Gazelle des hôpilaux, 17 mai
U TEOUBLES
Il n'est pas rare, par exemple, de voir la migraine ophthalmique accompagner l'épilepsie H en particulier 1 epilepsie partielle.
On peut la rencontrer aussi chez certains neurasthéniques hypocondriaques, chez des hystériques, aliénéfi ou non.
Une de nos malades, atteinte de mélancolie dépressive avec impulsions au suicide, et présentant des stigmates hystériques très nets (ovarie, attaques, hémianesthésie, rétrécissement du champ visuel) se plaignit a plusieurs reprises, pendant la convalescence de l'accès mélancolique, d'attaques de migraine ophthalmique (douleur frontale gauche, scotome lumineux, vomissements), pendant lesquelles elle présentait de la paraphasie, employant un mot à la place d'un autre, et ne formulant ainsi que des réponses dénuées de sens.
Parfois, la migraine ophthalmique fait partie des symptômes prodromiques de la paralysie générale.
M. Charcot 1 a rapporté dans ses leçons cliniques un fait de ce genre, hien caractéristique.
« L..., depuis deux ans, est irritable, méticuleux... Les premiers troubles qui ont surtout frappé l'attention remontent au mois de septembre 1881. 11 a eu alors une première attaque, accès de migraine ophthalmique avec scotome scintillant et affaiblissement de la vue du côté droit, accompagnés d'embarras de la parole, de parésie et d'engourdissement du membre supérieur droit. Il est resté troublé pendant huit jours, puis tout est rentré dans l'ordre; huit jours plus tard, il a eu une deuxième attaque sans perte de connaissance, avec
i. Charcot, Leçons sur les maladies du si/stéme nerveux, t. III
embarras de la parole. L'intelligence reste obtuse pend^v ngt-quatre heures; il paraît se remettre complément en apparence, mais il est nerveux, irrite ri pue remettre au travail; cependant au mois de février 1882, il a une troisième attaque avec les mêmes symptômes de migraine, mais, en outre, i a cette fois, des secousses convulsives à caractère epileptiforme, avec perte de connaissance. Cela a dure deux heures; ce qui semble indiquer qu'il a eu une série d attaques nui ont présenté cette particularité, que les secousses prédominaient à droite. A la suite de cette . attaque, l'embarras de la parole a persisté. Huit jours plus tard, il a eu une quatrième attaque du même genre avec recrudescence de l'embarras de la parole et faiblesse du bras droit. Enfin, le 5 mai, il a eu une cinquième attaque avec parésie du bras droit, suivie le lendemain d'une parésie du membre inférieur droit. Pendant les cinq ou six jours qui ont suivi, il ne pouvait dire que « à cause que ». Le bras droit est resté paralysé pendant un mois. C'est surtout à partir de ce moment que le niveau intellectuel baisse; il est devenu très enfant; il est docile, mais très mobile, pleurant et riant avec une grande facilité. Il ne peut presque pas écrire de lui-même, mais il copie cependant une page d'une écriture tremblée. La mémoire est aussi affaiblie que le jugement et la volonté. — Il éprouve de temps en temps le scotome scintillant. Il a une démarche tibutante ; ses mains tremblent; sa langue tremble aussi; sa parole est à peu près inintelligible; sa physionomie est caractéristique : le regard éteint, les paupières tombantes, la pupille droite est plus dilatée que la gauche; elle n'agit que faiblement par l'excitation lumineuse, mieux par la convergence. »
M. Parinaud a rapporté un fait semblable1.
Nous avons pu également observer un individu âgé de 35 ans, qui vint nous consulter pour des maux de tête qu'il éprouvait par intervalles assez espacés depuis près d'un an. L'examen nous fit reconnaître tous les caractères d'une migraine ophthalmique : céphalalgie frontale gauche, obscurcissement de la vue de ce coté; les objets lui paraissent coupés en deux, scotome scintillant, nausées. Chaque accès s'accompagne d'une perte subite de la parole; le malade ne prononce que quelques mots décousus et, dit sa femme, ne semble pas même comprendre ce qu'on lui dit; il regarde tout hébété la personne qui lui parle. 11 a déjà eu trois accès de ce genre, et dans le dernier le bras droit était resté engourdi pendant presque toute une journée. La parole ne revient qu'au bout de plusieurs heures. En même temps nous notâmes une légère inégalité pupillaire, du tremblement des mains ; de plus, les jambes étaient devenues faibles; le malade était maladroit, laissait tomber tout ce qu'il prenait. Sa femme avait remarqué aussi que sa mémoire baissait beaucoup. Quelques mois plus tard, M. II... revint nous consulter après un nouvel accès de migraine suivi d'aphasie pendant près de 36 heures. L'intelligence avait baissé beaucoup ; le faciès avait une expression de satisfaction niaise; il y avait de plus de l'inégalité pupillaire, de l'embarras caractéristique de la parole, du tremblement fibrillaire de la langue et des mains. Nous avons su que le malade était mort deux ans après dans un asile d'aliénés de province, par suite de marasme paralytique.
La migraine ophthalmique et les troubles du lan-