Martini, loc. cil
T R DUBLKS
Le premier a certainement raison, mais le second n'a peut-être pas tort et la question pourrait, il nous semble, être résolue par la distinction suivante. Le néologisme actif dénote une affection chronique, incurable , un affaiblissement intellectuel qui ne fera désormais que s'accentuer, en se traduisant par des modifications parallèles des néologismes qui deviendront moins logiques, moins rationnels. Quant aux néologismes passifs, si certains d'entre eux sont en rapport avec des états incurables de démence, de paralysie générale, nous avons vu qu'il en est aussi qui se rencontrent dans des cas très bénins, d'excitation maniaque, par exemple. Aussi leur valeur pronostique est-elle variable, et ne sont-ils pas, de par eux-mêmes, comme les précédents, un signe constant d'incurabilité.
Lorsqu'ils existent en grand nombre chez le même malade, les néologismes donnent lieu à un discours incompréhensible au premier abord, lorsqu'on n'en a pas la clé. On croit avoir affaire à un dément incohérent, tandis que souvent on se trouve en face d'un aliéné seulement chronique, encore très systématisé et non en état de démence caractérisée.
On peut, d'après les phrases suivantes tirées de l'interrogatoire d'une de nos malades à son entrée, se faire une idée de tous les faits que nous venons d'exposer. Parmi les néologismes qui émaillent son discours, se rencontrent des exemples de presque toutes les catégories exposées ci-dessus.
D. — Comment ètes-vous venue ici?
R. — Je ne veux pas passer pour folle. Je suis vif depuis ma charge dernière; je suis droit, n'étant pas à l'envers.
I) — Je désirerais savoir...
R. (interrompant). — Je suis au secret, le Lair du pays a dû vous prévenir... (Interruption, la malade semble écouter, marmotte quelques mots à voix basse et reprend.) Cette sauce me tue la tète.
D. — Qu'est-ce que la sauce?
r. Je dis cela comme je l'ai entendu dire.
D. Vous avez à vous plaindre de la sauce.
r. Tenez-vous à votre affaire, monsieur. Quand on est homme, on ne fait pas la bête. Ètes-vous de la sauce-carte? Êtes-vous carton?
D. — Qu'est-ce que la sauce-carte?
r. Vous aimez mieux la matelote, peut-être?
Est-il assez bouffe !
D. — Quels rapports avez-vous avec la sauce-carte?
R. — Je suis à la tète de toutes les sauces depuis cinquante-cinq ans; je veux la fortune qui me revient; j'ai la protection du lair.
D. — Vous voulez parler des sociétés?
R. — Je dis comme j'ai entendu dire.
D. — Vous avez entendu parler?
R. — Je réponds.
D. — Était-ce des sottises qu'on vous disait?
r. N'en parlez pas; ce sont des niaiseries; je ne m'en occupe pas, j'y réponds.
D. — On vous a fait des misères?
r. On m'a chargée, mais j'ai la protection du lair, j'ai créé des animaux.
D. — Vous êtes donc puissante?
R. — Vous me traitez en bête, je suis tête. Ce n'est pas le vrai qu'il vous faut, c'est le clinquant; je ne répondrai plus.
D. De quelles sauces parliez-vous tout à l'heure?
TRO CJ H L ES
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A travers ce langage spécial, si incohérent au premier
de deviner, non se nt™
affa re à un délire encore très actif, nmis même il esl posahle de reconnattre un nombre suffisant de symptômes pour le caractériser. J P
Dans ce court interrogatoire, la malade a révélé des .dees de persécution, des hallucinations de Poule ini , neuses, des ,dées de puissance et de richesse, e, 7 peut déjà porter le diagnostic de délire systématisé de persecatmn et de grandeur à marche chronique Le renseignements recueillis ont d'ailleurs confirme le diagnostic l.
En dehors des Qéologismes, les discours des aliénés présentent encore dans leur contenu d'autres modifications particulières.
nXLÏu . ■ Pe ÇU qU el,e était malade Qu'en 1870 Elle prétendait qu'on la su.vait dans la rue, qu'on a regardait de travers, qu'on chuchotait sur son passage. Puis elle a cru one ont le monde lui disait des sottises, qfon ait la X Elle eut plus tard des idées d'empoisonnement ïïouvait iuë les viandes avaient un mauvais goût, se plaignait de sen ir de
dTn/Sle T en,e t0,UteS Sortes *> «Liions dtagrSle cuTu s I v " 1 16 n 3 JamaiS désiSQé nettement de persécuteurs II y a cinq ou six ans, elle a commencé à se servir de mots incompréhensibles. Depuis quatre ans, elle parle de mat?/ ^ 7 a,V°léeS' 56 Prétend Propriétaire de piu eur ^ïSnïU ''n6 Ci0U aV° r MtieS' se dit desceQd«> d'une riche famille, possède de grands pouvoirs, une grande science.
Antérieurement elle n'a jamais eu d'accidents nerveux. Ajoutons qu un oncle de la malade est mort aliéné avec des idées de persécution et qu'une sœur, persécutée comme elle, est actuellement internée.
I) V LA N GAG Ifl
Souvent ils renferment des syllabes, des mois ou même des phrases incidentes, intercalées au cours des phrases principales. C'est YEmbololalie de Merckel. Parfois, ce sont des syllabes ajoutées au mot comme préfixes ou suffixes, constituant ainsi une certaine Ressemblance avec ce qu'on appelle vulgairement le langage javanais.
Ou bien, ce sont des mots ou des phrases qui sont ajoutées, souvent sans aucun sens : comme chez cet individu cité par Kussmaul, qui terminait ses phrases, pour leur donner plus d'ampleur , par Wiederum dawiederumda, et chez ce médecin cité par Franck1, qui disait : « Le patient a bien dormi, hedera, a eu deux garde-robes, fédéra ». — Une femme internée à la Salpètrière termine toujours ses phrases par « en tout et pour tout ». Une malade de M. A. Marie commençait toutes ses phrases par ces néologismes : « Araken- Doken-Zoken ».
D'autres fois, les mots surajoutés ont un sens. Une de nos malades intercale souvent dans son discours les mots « bien entendu », destinés suivant elle à chasser de mauvaises influences. Une autre émaille ses phrases des termes « dis », ou bien « m'entendez-vous », et prétend se mettre ainsi en rapport avec des personnages qui l'inspirent. Une troisième « pour se maintenir dans ses droits », se sert d'une certaine formule qu'elle commence toujours par « 5 fois 5 font 25 ». Souvent, en effet, on rencontre intercalées des phrases entières, en quelque sorte symboliques, destinées à conjurer les influences néfastes.
Dans quelque cas, certaines phrases interposées clans