Et quand le pain est trop salé. — Nous nous contentons de pourpier.

Et vos enfants, galopin ? — Que mangeront- ils ? se contenteront-ils de regarder (nous n'employons pas ici les regardelles introduites dans la traduction de Miréio ), — Monsieur, quand Dieu fait naître un lapin , — 11 fait pousser aussi une laitue.

La donnée de cette pièce est excellente, mais pourquoi contient - elle ces expressions qui rappellent l'ignoble Couche-tout-nu de l'école réaliste et le dépassent même de beaucoup ? Comment comprendre que lorsque des écrivains veulent élever un idiome à la hauteur d'une langue littéraire , lorsqu'ils repoussent la désignation de patois , ces mêmes écrivains se servent ensuite de locutions aussi basses et triviales que celles que l'on peut

êdnstâter non-seulement dans cette pièce, mais dans une foule d'autres. Et la régénération , l'épurement du provençal sont proclamés partout à son de trompe , et l'on prétend rejeter dans l'ombre les auteurs qui avant le félibrige avaient publié des œuvres soi-disant moins châtiées ? Ah ! lorsque Gros menaçait d' uno petarrado ceux qui auraient pris son langage pour du patois , on voit que cette saillie n'a rien de sérieux. Il y avait au moins chez ces poètes plus anciens ce naturel , cette franche naïveté qui faisaient accepter quelques mots risqués et des plaisanteries parfois un peu trop vives. Bellot , nous l'avons dit, est le vrai tj^e de ces poètes provençaux : lou GaUjaire est un modèle de cette fine bonhomie, de cette gaieté provençale dont on chercherait inutilement des traces dans les œuvres de M. Mistral. Aussi, lorsque Bellot s'aventure dans une trivialité, c'est à peine si on s'en aperçoit , l'esprit y glisse comme sur une pente insensible , mais lorsque dans les poésies on veut trop s'élever dans l'atmosphère provençal , on se heurte à de telles crudités de langage, et le choc est si brusque, que l'on sent que les chainesqui lient ces convois de strophes se brisent avec violence.

Une chose essentielle à remarquer encore à propos de ManjO' quand -l'a , c'est la facilité avec laquelle sont saisis et imités les travers et les mauvais côtés de la littérature française ; l'originalité de l'esprit provençal est conservée par bien peu de méridionaux anciens et modernes depuis les Troubadours qui eurent un genre spécial et qui ne s'imitaient guère qu'entre eux. Lorsque les bergeries et les berquinades ont été à la mode , les ci-

seaux, dans le Midi comme ailleurs . pleuiéient sur U mort des aimables Tircis

Al leba de l'auroro DIns un pradel de flous Zëphir caressai! Fioro, Climèuo lout'en plous, Coulcado su l'erbeto A l'oumbro d'un cyprès, Dislo loiito souleto As écho sous regrets.

Tircis es ruor, pécaïie!

Auzelets plouras lou j Flouretos per li plaire Tchenjas bostr ecoulou ; PieDtibos tourterelos, Roussignols amourous, Ë bous échos fidèles Répétas mas doulous.

Tircis lou brai nioudèlo De toutes lous pastous.

Discret, salge, fidèlo, Gardabo sous niontous ; Souu se pion de biouletos, Douuabo as aguelcus Milo niargaridetos, A iou milo poutous.

Lou roussicrnol salbadgc Bcnio dal foun d-A bocs

Suspendre soua ramadge, Per entendre sa boues ; L*Gundo la plus rapide Coulabo lentamen Per avedre un' ausido De soun dous"fnstrumett,

Paisches à l'abenturo A la merci dans lous ; Cercas bostro pasturo Dins un dëser affrous :

Troupel, bous abandouni ; Tircis es aou toumbeou ; Qu'aco îiou bous eslouni leou lou seguirai léou !

Au lever de l'aurore. — Dans un pré tout en fleur, — Zéphyr caressant Flore, — Climène toute en pleurs , — Couchée sur l'herbette,— A l'ombre d'un cyprès,— Disait toute seulette— Âu^L échos ses regrets.

Tyrcis est mort . le pauvre ! — Oisillons, pleurez-le , — Fleurettes, pour lui plaire , — Changez votre couleur, — Plaintives tourterelles, — Rossignols amoureux , — Et vous échos fidèles — Répétez mes douleurs

Tyrcis le vrai modèle— De tous les bergers,— Discret, sage, fidèle, — Gardait ses moutons ; — Son sein plein de violettes, — Il donnait à ses petits agneaux, — Mille petites marguerites. — A moi mille baisers.

Lb ror,i^i3l siu.'ap— Viuiit du fond des bois. — Suspendre son ramage, — Pour entandre sa voix ;— L'onde la plus rapide — Coulait lentement, — Pour écouter une mélodie — De son doux instrument.

Paissez à raventure. — A la merci des loups. — Cherchez votre pâture — Dans un désert affreux ; — Troupeau, je t'abandonne. — Tyrcis est au tombeau; — Que cela ne vous étonne point 1 — Moi. je le suivrai bientôt.

Il y aurait bien peu à faire pour transformer en une pièce qu'eussent pu signer Mad. Deshoulières , Dorât , Demis ou Gentil-Barnard, cette romance que nous avons copiée telle que l'a [donnée Béranger dans ses Soirées provençales.

A l'époque du Directoire environ . lorsque la poésie française se drapait uniquement avec les friperies de l'Olympe, les Odes anaeréontiques ne manquèrent point de se montrer dans le Midi, et les décors grecs et romains remplacèrent chez nos poètes les frais paysages de la Provence , jusqu'à ce que dans le Xord Chateaubriand eût mis en fuite ces Vénus et ces enfants de Cythère que le dix-huitième siècle avait tant enlaidis à force de leur mettre du fard.

Maintenant . nous sommes en plein réalisme . après avoir su. dans son poëme de Miréio. sortir de la voie où patauge aujourd'hui plus d'un écrivain en vogue. M. Mistral se t ouve , en une foule de détails , entraîné par le goût du jour et la nouvelle mode; poussé parles vulgarités de l'idiome qu'il emploie, s'il va beaucoup plus loin que les écrivains en français . il serait difficile d'en être étonné : c'est précisément ce qui fait qu'en ce temps de réili>me nous pensons que l'emploi des patois est encore plus dangereux pour la littérature.

Après la description du coucaro Manjo-quand-la et ks braio du ségaire, où i>eut-on s'arrêter ?

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