J. Séglas, Congrès international
par l'oreille : « Je ne les entends pas, dit-elle, je les sens parler » Ces voix intérieures viennent du ventre, de l'estomac, de la tète, du dos, de la gorge et surtout de la lan-ue. Ils se cachent sous sa langue et la remuent pour lui parler; quelquefois elle sent aussi ses lèvres frissonner. Elle est tellement consciente de ces mouvements de la langue, qu'elle attribue à la présence des prêtres, qu'elle demande à chaque instant qu'on regarde sous sa langue pour voir s'ils n'y sont pas. Une fois, elle est allée chez un pharmacien pour faire constater leur présence dans sa langue. « Le pharmacien a regardé avec un tube de verre, mais ne s'est pas prononcé. »
Quand ceux qui sont dans le ventre et dans l'estomac veulent parler, elle sent à cet endroit quelque chose qui se décroche. Gela saute et remonte dans la gorge jusque dessous la langue. Comme elle n'a plus de pensée, il y en a un qui lui sert de pensée « c'est le souffleur » : il est placé dans le dos, entre les deux épaules. Elle sent que cela roule ou monte et descend à cette place, mais elle ne comprend pas. Mais il y en a un autre plus haut dans la gorge et sous la langue, qui répète « comme un interprète » ce que le premier veut dire, et c'est alors qu'elle comprend par les mouvements de la langue.
Nous voyons déjà très nettement là tout le rôle joué par l'articulation mentale dans la production des voix intérieures. Mais la mise enjeu du centre moteur d'articulation est encore bien plus nette dans ce qui suit : Les yeux ont été changés en 1889; mais depuis octobre 1888, elle a des prêtres dedans, qui voient par ses yeux et même lui parlent par ses yeux. Elle s'en est aperçue à ce que ses yeux remuent par moments (blépharospasme); mais la plupart du temps, elle ne comprend pas ce qu'ils veulent dire ainsi : « C'est étonnant » .
TROTJBL ES
ajoùtë-t-elle, car il se passe cependant alors dans son œil la même chose qu'elle ressent dans la langue, lorsque lo prêtre qui est caché lui parle, et ce dernier, elle le comprend. Pour qu'elle comprenne ce que celui de l'œil veut dire, il faut que celui qui est dans la langue lui remue la langue en même temps que l'autre remue l'œil. Il en est de même pour le nez qu'ils remuent parfois « comme les naseaux d'un cheval qui a trop chaud », lorsqu'ils veulent lui parler. De même qu'ils la font parler, dans d'autres moments ils l'en empêchent.
Ce fait clinique montre bien qu'il ne s'agit pas dans ces hallucinations spéciales d'une simple interprétation délirante, comme l'ont prétendu certains auteurs, mais qu'elles résultent d'un trpuble psychopathique intéressant une fonction intellectuelle bien déterminée, la fonction langage, et cela, dans un de ses éléments constitutifs, l'image motrice d'articulation. Chez cette malade, en effet, les mouvements qu'elle perçoit dans les paupières, dans les narines, bien que comparables à ceux de la langue, n'ont pour elle et par eux-mêmes aucune signification déterminée, ne lui disent rien. Et cela n'a rien d'étonnant car ils ne peuvent éveiller par eux-mêmes aucune image verbale. Elle a besoin pour en comprendre le sens qu'ils s'accompagnent de mouvement analogues dans les organes. qui servent à l'articulation des mots et qui eux, sont en rapport avec des images mentales différenciées, spécialisées dans le centre moteur d'articulation de la fonction du langage. C'est en quelque sorte une hallucination verbale motrice réflexe.
Voici encore une autre preuve à l'appui de notre théorie :
Une. malade de notre consultation, T..., chez laquelle les hallucinations verbales que nous étudions s'accompagnaient de mouvements de la langue très nets, ne peut pas arriver, quand on l'interroge, à parler ellemême en môme temps qu'elle sent- parler intérieurement. « Il y a, dit-elle ensuite, quelque chose dans les joues qui m'empêche de parler à ce moment. »
Une autre, D... qui avait également des voix intérieures de même nature, nous disait d'elle-même :
« Quand je cause avec vous, si la voix voulait parler, il faudrait qu'elle attende que je sois prête. » Elle avait même l'habitude, lorsqu'elle ne voulait pas converser avec ses voix intérieures, de parler à voix basse de n'importe quoi. Mais cela ne faisait simplement, dit-elle, que retarder la voix intérieure.
Or, dans son intéressant travail sur le langage, Stricker 1 rapporte des expériences tendant à démontrer qu'il est extrêmement difficile, et que la plupart des individus sont même incapables de penser à la fois à deux mots différents cà l'aide de deux images verbales motrices.
C'est, il nous semble, le cas des malades précédentes.
Pour la seconde, si, lorsqu'elle parle à un interlocuteur, elle ne perçoit plus de voix intérieures, c'est qu'à ce moment les images verbales motrices sont employées à formuler la réponse à l'interrogation qu'on lui pose et par suite, elles ne sont plus disponibles pour l'hallucination qui disparaît pendant ce temps.
Chez la première au contraire, qui ne peut répondre aux questions qu'on lui fait lorsqu'elle entend ses