‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 20 sur 93 · I. Fuantz, Préceptes, t. II, Lect. I, ch. H · texte numérisé non relu

I. Fuantz, Préceptes, t. II, Lect. I, ch. H

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le discours lui donnent une allure tout à fait incohérente, alors qu'elles ne sont qu'une réponse ù des hallucinations, la malade tenant à la Pois deux conversations, l'une avec son interlocuteur invisible, l'autre avec la personne présente. On peut observer assez fréquemmenl des exemples de ce fait. Nous avons même connu une malade de ce genre qui tenait ainsi deux conversations, mais avec ce détail particulier qu'une phrase à l'adresse de l'interlocuteur présent était prononcée de sa voix normale, pendant l'inspiration, tandis que l'autre, en réponse à l'hallucination , était prononcée pendant l'expiration à la façon des ventriloques.

Nous signalerons aussi les paraphrases dont abusent certains malades, développant à l'infini, sous toutes ses faces, leur idée fixe; les tournures de phrases allégoriques, les comparaisons, les sentences dont ils émaillent leurs discours.

L'abus des pléonasmes est également fréquent, ainsi que l'accumulation des qualificatifs, comme chez cette malade du service de M. Falret qui désigne les hommes sous le titre « d'hommes humains mortels », et se dit tourmentée par la « théologie sacrée surnaturelle démoniaque ».

Il en est qui se contentent au contraire de répéter toujours les mêmes expressions. Nous avons vu par exemple en ville une paralytique générale qui accolait à tout substantif l'adjectif « petit ». Elle nous emmena dans sa chambre pour nous montrer sa petite bougie, dans un petit flambeau, sur sa petite table de nuit, et nous ne pûmes la quitter sans avoir admiré le petit lit, la petite pendule, les petits meubles qui garnissaient la petite chambre de cette paralytique, cependant orgueilleuse et satisfaite.

Quelquefois c'est un «5 syllabe ajoutée à la plupart des mots et dont les malades font un véritable abus ; comme les paralytiques généraux qui se servent constamment de la suffixe « issime », et se disent savantissimes, richissimes, tenorissimes, etc.

Dans d'autres cas, l'on assiste à la répétition du même mot, parfois sans signification pour tout le monde et même pour le malade, qui ressemble alors à ces enfants séduits par un mot qu'ils ne comprennent pas, et que cependant, ils ne cessent de répéter.

La répétition du même mot est parfois due à une idée hypocondriaque.

« J'ai connu, dit Morel ', une dame douée d'une certaine dose d'hypocondrie, qui, craignant de perdre l'usage de la parole, se croyait obligée de répéter incessamment le même mot, la même phrase. »

Cette répétition d'un même mot peut se rattacher aussi à une idée superstitieuse comme chez certains individus qui attachent une importance au nombre trois.

Inversement il en est qui, mus par une même idée, se servent de périphrases pour éviter de prononcer certains mots. (Aphrasie superstitieuse de Kussmaûl.)

D'autres aliénés, avant de répondre à une question, ont l'habitude de répéter les phrases que prononcent leurs interlocuteurs, comme certaines personnes, saines d'esprit, qui voulant prouver ainsi leur attention, répètent la (in des phrases entendues.

C'est là une variété d'écho bien différente de l'écho- Ialie dite réflexe des imbéciles, des idiots, ou même des déments. Dans ce cas les malades se bornent à répéter

■1. Morel, Traité des mal. ment., p. 300.

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machinalement, d'une façon monotone, les mots ou phrases prononcés devant eux, sans y prêter aucune attention et surtout sans y attacher aucun sens. (Ëchosprache, Romberg «, Bateman 2, Brosius 3.)

En voici un exemple emprunté à Brosius :

D. — Gomment cela va-t-il?

R. — Comment cela va-t-il?

D. — Que voulez-vous faire aujourd'hui?

R. — Que voulez-vous faire aujourd'hui? que voulezvous faire aujourd'hui? que voulez-vous faire?

Dans d'autres cas, le malade s'empare du dernier mot ou de la dernière syllabe entendue, pour former la première syllabe d'un nouveau mot par assonance. Ce fait est très fréquent chez une de nos persécutées. Vous dites devant elle : « Jour de l'an », elle continue : « L'anguille, guillotine », etc. Elle agit de même lorsque le premier mot lui vient spontanément à l'esprit, ou lui est fourni par une hallucination auditive. Une autre femme à qui l'on demandait des nouvelles de sa santé, répondait ces mots : thé, Thémis, Thémistocle. {Lauzit.)

Ces sortes de jeux de mots ne sont d'ailleurs pas rares chez les aliénés. Une malade, qui se prétend Mme de Beauharnais, répond, lorsqu'on paraît étonné de sa nouvelle qualité : « Mais, ne suis-je pas bien harnachée. » Une autre, en parlant de l'évèque Freppel, ne disait que frigida pellis.

A. Romueb g, l.ehrbuch der Nervenkrankheiicn, p. 655.

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