APOLOGUE HISTORIQUE
« Pierre de Ruèie fui amoureux d'une gentilfemme de la maison de Caraciole de Naples , si bon et tant excellent poêle provençal, que tout ce quil composait élail agréable et bien sonnant à toutes sortes d oreilles nées à la di\ine poésie. Comme il eut sui\i longtemps les guerres au service du comte de Provence et les ('tudes tout ensemble, selon le temps et la commodité qui s'offrait et se trou\ant en marche du comte par cas daNenlure , il de\int surpris de la beauté de cesîc dame . qui pour lors se tenait en Provence, fille dun très-noble et fameux che\alier de Naples : pour laquelle il fit de très-belles choses , Taimant un assez long temps , sans toutefois jamais obtenir aucune audience ni ad\antage d'elle : au moyen de quoi, argent et che- \aux estant presque mangez, il emprunta un habit de pèlerin (robe qui de ce temps élail de grande sainteté), puis ti"a droict en un chasteau, auprès de la \'\\\e d'Aix, commimément nommé lePuy-Sainte- Réparade^ où il arriva environ la semaine saincle que tout le monde \acquail a jeusnes^ oraisons et
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aumosnes ; là porlé, il parle au vicaire de 1 cg]i>e (lu lieu avec quelques rouleaux de papier en main, faisant entendre qu41 avail licence de son supérieur de ce faire. Si bien que le jour du grand Vendredy à faute de meilleur sermoneur il monta en chaire , où après les cérémonies requises et accoustumées il commença à dire quelques suffrages menus et avec un front haut el relevé , à faire ésclatter ce chant d'amours^ caraulre chose ne savait :
Pauc inan valjul inos procs nj nios presic*, Ni jauzimen d'auzpl , ny flonr d'Eglar, rsi lou plazer que Diou transmet en maj-, Quand on vey vends lous prals el lous t^arrlcs. Et pauc niy val, se^on so qu'yeu vey aras, Lou dol qu'yen ay que maiicy ë ni'accor, Ou qu'ycu fussa reclus soubta un gran tor. Que suffertar tant greus douleurs amaras, etc.
aCeste belle prédication ou plutôt sa chanson finie, il continua à faire quelques exhortations au peuple, lequel tant i) esloit simple , ignorant el grossier , touché de pitié, souspirait et jetait larmes en abondance cuidant que ce fut quelque belle et dévote oraison à Dieu ou à la Vierge Maiie, selon l'usage et la façon des poètes de ce temps. Et de rechef chanta les sept psaumes en très-élégante rithme auxquels chacun prit un grand et mer>eilleux plaisir : finalement ayant donné la bénédiction au peuple , en
( 1T6 ) descendant delà chaire la teste basse et tout marmiteux, il se planta à la porte de l'église où demandant Taumosne il en retira son plein chapeau de monnaie. Et cela fait il retourna à Aix par devers sa dame très-bien et très-proprement couvert qui le voyant en si bon et honnête équipage, le reçut fort gracieusement et caressa peu après trespassant environ le temps que dessus. » (Chronique de Provence de César de Nostredame, pag. 312).
Ce Troubadour, à ce qu'il paraît, parlait un langage qui différait de celui dei gen de 7?2a5. — Rien de nou^cau sous le soleil.
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PâULO minora CANAiyiUS
Si l'on descend des hauteurs où Miréio s'est posée; si l'on s'arrête à des œuvres moins soutenues par une vraie inspiration, on risque fort de se trouver réduit à des ragoûts aussi nauséabonds que ce cachât odorant (46), mentionné par M. Mistral dans un vers de son poème.
Lorsque pour la première fois nous ouvrîmes au hasard le recueil inlilulé lî Prouvençalo, une pièce sur Le jour des morts nous> frappa par son début, et cette touche à la Scarron resta gravée dans noire souvenir :
La sournièro espélls adeja dins la piano La mac/ioto /ai chou, vounvounoun Utavan, La naturo es eu dôu, e li clar di campaiio Fan restounti lis er de soun âaîin Satan (4j).
nous fûmes peu séduit par ces harmonies par trop imilatives, et laissant de côté le volume,
Quel giorao più non mî leggemmo avante.
heureusement nous y reNÎnmes une autre fois et nous pûmes apprécier Li crècho . des fables et des
( ns ) contes de Roumanille, tels que Se nen fastan un avouca; des pièces de Bellot^ de M. Bénédit , des ^lances gracieuses de M. Gaut, d"Aix. et bien d'autres poésies dans le ton réellement pro\ençal , puis nous nous trou\âmes de nou\eau rebuté par cet Orne gras e poulie donl ailleurs nous a\ons dit un mot.
Mais c'est dans les Armana adouba e publica chasque bel an de Dieu de la man di félibre, que l'on \oit se heurler, se presser^ s'entrechoquer des strophes burlesquement graves comme feraient des masques revêtus d'un travestissement tragique et descendant de la courtille.
Ecoutez donc ces, beaux conseils donnés aux Provençaux par un de leurs compatriotes établis à Paris ; ces conseils ont du bon , mais l'enveloppe est pittoresque :
Mais l'amour frés d ou mes d'abrèu ?
L'amour de Pélrarco e sa glori ?
Paris crèi quès un cauletjlori.
Un api qu'an raanja lou gréu.
E se voalcs que vous lou digue, Paris parlo coume un bavard, E manje comme un galavard, E..., lou bon Dieu lou béne'sigue J
{ <79) Leissas lou que bëgue et que manje, E manje e bègue conme im tràu La claretto et lou de Cràu, Vosti figo et vostis arange.
Vous lou dise, lÉu que vous paule, CouME siÈu Adolphe Dumas , Yë perdrès pas lou bout dou nas D^une poulido fiho d'Arle (48).
Et le même poète peut nous faire marcher, comme chez Nicolct. Voici la première slance d'une autre pièce^ Retournarai :
Leissas li gent parla dis Indo
E d'un boa Dieu qu'a tant de ira ,
Que se vënié dins nosli pra
Farie pou à touti li dindo (49).
Et ce portrait d'Homère :
Vous souvénes d'où viei Ouméro, Noste mèstre, touti que sian, Et no s le Diéu^ s'èro chrestian....
Vous souvenès pàuro courae ëro ?
Et lou Prouvençau de TAsio^ Un pèd nus e'm' un pèd descàu, Fugue' counie li Prouveuçàu Lou mèstre' de la pouèsio.
Courue se disias qu'à Maiano Jeu, Roumaniho émé Misira Anavian benre &u petarra £ macjavian uao gardiano (5o).
Il paraît qu'en roman on a la faculté de défigurer les mots et les noms propres . car nous disons bras el non pas bra . Mistrau en patois et Mistral en français, el pas du tout Mistra.
Ces ^ers sont de M. Ad. Dumas, auteur du Camp des Croisés et de diverses autres pièces dramatiques et de nombreuses poésies en français. Né dans le Midi, il s"éprit d'une vive passion pour la renaissance romane, a Ce poète inégal , mais des plus « distingués, dit M. Ratisbonne (51)^ a découvert « Miréio le premier^ et prenant par la main celle (( jeune paysanne, Ta conduite, étonnée, dans la '( grande ville, à Paris. »
M. Ad. Dumas ne se contenta point de son enthousiasme pour les œuvres romane* d'autrui^ et il annexa du roman à ses œuvres en français, comme un autre Dumas a\ait été ailleurs s'annexer du macaroni. — En couvrant Miréio de sa proleclion, il montra quïl n'était point ingrat, car voici ce qui s'était passé: ce poète possédait une tourterelle, ou plutôt un diminutif de tourterelle , une lourtoureletto. Cette charmante bestiole apprivoisée , un
fénis d'aiLceloun! eut le malheur daller de vie à Irépas, triturée qu'elle fut entre les dents d'un gros chien de boucher, un chinas de bouchie l'estripéH! Des lettres de faire part furent sans doute adressées en cette triste circonstance à tous les félibres , qui se mirent à verser des Sorgues de larmes (52).
Alor es morlo la iotirtouro Qu'amavès tau, 6 pauie ami La lourterelto qu'en touto ouro A toiin entour \éu\è gémi, etc.
Et cette complainte lamentable, où l'harmonie plaintivement imitative, ne faisait pas défaut, s'allongeait en dix-huit couplets marqués au coin de la douleur ; à peine finissait-elle , qu'un autre félibre reprenait et sur le même ton :
Pauro tourtouro, en le vésent Quasiment me fnsie's cncréire Qu'es Anacre'on, noste reire, Que t'avié mandado en présent.
Perque fàu qu'une marrido ouro Vengue enne'gri jou pu l)eu jour.
Que se passi,?on lis amour, Que moron e flour e tourtouro (5j).
Trente-cinq couplets^ au total, sur la mort de l'oiseau-phénix , presque autant que pour Tinforluné FuaWés ! Quand on a pu voir défiler tant de
( ^8^ ) rimes compatissantes, fraternellement répandues en 4857, on comprend facilement que M. A Dumas ne pouvait faire moins que d'offrir un peu plus tard un bras protecteur à la belle Miréio, et d'être le Sigisbée de la muse provençale endimanchée pour paraître à Paris et habillée dans un costume bien différent de celui qu'elle portait d'habitude.
Si nous entrouvrons eneore une fois un Armana, et celui-ci est le dernier éclos , parmi les accents d'une mère éplorée devant le berceau de son enfant qui va mourir, au milieu d'une élégie touchante , nous rencontrerons une note discordante comme celle-ci :
D'OU grihet dins li hlad, iéu àuse lou cri-cri
Et moun fiéu vai raouri I Du grillon dans les blés, moi j'entends le cri-cri.
Et mon fils va mourir.'...
Quand on est salure par de telles beautés, et combien nous en laissons dans l'ombre, on est bien près, il faut en convenir , de trouver qu'il y aurait peu d'inconvénients à ce qu'une sourdine fût mise à certaines musettes.
Nous insisterons encore en terminant cet examen, sur l'esprit véritable de la langue provençale actuelle, arrivée en dégénérant à l'état de patois, et nous étalerons notre opinion deTavisd'un littérateur appartenant au Midi.
Dans une préface aux œuvres complètes de Bellot, M. L. Méry s'en est ainsi exprimé : « Le patois a « tous les caractères d'un idiome méridional. Dori- « gine plnlôt plébéienne qu'aristocratique . nulle- « ment poli par une cour raffinée, il ignore ces cir- « conlocutions de phrases dans lesquelles la pensée « s'égare souvent afin de ne découvrir que la moi- « lié de ce qu'elle veut dire ; notre patois est franc, « brusque cl hautain. Inhabile peut-être à rendre « certains sentiments élevés, certaines idées d'une « métaphysique quintessenciée ^ il est a^ant tout 0 propre à exprimer les sarcasmes et les ridicules « populaires. » Dans ces conditions et dans les limites oii on s'était tenu depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours^ nous comprenons les poésies patoises. Pour les apprécier on n'a eu aucun besoin de lexiques. Ce que nous comprendrions difficilement, c'est une littérature hybride s'élcNant à côté de celle qui a produit des chefs-d'œuvres, lui empruntant ses tournui-es et ses locutions, refaisant en patois ce qui a été fait en français, et nayanten définitive d'autre différence que quelques expressions • particulières et des mots dont il faut chercher le sens. De se coumprène fai grand ben , a dit le félibre ùe Bello-Visto , dans une pièce adressée à Jean Reboul ; c'est une vérité qui a son prix : il fait bon de pouvoir se comprendre.
Pour renforcer une autre côlé de nos assertions,
( 184. ) qu'on nous permette de citer encore une opinion conforme à la nôtre ; elle fut émise par M, Rouard, qui en donnant dans son beau travail sur la bibliothèque d'Aix, le texte et la traduction de deux pièces romanes, crut devoir ajouter : « Nous les « transcrivons ici exactement, avec une traduclion « littérale , parce qu'elles sont rares et peu con- « nues, bien qu'on les ait imprimées depuis quel- (( que temps. C'est encore un hommage aux sou- « \enirs du pays. Elles intéresseront peut- être « non-seulement les philologues et les amateurs de « la langue des Troubadours, mais encore les Pro- « vençaux qui apprécieront par-là conibien leur lan- « gage et leur dialecte actuel diffère dii langage des « Troubadours. Quoique nous lui de^ ions de char- (( mantes poésies , ce dialecte même , modifié par « chaque localité et chaque jour francisé ou altéré « parla langue française qui tend à Teffacer, pource rait bien dégénérer en patois, car nous n'en con- « naissons point de grammaire nn peu étendue qui (( la fixe et qui en donne les règles. »
Nous adhérons complètement à la pensée de M. Rouard, seulement, nous ajoutons quà notre a^is le provençal a pris une autre forme depuis longtemps, et qu'il renferme une foule de locutions françaises très-faciles à reconnaître. Puisque nous tenons en mains le livre de M. Rouard, nous allons en profiter pour transcrire quelques strophes des pièces qu'il cite :
{ <8o ) Planch sobre planch, dolor sobre dolor^ Que cel e terra an peidut lur senbor, E yeu mon filh et solelh sa clathor, Car, sens razon, l'an mort juzicu tracbor ; Dieus, corn inortal dolor 1
Lança, lo cor, mi dol, non pol hom azîe'mar,
Que lùr senbor an fach juzieus naffrar, Sas en la cros, e pueys facli abeurar De vin mirrat mesclat au fel amar :
Dieus (54).
Si l'on traduisait ces strophes en pro'^ençal moderne^ on ne pourrait manquer de trou\er entre ce langage et le langage actuel , autant de différence que si on les \ oyait rendues en français : clathor, trachor, par exemple, sont des mots harmonieusement sonores qui seraient, je crois, remplacés en pro\ençal actuel par traître , clarta, qui ressemblent beaucoup à traître et clarté du français.
Autre exemple pris dans les Mémoires sur l'ancienne chevalerie^ par Lacurne de Sainte-Palace. Ces vers sont d'Amanieu des Escas :
Laiizor ensrenre auior May c'uua sola les.
Si vostra dona us fay Jszer scladaiiicn.
Cela est encore assez loin du provençal moderne. Et ce langage monosyllabique s'en rapproche-t-il ?
Li baro m'volran raal de so que ieu die be Mas me sapchan qu'ie les pretz aiten pauc comilh me, Bel restaur, sol qu'ab vos posca trobar merce, A mon Dan met quascun per amie no m'ië.
Nousde\ons maintenant ajouter que nous comprenons parfaitement que la Provence tienne à tous les monuments écrits qu'elle a produits et qui sont une gloire pour elle. Nous applaudissons aux reproductions intelligentes d'œuvres anciennes publiées à Ai\. et qui portent pour litre générai: Bibliothèque provençale.
Grâce aux soins de M. A. Makaire^ nous avons vu réimprimer des livres de\enus à peu près introu^ables. La Bugado prouençalo est une collection de proverbes charmants où chacun^ ainsi que le titre le dit. trouve quelque chose qui lui re\ient ; il y a là dedansdes leçons pour tous. Zc Meygra entrej^riza^ publiée aAec le concours de M. Norbert Bonafous^ est une macaronnée très curieuse à connaître^ c'est une bouffonne chronique de la désastreuse expédition de Charles-Quint en Pro^ence; on en rencontrait seulement quelques fragments dans diiTérents recueils, comme dans le Macaronéana de 31. 0. Delepierre^ publié en 1852. Les Variétés religieuses offrent un choix de cantiques ou de nocls parmi les-
( «87 ) quels on en remarque de vraiment ravissants; nous donnerons ici un court échantillon de ces pièces^ où le langage pro\ençal n'est point passé à l'alambic, mais où on leAoit franc, naturel, tel que nos pères le parlaient, sans cette recherche , ces raffinements, cette afféterie dont on prétend le surcharger :
Gay roussignoou sauvagi Vous que canla tan ben,
Ana vous en Aua faire un messagi
En Ketlile'em Ei paslres doou villagi.
Lou roussignoou sauvagi Davan que de parti,
Em' apéli Remplisse soun gavagi
Per non pati De fana dins lou vouyagi.
Oiseau plein de prudence ! cette naïveté n'est-elle pas réellement délicieuse ?
Lou roussignoou sauvagi Se pauso en arribeu
Gai et countent, Sus lou plus haut cstagi,
En gazoïiillen, Gouraenço soun messagi.
Et l'objet de son message déduit , le rossignol ajoute ces réflexions charmantes ;
: 488 ) Per iou ai l'avantagi De li faire ma cour,
D'abord qu'es jour, Li flisi à'mouti lengagi,
Sias crëalour Doou roussJgnoou sauvagi.
Dessoute moun feuilia^i Sieou toujou plus conten ,
INIi manque ren, Car Dieou qu'es bon et sagi
Pens'autanben Oou roussignoou sauvagi (55).
Un recueil qui bientôt va augmenter cette jolie collection d'anciennes poésies , sera consacré aux chants et chansons populaires de la Provence. Ou peut présumer que ces chants populaires n'auront rien de commun avec le livre imprimé a\ec un si grand luxe de typographie et de gravures par M. Champfleury. Le chef de l'école réaliste s'est peu mis en frais pour composer son recueil, si le lot des autres provinces ressemble à celui de la Provence dans ce choix de Chansons populaires dé France, franchement on peut présumer que c'est sans se donner la peine de franchir les barrières parisiennes, que Ton a colligé les niaiseries stupides que le burin a décorées. Trois pièces forment rattribution de la Provence, et Ton a dû nous trouver bien pau-
( <89 ) vresî — Sur la montagne, ma mère. Sirvcnte contre Guy. Un singulier Sirvente qui commenre par ces deux vers :
Qui donc in'achèlera Ces peaux de cliat, de hinue, de lièvre, etc.
Nous supposons que ces deux \crs ne donnent pas en\ie d'en connaître davantage '^ Piii- . M. Champfleuri a cite' une antre pièce à laquelle celle fois il a cru avoir laissé une orthographe locale :
Bonliommc que stjhéz ton tzouga, Bonhomme que sahëz tou tzouga, Sabé tzouga delà })Ioulanfi, Et tzoun, Iz.oun, tzoun, De la bioulouna.
Si le réalisme de M. Champfleuii a toujours une pareille réalité, nous conriprenons parfaitement que beaucoup de gens en éprouvent des nausées.
Le volume qui va être publié des chants et chansons de la Provence, aura un tout autre intérêt que ce qu'a retiré de je ne sais où, lécumuire réaliste. On peut en juger par un seul exemple. Nous devons à l'obligeance de M. Damase Arbaud une communication des plus intéressantes ; c'est une trèsancienne version du chant de Magali qui figure dans Miréio avec quelques légers changements
( ^90 ) dans le rhythme el ]e> paroles. On a cité ce chant de Magali comme l'un des plus beaux morceaux du poème, et l'on avait raison, mais lorsqu'on aura sous les yeux la veille chanson provençale, on \erra qu'il restait peu de chose à faire à M. Mistral pour polir ce diamant avant de l'enchâsser dans son o&uvre.
Marg:arido ma mio, Mel premières amours, Te toucarai d'aubadoa D'aubados de tambour ; — ]M*embarrasse d'aubadoi De qu lei fa toucar, S'aco dure plus galre leou m'anarai negar.
S'aco duro plus graire Que te values negar, leou me farai pescaire Et t'anarai p=scar ; Se tu te fas pescaire Per m'aguë en pescant, leou me farai mounjeto D'aque'ou picbo couvent.
Se tu te fas mouDJeto D'aquéou picbot couvent, leou me farai lou pre'ire T'aarai en counfessant ;
— ?^e tu le fas lou préire, etc.
— Si tu te fas la juoiierlo, Et quand t'enlariaran, leou me farai la trrro l)e qu te curbiran ;
— Si lu te fas la terro De qu me curbiran....
Tantvoou douncquetu m'aguès Coume tin autre galant (56).
Nous ne donnons de celle jolie cbanson que le début et la fin, qui est dans un ton si gaiement pro- Aençal. parce que nous voulons laisser à la publication de MM. Damase Arbaud et Makaire tout son intérêt et sa primeur ; le peu que nous avons donné étant du reste suffisant pour faire apprécier l'intérêt du li\re qui est annoncé^ et dont cette chanson de Magali ou plutôt de Margaj ido ne sera pas la seule perle retrouvée et mise sous les y€ux de ceux qui aiment notre idiome.
A propos de ces réimpressions, nous a^ons à féliciter Téditeur qui na point sui\i celle orthographe bizarre, ces innù\alions,, ces accents voltigeant sur tous les mots, iuA entions des félibres qui contribuent à rendre leurs œu\res obscures. Depuis Belaud de la Belaudière, Saboly, Gros, Bellot, etc.
( ^92 ) jusqu'aux novateurs contemporains , le provençal s'écrivait tel qu'on le prononce : Diéou au lieu de Dieu, bateou au lieu de batéu^ etc. On a voulu faire peau neuve en tout .
— Qu'on recherche les reliques des vieux teofips, qu'on les conserve comme dans un casier on range soigneusement des médailles de bronze qui ont leur prix, à côté des médailles d'or ; que nous ayons , nous Provençaux , un vrai plaisir à revoir ce qui charma nos pères, rien de plus naturel. Mais en dehors dun intérêt de tradition, de travaux d histoire ou de philologie , quelque talent que Ton mette à galvaniser des idiomes paralysés, absorbés par une centi'alisation exagérée, passée depuis longtemps à l'état de fait accompli irrévocable ; quelque habileté que l'on emploie à des traductions qui font clocher le français à chaque pas, cette galvanisation ne saurait avoir de plus sûr résultat que celui de faire multiplier un jour parmi nous les éditions d'un livre fort utile : le Manuel du Provençal, ou les prosençalismes corrigés (57).