‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 10 sur 93 · Solbrig, Allg. Zeilsch. f. Psych., B. XXV, p · texte numérisé non relu

Solbrig, Allg. Zeilsch. f. Psych., B. XXV, p

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une idée d'indignité, d'humilité; te malade se croit déchu de sa qualité d'homme, indigne de communiquer par la parole avec ses semblables. Tantôt c'est une idée d'expiation : il garde le silence pour expier des fautes imaginaires qu'il se reproche. Dans d'autres cas, c'est la crainte de nuire à quelqu'un, de compromettre une personne aimée en parlant, qui lui fait garder le silence. Une malade du service de M. Faire t, qui se renfermait ainsi dans un mutisme absolu, avouait par intervalles que c'était par peur de compromettre son fils en parlant. Quelquefois ce mutisme a sa source dans une idée hypocondriaque, et si le malade ne parle plus, c'est qu'il a l'idée qu'il n'a plus de langue, que son larynx est détruit.

Il peut arriver aussi que le mutisme soit le résultat de l'idée de persécution, et le silence que gardent les malades est dû alors à un sentiment de méfiance exagérée. Il est bon de noter que ces aliénés méfiants, s'ils ne parlent pas, écrivent souvent avec une véritable passion.

Marcé rapporte l'histoire d'une femme de 40 ans qui après avoir présenté au début des idées de défiance et des craintes d'empoisonnement, était graduellement tombée clans un tel état d'inertie et de stupeur que l'on supposait chez elle l'inactivité cérébrale la plus complète. Elle restait toute la journée immobile, indifférente et ne répondait à toutes les questions que par quelques monosyllabes prononcés d'une voix étranglée. Mais, chaque matin, elle consacrait un temps assez long à écrire en cachette : et sur ces feuilles soigneusement dissimulées, Marcé trouva les idées délirantes les plus diverses : idées de persécution, d'empoisonnement, idéeerotiques. La malade raconlail à sa façon les plus petits

incidents de La journée, et de plus elle répondait par écrit à toutes les questions qui lui avaient été adressées pendant le jour et devant lesquelles elle était restée muette.

Il est certains cas dans lesquels le mutisme est plus apparent que réel.

Il y a par exemple des aliénés auprès desquels toute question semble rester sans réponse, et cependant, si l'on prête attention, on voit leurs lèvres remuer comme s'ils parlaient, et en s'approchant d'eux, on s'aperçoit qu'ils marmottent à voix basse, presque inintelligible, des paroles qu'on a peine à saisir.

Il en est d'autres qui, abandonnés à eux-mêmes, gardent le silence, ne font pas de réponse immédiate aux interrogations, et l'on s'éloigne convaincu qu'ils sont dans le mutisme. Mais c'est là une erreur,' et si l'on avait attendu quelque temps, une ou plusieurs minutes même, on aurait été fort surpris de recevoir la réponse demandée. Il semble y avoir là un fait analogue à ces retards de perception que l'on observe souvent lorsqu'on examine la sensibilité de certains malades, qui ne réagissent sur une excitation qu'un certain temps après qu'elle s'est produite. Ici intervient en plus cette difficulté de synthèse à laquelle nous avons fait allusion plus haut, et qui rend très pénibles la compréhension des mots agencés en phrase, et la construction d'une réponse appropriée à l'interrogation.

Dans d'autres cas, la réponse se fait encore plus attendre et ce retard prolongé peut alors être justiciable d'amnésies verbales transitoires. Nous aurons l'occasion de l'apporter plus loin des exemples de ce genre à propos des amnésies verbales.

Ces faits de mutisme vésanique sont importants à

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connaître pour les personnes peu familiarisées avec les aliénés. Car ces malades qui ne parlent pas et semblent insensibles à toute excitation extérieure, en particulier à l'excitation auditive, pourraient être considérés comme atteints, par exemple, de surdité, corticale, psychique, verbale ou aussi d'aphasie motrice, tous symptômes sur lesquels nous n'avons pas à insister ici.

Déplus, comme ils peuvent être porteurs de stigmates hystériques, leur mutisme pourrait être rapporté à l'hystérie.

Mais s'ils sont muets et aphones comme les hystériques atteints de mutisme, en revanche, le plus souvent leur physionomie ne manifeste pas, comme chez ces derniers, le désir de se faire comprendre, et loin de chercher comme eux à traduire leur pensée par le geste, l'écriture, ils restent figés dans leur immobilité silencieuse. C'est là ce qui se produit dans la majorité des cas. Cependant, comme nous le verrons plus loin, il est quelques faits qui peuvent donner à réfléchir.

Ces modifications du langage, par ralentissement ou par suppression, se rencontrent le plus souvent telles que nous venons de les exposer dans les différentes variétés de mélancolie aiguë : mélancolie simple, dépressive ou avec stupeur. On les retrouve aussi dans les formes chroniques, dans les états mélancoliques symptomatiques (folie circulaire, paralysie générale, démence apathique).

Bien que plus spécial à ces divers états mélancoliques, le mutisme peut se rencontrer, mais passagèrement, dans les états maniaques (d'IIeurle) 1 ; la pensée devenant alors si impétueuse, si désordonnée qu'elle passe

1 . D'Heurle, De la mutité chez les aliénés. Thèse de Paris, 1847.

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la mesure de mobilité possible des agents de l'articulation.

Dans la démence, comme dans l'imbécillité, l'idiotie, la diminution ou la perte du langage n'est souvent que la manifestation de la confusion et de la pauvreté des idées, la preuve de l'affaiblissement intellectuel. Ces malades deviennent ou sont incapables de comprendre, de former une idée: ils restent alors muets parce que la parole estime manifestation de la pensée et que chez eux la pensée a disparu pu n'existe pas.

En terminant ce chapitre, nous rappellerons qu'il existe des aliénés, des mélancoliques surtout, qui, tranquilles le jour, se mettent la nuit à crier, à chanter, à parler sans cesse. Cette loquacité nocturne peut être liée au redoublement des hallucinations ou illusions pendant la nuit. De plus, il est à remarquer que la nuit donne souvent, pour un instant, un regain de vigueur à la pensée affaiblie, et c'est ainsi que certains déments, apathiques le jour, deviennent loquaces la nuit, et semblent', dans leurs discours, retrouver des lambeaux de leur intelligence, une mémoire partielle de certains faits oubliés pendant la veille

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