‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 9 sur 93 · P. Janet, Revue philosophique (mars, avril · texte numérisé non relu

P. Janet, Revue philosophique (mars, avril

2. J, Séglas, Du mutisme mélancolique (Ann. mcd. psych., •1891).

L'influence de ce défaut de synthèse peut encore être mise en évidence d'autres façons. Il est aisé, d'abord, de remarquer que ces malades qui parlent si difficilement peuvent répondre aux questions qui ne nécessitent que des réponses très brèves.

C'est ainsi qu'une de nos malades, mélancolique dans la dépression, ne parle pas lorsqu'elle est abandonnée cà elle-même ; si on lui adresse la parole, elle écoute et semble comprendre ce qu'on lui dit ; même, au besoin, elle commence une réponse, mais ne termine pas ses phrases. Elle approuve seulement ou désapprouve oralement, lorsqu'on les termine à sa place. En général, pour obtenir une réponse, il faut procéder par questions ne nécessitant qu'une affirmation ou une négation simple, car elle ne peut répondre une phrase un peu longue sans s'arrêter.

D. — Vous comprenez bien ce qu'on dit?

R. — Oui.

D. — Savez-vous ce que vous voulez dire? R. — Oui.

Et cela est vrai, puisqu'elle peut approuver ou non la réponse faite à sa place.

D. — Pourquoi ne parlez-vous pas :'

R. — Je ne sais jamais comment dire.

D'un autre côté, il est facile de contrôler ce défaut de synthèse, de voir que les malades ne comprennent pas le sens général des phrases, en les faisant lire, lorsque c'est possible. On s'aperçoit alors que s'ils lisent correctement, s'ils comprennent les mots en détail, ils ne peuvent donner le sens de leur lecture. Ce n'est que lorsqu'on leur a donné le sens général de la phrase, en un mot qu'on a fait pour eux la synthèse, qu'ils peuvent donner la signification de la phrase.

TROUB I. ES

Dans ce cas aussi seulement, on voit qu'ils s'en souviennenl .

Déplus, on constate que ces aliénés qui ont un souvenir exact des faits antérieurs à leur maladie, ne savent rien ou presque rien de ce qui se passe depuis, et ne gardent le souvenir que de ce qu'on leur a expliqué. Cette amnésie spéciale post-mélancolique a sa source dans les différentes particularités que nous venons de signaler. Si les faits du délire sont oubliés après la guérison, c'est que le malade n'a pu les percevoir nettement, les grouper ensemble, les synthétiser, en un mot les comprendre. On ne retient bien, en effet, que ce que l'on a compris.

Tous les faits de cette catégorie sont absolument semblables à ceux qu'a étudiés en détail M. P. Janet dans l'article déjà cité.

Ainsi que l'a dit M. Janet, quand la synthèse a été faite d'une façon quelconque, elle se répète ensuite automatiquement. Les éléments n'ont plus besoin d'être liés ; ils le sont déjà : il ne s'agit plus alors d'une synthèse, mais d'une association d'idées, opération diiférente et qu'il importe de distinguer. Ce qui est capital ici, ce n'est pas tant la complexité que la nouveauté de la synthèse, nécessaire par exemple pour grouper les différentes sensations visuelles provoquées par la lecture d'un livre nouveau ; et cela est surtout vrai , croyons-nous, dans la mélancolie où tout est changé pour le malade et lui apparaît sous un jour nouveau. C'est justement cette nouveauté qui est la cause principale du défaut de synthèse.

Si nous nous sommes laissé entraîner dans ces détails qui peuvent paraître un peu longs, c'est que ces cas particuliers ont été jusqu'ici peu étudiés, de même que

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d'autres encore moins connus, clans lesquels le mutisme relatif, intermittent, peut résulter d'amnésies verbales, de la perte de signification des mots, de la présence d'hallucinations verbales psycho-motrices. Nous ne pouvons que citer ici ces dernières causes; nous aurons l'occasion d'y revenir plus en détail par la suite, en étudiant les troubles de la fonction langage.

Dans d'autres cas bien connus de tous aujourd'hui, le mutisme résulte d'un arrêt total de la pensée. La dépression intellectuelle est à son maximum; le malade est plongé dans la stupeur ; l'exercice des opérations intellectuelles est interrompu, c'est la suspension de toute activité psychique, le non être psychique absolu, et le malade ne parle pas parce qu'il ne pense pas1.

D'autres fois, au contraire, c'est parce qu'il est absorbé, concentré dans des idées pénibles incessantes, ou dominé par des hallucinations continuelles qui le rendent insensible à toute action extérieure. Son apparence stupéfiée cache un délire intense, continu, absorbant, le dominant tout entier. Il ne pense pas plus à parler qu'à satisfaire sa faim, sa soif, ses besoins. C'est un mutisme par distraction.

Au lieu d'être involontaire comme clans les cas précédents, le mutisme peut être le résultat d'une détermination volontaire du malade. Souvent c'est une hallucination spéciale qui est l'origine de son mutisme.- Il entend par exemple une voix impérative qui lui défend de parler, et malgré toutes les instances, il garde le silence.

D'autres fois son mutisme n'est que la conséquence d'une idée délirante, variable d'ailleurs. Tantôt c'est

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