I. Ballet, loc. cit., p
lnJ° TROUBLES
auditives du mot, mais les perçoivent à l'aide des images motrices d'articulation. C'est ce qu'exprimai! fort justement d'elle-même une de nos malades en disant : « Jen'entends pas, je sens parler »
Nous avons déjà publié un certain nombre de ce£ laits et nous aurons encore, par la suite, l'occasion d'en rapporter quelques-uns. Nous nous contenterons pour 1 instant de citer les suivants.
Un homme observé par M. Charcot avait des voix extérieures et intérieures. « La langue de M X meut malgré lui, au moment où parle la voix intérieure... Je ne crois pas, ajoute M. Charcot, que les voix extérieures, quelque intenses qu'elles aient pu être aient jamais été accompagnées chez M. X. de mouvements de la langue. »
Une de nos malades qui a des voix épigastriques s'exprime ainsi : « Il y en a qui viennent parler dans la bouche et qui obligent la langue à remuer, mais la bouche reste fermée et il n'en sort aucun son. Je comprends ce que les voix disent aux mouvements de la langue, sans prononcer rien ni haut ni bas. » D'autres fois, elle prononce les paroles à voix basse ou même à voix haute. Elle dit que par moments la voix intérieure ne s'accompagne pas de phénomènes de ce genre, mais pour nous ils passent inaperçus. Ainsi, devant nous, elle entend deux voix intérieures qui conversent. L'une dit : « Il est une bête » ; l'autre répond : « Non, il n'est pas une bête. » Or, bien que la malade dise que cette dernière phrase seule ait été articulée en même temps par elle-même à voix basse, nous avons très nettemenl entendu les deux phrases prononcées à voix basse sur le même ton, sans aucune différence. Nous avons maintes fois constaté ce fait. Elle entend aussi les angé-
DU LANGAGE xts".
liques rire dans son estomac et en même temps, elle rit elle-même. D'un autre coté quelques-uns de ses interlocuteurs s'expriment par sa bouche et lorsqu'elle parle, elle distingue sa voix des autres (celle de Dieu, de son père), dont le timbre, l'intonation sont différents. Souvent aussi elle dit à voix basse des mots qui ne sont pas d'elle, car ils ne s'accordent pas, dit-elle, avec ses idées habituelles.
Notons encore un fait qui nous semble tout en faveur de l'explication que nous proposons, c'est que beaucoup de ces malades nous paraissent appartenir à ce qu'on appelle le type moteur. On peut en juger par cette phrase que celle-là nous dit un jour : « Je ne puis pas penser bas, cela m'étouffe, et il me faut parler soit bas, plus souvent tout haut quand je pense. » Ici, comme dans ses conversations intérieures, le mécanisme psychologique est le même; la seule différence réside en ce que le caractère de subjectivité du phénomène, reconnu dans une circonstance, est méconnu dans l'autre.
Une autre malade dont nous aurons l'occasion de reparler disait : « Autrefois, avant les voix intérieures, je pensais sans parler; maintenant je suis quelquefois obligée de parler tout à fait ma pensée et je cause toute fceule tout le temps. »
Une jeune fille que nous avons observée récemment et qui avait des voix intérieures incessantes ajoutait : « Du reste, tout ce que je pense, cela m'arrive sur la langue et je suis toujours prête à le dire. »
•Voici encore comment s'exprime, dans un manuscrit rapporté par Baillarger, un malade du même genre qui avait des voi\ intérieures : « il y a dans ma poitrine, dans la région de l'estomac, comme une langue <|iii
T KO TIR L E s
;"',M"1" tout intérieurement. » Et ij fait lui-même cette remarque intéressante que d'ailleurs, depins qu'il 8e connaît, il n'a pu lire ou penser qu'à l'aide de l'articulation mentale, et que cette articulation mentale lui était nécessaire quand il s'agissait d'évoquer ses souvenirs Dans une des récentes observations de M. Ballet la malade, avant d'avoir des hallucinations nettes, avail déjà remarqué « qu'il lui semblait parler en pensant ».
Il- n'est donc pas étonnant que chez ces individus qui seserventdéjàpourpenser desimages verbales motrices l'hallucination, lorsqu'elle arrive à se produire,' emprunte le concours de ces mêmes images dont l'exercice est familier aux malades.
On peut encore donner d'autres preuves de l'intervention nécessaire des images motrices d'articulation dans la production des hallucinations verbales psychomotrices. Nous avons eu l'occasion d'observer un fait qui ne laisse pas d'être en ce sens très instructif «.
Mme L... se plaint d'être emplâtrée, emboucanée. empestiférée par cinq prêtres dont l'un est dans sa tête, deux dans sa gorge, un dans son ventre, un dans son estomac. Quand elle passait sur un pont, ils la poussaient à se jeter à l'eau malgré elle ; ils font remuer ses doigts de pieds. Ils la font parler malgré elle, surtout la nuit, et dire des tas d'horreurs. Us la possèdent si bien qu'ils parlent par sa bouche, voient par ses yeux, etc. — Un jour qu'elle lisait le journal, elle l'a jeté de colère parce que c'était eux qui lisaient; en effet, sa langue marchait malgré elle pendant qu'elle lisait.
Us lui parlent intérieurement, sans qu'elle les entende