‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 40 sur 93 · QQ · texte numérisé non relu

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passant dans les doigts de la main, alors que le membre avait été désarticulé ou amputé à sa racine ?

Il peut, d'ailleurs, arriver que les symptômes moteurs spéciaux que l'on recherche ne soient pas encore développés au moment de l'examen et ne deviennent conscients que plus tard, comme en témoigne l'exemple d'une malade qui avait des mouvements de la langue très nets pour elle, et accompagnant les voix intérieures, et qui nous disait : « Autrefois je causais seulement de cœur, aujourd'hui c'est de bouche ; ma langue est toute démanchée, elle remue tout le temps. »

Aussi nous ne pouvons guère que déduire nos conclusions des faits que nous observons sur des malades chez lesquels les phénomènes en question sont plus accentués, ou qui, plus intelligents et plus instruits, les analysent mieux clans tous leurs détails. -

D'ailleurs, même dans les cas où l'examen d'un malade ne semble pas donner raison à notre théorie, il est quelquefois certaines particularités de détail qui militent cependant en sa faveur, en dénotant de la part du malade l'inconscience de phénomènes qui n'en existent pas moins pour cela.

Une femme peu intelligente que nous avons observée et qui avait des voix épigastriques, assure que ni ses lèvres, ni sa langue ne remuent quand elle les entend, mais que « cependant c'est comme si c'était elle qui parlait, » et à côté de cela, elle ajoute que l'esprit qui lui parle à l'épigastre, la fait parler malgré elle.

Une autre de nos malades qui a des voix intérieures, nous dit qu'elle ne les entend pas clans l'oreille, mais « ce sont des mouvements qui se font en moi, qui me disent tout cela, tantôt dans la tète, tantôt dans la poitrine ». Elle dit ne rien sentir dans la langue, les lèvres,

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la gorge, quand elle entend la voix intérieure. Mais par moments, on la voit, l'œil fixe, attentive, remuer les lèvres et prononcer des mots indistincts. Elle les répète ensuite tout haut, en disant que c'est la voix intérieure qui vient de parler. Cela se présente parfois, lorsqu'on l'interroge, au milieu de ses réponses, qui se trouvent ainsi interrompues.

Ce qui se passe spontanément chez elle peut, dans d'autres cas, être provoqué expérimentalement, et c'est ainsi qu'on peut quelquefois être renseigné, en l'absence de constatations précises de la part du malade, sur la nature des hallucinations, en le priant par exemple de converser avec les personnes qu'il dit communiquer avec lui par la pensée.

Une femme est poursuivie par un ennemi qui lui fait subir toutes sortes de misères et lui parle sans qu'elle entende sa voix. Nous lui demandons de s'informer auprès de cet ennemi invisible de ce qu'il compte lui faire encore. « Le docteur, dit-elle à haute voix, demande ce que vous voulez me faire? » Alors elle se met à remuer les lèvres, prononçant des paroles confuses, dont nous saisissons quelques-unes, notamment le mot « électricité ». Puis elle reprend tout haut : « Il a dit qu'il me ferait mourir par l'électricité ». Pendant ce colloque, la malade assure n'avoir perçu aucun son par l'oreille ressemblant à une voix humaine, et de plus elle nie avoir remué les lèvres et parlé bas, alors que nous avons pu constater le contraire.

Ces mouvements d'articulation peuvent encore devenir évidents, lorsque les malades écrivent sous la dictée de leurs voix intérieures.

Une aliénée de la Salpêtrière entendait intérieurement la voix des Esprits qui lui dictaient des révélations.

Nous la prions un jour d'écrire devant nous ce que l'Esprit lui révélerait. Elle traça ainsi de son écriture

Fig. II. — Attitude particulière d'une aliénée en proie à des hallucinations verbales psycho-motrices incessantes.

ordinaire une longue page assez incohérente, et pendant tout ce temps, on pouvait la voir nettement remuer les

lèvres, comme se dictant à elle-même, sans qu'à aucun moment elle ait fait le geste de prêter l'oreille à une conversation ou de se détourner, ainsi que le font les hallucinés de l'ouïe.

La physionomie de ces malades est donc importante à examiner. Ils ne présentent pas le faciès des hallucinés de l'ouïe ordinaires, qui ont l'aspect de personnes qui écoutent. Ceux-là, au contraire, remuent les lèvres comme des personnes qui parleraient seules. Lorsque ces hallucinations motrices sont très accentuées, toute l'attitude du malade peut revêtir un aspect particulier, parfois caractéristique. C'est ainsi que nous avons vu une aliénée, atteinte d'hallucinations verbales motrices incessantes, tenir constamment sa main serrée sur sa poitrine, espérant, à l'aide de cette compression, faire cesser les voix dont le point de départ était dans la région épigastrique (Fig. II).

Certaines habitudes de l'halluciné peuvent aussi mettre en évidence tout le rôle joué dans ces phénomènes par les mouvements d'articulation; de même que les hallucinés de l'ouïe se bouchent les oreilles, espérant imposer silence aux voix qui les assaillent, de même on voit les hallucinés moteurs essayer de faire trêve à leurs voix intérieures en arrêtant les mouvements d'articulation. Une des malades précédentes, pour empêcher sa langue de « vaciller » et faire taire ses interlocuteurs, se met souvent quelque chose dans la bouche. Une fois, nous l'avons vue chiquer un gros morceau de citron ; mais le moyen ne réussit pas, ils déplacent le citron et remuent de nouveau la langue pour se faire entendre.

Un persécuté, dont nous aurons encore l'occasion de parler plus loin et qui était atteint d'hallucinations

motrices, avec mouvements de la langue très nets, cherchait à empêcher ses ennemis de connaître sa pensée, en se remplissant la bouche de petites pierres, en même temps qu'il se bouchait hermétiquement le nez, afin d'empêcher les vibrations de l'air, qui se produisaient dans les fosses nasales sous l'action des mouvements de la langue, de se communiquer à l'air extérieur et d'être enregistrées par un appareil spécial dont disposaient ses ennemis.

Il nous semble bien résulter de tout cela, que les cas en apparence négatifs sont loin d'être contradictoires, et nous pourrions presque résumer ce que nous venons de dire, par ces paroles textuelles d'une de nos malades : « Quand je pense, je ne puis le faire sans parler, autrement cela m'étouffe. — Aussi faites attention, même lorsque je ne parle pas haut, vous verrez toujours mes lèvres remuer, mais plus encore quand j'entends les voix épigastriques. »

Pour bien comprendre le mécanisme intime de ces hallucinations, il nous faut dire quelques mots de l'image motrice.

L'opinion qui tend aujourd'hui à prévaloir est que la représentation d'un mouvement comporte deux éléments : l'un secondaire, constitué par l'apparition des images sensorielles, tactiles et musculaires (S. kinesthétique de Bastian), et venues de la périphérie. Cet élément est associé à un autre, le principal, qui est le sentiment d'innervation, de décharge nerveuse, d'impulsion centrifuge d'origine centrale, et qui tout en produisant dans les muscles et les nerfs désignés pour ce mouvement une modification semblable à celle de l'acte moteur initial, ne conduit pas à un mouvement réel. A l'appui de cette manière de voir, on pourrait déjà

invoquer les cas d'amnésie motrice verbale, dans lesquels le malade qui ne peut parler intentionnellement, comprend toutefois les mots, en imitant les mouvements des lèvres que l'on fait devant lui, sans cependant rien prononcer. Mais un fait plus démonstratif encore, parce qu'il élimine tout élément étranger, toute autre image du langage, est celui qui démontre dans la constitution de l'image motrice graphique l'intervention de ces deux éléments.

M. J.-B. Gharcot a construit un ingénieux appareil pour démontrer que dans l'agraphie il faut distinguer la perte de la faculté d'écrire de la perte de comprendre l'écriture par le sens musculaire. Si l'on fait tenir un crayon à un agraphiqueet si, au moyen d'un mécanisme spécial, le malade étant mis dans l'impossibilité de voir ce qu'on lui fait faire, on imprime à la pointe de l'instrument des mouvements d'écriture, le malade peut ou non comprendre ce qui a été écrit. Dans le premier cas, le sens musculaire spécial de l'écriture est conservé, mais il manque la coordination des mouvements exigés pour l'écriture. Dans le second cas, les notions fournies par le sens musculaire font aussi défaut.

Cette expérience montre nettement d'abord la présence dans l'image motrice de deux éléments constitutifs et par suite que le centre moteur proprement dit n'est pas un tout, mais seulement une partie différenciée du centre moteur général des mouvements de telle ou telle partie du corps, comprenant en même temps le centre des sensations résultant de la mise en jeu de la fonction motrice correspondante.

Cela dit, il nous semble résulter de l'exposé des exemples d'hallucinations qui précèdent qu'il y a lieu d'admettre que, dans tous les cas, on assiste à la mise

en jeu d'une image verbale, s'accompagnant de la sensation d'un mouvement initial de l'articulation, que celle-ci se produise ou non. Or, cette image verbale ne peut être que l'image motrice, non plus physiologique, mais morbide; et comme, du fait même de son intensité elle tend à s'extérioriser, elle n'est plus perçue comme une image pure et simple, mais reportée vers la région de la périphérie sur laquelle s'exerce l'action du centre où elle est localisée : d'où une sensation analogue à celle qui . serait perçue si la parole était réellement prononcée.

Cette image verbale motrice ne peut être localisée autre part que dans le centre moteur général du langage articulé, et dès lors elle mérite bien le nom d'hallucination verbale psycho-motrice.

D'ailleurs (et cela nous rendra compte des variations existant dans les cas observés) on peut admettre que suivant le degré d'éréthisme du centre cortical, et suivant la part prédominante revenant à l'un ou à l'autre de ses éléments constitutifs, l'image verbale motrice donne lieu alors à des hallucinations d'intensité différente et pouvant être distinguées en trois classes :

lo Ce sera d'abord l'hallucination verbale motrice sans mouvements correspondants de l'articulation (hall, verbale kinesthétique proprement dite);

2° Ou bien l'hallucination accompagnée d'un commencement de mouvements d'articulation, mais sans que les mots soient prononcés (hall, verbale motrice complète) ;

3° Ou bien, dans les cas les plus intenses, ce sera la prononciation complète des mots, l'hallucination devenant une véritable impulsion verbale.

Tel est donc le mécanisme de ces hallucinations verbales spéciales.

Une particularité dernière et que nous avons déjà signalée au passage, c'est que ces voix spéciales ne semblent pas venir du dehors, mais sont intérieures, et les malades en localisent le point de départ dans l'épigastre, le ventre, la gorge, la bouche.

L'explication de ce fait n'est assurément pas facile. Cependant rappelons-nous le phénomène physiologique désigné sous le nom d'excentricité des sensations, et par suite duquel les sensations que nous percevons sont toujours rapportées à la périphérie. La douleur produite par une compression du nerf cubital dans la gouttière épitrochléo-olécranienne est localisée à la partie interne de la main à l'extrémité cutanée des nerfs. L'excitation électrique du plexus brachial chez un amputé du bras, provoque des sensations douloureuses qu'il localise dans la main qui lui manque. Les malades frappés d'apoplexie cérébrale se plaignent de douleurs périphériques dont la cause est entièrement centrale. Les hallucinations sensorielles dont la cause réside dans l'encéphale donnent lieu à des sensations qui sont rapportées à la périphérie. En somme, quel que soit le le point où le nerf est lésé, la sensation est toujours excentrique, et même quand le centre nerveux est atteint, c'est à l'extrémité du nerf en rapport avec ce centre que nous localisons la sensation.

Il est très vraisemblable d'admettre qu'un fait analogue se passe dans les hallucinations verbales motrices. Chez les individus normaux du type moteur, lorsque les paroles sont articulées mentalement, ce n'est pas à l'intérieur du crâne, mais le plus généralement dans la gorge, qu'elles semblent être prononcées; et souvent même ces individus ont alors la conscience d'une sorte d'effort involontaire comme celui qui se produit lors-

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Won parle à haute voix. Si le phénomène est plus accentué i cet effort est plus grand, ce n'est plus de la !„r f mais de .a poitrine, du ventre même, que le oâïolés semblent sortir, donnant la même sensation que Cp rcevrait dans rémission de la vo,x drte de po-

trine.

Dès lors il n'y aurait rien d'étrange à admettre que dans les hallucinations verbales motrices qui ne son qu'une 'vanété de parole mentale, les malades en soient amenés par suite de ce phénomène d'excentricité des lenl^ns dont nous parlions tout à l'heure, à localiser le siège de la voix à la partie périphérique d où elle semblerait sortir s'ils articulaient réellement.

Les hallucinations verbales psycho-motrices coexistent fréquemment avec les auditives chez le même sujet qui dans ces cas en fait parfaitement la distinction. Un fait bien curieux à signaler, c'est que dans les affections mentales à marche chronique et progressive, comme le délire de persécution systématisé hallucinatoire a marche régulière, où ces deux ordres d'hallucinations existent, elles apparaissent en suivant une marche parallèle a celle de la formation du langage. L'enfant entend le son d'une cloche, le différencie en y associant l'image auditive du mot cloche, prononcé à son oreille, et dont iln'acquiert qu'ensuite l'image motrice. Le persécuté, de son côté, entend d'abord des sons indistincts (hallucinations auditives communes), puis des voix différenciées (hallucinations verbales auditives), et n'arrive que plus tard apercevoir des voix intérieures (hallucinations verbales psycho-motrices).

Il est cependant certains cas dans lesquels elles peuvent être contemporaines ou même antérieures aux hallucinations auditives, qui le plus souvent alors sont relé-

guées au second plan, et comme fréquence, et comme intensit/'.

Cela n'est pas rare, par exemple chez les mélancoliques. Les hallucinations verbales sensorielles sont loin d'être fréquentes dans la mélancolie vraie et dans bien des cas où l'on note au premier abord des hallucinations de voix, un examen plus minutieux fait reconnaître qu'il s'agit le plus souvent d'hallucinations verbales motrices. La présence de ces hallucinations spéciales est parfois très nette, très facile à constater, par exemple, comme chez les mélancoliques à idées de possession qui sentent parler en eux un personnage quelconque, et qui parfois même se disent poussés par lui à prononcer, malgré eux, certaines phrases en désaccord avec leurs pensées habituelles.

D'autre part, ces mêmes phénomènes, bien que plus difficiles à dépister, n'en existent pas moins quelquefois à un degré moins accentué, et même lorsque l'attention est attirée sur ce point particulier, on est amené à penser que la conversation mentale 1 qui est si fréquente chez les mélancoliques à idées de culpabilité, d'autoaccusation, se fait surtout à l'aide des images verbales motrices et représente, pour ainsi dire, l'état faible de l'hallucination de même nature qui pourra se développer plus tard sur ce terrain tout préparé.

Cela n'a rien d'étonnant d'ailleurs, et semble bien cadrer avec la conception psychologique de la mélancolie. Nous avons essayé, dans un travail antérieur, de

1. Cette conversation mentale à l'aide des images motrices est très fréquente dans les rêves où l'on a rarement des sensations auditives. D'ailleurs les hallucinations motrices (sensations de déplacement) en général sont très fréquentes dans l'état de rêve, isolées ou associées à des hallucinations visuelles.

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démontrer que cette maladie pouvait être considérée comme une désagrégation plus ou moins complète de la personnalité, une sorte de dédoublement devenant très évident lorsque arrivent les idées de possession, mais existant même au début, alors que les modifications dans les sensations du corps, dans l'état émotionnel dans les manifestations volontaires du sujet sont déjà autant d'atteintes portées à sa personnalité primitive, autant de faits qui peuvent servir de point de départ à la formation d'une personnalité nouvelle, co-existant à côté de l'ancienne qu'elle a tendance a envahir de plus en plus, jusqu'à l'absorber tout entière, comme dans le délire des négations C'est surtout par le côté moteur de la vie phsychique que se produisent ces phénomènes d'automatisme psychologique, de désagrégation de la personnalité individuelle. — Dès lors,' il ne sera pas étonnant de rencontrer dès le début, à l'état faible et s'accentuant plus tard, les hallucinations verbales motrices qui, par leur essence même, représentent autant de faits d'automatisme psychologique.

Aussi leur constatation chez un malade a-t-elle une signification importante. Dans les affections chroniques, comme chez les persécutés, par exemple, lorsqu'elles apparaissent à la suite des hallucinations verbales sensorielles, elles sont d'un pronostic fâcheux; elles marquent un état chronique et se trouvent en rapport avec ce que l'on appelle chez eux le dédoublement de la personnalité ; elles sont la traduction d'une dissociation psychique qui ne fera que s'accentuer par la suite.^

Dans les autres cas, par exemple chez les mélan-

1. J. Séglas, Séméiologie et pathogénie des idées de négation. (Ann. médic. psyc, 1889.)

coliques, si ces hallucinations sont très accentuées, liées à des idées de possession, elles dénotent des faits de môme catégorie, une dissociation psychique systématisée. Mais, même dès le début, lorsqu'elles ne sont qu'à l'état faible de simple conversation mentale, il est bon d'y attacher une importance, car c'est là un symptôme particulier, de caractère souvent envahissant, traduction de l'atteinte portée à la synthèse harmonique des opérations intellectuelles, et qui doit mettre en garde contre une aggravation possible de la maladie dans l'avenir, le passage à l'état chronique. Et, si cette hypothèse ne se réalise pas, ces mêmes symptômes dénotent, en tout cas, comme les impulsions en général, une intelligence mal pondérée, en équilibre instable, et qui peut, en cas de guérison, donner prise à des rechutes de la maladie.

Ajoutons, au point de vue particulier des troubles du langage chez les aliénés, que les hallucinations verbales motrices peuvent avoir en ce sens un retentissement spécial, en intervenant dans la production du mutisme vésanique, chez les mélancoliques par exemple qui les ont très fréquentes et très accentuées. Si les malades atteints de ces hallucinations ne répondent pas aux questions qu'on leur adresse, c'est tout simplement, à notre avis, parce qu'ils n'ont pas à leur disposition à la fois deux images motrices différentes, l'une servant à la production de l'hallucination verbale psychomotrice, l'autre à l'expression de la réponse sollicitée par l'interlocuteur. Qu'on se rappelle à ce propos les deux malades auxquelles nous avons fait allusion plus haut et qui ne pouvaient répondre en même temps que leurs hallucinations, ou avoir leurs hallucinations en même temps qu'elles répondaient.

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Chez elles, le phénomène était intermittent; mais supposons que les voix intérieures (hallucinations verbales psycho-motrices) soient presque incessantes, et l'on comprendra dès lors qu'il puisse en résulter un mutisme plus ou moins prolongé. En voici un exemple

Une malade du service de M. Falret. atteinte de mélancolie dépressive, tombe tout à coup dans le mutisme et pendant six jours garde un silence absolu. Lorsqu'elle recommence à parler, voici ce qu'elle raconte quand nous lui demandons la raison de son silence : « C'est cà cause des voix qui parlent là (elle montre le creux épigastrique) et qui parlaient continuellement, » Elle en a toujours entendu de semblables, elles sont devenues plus nettes depuis six mois, mais non pas incessantes comme ces jours derniers, Ces voix ne lui défendaient pas de parler. Elle ne les entend pas du tout par l'oreille, mais elle les sent en elle-même. Quand elle a ses voix, c'est, dit-elle, un peu comme si sa langue marchait malgré elle, et même elle a parfois dans la bouche, à ce moment, la sensation d'un corps étranger qu'elle cherche à avaler. Ceja était constant ces jours derniers : « Je voulais parler, mais je ne pouvais pas, dit-elle, je n'étais pas maîtresse de ma langue. Je la sentais remuer comme malgré moi et cependant, quand je voulais répondre, c'était comme si mon gosier et ma langue étaient paralysés. »

Ce fait n'est-il pas démonstratif et ne prouve-t-il pas que le mutisme était dû à ce que cette malade était incapable d'avoir à la fois deux images motrices d'articulation, l'une servant à la production de l'hallucination

1. J. Séglas, Du méutisme mlancolique (Ann. méd. psych. 189t).

verbale psycho-motrice, l'autre à l'expression de la réponse demandée ?

Ces observations viennent à l'appui des expériences déjà citées de Stricker, établissant que si l'on se représente assez aisément en même temps deux mots à l'aide d'images verbales différentes, par exemple l'image auditive et l'image motrice, cela est déjà plus difficile lorsqu'on fait usage de deux images sensorielles de même espèce, soit visuelles, soit auditives; mais qu'on ne peut se représenter à la fois deux mots à l'aide d'images motrices simultanées, que très difficilement et à force d'exercice, encore la plupart des gens en restentils incapables. C'est le cas des malades que nous avons ici en vue, et leur mutisme n'est que le résultat de cette incapacité.

c. De l'impulsion verbale. — Nous avons déjà mentionné les faits d'impulsion verbale que l'on rencontre chez les aliénés coprolaliques, onomatomanes, possédés. Si nous en parlons de nouveau, c'est parce que, en définitive, ces impulsions verbales se rapprochent, jusqu'à s'identifier avec elle, des hallucinations verbales motrices. C'est au fond le même phénomène atteignant son développement maximum. L'excitation qui intéresse d'emblée ou secondairement les centres corticaux où sont localisées les images verbales motrices est alors assez intense pour que le mot soit projeté en dehors, nettement articulé, et cela souvent malgré la volonté du malade.

Cette identité de nature, sinon de degré, de l'impulsion verbale avec l'hallucination motrice, est importante à signaler, car elle nous éclaire, ainsi que nous disions tout à l'heure, sur la signification de cette dernière, sur sa valeur pronostique.

Nous avons déjà signalé plusieurs cas d'impulsions verbales chez des malades atteints d'hallucinations motrices, comme cette malade qui entendait son père. Dieu parler par sa bouche.

M. Motet1 rapporte l'histoire d'une dame « qui entend à l'épigastre des voix qu'elle appelle des voix intérieures et qu'elle distingue très nettement des voix extérieures. Celles-ci, elle les reconnaît : ce sont la voix du père X..., la voix de sa fille aînée, celle de son fils; elles lui parlent, elle les écoute; celles-là, c'est la parole prononcée sans bruit, mais si distincte qu'elle est obligée de répéter les mots qu'on lui impose, mots orduriers, obscènes, qui la révoltent et que jamais les voix extérieures n'auraient prononcés. »

Griesinger2 relate un fait du même genre :

« ... Trois ans après le premier début de la maladie, G.S. commença à entendre parler en elle. A dater de ce moment, il lui vint des pensées, et elle dit des mots qu'elle n'avait pas l'intention de dire et qu'elle exprima bientôt avec une voix qui différait de sa voix ordinaire. »

M. Magnan 3 a présenté à la Société médico-psychologique une malade qui était obligée parfois de dire des mots qu'elle ne voudrait pas dire. « Ce sont le plus souvent des paroles grossières. Un jour, elle portait des légumes qu'elle venait de cueillir et qu'elle voulait vendre ;• deux messieurs lui proposent de les acheter, elle répond sans pouvoir se retenir : « Mon sac est lourd, « je suis fatiguée.... J'ai le cul lourd. » Surprise elle-

1. Motet, Dict. de Jaccoud, art. Hallucinations, p. 481. "2. Griesinger, Mal ment. Trad. de Doumic, 1865, p. 286. 3. Magnan, Soc. méd. psych. Séance du 18 mai 1885.

mêmê d'un tel propos, elle s'enfuit toute honteuse. •- Elle peut quelquefois ne pas articuler à haute voix les mOts qu'elle est poussée à prononcer, mais elle doit, ditelle, les répéter en dedans, intérieurement, sinon elle éprouverait un grand malaise. Le mot une fois dit, elle est tranquille. Dans quelques circonstances, non seulement elle se sent portée à prononcer des paroles qu'elle ne voudrait pas dire, mais elle est poussée irrésistiblement à raconter des histoires de gens enterrés vivants ; elle ne s'arrête pas quand on lui impose silence ; elle ne peut interrompre ses récits monotones, malgré les prières. de son entourage. »

Il existe une catégorie de médiums, les médiums parlants, qui ne peuvent s'empêcher de dire des paroles dont ils ne soupçonnent pas le sens et qu'ils entendent avec surprise.

De ces impulsions verbales, M. Max Simon 1 rapproche la loquacité incohérente du maniaque qui serait la plus haute expression de cette impulsion maladive. Pour lui, l'impulsion verbale s'exerce bien dans toute son intégrité dans les faits que nous venons de citer, mais non dans toute son intensité.

« Qu'on veuille bien, dit-il, faire un pas en avant, exagérer l'exercice de la fonction, la porter à une limite extrême, sinon la plus extrême, nous aurons la loquacité intarissable et incohérente de la manie. Qui a vu des maniaques, sait que la parole ne tarit pas sur leurs lèvres, que les mots, les chants, les cris se succèdent sans fin, se croisent, j'oserai presque dire se heurtent, se confondent, et cela, jusqu'à ce que le malade soit arrivé par le fait de ses chants et de ses

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