‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 45 sur 57 · LOU TROUBADOUR · texte numérisé non relu

LOU TROUBADOUR

ODE ANACRÉOMIQL'OU.

Air: Avec les jeux dans le village,

Lou ven s'escoun din lei mountagnou, Florou tapissou nosté soou ; Lou Troubadour dlii lei cainpagnou, Arribe aiiié lou roussignoou.

Toutei doux an même ramage, Et toutei doux en même lems, Dins leis bousquels, dins lei village', Fan l'ouverlurou dou printems.

En %'e'rita yeou rise' eis ange' Quand raé figuré un Troubadour, Moun Dieou, qunle' pouli mélangé D'esprit, dé grâce et dé candour!

Coumou répété sa cadançou, Quand soun air galoï boute en trin Toulon la Prouvençou que dausou Eis accords dé soun tambourin.

Lorsque l'amour lou pessngavou, Qu'aou savié miéou paria d'amour! Souîi lêta-doux aprivadavou Lei pu sôuvageou d'alentour.

Eméou la noblou dannsêlou Perdié tatécan sa fierta ; Per eou la do«çou pastourèlou rV'avié gis de leissou-m'isla.

[ 337 ) Per l'ave chascun ère en ajou, Vicomte, marquis et baroun; Dei caste'ou tant savië la drayou Que poudie' y'ana dé plugoun.

Enfan gasta, dins lei ripayou Yë servien lei miyour moucëou :

Dei leva do un a vie la gayou, Et lou rabi dei îapëréou.

Eu yo n'ërou jamaï de reslou ; Couneissië lei bon rasiëlië ; Et manquavou pas unou feston Dei Bernardin et dei Templië.

S'assëtavou qu'ei bonei taoulou, Trevavou que lei gros houstaou, Sen jamaï hôussa la cadaoulou De roumorne et de l'hespitaou.

Eis afaire fasië la niquou; Resounavou pas su lei leî; Savie per toutou politiquou, Ama Dieou, sa dame et soun reï.

De soun pastour ëmë tendressou Entendië lou prône divin, Et santamen après la messou, Y'ajudavou bdôuré soun vin.

Ei noçou de la cbatailainou, Soun lalli engalenta de flour, Disië, noun la lëï souveralnou Que deis astre région lou cours ;

( 338 ) Sa musou n'érou pas jalousou D^expllqua lou flux et reflux ; Cantavou Berthe et sa fiëlousou La bazoche et lei chivaou frux.

Cantavou la piéoucelou Jeannou Et lei haou-faîts dou beou Dunois, Leis amour dé la belou Dianou, Lei noblou luchou deis tournois, Per fé, pintavo lou reï Charlé Araaluguen lei Sarrasin Qu'avien din tout lou pays d'Arles, Mourfi lei fiye et lei rasin.

Célebravou lou zële insigne Dou bravé soudar de la Crou Que per lou cro de Noste-Signé Ouyé escupi l'or dou Pérou ; Enfin atendrissié sei rimou, Et plourave, en changen de toun, D*un jaloux la chastou victimou Que gémissié dins un croutoun.

Es parmi lou jus dé la cavou, Lei pouli vers, lei prépaou doux, Que la Parquou yé débanavou Unou vidou déj bénhéroux ; Et quand sa trame éroun gôusidou ; Alors sen rémor, sen doulour, Aquélou Musou bénézidou S'endourmissié dins lou Signour.

le vent se cache dans les montagnes, — Flore tapisse notre sol ; — Le Troubadour dans les campagnes — Arrive avec le rossignol. — Tous deux ont même ramage, — Et tous deux en même temps, — Dans les iwsquets , dans les villages. ^Font l'ouverture du priniemps.

En vérité je ris aux anges — Quand fje me figure un Troubadour. — Mon Dieu ! quel ijoli mélange — D'esprit , de grâce et de candeur ! — Gomme je répète sa cadence — Quand son air joyeux met en train. — Toute la Provence qui danse — Aux accords de son tambourin !

Lorsque l'amour l'aiguillonnait (littér. pinçait), — Qui savait mieux parler d'amour ! — Son ton persuasif (littér, téter doux) apprivoisait — Les plus sauvages d'a lentour. — Avec lui la noble demoiselle — Perdait aussitôt sa fierté ; — Pour lui la douce pastourelle — N'avait point de refus.

De le posséder chacun était désireux , — Vicomte . marquis et baron ; — Des châteaux il connaissait si bien le chemin — Qu'il pouvait y aller les yeux fermés. — Enfant gâté, dans les ripailles — On lui servait les meilleurs morceaux; — Il avait les riz d'agneau — et le râble des lapereaux.

Nulle part il n'était de trop ; — Il connaissait les bons raleliers ; — Il ne manquait pas une fête — Des Bernardins et des Templiers. — Il ne s'asseyait qu'aux bonnes tables, — Il ne fréquentait que les grandes maisons, — Sans jamais hausser le loquet — Des lieux où l'on fait Taumône et des hôpitaux.

Aux affaires il faisait la nique ; — Il ne raisonnait pas sur les lois , — Il savait pjur toute politique, — Aimer

Dieu sa dame et son ro

— De son curé avec tendresse ~ Entendait le prône divin . — Et saintement après la messe, — Il lui aidait à boire son \in.

Aux noc^s de la châtelaine . — Son luth enjolivé de fleurs, — Il disait . non la loi souveraine — Qui des astres règle le cours : — Sa muse n'était point jalouse — D'expliquer le flux et reflux ; — Il chantait Berthe et sa quenouille, — La bazoche et les chevaux frux (chevaux de carton des jeux de la Fête-Dieu à Aix).

Il chantait Jeanne la pucelle — Et les hauts faits du beau Dunois . — Les amours de la belle Diane , — La noble lutte des tournois. — Parfois , il peignait le roi Charles — Terrassant les Sarrasins — Qui avaient dans tout le pays d'Arles — Flétri les filles et les raisins.

Il célébrait le zèle insigne — Du brave soldat de la Croix, — Qui pour le tombeau de Notre-Seigneur — Aurait craché l'or du Pérou ; — Enfin il attendrissait ses rimes, — Et pleurait en changeant de ton, — D'un jaloux la chaste victime — Qui gémissait dans un cachot.

C'est au milieu du jus de la cave, — Des jolis vers . doux propos — Que la Parque lui filait — Une vie de bienheureux. — Et quand sa trame était usée; — Alors sans remords, sans douleurs, — Cett« muse bénie — S'endormait dans le Seigneur.

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