‹ Des troubles du langage chez les aliénés [electronic resource]Chapitre 61 sur 93 · Campagne, Manie raisonnante, 1869, p · texte numérisé non relu

Campagne, Manie raisonnante, 1869, p

OU LANGAGE

variables ; quand la démence est encore légère, les premières lignes ou les premières pages sont quelquefois irréprochables et ce n'est que vers la fin de l'écrit que l'esprit, promptement fatigué, arrive à une confusion qui contraste avec la netteté du début. Chez d'autres malades, une idée ou une série d'idées, vestiges du délire antérieur, domine encore tout l'écrit, mais au lieu d'être exprimée nettement, elle revient sans cesse entourée de divagations et se présentant toujours sous la même forme; il n'y a plus de déductions logiques et le raisonnement roule dans le même cercle monotone.

Dans des cas en apparence semblables, l'incohérence n'est qu'apparente et n'est pas au fond de la maladie. C'est pour l'écriture le pendant du langage elliptique. Les idées les plus diverses se pressent, se bousculent dans l'esprit de l'aliéné, trop mobiles, trop rapides pour être toutes exprimées. Cette pseudo-incohérence, souvent fort difficile à distinguer de la véritable, se remarque surtout dans les écrits des maniaques qui, par la prolixité et le peu de suite de leurs productions, traduisent à la fois la multiplicité de leurs idées, les variations brusques de leurs sentiments, que l'état de surexcitation générale dans lequel ils se trouvent les empêche de maîtriser, de coordonner. Aussi leurs écrits dénotent-ils à la fois et la rapidité extrême de leurs pensées, dont le lien d'association échappe au lecteur, et la variabilité de leurs sentiments, en passant en quelques lignes du pathétique au trivial, de la poésie à l'obscénité, de la majesté à la grossièreté- Ce manque de logique se remarque aussi, ,mais par un mécanisme inverse, chez les aliénés mélancoliques, dont les phrases sont décousues, interrompues, inachevées, tellement la synthèse des idées leur est difficile.

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