‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 17 sur 93 · Snell, lac. cit. ; Bnosius, loc cit · texte numérisé non relu

Snell, lac. cit. ; Bnosius, loc cit

Shlager, Wien. med. Wochenblall, XXX, II, 112, 14.

Tanzi, Neologismi dcgli alienati in rapporta col delirio cronico (Biv. sp. di fren., t. XV, fasc. IV, 1889).

Lefèvre, Élude clinique des néologismes en médecine mentale. Thèse de Paris, 1891.

A. Marie, Étude sur quelques symptômes des délires systématisés. Paris, 0. Doin, 1892.

rapidité extrême des associations d'idées, des représentations mentales variées, se succédant comme les images d un kaléidoscope.

On les trouve encore dans l'alcoolisme aigu ou chronique, dans la paralysie générale progressive, où le discours est parsemé de mots détournés de leur -«m, s employés pour d'autres parce qu'ils sont plus sonores plus ronflants ; où l'on voitles malades, affaiblis surtout au point de vue de la mémoire, oublier les substantifs usuels, se servir de circonlocutions pour remplacer I, mot oublié et finalement prononcer des syllabes des phrases inintelligibles. Il en est de même chez les cléments qui, par suite de l'affaiblissement de leur mémoire, détournent les mots de leur sens, les écorchent et forment ainsi des mots nouveaux; et dont le discours se borne souvent, lorsque la ruine des facultés est complète, à répéter automatiquement des mots ou des syllabes incompréhensibles n'ayant d'autre lien apparent qu'une assonance plus ou moins complète.

Dans le langage des imbéciles, on rencontre mis-, fréquemment des mois mal articulés, des syllabes sans autre lien d'association que la consonnanee, e1 faisant ressembler leur langage à celui des enfants qui disent nounou pour nourrice, dada pour cheval, étc... Chez les idiots, les sons mal articulés, les cris informes qu'ils émettent ne peuvent être pris comiup des néologismes, même passifs.

Il est encore une sorte de mots créés qui peuvent rentrer dans la classe des néologismes passifs, mais se forment cependant par un procédé autre que celui que nous venons d'exposer. Ces mots nouveaux, comme l'a fait remarquer Brosius, sont alors comme le résultat d'une impulsion. C'est un réflexe moteur succédant à

D U LANGAGE

l'impression actuelle, et sans qu'il y ait la moindre relation entre l'idée et le mot. En même temps, on peut souvent noter des mouvements dans les autres groupes musculaires. Ce n'est donc qu'un phénomène de décharge analogue à l'interjection qui se produit sous l'influence d'une émotion vive, et semble soulager ainsi la sensibilité exaltée.

Cotard 1 donne de ces faits une interprétation analogue :

« Sous l'influence, dit-il, d'un état d'exaltation de la sensibilité morale, des actes même qui, à l'état normal, ne se produisent jamais sans le concours préalable de l'intelligence, prennent le caractère de manifestations mimiques, d'actes succédant directement à des impressions morales, sans travail intellectuel intermédiaire. C'est ainsi que le langage articulé se présente avec un caractère absurde, illogique, incohérent. Les mots si1 présentent vraisemblablement suivant certaines affinités qui les relient aux divers états émotifs, en dehors de toute espèce de liaison logique. De là, la répétition fréquente de certains mots ou de certaines syllabes dépourvus de sens. Le langage se rapproche de l'interjection et du juron. »

A l'état physiologique même, il suffit d'un sentiment vif pour faire prononcer des syllabes dépourvues de sens ou des mots incohérents.

Nous avons observé une personne de ce genre, Lrès impressionnable, maisnullementaliénée, etqui, sousl'in- (luence d'une émotion vive, prononçait des mois sans signification, des syllabes incompréhensibles. La plus

1. Cotai»», Eludes sur les maladies cérébrales et mentales, 1891, p. 280.

TRO i M LES

fréquente de cesinterjections était la suivante : « Béaah ! » Elle prononçait, disail-rlle, ces syllabes comme malgré elle et il lui semblait que cela la soulageait beaucoup.

Des phénomènes semblables se rencontrent chez les aliénés. Récemment M. Féré 1 a rapporté à la Société de Biologie le fait d'un persécuté qui prononçait le mot « Crouque », chaque fuis qu'il avait un sujet d'excitation, et il faisait remarquer que ce néologisme n'était produit que par l'association de mouvements vocaux spasmodiques avec un état émotionnel.

Chez les maniaques, il est fréquent de noter des syllables associées, des mots nouveaux sans signification, à la suite les uns des autres, comme seuls symptômes d'un état d'excitation motrice, et sans que le malade leur donne une signification particulière.

Des faits de même ordre se rencontrent aussi dans la mélancolie anxieuse. Une malade de ce genre observée par Cotard, lui disait : « J'étais dans un état affreux d'angoisse et d'agitation nerveuse, je parlais constamment et je sentais que ma parole n'était plus dirigée par ma pensée. »

Le langage des déments est aussi parfois émaillé de néologismes de même nature.

Il n'est pas rare également de voir des malades atteints d'idées obsédantes, prononcer, lorsqu'ils sont en état de crise angoissante, des mots parfois incohérents. Cela se rencontre notamment dans certaines formes d'onomatomanie, mais peut se trouver aussi dans d'autres variétés d'obsessions. Un malade de ce genre , que nous avons longtemps observé à notre consultation delà Salpètrière, atteint d'idées obsédantes,

\. Fkré, Société de Biologie (20 juin -1891).

sans être onomatomane, prononçait les mots: « Bibi- Raton » pour faire cesser ses crises d'angoisse. 11 avait pris cette habitude parce qu'il se souvenait qu'une fois, sous le coup d'une crise, il avait prononcé ces mots subitement, d'une façon explosive, sans les avoir cherchés, et que cette espèce d'interjection particulière avait mis fin à l'état émotionnel pénible dans lequel il se trouvait à ce moment.

M'inverse des précédents, les néologismes actifs sont créés avec intention, et correspondent à une idée, plus ou moins nette d'ailleurs dans l'esprit de l'individu. Dénués de sens pour tout autre que lui, ils acquièrent une signification spéciale lorsqu'on en a la clé. Cette espèce de néologismes fourmille dans le langage courant. Certaines écoles littéraires en font un véritable abus; en politique, nous assistons tous les jours à la création de mots nouveaux comme : opportuniste, radical, centre-gauche, libre-échangiste, etc., insignifiants en eux-mêmes, mais dénotant un travail Intellectuel antérieur.

A la place de l'incohérence des associations précédentes, nous trouvons maintenant, à l'origine des néologismes actifs, des associations systématiques multiples, coordonnées dans une certaine direction, se résumant en définitive dans un mot nouveau. A la place d'associations d'images, ce sont des idées complexes, des synthèses multiples, mettant en lumière, au lieu de l'automatisme psychologique, l'activité de la pensée.

Ces considérations nous font déjà entrevoir (hypothèse confirmée d'ailleurs par la clinique) que cette variété de néologismes est surtout en rapport avec les délires systématiques, quelle que soit leur variété : persécution, grandeur, mysticisme, érotisme, hypocondrie.

TROUBLKS

Une fois le délire organisé, plus ou moins ingénieux suivant les ressources de son esprit, après avoir longuement réfléchi, longtemps cherché, après avoir médité ses arguments, discuté leur valeur, le malade 1rs concentre en quelque sorte dans des mots nouveaux, lui paraissant mieux faits que les termes ordinaires pour exprimer d'une manière précise ses convictions erronées. .Mais, ce qu'il est bon de noter, c'est que, une fois le mot trouvé, il s'en contentera désormais. Ce mot fixe sa pensée, et, dès lors, il oublie presque les synthèses successives qui l'ont amené à sa création. Il n'a plus rien à expliquer, rien à chercher, le mot dit tout et sa présence cache, au fond, un affaiblissement considérable de la pensée. N'en est-il pas malheureusement ainsi, même à l'étal normal, chez bien des faiseurs de systèmes scientifiques qui ne font que dissimuler, sous des vocables plus ou moins ronflants et pittoresques, la faiblesse et le vide de leurs théories? Ainsi que l'aliéné chronique, ils ont le culte du mot ce sont, comme on l'a dit, des

« logolâtres ».

Dans bien des cas, il est 1res difficile de savoir la raiSon du choix de l'expression. Parfois, elle est imagée, compréhensible, en rapport tellement direct avec l'idée qu'elle doit exprimer, qu'on la dépiste aisément dans le mot de nouvelle formation qui la désigne.

Par exemple, une persécutée qui se plaint qu'on la regarde de travers, se dit en but aux poursuites des « Reluquets ». Une autre, souffrant de troubles de la sensibilité générale, se plaint de sensations douloureuses le long de l'épine dorsale, qu'elle attribue aux agissements d'un forçat « épinedorsalier ».

D U L AN GAG E

Un malade persécuté entendant des voix qui viennent de loin, et de timbre différent, les qualifie de « polyphoniques » et de « téléphoniques ».

Il est encore certains mots qui, compréhensibles en eux-mêmes, ne deviennent des néologismes que par leur association avec d'autres, par exemple, les mots : jambes de verre, lime de feu...; expressions imagées, correspondant souvent à des sensations particulières éprouvées par le malade qui cherche à les décrire le plus nettement possible.

Ce sont là les cas les plus simples, mais il en est d'autres où l'on saisit mal la relation du néologisme avec l'idée à laquelle il s'applique, et où le malade est obligé d'expliquer le fond de sa pensée.

Alors le néologisme résulte d'associations d'idées préalables ; quelque chose d'analogue à ces « trucs » mnémoniques employés pour se rappeler certains noms, et qui font qu'à un moment donné, le mot créé se présente à l'esprit à la place de celui qu'il avait pour but de rappeler à la mémoire.

D'autres fois, le néologisme a sa source dans des hallucinations auditives, faisant entendre au malade des mots incompris d'abord et qui acquièrent par la suite une signification spéciale.

Un malade de Brosius1, ayant entendu le mot « Kizfteck » pendant qu'il mangeait, se servait depuis de ce même mot toutes les fois qu'il voulait dire : « J'ai assez mangé » .

Un autre cité par Snell a, entendant toujours les syllabes « bi, bi », se faisait appeler « Bischof « (évoque).

Page 1