OBSERVATION II
(Personnelle) S
Polynévrite saturnine.
Peintre en voitures. Trois atteintes de coliques saturnines. Paralysie du type antibrachial. Intégrité des longs supinateurs. Troubles de la sensibilité objective à la main droite. |
Pierre L..., 25 ans, peintre en voitures. Rien à signaler comme antécédents héréditaires.
Antécédents personnels. — Pas de maladies de l'enfance. Les seuls antécédents pathologiques consistent en deux attaques de rhumatisme articulaire aigu. Première attaque à 8 ans qui dure 1 mois, deuxième à 18 ans qui nécessite un alitement de 3 mois. Incorporé à 21 ans dans l'infanterie, le malade est réformé après 49 mois de service pour insuffisance mitrale. Depuis l’époque de son service militaire, L.. prenait quotidiennement un apéritif (vermouth) sans qu'il y ait cependant lieu de noter de véritables excès alcooliques. Il y aurait eu plutôt, de l’aveu du malade, un certain degré de surmenage génital.
L... a débuté à l’âge de 15 ans dans son métier de peintre en voitures. Il exerce ce métier la plupart du temps à Paris dans des ateliers fermés. Il manipule journellement divers produits, vernis et mastics. Ces derniers sont préparés par lui-même au moyen de poudre de céruse. Cette céruse en poudre se trouve à la disposition des ouvriers dans des caisses qui sont déposées dans l'atelier.
Pendant son séjour au régiment, L... fut employé comme sapeur à la peinture des voitures régimentaires. Ce travail fut exécuté au moyen de: peinture à la céruse. C'est peu après cette épo-
Liane
que, en 19141, que survint la première attaque de coliques de plomb. En 1912, seconde attaque d’une durée de 45 jours. En juillet 19143 nouvelle crise de 5 jours,
C'est au mois d'octobre 1943 que paraissent remonter les premiers symptômes de troubles névritiques. [ls débutèrent par la main droite dont se servait particulièrement le malade dans le travail au pinceau. Ce fut d’abord une simple gêne qui peu à peu s'accentua. La force de la main diminua et une certaine maladresse se manifesta. Un médecin consulté engagea L... à suivre un traitément électrique. En novembre 1913, il entra à l'hôpital Beaujon où il ne fit qu'un séjour d'une semaine durant laquelle la main gauche commença à présenter des troubles analogues à ceux de la main droite. L .. fut transféré à la Salpétrière dans le. service de M. le docteur Châtelain. On iui appliqua un traitement électrique, mais il ne voulut pas rester à Paris et rentra dans son pays, à Bordeaux. É
Ne se sentant pas amélioré, il entra à l'hôpital Saint-André dans le service de M. le professeur Pitres, le 20 décembre 1942.
Examen du 6 Janvier 1914. — À) Etat général. — Le facies n’est pas amaigri. L'aspect du malade est cependant plutôt celui d'un anémique. L'appétit est conservé, les selles normales et régulières. Mictions et érections normales. Aucuns troubles sphinctériens. À l'examen des gencives, on ne remarque pas le liseré de Burton.
B) Etat local.— 1° Membres supérieurs. — Les épaules ne présentent aucune amyotrophie. Les masses musculaires ont conservé . leur tonicité et leur volume. Il en est de même pour les bras. A l'inspection, les avant-bras ne paraissent pas sensiblement amaigris. Leur coloration est normale, on ne remarque aucun trouble trophique du côté de la peau et du système pileux.
Le long supinateur est cho enE intact à droite et à gauche.
Main droite. — La peau est violacée sur da face dorsale. Cette |
coloration s'accentue très nettement lorsque la main est: pendante.
Sat
La peau est froide et sèche, il n'y a pas de modification du système pileux, ni des ongles. Pas de tumeur dorsale du carpe. Au repos, la main est en flexion sur l’avant-bras, presque à angle droit Les doigts sont également fléchis, mais plutôt en demi-flexion. La force desfléchisseurs est très diminuée lorsque la mainestpendante, mais lorsqu'on relève le poignet du malade leur force redevient normale. L'action des extenseurs et des radiaux est totalement supprimée. Les interrosseuxet les lombricaux sont indemnes Si on fournit un point d'appui à la main, la flexion et l'extension des phalanges devient possible. Les extenseurs propres de l'index et du petit doigt sont pris, le malade ne fait pas les cornes. Il ne les aurait d'ailleurs, paraît-il, pas faites non plus au début de la maladie. Ce serait d’après lui le petit doigt qui aurait été atteint le premier. Ce doigt exerce dans le travail au pinceau un eftort constant et soutenu pour maintenir l'outil.
L'abduction de la main est possible si l’on étend le membre sur une surface plane, mais l'adduction est impossible.
Main gauche. — Même aspect que la droite, mais le malade peut faire les cornes avec le 2° et le 5e doigt. A part les extenseurs propres de ces deux doigts tous les autres muscles sont dans le même état que pour la main droite. Mais, tandis que lorsqu'on étend le membre sur une surface plane, l’abduction de la main est seule possible à droite, ici l’'abduction et l'adduction sont également possibles.
L... est donc atteint d’une paralysie à type nettement anti-brachial. Il n'y a pas d'impotence complète, L... peut écrire bien qu'assez difficilement. Il peut se servir tant bien que mal de sa main droite pour manger, mais lorsqu'il a à saisir un objet un peu volumineux il ne peut le faire que de la main gauche.
Au point de vue subjectif on note quelques fourmillements mais pas de douleurs véritables, aucun trouble de la vision ni de la voix.
Les membres inférieurs sont indemnes y compris le groupe des péroniers.