LE SOMMEIL DE L'ENFANT
Repose, heureux enfant, repose ] l'innocence Te prépare toujours un paisible sommeil ; Du baiser maternel, non, la douce influence jVe sautait liàter ton réveil !
Dévouement maternel, admirables tendresses, Touchant tableau d'un fds par sa mère allaite ! Mais je ne goûtai pas ces premières caresses. Moi, pauvre enfant de charité!
Cette réflexion déchirante part , on le voit bien, d'un cœur qui souffre ; c'est une douleur qui sere'vêle sans 'emphase et sans déclamations. Un peu plus loin, cette douleur que le poète ressent si vivement , ces élans d'une âme froissée sont rendus avec une grande noblesse dans les vers adressés à Hégésippe Moreau , lorsque parlant d'un père inconnu à cette autre Aictime de l'infortune , 3111e. Reine Garde s'écrie :
Mon père! — Ah! cher Moreau, pour lui donner ce nom Il nous faut à tous deux cette charité sainte Qui sur le Golgotha, n'exhalait point de plainte Et n'Implorait que le pardon !
— Il y a dans ce volume une fort jolie pièce inlîînlée A mon chardonneret, qui pourrait se prêter à une étude curieuse par la comparaison que loi^ établirait entre les vers de Mlle Reine Garde et une longue complainte en roman , sur un sujet à peu près analogue. La pauvre couturière déploie la mort d'un oiseau qu'elle aimait et dont la voix a\ait su un peu égayer sa solitude ; le félibre auteur de la complainte fait entendre des sanglols factices sur le trépas d'un aucèu-phénis, soit plus vulgairement la tourterelle de son ami M. Adolphe Damas.
Si c'est la simplicité, la grâce naïve que l'on recherche dans la manière de s'exprimer en roman, cette comparaison démontrerait de quel côté ces qualités peuvent se trouver, quand un sujet presque identique est traité en français et dans la langue des félibres.
Mlle Reine Garde , qui pleurait avec sincérité , n'éprouva aucun en\iede rappeler à ce sujet Catulle, Lesbie, ni le reire Anacréon, ni aucun autre possesseur de volatiles précieux. On ne la voit point ienlée àe maudire la Provence^ de renou\eler les imprécations de Camille contre Rome, à propos de la mort d'un poulit bestiari.
E dison, pàure ! qu'a hou lis-cs Uempièl s.i mort noste endré càud ; 'iMë )^6-l\ chalo le languisses , IN6^ti blad rous te fan plus gàu :
Ah ! qii'uno Iriïto souvenènro Noun ei)lar!j)e loiui espnl, E noun niaudrguès la Prou^-enco Per'toun aucôu que ia pcn !
Li pn>trihouii ri W scgaire ?>'cn au parla lona; dl cnmiii :
yàiù chatouno an dit : Pecaire î E l'an ploura tout un matin.
E li picbot qu'is esroududo Soulo li barri van jnnga; Tant 1 eluguct par ahitudo, An fa Ion ro:nid, esioumagn.
Qui donc après ceci ?e sentirait ému en faveur de ce bon monsieur qui ne fait que pleurer : lou bon moussu fai que ploura ? N'aurait - on pas plutôt une forte en\ie de rire devant cet étalage de deuil public et général dont on nous donne le tableau : les jeunes filles éperdues, les fauclieurs de foin, les bergers qui se lamentent de concert , les enfants cessant leurs jeux et se rangeant en rond pour larmoyer à qui mieux mieux, le tout paixe qu'un oiseau appartenant à M. Dumas est descendu dans le ir:)sicrd"un douue.
( 198 ) Nous n'attacherions aucune imporlanee, cela va sans dire^ aux larmes mesurées par M. Mistral sur cette tourterello perletado, si nous ne voyions là une occasion de démontrer que le roman ne préserve nullement de l'emphase celui qui l'emploie. Ecoutez à présent la tristesse de Mlle Reine Garde :