‹ Des Troubadours aux félibresChapitre 46 sur 57 · Page · texte numérisé non relu

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« Dans la France du Nord , à côté des fabliaux et de certaines œu\Tes hTiques qui se rapprochaient trop du caractère licencieux des Troubadours, l'épopée nationale et catholique apparaissaient dans toute sa splendeur-

( 341 ) Les deux grands cycles où se concentre la plus haute poésie des siècles catholiques , celui des éix)pées carlovingiennes, et celui de la Table- Ronde et du Saînl- Graal , inaugurés au siècle précédent par Chrestien de Troyes , se peuplèrent alors de ces romans dont la popularité était immense. Le roman de Roncevaux , dans la forme où nous le possédons aujourd'hui , ceux de Gérard de Nevers, de Parlhenopex de Blois, de Berthe aux grands pieds , de Renaud de Montauban , des quatre fils d'Âymon, ces transfigurations des traditions françaises sont toutes de cette époque ; comme aussi ceux du Renard et de la Rose, qui ont conservé plus longtemps une certaine vogue. Plus de deux cents poètes , dont les œuvres nous sont restées , florissaient dans ce siècle. Un jour peut-être les catholiques s'aviseront d'aller chercher dans leurs œuvres quelques-unes des plus chai"mantes productions de la muse chrétienne , au lieu de croire, sur la parole de Boileau, que la poésie ne vint en France qu'avec Malherbe. Il nous faut bien nommer parmi eux Thibaut, roi de Navarre, qui a chanté la Croisade et la Sainte-Vierge avec un si par enthousiasme , qui a mérité les éloges du Dante et qui léguait son cœur en mourant aux pauvres Claires qu'il avait fondées à Provins ; son ami Auboin de Sézanne ; Raoul de Coucy dont le nom au moins est resté populaire , tué à la Massoure sous les yeux de Saint-Louis ; le prieur Gauthier de Coinsy, qui a élevé à la gloire de Marie un si beau monument dans ses Miracles ; puis cette femme d'origine inconnue, mais à qui son talent et le succès national qu'elle obtint ont valu le beau nom de Marie de France •

enfin Rutebeuf. qui ne crut pas pouvoir trouver d'héroîne' plus illustre à chanter que notre Elisabeth.

fHisloire de Ste Elisabeth de Hongrie , par M. le comte de Moxtalembebt).

« La langue française est à peu près au même état que nous l'avons vue sous Saint-Louis (règne de Philippe III). Mais elle avait déjà la gloire d'être très répandue hors de France. Guillaume et les Normands ^'avaient portée en Angleterre : les lois et les arrêts s'y rendaient dans cette langue. Charles d'Anjou l'avait mise en vogue à Naples et dans la Sicile. Cinq empereurs français , gouvernant à Constantinople, Tavaient propagée tant dans cette ville que dans les environs. Louis IX et ses prédécesseurs en avaient fait de même en Egypte, en Syrie, etc. Philippe de Navarre avait rédigé et mis en Français les Assises de Jérusalem. Les peuples voisins de la France envoyaient leurs enfants à Paris pour se perfectionner dans cette langue ; et les poètes les plus estimés de l'Italie , qui se sont formés par la lecture de- nos premiers romans en vers, convenaient que la langue française était la plus riche pour traiter tous les sujets. Ce qui avait attiré tant d'estime et de considération à notre langue était sans doute le grand nombre d'ouvrages en tout genre qui parurent sous les règnes de Philippe-Auguste, de Louis VIII, de Saint - Louis et de Philippe le Hardi : chansons , fabliaux, romans , poèmes moraux, histoire , tout était du ressort de cette langue ; et quoiqu'elle fût encore au berceau , elle montrait tant de souplesse et en même temps d'énergie, que l'on s'empressait de tous côtés de se la rendre familière. Les principaux romans qui: parurent alors

f 343 ) furent le roman de la Rose, commencé par Guillaume de Machau, surnommé le Lorris,, et fini par Jean de Mehun: la Bible Gnyot , attribuée à Fauchet , à Guyot de Provins, et par Massieu à Hugues de Bercy, surnommé Guyot. Le roman di'Àlcxandre (Peignon désigne sans doute ainsi V Alexandriade de Lambert-le-Court et Alexandre de Bernay. dont MM. de Villethassetz et E. Talbot viennent de publier le texte. Dinan. 1861). Celui du Paon, le roman du Brul , contenant les anciennes Histoires de Bretagne ; celui du Rou, qui contient l'histoire des anciens ducs de Normandie ; VHisioire de France, en vers, par Philippe 3Iouskes ; le roman en vers du Roi Àrtus et des chevaliers de la Table - Ronde ; celui de Perceval le Galois ou le chevalier au Lion ; Celui de Lancelot du Lac; ceux de Berthe au grand pied ; de Charlemagne; de Renaud de Moniauban ; d'Ogier-le-Danois et de Cléonadès. Ce dernier roman est d'un nommé Adenez qui en avait composé plusieurs autres .... Cet Adenez vivait sous Philippe-le-Hardi ; il était même protégé de la reine et de Blanche son amie, qui l'une et l'autre aimaient la poésie et même la cultivaient. Tout le monde connaît les poésies de Thibaut, roi de Navarre, recueillies par M. de la Ravallière ; celles de Henri, comte de Soissons, qui fut fait prisonnier lors de la première Croisade de Saint- Louis, et enfin celles de beaucoup d'autres poètes qu'il serait trop long de détailler ici. • (Gabriel PziONot, Abrégé de VHist. de France, Paris. 1819. — A cette nomenclatm-e il est bon d'ajouter les Mémoires de Joinville , les chroniques de Guillaume de Nangis. celles de Saint-Denis et de Reims, l'histoire de Villehardouin. etc. et l'on aura un tableau des progrès du français au treizième siècle.

( 344 ) On peut consulter encore , pour se rendre compte de ce> progrès, l'intéressant travail de M. Ludovic Lalannedans Un million de faits. (Paris. Dubochet. -1843).

Quel est le gentil Bachelier qui fut engendré sur un champ de bataille , allaité dans un heaume , bercé dans un écu, et nourri de chair de Lion ? Quel est celui qui aura le visage du dragon , les yeux du léopard , le cœur du lion , la dent du sanglier et l'impétuosité du tigre ; qui s'endormira au brait du tonnerre , s'enivrera de.fureur dans un combat, verra son ennemi au travers des tourbillons de poussière , comme le faucon voit sa proie à travers les nuages, renversera comme la foudre le cheval et le chevalier,, et de son poing, ainsi que d'une massue, pourra les écraser ? Pour achever une aventure célèbre , il traversera, s'il le faut, les mers de l'Angleterre ou le sommet du Jura. Se présente-t-il dans une bataille, on fuit devant lui comme la paille légère fuit devant la tempête. S'il joute, et c'est toujours sans étrier, il renverse le cavalier avec son cheval ; souvent il le perce malgré ses armes : et ni fer, ni platine, ni lance, ni bouclier ne peuvent résister à ses coups II peut si bien supporter le heaume que pour dormir ou sommeiller , il ne lui faut autre oreiller. Les dragées qu'il aime ce sont pointes d'épées brisées, etc.

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