‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 56 sur 93 · Legrand du Saulle, Le Délire de* persécutions · texte numérisé non relu

Legrand du Saulle, Le Délire de* persécutions

Bien des lettres de plaintes, adressées au parquet et portant atteinte à l'honorabilité et même à la liberté de certaines personnes, ne sont ainsi qu'un tissu de mensonges, des dénonciations calomnieuses écrites par des déséquilibrés dans un but bien difficile parfois à éclaircir et qui ont pu donner lieu à des erreurs judiciaires. Il suffit de rappeler les affaires Sagrera et La Roncière.

Certains aliénés systématiques, surtout à forme raisonnante; tels que les persécutés persécuteurs, rapportent souvent des faits vrais comme point de départ de leur délire, en y ajoutant des compléments imaginaires qu'on a peine à distinguer des faits réels, qu'ils interprètent ainsi d'une façon erronée. Aussi estil très difficile de se prononcer sur la part de vérité ou d'erreur qui existent dans leurs récits, et dans ces cas, comme l'a dit avec raison Billod, le médecin est souvent obligé de se livrer à une enquête rétrospective qui devra établir l'exactitude ou la fausseté de tous les faits affirmés par le malade.

De plus, en admettant même que le délire se fasse jour clans l'écrit, il est souvent très malaisé d'en préciser les différents symptômes. Nous avons déjà insisté plus haut sur la difficulté qu'il y avait, par exemple, à préciser l'existence d'hallucination, dans l'interrogatoire d'un malade, à l'exclusion des illusions ou des interprétations délirantes. Combien ce diagnostic sera-t-il plus difficile encore à l'examen d'un écrit? Nous observons actuellement une dame atteinte de délire des persécutions avec hallucinations, et qui tous les huit jours nous remet par écrit un récit détaillé de ce qui lui est arrivé pendant la semaine. On y trouve décrites de la façon la plus nette des hallucinations de

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l'ouïe; mais, en revanche, il est d'autres Symptômes que la malade semble -considérer comme de même r^i-n-. qui paraissent tels lorsqu'on la lit et qu'on reeonnall en définitive, lorsqu'on l'interroge à ce sujet, n'être que des interprétations erronées de faits existant réellement.

A l'inverse de ces cas, il en est d'autres dans lesquels le délire se fait jour à chaque ligne de l'écrit de la façon la plus précise; certains symptômes même, comme les hallucinations, se trouvent parfois exposés d'une façon tellement exacte qu'on ne peut les mettre en doute. D'ailleurs, si l'on ne peut se faire une opinion exacte d'après un écrit qui paraîtrait d'une valeur négative, l'examen d'autres écrits du même melade (en admettant qu'on ne puisse l'interroger) pourra aider à porter un diagnostic, car il est bien rare que tôt ou tard, dans un moment d'excitation, l'aliéné n'en revienne «à ses préoccupations délirantes habituelles, à son thème favori.

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