‹ Des tumeurs à tissus multiples [electronic resource]Chapitre 7 sur 10 · TUMEURS DES FŒTUS · texte numérisé non relu

TUMEURS DES FŒTUS

Nous avons déjà vu, dans le chapitre Ier, que les tumeurs à tissus multiples de l’adulte ont toutes une origine congénitale ; on doit donc les retrouver chez le fœtus, ou, du moins^ trouver quelque chose d’analogue. C’est précisément ce qui a lieu. Elles sont même plus fréquentes chez le fœtus ou chez l’enfant nouveau-né que chez l’adulte. On peut dire, en effet, que les seules tumeurs connues des fœtus sont des tumeurs à tissus multiples.

Ces tumeurs des fœtus peuvent se rencontrer un peu partout, témoin la tumeur du cordon ombilical, décrite dans le chapitre Ier; mais cependant elles ont des sièges de prédilection. O11 les rencontré surtout à la partie inférieure du tronc, dans la région sacro-coccygienne, entre la pointe du coccyx et l’anus -, souvent elles sont implantées sur la face antérieure du sacrum ; elles peuvent occuper tout le petit bassin et même déborder beaucoup au-dessus du détroit supérieur. Ou bien elles occupent le scrotum. Enfin un autre point où on les ren-

contre assez fréquemment, c’est l’extrémité supérieure du tube digestif; elles sont implantées soit à la voûte du palais, soit au plancher de la bouche, soit au maxillaire inférieur.

La définition, que nous avons donnée des tumeurs en général, et des tumeurs à tissus multiples en particulier, nous permet tout de suite de séparer des tumeurs du fœtus un certain nombre de faits qui ont été pendant longtemps confondus avec elles, et qui sont encore décrits en meme temps qu’elles, comme Phydrorachis, le spina-bifida, etc. De plus, nous continuerons à adopter la distinction que nous avons établie entre les véritables tumeurs à tissus multiples et les inclusions fœtales telles que les entendait Cruveilhier, et nous ne regarderons comme inclusions fœtales que les cas où nous trouverons nettement des organes ou des membres. Toutefois nous avouerons que, dans l’état actuel de la science, il est fort difficile de préciser exactement la délimitation entre le néoplasme et la monstruosité, et que, si les cas extrêmes sont faciles à classer, il n’en est pas de même des cas intermédiaires.

Les tumeurs du fœtus que nous trouvons décrites dans les auteurs sont de deux sortes : les unes sont bénignes, les autres sont malignes. Les tumeurs bénignes n’ont aucune influence sur la vie du fœtus ; tout au plus sont-elles gênantes par leur volume, et sont-elles une cause de dystocie ; on peut avoir alors un arrachement de la tumeur pendant l’accouchement et un traumatisme plus ou moins grave qui amène la mort du fœtus. Mais souvent la grossesse arrive à terme, l’accouchement se fait

et l’enfant vit et grandit, soit qu’on ait extirpé sa tumeur,

soit qu’on l’ait laissée en place. Les tumeurs malignes, au contraire, amènent rapidement la mort de l’enfant, à moins qu'elles n’aient déjà tué le fœtus pendant la vie intra-utérine.

Nous allons examiner les caractères de ces deux espèces de tumeurs, puis nous verrons les théories pathogéniques émises à leur sujet.

Un fait qui doit d'abord nous frapper, c’est que toutes les tumeurs bénignes du fœtus, décrites par les auteurs, sont des tumeurs à tissus multiples. Nous ne trouvons, en effet, que trois ou quatre cas de tumeurs bénignes du fœtus ne paraissant contenir qu’un seul tissu; elles ont été décrites par Molk (1) sous le nom de lipomes et siégeaient à l’extrémité sacro-coccygienne; encore Molk dit-il qu’on n’est pas bien fixé sur la nature de cette sorte de tumeurs.

Les tumeurs bénignes à tissus multiples du fœtus présentent les mêmes caractères anatomiques que les tumeurs correspondantes de l’adulte; elles se rapprochent surtout des tumeurs très-complexes que nous avons décrites. Nous allons passer en revue les cas cités par les auteurs, en insistant sur leur caractère de tumeurs à tissus multiples.

Obs. IV (Stoltz) (2). —Tumeur sacro-coccygienne, amputation, guérison. — Fille à terme. Tumeur piriforme, renflée en massue, à extrémité couverte de cheveux, longue de 13 centimètres, de 16 centimètres de diamètre dans la portion renflée, et de 15 centimètres à son point d’insertion. Elle est bosselée et pré-

(1) Molk. Des tumeurs de la région sacro-coccygienne : thèse de Strasbourg, 1868.

(2) Thèse de Molk.

sente de petits kystes. L’examen histologique y montra des excavations remplies par un liquide crémeux formé de cellules épithéliales pavimenteuses à noyau très apparent et d’un liquide chargé de petites granulations graisseuses. Dans une cavité se trouvent des poils englobés dans de la matière sébacée. Les parois sont en général formées par un épithélium pavimenteux stratifié à nombreuses couches superposées (jusqu’à 30), reposant sur un feutrage dense de tissu connectif. Dans une cavité cependant, la paroi est formée par une couche simple d’épithélium à cils vibratiles.

Obs. V (Pitha) (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Petite fille morte à 1 an 1/2. La tumeur contenait des morceaux de cartilage et d’os de forme tout à fait irrégulière et des kystes renfermant les uns de la graisse, les autres de la sérosité. La mort de l’enfant doit être attribuée aux nombreuses ponctions faites à la tumeur et à la suppuration qui en fut la suite.

Obs. VI fHolm) (2). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à terme, morte 1 an après sa naissance. Tumeur du volume d’une tête de fœtus, composée de graisse, de kystes renfermant un liquide sanguinolent, de traces de cartilages et d’os, et de quelques fibres musculaires striées.

Obs. VII (Baum)(3). — Tumeur congénitale du coccyx. — Pas de renseignements cliniques. Tumeur de la grosseur d’un œuf de poule, contenant des kystes de diverses grosseurs séparés les uns des autres par des cartilages et des os.

Obs. VIII (Giraldès) (4). — Tumeur énorme sacro-coccygienne. Extirpation, mort de pneumonie. — Fille à terme. La tumeur a

(L) W. Braune. — Die Doppelbildungen und angebornen Gescliwulste der Kreuzbeïngegend, Leipzig, 1862, p. 57.

(2) Holm. — Vrolik. Tabulœ ad illustrand. Embryogenesim, Amsterdam, 1849.

(3) Baum. — W. Braune (die Doppelbildungen, p. 64).

(4) Giraldès). — Bulletin de la Société de chirurgie, 27 mars et

10 avril 1861.

ta

15 centimètres de longueur, 1 1 centimètres de largeuret 47 centimètres de circonférence. Lobulée en quelques points, elle est enveloppée par une partie fibreuse qui se détache du pédicule. On y découvre des kystes, les uns remplis d’une matière graisseuse, très blanche, les autres contenant une matière couleur de miel. La partie supérieure de la tumeur est formée d’une trame fibreuse serrée, remplie de graisse fine, et contenant deux pièces osseuses recouvertes de leur périoste. La partie inférieure est formée de tissu fibreux, de graisse, et contient trois kystes remplis de matière blanche, sébacée, mêlée à une grande quantité de poils.

Obs. IX (Braune (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Petite fille. Tumeur descendant jusqu’aux talons, formée par une masse fibreuse contenant des nodules cartilagineux.

Obs. X (Depaul) (2). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à ternie, morte au bout de quelques jours d’entérite due à un nourrissage artificiel. Tumeur du volume de la tête, friable, contenant un grand nombre de petits kystes. Le fond de la tumeur est formé par des éléments embryoplastiques et parsemé par des éléments de tous les tissus normaux de l’enfant à l’état naissant. On y trouve du tissu musculaire lisse et strié, du tissu conjonctif, du cartilage, de l’os. Les cavités kystiques sont tapissées régulièrement soit d’épithélium nucléaire, soit de petites cellules épithéliales prismatiques, leur contenu est incolore et peu visqueux.

Obs. XI (Dresselhius) (3). — Tumeur sacro-coccygienne. — Femme de 36 ans. Tumeur congénitale. Extirpation et guérison.

Obs. XII (Braune) — Tumeur congénitale sacro-coccygienne. — Femme de 55 ans, mort à la suite de ponctions.

Obs. XIII (Birkett) (4) — Tumeur congénitale sacro-

coccygienne. — Femme de 25 ans. Extirpation et guérison.

(1) Braune. — Die Doppelbildungen ,p. 49.

(2) Depaul. — Gazette des hôpitaux , 23 juillet 1867, n° 86. p. 343.

(3) Dresselhius. — Braune {die Doppelbildungen , p. 78).

(4) Birkett. — Guy's hospital Reports , 3e série, Londres 1859,

Obs. XIV (Stoltz) (1). — Tumeur congénitale sacro-coccygienne chez un jeune conscrit

Obs. XV (de Soyre) (2). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fœtus de 7 mois, avortement par suite d’un traumatisme. Tumeur contenant des kystes à épithélium pavimenteux ; la partie solide est formée de tissu lamineux étoilé, de tissu lamineux rubané et anastomosé, de tissu osseux, de tissu cartilagineux, de tissu musculaire strié, de fibres élastiques ; on y trouve encore des nerfs, des vésicules adipeuses, des cellules embryoplastiques et des cristaux d’acide stéarique.

Obs. XVI (de Soyre) (3). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à terme. Extirpation de la tumeur, guérison. La tumeur contient une cavité tapissée d’épithélium semblable à celui de l’intestin, des fibres musculaires striées, du cartilage kyalin, quatre petits fragments osseux et du tissu ossiforme. Une partie de sa surface est tapissée de cheveux.

Obs. XVII (Broca) (4). — Tumeur sacro-coccygienne congénitale. — Extirpation, guérison Jeune fille de 16 ans. Tumeur mollasse, du volume du poing, piriforme, indépendante du squelette, contenant des os sensibles à la palpation. Elle renferme plusieurs petits kystes à éléments anatomiques très distincts, par exemple, un véritable tissu muqueux avec épithélium vibratile. On y trouve encore un os, de petits nodules cartilagineux, du tissu musculaire

Obs. XVIII (Rizzoli) (5). — Tumeur sacro-coccygienne. — Extirpation, guérison. Garçon à terme. Tumeur contenant de nombreux kystes. Un de ces kystes présente côte à côte de l’épithéliurn épidermique et des glandes sudoripares, et des végétations lapissées d’épithélium cylindrique que l’auteur compare à des villosités intestinales. D’autres kystes renferment des frag-

(1) Stoltz. — Thèse de Molk

(2) De Soyre. — Archives de tocologie, 1874.

(3) De Soyre. — Ibid.

(4) Broca. — Gazette des hôpitaux , 3 juin 1876.

(5) Rizzoli. — Archives générales de médecine , 1877,

ments osseux ; dans leurs parois on trouve des fibres musculaires, des glandes sudoripares et des ramifications nerveuses.

Obs. XIX (Tourneux) (1) Tumeur sacro-coccygienne.— Kœtus féminin de 7 à 8 mois présentant d’autres anomalies, telles qu’une imperforation du rectum, mort une heure après faccou chernent. Déchirure de la tumeur pendant les tractions. La tumeur contenait des kystes, ayant jusqu’à 5 ou 6 centimètres de diamèlre, contenant un liquide citrin riche en albumine, tapissés d’épithélium. Cet épithélium varie suivant les kystes, et même dans le même kyste : épithéliums prismatique, cubique, cylindrique, à cils vibratiles, pavimenteux. A côté on trouve des traînées épithéliales à cellules polyédriques se ramifiant quelquefois comme des glandes acineuses. Au-dessous de la couche épithéliale des kystes il y a une couche de cellules musculaires lisses. Enfin, il existe encore des nodules cartilagineux, des lamelles osseuses, des fibres musculaires striées.

Obs. XX (Renault) (2). - Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à terme, morte peu de temps après l’accouchement, rupture de la tumeur pendant le travail. On y trouve un grand kyste et plusieurs petits kystes renfermant du liquide, ou des tumeurs molles Les kystes sont tapissés d’épithélium aplati ou cubique, cylindrique simple ou cylindrique à cils vibratiles, caliciforme, pavimenteux stratifié. La tumeur renferme encore des nodules cartilagineux, des grains osseux, du tissu conjonctif et du tissu musculaire strié

Obs. XXI (Leriche) (3). — Tumeur congénitale coccygienne. leunc fille de 19 ans Extirpation, guérison. La tumeur contient un très grand nombre de kystes, elle est formée de tissu conjonctif avec quelques fibres musculaires lisses, les cavités sont tapissées par un épithélium cylindrique à plateau très haut.

11 est probable que le nombre de cas de tumeurs

(1) Tourneux. — Annales de gynécologie, 1881, t. xvi, p. 288.

(2) Renault. — Bulletin de la Société anatomique , 1884, p. 547.

(3) Leriche. — Congrès français de chirurgie (2e session), 1886.

sacro-coccygiennes à tissus multiples bénignes serait beaucoup plus considérable, si on pouvait utiliser toutes les observations publiées, mais, dans un très grand nombre de cas, il n’y a pas d’examen histologique, et meme pas toujours de description anatomique. Ainsi, nous avons laissé de côté un certain nombre de cas de la thèse de Molk, où la guérison a été obtenue; mais rinsuffisance des renseignements fournis nous a forcé à les passer sous silence.

Obs. XXII (Strudencki) (1). — Tumeur fixée à la partie inférieure de la langue. — Enfant à terme, ayant vécu 36 heures, mort à la suite de l'introduction de lait dans la trachée. Sous la langue existait une tumeur contenant beaucoup d’os et de fragments de cartilage, et, en outre, plusieurs kystes, dont les uns contenaient du liquide et les autres une matière caséeuse ou albumineuse ; dans d’autres kystes on trouvait de la graisse, des cheveux et des morceaux de cartilage.

Obs. XXIII (Strudencki) (2). — Tumeur de la voûte palatine. — Fœtus masculin de 7 mois. La tumeur est fixée à la voûte palatine par un pédicule de 4 millimètres de long, elle contient des kystes renfermant des cheveux, du liquide, des masses fibrineuses, etc ; un kyste recouvert extérieurement de poils contient des fragments osseux.

Obs. XXIV (Otto) (3). — Tumeur de la voûte palatine. — Fœtus féminin de 7 mois. La tumeur polykystique contient du cartilage et de l’os.

(1) Strudencki. — De quadam linguœ infantis neonati abnormitate adhuc yiondum observata. Dissert. Berol., 1834.

(2) Strudencki. — Eodem loco.

(3) Otto. — Morts trorum sexcentorum descriptio analomica , Vratislaviæ, 1841, n® 587,

Obs. XXV (Retzius) (1). — Tumeur de la voûte palatine. — Fœtus de 7 mois. La tumeur, recouverte de petits cheveux, ne contient que quelques concrétions calcaires sans ressemblance avec les os normaux de l’économie.

Obs. XXVI (Gilles) (2). — Tumeur située dans l’épaisseur de la joue gauche. Extirpation, guérison. — Enfant à terme du sexe masculin. La tumeur était formée de kystes contenant de la graisse, de l’épithélium, une dent libre et des dents insérées sur un fragment osseux.

Obs. XXVII (Poellmann) (3). — Tumeur insérée sur le côté externe de la trompe d’Eustache du côté droit. — Fœtus de 4 mois 1/2. Tumeur polykystique renfermant du liquide, des noyaux cartilagineux, des fragments osseux et 22 dents.

Obs. XXVIII (Arnold) (4). — Tumeur de la voûte palatine et de la cavité crânienne. — Enfant à terme, mort au bout de 6 jours de pyoémie. La tumeur était formée de deux parties, l’une faisant saillie hors delà bouche, l’autre, grosse comme une noisette, faisant saillie dans la cavité crânienne en soulevant la dure-mère; ces deux parties étaient réunies par un pédicule de 1 centimètre d’épaisseur. La tumeur est recouverte extérieurement de cheveux avec glandes sébacées et sudoripares ; elle contient des cavités remplies de matière caséeuse ou de graisse, du cartilage hyalin, des faisceaux musculaires striés et des acini glandulaires.

Obs. XXIX (Neufller) (5). — Tumeur du palatin gauche. —

(1) Retzius. — Svenska Laliarc Sallskapets Nya Handlingar , t. ni, p. 224.

(2) Gilles. — De liygromate cystico congenito. Dissert. Bonnœ; 1852.

(3) Poellmann. — Bulletin de la Société de médecine de Grand, 1855, p. 10.

(4) Arnold. — Archiv von Virchoio , 1870, t. l, p. 482.

(5) Neuffler. — Wurtemberg isc.he s Correspondenzblatt , 1874, xviv, 11, p. 80.

Fœtus féminin au 6e mois. La tumeur est formée en réalité de trois tumeurs appendues les unes aux autres, la dernière contient un fragment d’os.

Obs.XXX (Verneuil) (1). — Tumeur polykystique insérée à la symphyse du maxillaire inférieur. — Fœtus féminin de 8 mois, mort à la suite de désordres considérables causés par l’accouchement. La tumeur est formée par une gangue fibreuse (faisceaux fibreux, cellules fusiformes, étoilées, embryonnaires), contenant des kystes à épithélium pavimenteux, cylindrique ou à cils vibratiles, des nodules cartilagineux, hyalins, des masses osseuses.

Obs. XXXI (Clérault)(2). — Tumeur fixée à la voûte palatine. — Section du pédicule, guérison. Enfant à terme. La tumeur est recouverte par une enveloppe cutanée présentant tous les caractères de la peau, mais sans papilles d’aucune sorte, des poils et des glandes sébacées volumineuses ; au-dessous se trouve un derme bien constitué avec un tissu cellulaire sous-cutané très épais. Au centre se trouve un faisceau musculaire strié qui va en s’épanouissant en éventail se perdre dans le derme. A côté se trouve un petit polype fibro- muqueux.

Dans ces observations de tumeurs congénitales de l’extrémité supérieure du tube digestif, nous netrouvons que deux cas de guérison. Nous les avons cependant rangées parmi les tumeurs bénignes, parce que la description anatomique qui en est donnée paraît plutôt devoir se rapporter à des formes adultes des tissus qu’à des formes embryonnaires. La mortalité plus grande tient aussi à des traumatismes graves pendant l’accouchement, et surtout à des vices de conformations coexistant avec la tumeur, et qui étaient probablement incompa-

(1) Verneuil. — Archives cle tocologie, 1875.

(2) Clérault. — Annales de gynécologie , 1874, 1. 1, p. 471.

tibles non seulement avec la vie, mais même avec le développement complet du fœtus, puisque très-souvent la grossesse n’est pas arrivée à terme et s’est terminée par un avortement.

Obs. XXXII (Pilate) (1). — Kyste multiloculaire complexe de la région axillaire. Extirpation, guérison. — Enfant de 2 ans 1/2. La tumeur contenait un grand nombre de kystes, à parois plus ou moins épaisses, remplis par un liquide séreux ou séro-sanguinolent, et présentant un revêtement épithélial. En un point se trouve une masse dure, du volume d’un petit œuf, constituée par une substance fondamentale fibreuse et de nombreux îlots de cellules cartilagineuses arrondies, oblongues, polyédriques ou ramifiées.

Des tumeurs complexes semblables ont été trouvées par Guersant sur la paroi thoracique, par Lawrence sur le côté, par Déguisé sur la paroi abdominale, par Morel Lavallée sur l’épaule droite, par Birkettdans l’aisselle, par Giraldès au cou, par Holmes sur le dos, l’orbite, la langue, etc.

Comme on peut le voir par les observations que nous venons de passer en revue, ces tumeurs du fœtus sont identiques à celles de l’adulte. Elles présentent la même multiplicité de tissus et se rapprochent surtout des tumeurs les plus complexes; car, dans la plupart des cas oh l’examen histologique a été fait complètement, on a trouvé que la tumeur présentait associés les caractères des kystes dermoïdes et ceux des kystes mucoïdes.

Toutes ces tumeurs à tissus multiples, aussi bien chez l’adulte que chez le fœtus, sont des tumeurs bénignes,

(1) Pilate. — Bulletin de là Société de chirurgie , 1878, p. 815.

sauf quelques cas exceptionnnels de malignité tardive que nous étudierons dans unchapitre ultérieur. Est-ce que ce sont des tumeurs bénignes auxquelles il ne correspondrait pas de tumeurs malignes ? Elles feraient ainsi exception à Tune des lois générales des tumeurs qui veut que à toute tumeur bénigne d’un tissu corresponde une tumeur maligne. Cette loi, vraie pour les tumeurs à un seul tissu, cesserait-elle de l’être pour les tumeurs à tissus multiples ? C’est ce que l’on pourrait croire si l’on ne considérait que les tumeurs à tissus multiples de l’adulte ; il n’existe pas de tumeur à tissus multiples maligne chez l’adulte. Mais nous venons de voir dans les chapitres précédents que ces tumeurs à tissus multiples n’étaient pas des tumeurs de l’adulte, que ce sont des tumeurs du fœtus, se formant pendant la vie embryonnaire. C’est donc chez le fœtus qu’il faut chercher les tumeurs malignes correspondantes, car on comprend facilement qu’elles ne laissent pas vivre le fœtus pendant bien longtemps. Or, nous avons pu nous convaincre que le fœtus pouvait présenter des tumeurs malignes, et M. Bard pense que toutes ces tumeurs malignes sont des tumeurs à tissus multiples.

Ces tumeurs malignes ne sont pas très communes ; nous n’avons pu en étudier nous-mêmes qu’un seul cas dont nous donnerons la description plus loin. Mais ce qui rend plus difficile l’étude de ces tumeurs malignes, ce n’est pas tant la rareté des faits que l’insuffisance des descriptions données par les auteurs. Les descriptions histologiques manquent la plupart du temps, ou bien s’il y en a une,, on y voit que la tumeur présentait les caractères du sarcome ou du carcinome, Ceci peut bien indi-

quel* qu’il, s’agissait d’une tumeur maligne, mais 11e peut nous servir en rien pour déterminer le type ou les types cellulaires entrant dans la constitution de la tumeur, et, par suite, pour en reconnaître l'origine. La forme et les caractères de l’épithélium en particulier 11e sont jamais indiqués ; 011 11e sait pas à quel type ou à quel tissu il appartient, et si la tumeur en contient de plusieurs types. D’ailleurs on comprend facilement qu’il doive nécessairement en être ainsi. Chez l’adulte il est souvent déjà fort difficile de distinguer les cellules embryonnaires des divers tissus les unes des autres ; chez le fœtus il est probable que cette difficulté 11’est pas moindre. Aussi il 11’y a rien d’étonnant à ce que des histologistes, non prévenus de la spécificité cellulaire, qui ne font pas de distinction entre les diverses cellules embryonnaires que l’on peut trouver chez l’adulte, aient laissé échapper les caractères différentiels, très peu apparents souvent, qui séparent les cellules de divers types que l’on peut rencontrer dans une tumeur maligne à tissus multiples du fœtus. Ce 11’est donc pas sur les caractères des cellules, et surtout des cellules épithéliales de la tumeur, que nous pourrons nous appuyer pour affirmer sa nature complexe. Mais, à côté, nous trouverons presque toujours quelques caractères spéciaux, et la présence de tissus beaucoup plus facilement reconnaissables comme le cartilage, l’os, les muscles, qui nous permettront d’affirmer la nature complexe de la tumeur.

Ces tumeurs, disons-nous, contiennent souvent du tissu cartilagineux, du tissu osseux, du tissu musculaire lisse ou strié. L’épithélium qui s’y trouve, peut être disposé en amas pleins, en tubes, et donner l’aspect du

carcinome, on bien il peut tapisser les parois de cavités kystiques. On peut y trouver les formes embryonnaires de tous les types épithéliaux de l’économie, mais ce n’est guère que dans les descriptions datant de ces dernières années qu’on peut les reconnaître. La plupart de ces tumeurs ont été décrites par les auteurs sous le nom de sarcomes ou de cysto-sarcomes congénitaux ou de tumeurs complexes ; nous allons les passer en revue.

Obs. XXXIII (Martin) (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Enfant mort-né. Tumeur très volumineuse tombant jusqu’aux talons. A la coupe, aspect encéphaloïde du tissu. On y trouve des kystes, de grosseur variable, à contenu albumineux, des lames et des nodules cartilagineux, et des concrétions calcaires, mais sans tissu osseux véritable.

Obs. XXXIV (Voss) (2). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à terme, morte au bout de 2 heures. Tumeur énorme, remontant dans l’abdomen presque jusqu’au foie, formée de parties solides encéphaloïdes et de kystes renfermant un liquide sanguinolent. La substance encéphaloïde est formée de noyaux un peu plus gros qu’un globule sanguin, à granulations très fines. La partie inférieure de la tumeur contient un grand nombre de petits os sans ressemblance avec des os normaux.

Obs. XXXV (Virchow) (3). — Tumeur sacro-coccygienne . — Structure glandulaire de la tumeur, avec de petits kystes ; on y trouve des fibres musculaires striées, des masses fibreuses, du cartilage avec du périchondre et des masses molles myxomateuses. Virchow croyait à une tumeur de la glande de Luschka.

(1) Martin. — Monatschrift fur Geburtskunde und Frauenkrankheiten , mars 1861.

(2) Voss. — Behrends Journal fur Kinder krankheiten , 1859, p. 444.

(3) Virchow. — Monatschrift f. Geburtsk ..., juin 1862. B. xix, H vi.

Obs. XXXVI (Braune) (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille, mort. La tumeur, énorme, a 10 centimètres de longueur, 7 de largeur, 30 de circonférence ; en haut, elle remplit tout le petit bassin et va jusque dans le grand bassin en refoulant et déviant tous les organes. Au palper on sent ici de la fluctuation, là de grandes masses delà consistance du lipome ou du fibrome. On trouvait dans la tumeur des masses rougeâtres, à noyaux fins, disséminées dans toute son étendue. A la partie supérieure et antérieure se trouvent deux kystes remplissant tout le bassin.

A certains endroits, la tumeur a la composition la plus variée ; on y trouve des points sarcomateux, carcinomateux, lipomateux, des enchondromes, de petits kystes. Les deux grands kystes sont formés par une paroi fibreuse, mince, transparente, tapissée par un épithélium pavimenteux. Le plus petit contient un liquide séreux, presque transparent; le plus grand renferme un liquide épais, laiteux, contenant de gros globules de graisse, des déchets épithéliaux, un grand nombre de noyaux et de grosses vésicules. Au centre de la tumeur, on tombe sur une cavité d'où s’écoule un liquide oléagineux, renfermant des masses cartilagineuses et osseuses.

Obs. XXXVII (Braune) (2). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille à terme, morte au 17e jour dans le marasme. Tumeur plus grosse que la tête de l’enfant, molle, contenant des fibres musculaires de nouvelle formation et des portions myxomateuses ; on y trouve encore du cartilage avec périchondre et des alvéoles remplis de cellules que l’auteur compare à ceux de la glande de Luschka.

Obs. XXXVIII (Martin) (3). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fœtus au 7e mois. Tumeur plus volumineuse qu’une tête de fœtus. La masse principale est composée de tissu fibreux et de tissu connectif, où sont disséminées de nombreuses cellules allongées, fusiformes, renfermant des noyaux assez volumineux, ainsi que des corpuscules de graisse. Dans une portion de la

(1) Braune. — Monatschrift fur Geburtsk..., 1864, Bdxxiv, Hi,p. I.

(2) Braune. — Steinsbeingeschioulst, p. 49.

(3) Martin. — Monatschrift f. Geburtsk..., novembre 1867, Bd xxx.

tumeur on trouva des cellules également allongées, mais à noyaux plus grands et plus larges, ce qui leur donnait l’aspect de fibres musculaires. En d’autres points, on voyait un grand nombre de cellules à noyaux très développés, et entre lesquelles se trouvait une substance amorphe, ce qui donnait à cette portion de la tumeur l’aspect d’un sarcome à cellules rondes, tandis que les parties voisines ressemblaient à un sarcome à cellules fusiformes. Au centre même de la tumeur, se voyaient des cellules cartilagineuses. On trouvait encore de petits kystes à parois lisses revêtues d’épithélium pavimenteux, contenant des concrétions calcaires on des masses colloïdes et des déchets épithéliaux.

Obs. XXXIX (Strassmann) (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Petite fille morte peu après l’accouchement. Tumeur dépassant les talons, présentant un aspect encéphaloïde, riche en vaisseaux, contenant du cartilage hyalin, des masses calcaires sans os vrai et de petits kystes à contenu calcaire.

Obs. XL (Wittich et Wohlgemuth) (2). — Tumeur sacrococcygienne. — Foetus non à terme. Tumeur plus volumineuse que la tête, contenant des kystes séreux à contenu gélatineux ; un kyste plus gros présente une structure analogue à celle d’un carcinome de la moelle, et renferme un fragment d’os. On trouve encore d’autres fragments osseux dans une portion de la tumeur qui pénètre dans le petit bassin.

Obs. XLI (Virchow) (3). — Tumeur sacro-coccygienne. — Fille mort-née. Tumeur du volume de la tête d’un enfant de 2 ans. La masse principale est formée d’un grand nombre de kystes, de masses encéphaloïdes ; elle présente des nodosités remplies d’une substance analogue au cerveau formée par un tissu contenant des noyaux et des cellules de diversesgrandeurs, ressemblant à celles des couches superficielles de la substance

(1) Strassmann. — Monatschrift fur..., juillet 1861, Bd xvn>

Hi, p. 1.

(2) Wittich et Wohlgemuth. — Monatschrift fur Geburtskunde, 1855, Bd. V. p. 161.

(3) Virchow. — Monatschrift f... Bd. IX, p. 239.

grise du cervelet. Des fragments cartilagineux et osseux. Certains kystes à parois épaisses très vasculaires présentent des taches blanches où sont implantés des poils.

Obs. XLII (de Soyre)(l). — Tumeur sacro-coccygienne. — Foetus de 6 mois 1/2 environ. Tumeur du volume d’un enfant à terme, elle ne contient aucune partie fœtale, elle est formée d’une série de masses de volumes inégaux, analogues à du cancer encéphaloïde par places, à du squirrhe dans d’autres. Kystes renfermant un liquide limpide. L’examen histologique fait par M. Cornil a montré que la tumeur contenait une grande variété de tissus différents de l’économie.

Obs. XLIII (Panas) (2). — Tumeur congénitale de la région coccygienne. — Fille, très débile, morte à 10 jours. Tumeur du volume d’une orange, lisse, mollasse, de 13 centimètres d’épaisseur d’avant en arrière et de 9 centimètres d’un côté à l’autre ; elle envoie un prolongement dans la cavité pelvienne ne montant qu’à l’angle sacro-vertébral en refoulant le rectum en avant. La partie inférieure de la tumeur présente un aspect cérébriforme et contient un grand kyste à paroi lisse et à liquide clair, filant. La partie supérieure présente un tissu plus dense et plus blanc ; on y trouve disséminés un grand nombre de petits kystes

A l’examen microscopique, on y trouve : 1° des travées fibreuses formées de fibres conjonctives et élastiques, de cellules plates ou fusiformes, et en quelques points contenant des amas em brvonnaires; — 2° des masses sarcomateuses formées d’éléments sphériques embryonnaires ; — 3° des noyaux cartilagineux , — 4° des kystes tapissés d’épithélium cylindrique à plateau et à cils vibratiles et d’épithélium calciforme. Ces cellules épithéliales sont dans un état de prolifération intense, car elles forment aux parois kystiques un épais revêtement et les kystes renferment de nombreuses cellules épithéliales desquamées. En beaucoup de points, il se fait dans la paroi des kystes une active prolifération cellulaire ; celle-ci est alors repoussée, et il ne tarde pas à se

(1) I)e Soyre. — Archives cle tocologie , 1874.

(2) Panas. — Bulletin de la Société de chirurgie , 1877.

former des bourgeons, d’abord sessiles, puis pédiculés, qui tendent à effacer ou à subdiviser la cavité kystique. Certains kystes, complètement effacés, se présentent sous l’aspect de doubles travées épithéliales. D’autres sont remplis par des globules rouges du sang.

Nous insistons un peu plus sur cette observation de Panas parce qu’elle montre assez bien que ces tumeurs malignes du fœtus sont bien à tissus multiples, et que tous les éléments de la tumeur prolifèrent également et sont également malins.

Obs. XLIV (Hess) (1) — Tumeur fixée au maxillaire supérieure et à la voûte palatine. — Foetus féminin presque à terme. Tumeur volumineuse, formée de kystes renfermant : les uns des liquides, les autres une matière sarcomateuse ; plus loin existent des os bien conformés ; deux os plus gros sont munis de dents.

Obs. XLV (Hecker) (2). — Tumeur insérée au maxillaire supérieur droit, au palais, au pharynx et au dos de la langue jusqu’à 1 centimètre et demi de sa pointe. — Foetus masculin au 8e mois. Tumeur volumineuse, formée de kystes et de nodules cartilagineux ; le contenu des kystes ressemble à de la substance cérébrale embryonnaire.

Obs. XLVI (3). — Tumeur congénitale du cou. — La tumeur est formée par du tissu conjonctif contenant du cartilage foetal, des libres musculaires striées embryonnaires, et des cavités assez rares remplies d’épitliélium pavimenteux ou d’éléments en dégénérescence muqueuse ou pigmentaire.

Holmes (4) trouva dans un kyste muqueux congénital du cou

(1) Hess. Beitrœge zur der Geschwulste mit Zeugunscmhlichem Inhalte, Dissert Giessen, 1864.

(2) Hecker. Monatschrift fur Geburtshunde, 1865, fasc. 1.

(3) Boucher : th. Paris, 1868.

(4) Holmes cité par Pilate, Bull, de soc. de chir. 1878.

un si grand nombre de cellules diversement figurées qu’il soupçonna qu’elles étaient de nature maligne.

Obs. XLVII (Leclerc) (1). — Tumeur sacro-coccygienne. — Foetus un peu avant terme. Embryotomie. — La tuineur pèse 950 grammes. A la coupe, le parenchyme parait sarcomateux. Certains points présentent une bouillie grisâtre semblable à la pulpe de l’encéphaloïde. D’autres points sont très vasculaires. Enfin, il existe çà et là des kystes, les uns gros comme une noix, les autres comme une petite mandarine renfermant un liquide incolore. - • On y trouve du tissu conjonctif sous forme de cellules embryonnaires et de cellules fusiformes, des îlots de cartilage embryonnaire et des fibres musculaires lisses.

Nous avons pu examiner des préparations de cette tumeur, et nous y avons vu les divers tissus signalés par M. Leclerc; ils sont tous à l’état embryonnaire. Les cellules cartilagineuses embryonnaires sont réunies en îlots nettement séparés des parties voisines de la tumeur. Les cellules conjonctives embryonnaires et les fibres musculaires lisses embryonnaires sont souvent entremêlées. Il existe bien des zones où l’on ne trouve que des cellules conjonctives; mais il n’en existe pas où il n’y ait que des fibres musculaires. Ces dernières sont toujours mêlées à un nombre plus ou moins grand de cellules conjonctives.

Les observations de tumeurs malignes, que nous venons de citer, sont toutes des tumeurs à tissus multiples. Nous en avons laissé de côté un certain nombre de Pabst, Gruber, Lehmann, Elsœsser, Braune, etc., dont l’examen histologique n’a pas été fait, et qui n’ont comme description anatomique que cette mention : tumeur congénitale d’aspect encéphaloïde contenant des kystes. La plupart sont des tumeurs de l’extrémité sacrococcygienne et nous serions en droit de conclure que ce devaient être des tumeurs à tissus multiples par analogie

(1) Leclerc. Lyon médical , 1885, p. 185.

avec celles qui ont une description, car nous n’avons pas trouvé une seule tumeur de cette région qui n’eût qu’un seul tissu.

Comme il est facile de s’en rendre compte par les observations où l’examen histologique est un peu complet, et surtout par le cas de Leclerc, ces tumeurs malignes à tissus multiples sont malignes dans tous leurs éléments. Chacun des tissus est à l’état embryonnaire ; il n’y a pas un tissu embryonnaire, il y a des tissus embryonnaires, chacun des éléments particuliers de la tumeur ayant sa forme embryonnaire spéciale, qu’il est quelquefois peut-être assez difficile de reconnaître et de séparer des autres, mais qui n’en existe pas moins et quia son existence propre. La tumeur maligne du fœtus est donc une tumeur à tisssus multiples dont toutes les parties constituantes sont à l’état embryonnaire et prolifèrent activement.

Est-ce à dire que toutes les tumeurs malignes, trouvées chez l’enfant au moment de la naissance, ou développées pendant les premiers mois de la vie soient des tumeurs à tissus multiples? Ce n’est pas ce que nous voulons dire, parce que nous ne pourrions pas l’affirmer. Il existe, en effet, un certain nombre de cas de tumeurs où il paraît n’y avoir eu qu’un seul tissu. Ces quelques observations se trouvent réunies dans les thèses de Duzan (1) et de Chauveau (2). Nous nous contenterons de

les indiquer ; la plupart, d’ailleurs, n’ont pas d’examen histologique.

(1) Duzan. Du cancer chez les enfants , th. de Paris, 1876.

(2) Chauveau. Contribution à V étude des tumeurs malignes de l’enfance , th. de Paris, 1883.

Un seul cas de cancer s’est rencontré chez un foetus; il est dû à Lebert (1). Il s’agissait d’un fœtus de 4 mois contenant, dans sa cavité abdominale, une masse molle et grisâtre ressemblant à de l’encéphaloïde ; Lebert regrette de n’avoir pas pu examiner suffisamment ce fait. Mais ce qu’il faut bien remarquer, c’est que ce fœtus a été trouvé chez une femme morte d’affection cancéreuse généralisée; ce n’est donc pas une tumeur du fœtus ; et, par suite, si la tumeur, quoique développée pendant la vie embryonnaire, est à tissu simple, ce que rien ne permet d’affirmer puisqu’il n’y a pas d’examen histologique, il est certain que c’est une tumeur secondaire du fœtus infecté par la carcinose de la mère. Ce fait ne peut donc rien prouver contre la théorie que nous soutenons.

Les faits suivants ont tous rapport à des tumeurs trouvées sur des fœtus à terme : Nœggeralt (cité par Cazeaux), vit un cas de dystocie causée par un cancer du foie. — Flint(2), fougus hématode congénital. — Paul (3), amputation de cuisse pour un fongus hématode congénital.—Gay (4), tumeur maligne volumineuse. — Cotton (5) tumeur carcinomateuse congénitale de la face interne du bras gauche. — Billard (6), squirrhe congénital du cœur. — Travers (7), encéphaloïde congénital de l’œil. —

(1) Lebert. Traité clés maladies cancéreuses , p. 38.

(2) Flint. New England mecl. and surg. Journal, Boston, 1820, t. ix, p. 113.

(3) Paul. The Lancet , 1833, t. i, p. 439.

(4) Gay. Boston M. and S. Journal, 1860, t. ni, p. 402.

(5) Cotton. Provincial med. and surg. Journal, Londres, 1849, p. 267.

(6) Billard. Traité des maladies des enfants, Paris, 1828.

(7) Travers. Biseases ofthe Eye.

Wilkinson (1), squirrhe congénital de l’estomac. — Rokitanski (2), squirrhe congénital du pancréas. — Rit ter (3), cancer congénital de lapeau. — Hoffmann (4), infiltration carcinomateuse généralisée du foie, du pancréas et des ganglions mésentériques. — Jacobi (5), cancer congénital du foie et du rein. — Pigné (6), cancer encéphaloïde avec kyste. — Kilian (7), dystocie due à un cancer du foie.

Dans toutes ces observations, .l’examen histologique n’a pas été fait ou bien la description qui en est donnée est par trop peu suffisante : ainsi, pour le cas de Kilian nous ne trouvons que ceci : « L’examen microscopique montre la nature carcinomateuse du foie. » Il ne faut pas être difficile pour se contenter de cette description histologique. Mais à côté nous trouvons les cas de De Saint-Germain (8) sarcome embryonnaire globo-cellulaire apparent à la naissance (examen histologique par Malassèz), de Charon (9) sarcome globo-celiulaire congénital de l’avant-bras. Là l’examen histologique a démontré qu’il s’agissait nettement de tumeurs ne contenant qu’un seul tissu et apparentes dès la naissance.

Enfin les observations suivantes se rapportent à des tumeursdéveloppées peu après la naissance :Maunoir(10) :

(1) Wilkinson. Edinburgh monthly Journal, januar g, 1841.

(2) Rokitanski. Handbuch des Path. Anal.

(3) Ritter. Archives de Langenbeck, 1864, t. v, p. 338.

(4) Hoffmann. Wiener medic. Wochenschrift , 1866, p. 943.

(5) Jacobi. American Journal, 1880, t. xiii, p. 119.

(6) Pigné. Bull, soc anat., avril 1846.

(7) Kilian. Gazette hebdomadaire, 1855.

(8) De Saint-Germain. Chirurgie des enfants, Paris, 1884.

(9) Charon. Contribution à la pathologie de V enfance. Bruxelles,*

(10) Maunoir. Mémoire sur le fongus , 1820,

fille de 3 mois, cancer de l’œil gauche, tumeur dure, fibreuse, vasculaire. — Audain (1) d’Haïti: sarcome fasciculé du rein avec hémorrhagies interstitielles chez un enfant nègre de 10 mois (examen histologique par Cornil). — Depaul(2): cancer du testicule chez un garçon de 10 mois. — Deffaux: (3) sarcome du testicule chez un garçon de 8 mois; généralisation à la racine de la verge, aux paupières, à la voûte palatine, au cuir chevelu et au tissu cellulaire sous-cutané de toutes les régions du corps, la tumeur n’a pas mis plus de 2 mois pour évoluer (examen histologique par Vulpian et Ranvier). — Louvet (4): tumeur encéphaloïde des bourses chez un enfant de 16 mois, ayant débuté 5 mois auparavant (examen histologique par Hayem). — Brée (5): sarcome médullaire de la prostate chez un enfant de 3 mois. — Dufour (6): cancer épithélial du larynx (épithélioma pavimenteux) chez un enfant de 8 mois (examen histologique par Robin). — Cullingwath (7); cancer du pylore chez un enfant qui mourut à l’âge de 5 semaines. A la naissance il présentait tous les caractères d’une excellente santé; ce n’est qu’au 10e jour qu’apparurent les premiers symptômes du néoplasme. L’examen histologique montre qu’il s’agissait d’un épithélioma à cellules cylindriques.

(1) Audain. Thèse cle lJuzan.

(2) Depaul. Société de Chirurgie , 10 mai 1876.

(3) Deffaux. Société anatomique, 1872.

(4) Louvet. Société anatomique, 1865.

(5) Brée. Provincial mecl. and. surg. Journal.

(6) Dufour. Société anatomique, 1865.

(7) Cullingwath. British médical Journal, 1877, t. II.

Ces dernières observations sont bien nettement des tumeurs ne contenant qu’un seul tissu; elles sont appuyées sur des examens histologiques complets faits par des hommes d’une autorité trop grande pour qu’il soit permis de douter de ce qu’ils affirment. Mais elles ne prouvent rienqu’une chose, c’est qu’il peut se développer des tumeurs à un seul tissu chez l’enfant peu après sa naissance, et qu’on peut même en trouver sur le fœtus à terme. Nous insistons surtout sur ce mot de fœtus à terme, parce que ce n’est que chez lui qu’on ait trouvé des tumeurs ne contenant qu’un seul tissu; on n’en a jamais trouvé chez le fœtus à une période plus rapprochée de la vie embryonnaire; il n’y a que ce cas de Lebert, et encore n’a-t-il aucune importance à cause des raisons que nous avons données. Au contraire, nous avons vu, à propos des tumeurs à tissus multiples, qu’on les rencontraient beaucoup plus tôt.

Ces tumeurs malignes à un seul tissu sont très peu apparentes à la naissance comme dans les cas de De Saint-Germain et de Charon, où la tumeur se voyait à peine au moment de la naissance, mais se développa rapidement vers le 8e jour. Ce développement si rapide ressort également des observations de Cullingwath et de Deffaux; dans le cas de Cullingwath surtout, la tumeur 11e mit pas 4 semaines pour évoluer. Les tumeurs malignesà tissusmultiples ontau contraire un volume énorme ou du moins très considérable au moment de la naissance ou de l’avortement, car nous avons vu que souvent la grossesse n’arrivait pas à terme. Il y a donc certainement une différence de temps considérable entre le moment où §e sont formées les tumeurs à tissus multiples etceluiou

se forment les tumeurs à un seul tissu. C’est en effet ce qui a lieu, et si l’on tient compte de ce fait que le fœtus, pendant la vie intra-utérine, parcourt différentes phases pour passer de l’état d’ovule fécondé à celui de fœtus à terme, on comprendra facilement qu’on puisse lui trouver à la naissance des tumeurs à un seul tissu. Le fœtus à l’état d’ovule et d’embryon, n’a pas encore ses divers tissus différenciés ; toute tumeur qui naitra à cette époque sera nécessairement une tumeur à tissus multiples. Jusqu’à quelle époque s’étend cette phase ? quand la différenciation est-elle complète? c’est que nous ne saurions dire d’une manière précise; mais ce qu’il y a de certain, c’est que cette phase ne dure pas pendant toute la vie intra-utérine et qu’elle s’arrête bien avant elle, du moins pour la plupart des organes. Après elle vient une phase pendant laquelle le fœtus ne fait que s’accroître en volume, tous ses tissus étant différenciés et étant déjà ce qu’ils seront chez l’enfant; la tumeur naissant dans cette seconde période sera une tumeur à un seul tissu, la cellule qui en sera le point de départ étant une cellule simple, différenciée, et non plus une des cellules complexes de la première période.

Si maintenant l’on fait attention à l’extrême rapidité de tous les néoplasmes malins chez les enfants, il ne paraîtra plus étonnant que des tumeurs malignes développées dans les derniers temps de la vie intra-utérine et ne contenant qu’un seul tissu ait pu acquérir en quelques jours un volume assez considérable pour être une cause de dystocie; il n’est pas nécessaire pour cela de faire remonter le début de leur formation aux premiers temps de la vie intra-utérine,

Ces observations de tumeurs malignes à un seul tissu n’e;i lèvent donc rien de sa valeur à la théorie de M. Bard, théorie que nous soutenons, que les tumeurs fœtales sont toutes des tumeurs à tissus multiples, en restreignant ce terme de fœtal à la période du développement histogénique; toutes celles qui sont à un seul tissu se sont développées après cette période , après la différenciation complète des divers éléments et des divers tissus du fœtus.

Les théories pathogéniques, émises par les auteurs au sujet de ces diverses sortes de tumeurs à tissus multiples du fœtus, sont assez nombreuses. Mais, comme celles émises au sujet des tumeurs à tissus multiples de l’adulte, elles ont toutes le grand inconvénient de ne s’appliquer qu’à un nombre restreint de cas, et de ne pas pouvoir se généraliser. Une seule est une théorie générale des tumeurs du fœtus, c’est la théorie parasitaire. Elle a été admise par beaucoup d’auteurs pour les tumeurs sacro-coccygiennes ; pour les tumeurs scrotales et les tumeurs de l’extrémité supérieure du tube digestif, c’est la seule théorie admise. Nous allons l’examiner rapidement avant de citer les théories particulières.

Meckel (1818) et Himly (1) font des tumeurs de la région sacro-coccygienne des monstruosités parasitaires. Cependant Meckel paraît en faire aussi une simple anomalie de développement, quand il les compare à une seconde tête et les considère comme un développement anormal de la co'lone vertébrale. Cette dernière hypothèse ne peut pas s’appliquer à des tumeurs aussi complexes, dans

(1) Himly. G-eschichte der fœtus in fœtn} Hannover, 1831.

lesquelles il est impossible, meme avec la meilleure volonté du monde, de reconnaître quelque chose qui ressemble à une tête ou à des rudiments de colonne vertébrale et de moelle.

Cruveilhier (1) et Fœrster (2) soutiennent également la théorie parasitaire. Fœrster regarde les tumeurs de la région sacro-coccygienne comme des monstres pygopages Cruveilhier admet la pénétration d’un germe fécondé dans un autre germe, l’intussusception, c’est-à-dire qu’il y a deux fœtus, et que le fœtus inclus est frère et coti temporain du fœtus porteur, et conçu dans le même acte générateur ; le fœtus inclus disparaît plus ou moins complètement. C’est là l’opinion à laquelle se range Molk dans sa thèse.

Ahlfeld (3), partisan également de la théorie parasitaire, range toutes les tumeurs sacro-coccygiennes dans les tératomes congénitaux du sacrum (congénitale Sacralteratome) et les assimile aux monstres acardiaques.

C’est également l’opinion de Depaul.

Pour les tumeurs insérées au squelette de la face ou de la bouche, tous les auteurs les rangent parmi lesépignathes et les hypognathes, monstres parasitaires décrits par Isidore Geoffroy Saint-Hilaire. Dans cette région on trouve souvent en effet des traces assez évidentes de membres ou d’organes; mais il n’y en a pas dans toutes les tumeurs, et nous croyons qu’on a eu tort de vouloir généraliser, et voir dans une simple tumeur la tète rudimentaire d’un second fœtus.

(1) Cruveilhier. Anat. pathol.

(2) Fœrster Die Missbildungen der Menschen, léna, 1861.

(3) Ahlfeld. Die Missbildungen der Menschen , Leipsig, 1880-81.

Ahlfeld (1) regarde bien les tumeurs de la face comme des cas d’épignathisme; cependant, il n’osepas absolument l’affirmer ; la conclusion de son mémoire est que souvent il est fort difficile de se prononcer et que c’est à l’histologie à trancher la question.

Nous ne reviendrons pas, à ce sujet, sur ce que nous avons dit de l’inclusion parasitaire. Nous nous bornerons à dire que, tout en nous défiant de la facilité avec laquelle la plupart du temps les auteurs reconnaissent des membres ou des organes dans une tumeur d’un foetus, nous acceptons comme inclusions fœtales véritables les cas où on a décrit quelque chose d’analogue ; mais nous ne saurions le faire pour les cas, que nous avons décrits brièvement, et où il n’y a pas trace d’éléments organisés permettant de soupçonner l’existence d’un second fœtus.

Nous allons maintenant examiner les quelques autres théories émises au sujet de ces tumeurs du fœtus. Pour les tumeurs de la face nous n’en trouvons qu’une seule, émise par Yerneuil (2) à propos du cas qu’il a observé (Obs. XXX). Il pensait qu’il s’agissait simplement d’une tumeur kystique développée aux dépens du maxillaire inférieur et analogue à celles que l’on trouve chez l’adulte. Mais dans cette observation, le maxillaire inférieur n’est que fracturé par suite des tractions produites pendant l’accouchement ; il a sa forme, ses dimensions et sa structure normales ; en outre l’examen histologique, montre dans cette tumeur du cartilage, de l’os et des épithéliums de diverses sortes. Il ne peut donc pas

(1) Ahlfeld. Archiv fur Gynæhologie, t. IV, fasc 2 et Annales de Gynécologie 1875, t. III IV et V.

(2) Verneuil. Archives de tocologie, 1875,

s’agir, comme l’a très bien fait remarquer Depaul, d’un simple néoplasme ayant son point de départ dans le maxillaire ; mais, au lieu de vouloir y voir un second fœtus comme Depaul le voudrait, nous croyons qu’il s’agit bien là d’une véritable tumeur à tissus multiples.

Toutes les autres théories particulières se rapportent aux tumeurs de l’extrémité sacro-coccygienne.

Hammon (1) reconnaît bien que, parmi ces tumeurs, il y en a de deux sortes : des néoplasmes vrais et des inclusions ; mais il ne va pas plus loin.

Il en est de même de Lotzbeck(2) ; il leur attribue une origine spéciale, indépendante de la moelle et du canal rachidien, ce qui est évident; mais il ne fait qu’indiquer le fait sans en donner d’explication.

Henri Müller (3) pense que ces tumeurs ont leur origine dans la corde dorsale de l’embryon, dont il prétend avoir découvert des restes au niveau du coccyx après la naissance. Cette persistance de la notocorde n’est rien moins que prouvée, et, encore le serait-elle, qu’elle ne saurait nous expliquer la multiplicité des tissus que l’on trouve dans ces tumeurs.

W. Braune (4) rapporte l’origine d’un grand nombre de ces tumeurs aux méninges et à la moelle épinière, tout en reconnaissant qu’on ne peut invoquer ce point de départ pour toutes. Qu’on l’admette pour les spina bifida.ce n’est pas ce dont nous avons à nous occuper ici;

(1) Hammon. Die angeb orne n chirurg. Kranhheiten, Berlin 1842.

(2) Lotzbeck. Die angebornen Geschwulste der hintern Krenzbeingegend , München, 1858.

(3) H. Müller. Henle und Pfeiffer' s Zeitschrift, R. III, Bd II.

(4) \V. Braune. Die Doppelb ildungen der Kreuzbeingegend, 1862.

mais cette théorie ne peut s’appliquer aux tumeurs à tissus multiples.

La théorie, qui veut faire venir ces tumeurs d’un spina bifîda de la vie intra-utérine, dont l’orifice de communication se serait oblitéré, n’est pas plus acceptable. Outre le fait que le spina bifida est situé sur la face postérieure du sacrum et non sur l’antérieure, on ne voit pas comment il peut être le point de départ d’une tumeur à tissus multiples.

La même objection s’applique à la théorie de Robin qui veut en faire des tumeurs à myélocytes ; les myélocytes ne peuvent pas donner naissance à tous les tissus.

Une théorie assez importante est celle qui fait dériver ces tumeurs d’une dégénérescence de la glande de Luschka. Quand Luschka (1) découvrit la glande coccygienne, il pensa qu’elle pouvait être le point de départ des tumeurs de cette région. C’est la théorie soutenue par Perrin (2). Depaul, tout en, attribuant une grande importance à ce qu’il appelle l’inclusion fœtale avortée, pense que la glande de Luschka joue un grand rôle dans l’étiologie de ces tumeurs. Ce n’est pas notre avis.

La glande coccygienne est peut-être bien le point de départ de néoplasmes, mais ils ne sont pas connus. Quant à admettre qu’elle soit le point de départ des tumeurs sacro-coccygiennes du fœtus, ce n’est pas possible. La glande de Luschka est un organe à épithélium rond ou polygonal, et à stroma fibreux avec quelques fibres musculaires lisses. Comment expliquer alors le

(1) Luschka. Archiv fur path. Anat. de Virchow , XIII.

(2) Perrin. Thèse de Strasbourg, 1860.

tissu cartilagineux ou osseux, les fibres musculaires striées, les épithéliums divers que l’on trouve dans ces tumeurs ? Par quel mécanisme se développeraient ces éléments? il est impossible de s’en rendre compte. Une transformation cellulaire ne peut pas exister; autant admettre la production d’un kyste dermoïde aux dépens de l’épithélium du foie ou du poumon, sous prétexte qu’il n’y a pas dans le voisinage d’autre organe pour expliquer la présence de ce kyste. Nous ne croyons pas qu’une pareille hypothèse ait jamais été faite. Pourquoi la faire alors pour la glande de Luschka? Ce n’est pas une raison, parce qu’elle est mal connue, pour lui attribuer tout ce qu’on n’a pas su expliquer.

Trélat (1), à propos d’une tumeur sacro-coccygienne présentée par Depaul (Obs. X), fit observer que cette tumeur paraissait venir de l’extrémité inférieure de l’intestin, et il émit l’opinion que des tumeurs semblables pouvaient tirer leur origine du feuillet muqueux embryonnaire. C’est également l’opinion de Leriche à propos du cas qu’il a observé (Obs. XXI) ; il pense qu’il s’agit d’un kyste développé sur l’intestin à la période embryonnaire. Cette hypothèse renferme une part de vérité ; mais elle est absolument insuffisante, car elle 11e peut pas expliquer la présence de tous les tissus que l’on peut rencontrer dans ces tumeurs.

Il ne reste plus à signaler, pour en Unir avec les théories pathogéniques des tumeurs sacro-coccygiennes, que celle qui veut faire provenir certaines de ces tumeurs de la dépression cutanée, qui existe, chez beaucoup d’enfants, au niveau du coccyx ou un peu au-devant de lui, dépression qui disparaît avec l’âge. Kuhn dit qu’elle existe chez

(1) Trélat. Gazette des hôpitaux, juillet 1867.

un tiers des nouveaux-nés. Sans nous inquiéter de savoir si cet infundibulum est dû à un hydrorachis de la vie embryonnaire (Kuhn), si c’est le vestige d’un ombilic postérieur (Féré), ou s’il est la trace de la queue dont l’homme primitif a dû être pourvu, comme le veut Lawson Tait, nous nous contenterons de dire que Lannelongue pense que, s’il estun peuprofond, il peut devenir le point de départ d’une tumeur par oblitération de sou orifice externe et rétention des produits de sécrétion. Cette hypothèse assezingénieuse a un grand désavantage: elle ne pourrait s’appliquer qu’à des tumeurs présentant les caractères des kystes dermoïdes ; mais elle ne peut pas expliquer les cas beaucoup plus complexes qui sont cependant presque la règle dans ces tumeurs sacro-coccygiennes.

Toutes les théories pathogéniques des tumeurs du foetus sont donc aussi insuffisantes que celles émises pour les tumeurs à tissus multiples de l’adulte; aucune ne peut nous satisfaire.

En résumé, toutes les tumeurs du fœtus sont des tumeurs à tissus multiples. Ces tumeurs sont ou bénignes ou malignes; les tumeurs bénignes présentent les mêmes caractèresque les tumeurs à tissus multiples de l’adulte; les tumeurs malignes ne se rencontrent que chez le fœtus. D’autre part, nous avons vu que les tumeurs à tissus multiples de l’adulte ont toutes une origine congénitale. Dès lors, en dehors de toute théorie, parle simple exposé des faits, nous pouvons conclure que l’existence de tissus multiples est la caractéristique des tumeurs fœtales et que, qui dit tumeur à tissus multiples, veut dire tumeur ayant son point de départ chez l’embryon.

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