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NOMBRE ET ASPECT GÉNÉRAL DES ÉCRITS

D'une façon générale on peut dire que les fous écrivent beaucoup ;. car s'il en est qui se plaisent à répandre à l'envi leurs productions, il en est aussi qui s'y refusent et n'écrivent que pour eux-mêmes et en cachette; et leur refus de communiquer leurs productions est le plus souvent dû à la nature de leurs idées délirantes.

Les femmes écrivent beaucoup moins que les hommes et leurs écrits revêtent le plus généralement la forme de lettres, qui est, d'ailleurs, plus en rapport avec leur caractère, leur éducation antérieure.

Les mélancoliques écrivent peu en général, les aliénés en stupeur jamais ; mais, en revanche, nombreux sont les écrits des malades atteints d'excitation maniaque simple ou symptoinatique, aiguë ou chronique, ou de certains aliénés atteints de délire systématique, hypocondriaques, inventeurs, persécutés, raisonnants, et chez eux cette disposition à écrire sans cesse, à constituer comme un dossier énorme de leurs idées variées, ressassées à satiété sous tous leurs aspects, est désignée couramment du nom de graphommie. Certains déments même, ou des faibles d'esprit, surtout dans les périodes d'excitation, ne peuvent résister au besoin de noircir des pages entières de phrases sans suite, souvent les mêmes, de mots répétés indéfiniment, de caractères

indéchiffrables auxquels ils attachent cependant une importance considérable. Il en est qui copient sans cesse des pages de journaux, de livres qui leur tombent sous les yeux ou qu'ils ont appris jadis, et, sans s'en clouter pour ainsi dire, donnent ces pages comme l'expression de leurs propres idées, ainsi qu'une malade de la Salpètrière qui remet à tout visiteur des petits papiers, toujours les mêmes, sur lesquels elle copie quelques vers qu'elle prétend avoir composés.

« A d'autres des festins l'allégresse bruyante, Et des fêtes du soir le pompeux appareil ; Modeste en ses désirs, le vieillard se contente Du doux rayon d'un beau soleil. »

Les graphomanes sont extrêmement prolixes et la longueur des écrits n'est pas plus à dédaigner que le nombre. C'est ainsi qu'une de nos malades de ce genre, consacrait habituellement à ses lettres de 15 à 20 pages de papier ministre, couvertes d'une écriture très serrée.

A un autre point de vue, le nombre des écrits varie chez chaque malade suivant qu'il est au début de la maladie, dans la période d'état ou dans celle de déclin. Ce fait est surtout très frappant clans les formes rémittentes ou intermittentes; et souvent l'imminence d'un accès maniaque, se trouve ainsi dévoilée par l'ardeur que met le malade cà écrire, tandis que son indifférence en pareille matière peut faire prévoir la fin de la période aiguë.

•Celle passion de l'écriture, la graphomanie, de paêîne que la facilité extrême qu'apporte le malade dans sa rédaction, le changement survenu dans le style qui devient plus correct, ou la paresse à écrire, la difficulté,- les fautes de '-rédaction sont des constatations qui

ont d'autant plus de valeur qu'elles diffèrent plus avec ce qui existait avant la maladie. Les mêmes remarques peuvent s'appliquer d'ailleurs à toutes les modifications de l'écriture que nous aurons à exposer.

L'aspect général de l'écrit est aussi très variable. Tantôt il est très soigné, très ordonné; le papier propre et de même format, les feuilles numérotées, classées; le travail est méticuleux, on dirait d'un véritable dossier. (Fig. 3.) L'écriture est nette, fine, serrée; les lignes sont régulières et si elles sont disposéesdans plusieurs sens

de façon à ne laisser aucun espace vide, au moins dans chacun de ces sens gardent-elles toute leur régularité. A première vue, aussi on est frappé de certaines dispositions particulières de l'écriture sur lesquelles nous aurons à revenir, telles que l'emploi fréquent des majuscules, de lettres italiques, de traits soulignant les mots, de renvois, de signes spéciaux dont on ne comprend pas de suite la raison. Ces écrits sont souvent dus à des graphomanes atteints de délire systématisé.

Dans d'autres cas tout différents, les écrits ne se composent guère que de chiffons de papier de grandeur, de couleur dissemblables, papiers de toute espèce, découpés n'importe où, marges de journaux, enveloppes de paquets, etc.. Ils sont couverts dans tous les sens de lignes irrégulières, tortueuses, tournant autour du papier, s'enchevètrant de mille manières, se superposant dans tous les sens. Un dément mélancolique, dit Marcé, voulant écrire une lettre à son fils, après avoir mis la première ligne au bas de la page, avait écrit les suivantes en remontant; puis redescendant la même page, avait intercalé de nouvelles lignes entre les précédentes, de manière à former un ensemble presque inextricable.

D'autres fois, les mots sont disposés en colonnes, en forme de figure géométrique, sorte d'allégorie rappelant celle du flacon dans Rabelais, ou bien ils sont jetés au hasard, sans ordre aucun. L'écriture est illisible, le papier rempli de taches d'encre; des mots effacés, des ratures nombreuses rendent l'écriture presque indéchiffrable. Très irrégulière, elle semble n'être pas due à la même main; l'encre varie de couleur, certains passages sont écrits au crayon, d'autres paraissent avoir été tracés à l'aide d'un bout d'allumette trempé dans

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l'encre ou simplement noirci. C'est, en un mot, le désordre le plus profond. Cela s'observe fréquemment dans les états maniaques ou d'affaiblissement intellectuel.

L'enveloppe qui renferme ces différents écrits participe de leur aspect général; si parfois elle ne présente rien de spécial, souvent elle est couverte de cachets, ficelée avec soin. Elle peut même être double ou triple. Dans d'autres cas, au contraire, les papiers ne sont cachetés qu'à l'aide d'épingles ou simplement d'une boulette de mie de pain; souvent même l'enveloppe n'existe pas.

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